Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.
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Il était alors en effet à peu de distance de Gretna-Green, le village fameux par ses mariages clandestins. C'était, en venant d'Angleterre, le premier endroit de halte après avoir franchi la frontière. En Angleterre, les mariages exigeaient le consentement des parents ou tuteurs, la publication de bans, la présence d'un prêtre, une publicité, toutes sortes d'obstacles et de retards. La loi écossaise, plus large, ne demandait qu'une déclaration mutuelle de mariage échangée en présence de témoins, ou un engagement écrit; c'est, on s'en souvient, ce dernier mode qui avait, pendant quelques jours, uni Burns à Jane Armour et que le père de celle-ci avait détruit. Les gens de Gretna-Green avaient su se faire une industrie profitable de mariages improvisés. Les couples arrivaient et trouvaient tout ce qu'il fallait pour une union immédiate, car ils étaient parfois poursuivis de très près. L'industrie était très florissante dans la seconde moitié du dernier siècle. Pennant, le voyageur, qui avait visité le village un peu avant l'époque du voyage de Burns, en a laissé une amusante description: «Entrons de nouveau en Écosse par un petit pont sur la Sark, et peu après nous nous arrêtons au petit village de Gretna, si bien connu des aventuriers matrimoniaux. Ici le jeune couple peut être instantanément uni, par un pêcheur, un menuisier, un forgeron, qui accomplissent la cérémonie pour une rémunération qui va de deux guinées à un verre de whisky; mais le prix est généralement fixé d'après les renseignements donnés par les postillons de Carlisle, qui sont payés par l'un ou l'autre des dignitaires sus-mentionnés. Si la poursuite des parents est trop ardente, on conseille au couple effarouché de se glisser dans un lit et, dans cette situation, on les montre aux poursuivants, qui n'insistent plus... L'endroit se distingue de loin par un groupe de sapins, le bosquet de Cythère du lieu. J'eus la curiosité de voir le grand-prêtre qui m'apparut sous la forme d'un pêcheur, en surtout bleu, avec une grosse chique de tabac dans la bouche. L'un d'entre nous feignit d'être venu pour reconnaître la place, et lui demanda son prix; après nous avoir considérés attentivement, il le laissa à notre générosité[688]». Quelle fin c'eût été pour le pélerinage poétique! Ce sont là des enfantillages sans portée et sans gravité. Ils n'ont d'intérêt qu'autant qu'ils marquent l'absence de préoccupations sérieuses, et dignes de ce voyage que d'autres poètes devaient faire avec tant de gravité, de vénération et de profit. À coup sûr, la relation de ces plates aventures occupe matériellement plus de place dans le journal de Burns que les notes sur les sites ou les poèmes. Sans entrer dans des détails Lockhart dit: «Le Dr Currie a publié quelques extraits du Journal tenu par Burns pendant cette excursion, mais ils sont pour la plupart très triviaux[689].»