Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.
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Sans doute cette poésie n'avait pas encore reçu sa large consécration littéraire; elle n'avait pas pris rang dans les bibliothèques comme une des plus originales anthologies populaires qu'il y ait. Elle était cependant bien connue en Écosse; et même elle était à la mode. La preuve en est dans les nombreuses imitations que le XVIIIe siècle en avait faites, bien avant le moment où Burns voyageait dans les Borders. Allan Ramsay avait donné l'exemple de ces imitations, bien que les siennes fussent froides et maniérées. Toute une série de menus poètes, Robert Crawford, Hamilton de Bangour, Julius Mickle, John Logan, avaient retrouvé, parfois dans quelques pièces seulement, parfois dans une seule, l'accent et la mélodie des vieilles ballades[661]. Ne sait-on pas que deux versions célèbres d'une ancienne ballade, les Fleurs de la Forêt, sont dues à deux jeunes filles, l'une Miss Jane Elliot et l'autre Miss Alison Rutherford, plus tard Mrs Cockburn, que nous avons vue, déjà âgée, accueillir Burns à Édimbourg? Elles avaient toutes deux, sans s'en douter, émues un jour par un refrain plaintif, donné deux chefs-d'œuvre de sentiment simple, et enrichi de deux perles la poésie de leur pays[662]. Elles ne composèrent jamais rien d'autre. Ces deux charmantes pièces avaient, en réalité, été produites par le pur procédé de collaboration populaire: l'émotion de chanteurs successifs s'ajoutant à l'inspiration de l'auteur primitif. La seule différence est qu'ici le résultat fut imprimé au lieu d'être chanté, et que les collaborateurs furent découverts par la seule curiosité littéraire des temps, car Miss Rutherford et Miss Elliot avaient essayé de s'en cacher. Enfin la célèbre tragédie de Douglas de John Home, que Burns, comme tous les Écossais, connaissait bien, était fondée sur une de ces ballades[663]. Cette poésie était donc répandue et appréciée. Bien plus, elle était si active, si pleine de sève, si maîtresse des imaginations que, parmi des milliers d'autres, elle était en train de former, à ce moment précis, trois âmes qui devaient être entre les plus robustes et les plus riches de leur contrée.