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Robert Burns. Vol. 1, La Vie

Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.

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Il convient de dire que ce tour fut fait dans de détestables conditions. Ce fut un triomphe, mais une espèce de triomphe provincial. L'ivresse en était bruyante et épaisse. Burns avait débuté par les gens qui l'admiraient pour ses œuvres, et dont l'admiration contenait cette part de critique exacte qui en fait le titre; il était maintenant au milieu de gens qui l'admiraient sur sa réputation et le flattaient sans discernement. Quand on passe de ceux qui font la renommée à ceux qui l'acclament, on peut être plus étourdi mais on goûte un plaisir moins délicat. Il avait touché à Édimbourg le plus précieux de sa gloire, en quelques pièces d'or sans alliage et en une quantité de fines pièces d'argent; ce qu'il en recevait maintenant n'en était que l'appoint en monnaie de billon. Hormis quelques hommes distingués, comme Brydone, le voyageur, dont la femme, très accomplie, était la fille du Dr Robertson[690], ou encore le Dr Sommerville, l'historien et pasteur à Jedburgh[691], il ne se trouva mêlé qu'à une classe de braves gens, francs, bons vivants, heureux de le fêter à leur guise, mais dont l'enthousiasme se manifestait surtout par des réjouissances matérielles. Ce fut une bousculade de réceptions, de présentations, de toasts, d'exhibitions, toutes les corvées de la réputation. À Jedburgh, les magistrats lui présentent le droit de bourgeoisie, et il veut payer, en dépit de tout, le vin d'honneur[692]. À Eyemouth, la loge maçonnique le nomme grand-maçon[693]. À Dunbar, il est reçu par le prévôt de la ville[694]. Partout où il arrive, on rassemble vivement les notabilités, le clergyman, le notaire, le médecin, les gros bonnets, les capitaines retraités, des lieutenants en congé, les riches propriétaires des alentours. On le conduit en voiture voir les sites des environs[695]. On lui montre, pour lui faire honneur, les curiosités du pays. «Miss Lindsay et moi, allons voir Esther, une femme très extraordinaire pour réciter de la poésie de tout genre et qui parfois fait elle-même des rimailles écossaises. Elle peut répéter par cœur presque tout ce qu'elle a lu, en particulier l'Homère de Pope d'un bout à l'autre, a étudié Euclide toute seule et, en un mot, est une femme d'une intelligence extraordinaire. En causant avec elle, je la trouve tout à fait égale au portrait qu'on m'en avait fait. Elle est très flattée que je l'aie fait demander et de voir un poète qui a publié un livre, comme elle dit[696].» Les curiosités sont très hétéroclites, il faut tout voir. «Vais à Dunse voir un fameux couteau fabriqué par un coutelier d'ici pour être offert à un prince italien[697].» Lui-même, on le montre comme un objet de curiosité; «Il (son hôte) me mène faire visite à Miss Clarke, demoiselle, selon l'expression écossaise, passable encore, mais pas battant neuf, femme intelligente, avec des prétentions supportables à l'observation et à l'esprit; l'âge a fait fleurir le bourgeon rougissant de la timide modestie en une fleur de tranquille assurance. Elle désirait voir quelle espèce de rare spectacle est un auteur et en même temps lui faire savoir que Dunbar, quoique petite ville, n'est pas dépourvue de personnes d'esprit[698]». Quoi encore? De vieilles demoiselles font cercle autour de lui et l'accaparent. Il inspire des passions, il fait des ravages, il surexcite des Dulcinées.

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