Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV. (continued 3)
Reading edition
De graves difficultés l'attendaient, tellement graves qu'elles allaient brusquement changer le cours de sa vie. Quand il rentra à Mauchline, il trouva Jane Armour dans le déchirement de sa maternité, dans le deuil de ces deux petites vies tombées mortes d'elle, dans le désespoir de l'abandon des siens, dans l'isolement et le scandale de sa faute. Et c'était là son ouvrage, l'ouvrage de quelques mauvaises heures de désir ou de revanche! Qu'allait-il faire maintenant? Abandonnerait-il cette fille qu'il avait arrachée à la maison paternelle, à la possibilité d'un mariage, pour l'amener dans cette chambre d'auberge, sur ce lit? Mais que deviendrait-elle? Où irait-elle? Comment vivrait-elle? Elle n'avait de ressource que de se faire servante ou de mendier. À quel degré de misère serait-elle réduite, à quel degré d'abaissement la misère la réduirait-elle? Cette vie entière dépendait de lui. S'il la laissait tomber, où roulerait-elle? «J'avais entre mes mains le bonheur ou la misère d'une créature humaine que j'avais longtemps et beaucoup aimée, et qui oserait jouer avec un tel dépôt[913]?» S'il passait outre, quelle durée de remords il se préparait! La pensée, intolérable, persistant jusque dans les dernières lueurs de la mémoire et les empoisonnant, d'avoir disgracié, dégradé, détruit une existence. «Vous avez raison, la condition de célibataire m'aurait assuré plus d'amis, mais, pour une cause que vous devinerez facilement, une conscience tranquille dans la jouissance de mon propre esprit, une confiance assurée pour l'heure où je comparaîtrai devant Dieu, auraient rarement été du nombre[914].» Non! Il ne pouvait pas l'abandonner.