Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV. (continued 3)
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Le 24 mars 1788, Burns quitta Édimbourg définitivement. Il s'éloignait sans que son départ fût remarqué, désabusé, des lieux où, dix-huit mois auparavant, il était arrivé le cœur jeune, bondissant d'espérance et où il avait été accueilli par un tel enthousiasme. Il n'avait pas lieu d'être reconnaissant à la grande ville. Elle n'avait pas tenu ses promesses. Elle lui avait versé pendant quelques mois l'admiration et les flatteries, comme une ivresse. Mais cela était fini depuis longtemps; la faveur, la vogue étaient tombées, comme des voiles un instant gonflées par le vent; l'attention même avait disparu. Il ne restait rien que la fatigue et l'irritation de cette représentation inutile. S'il avait, en ce moment, une claire conscience de lui-même, il pouvait même en vouloir à la cité. Ce séjour l'avait plus vieilli que plusieurs années de travail ingrat. Cette ville l'avait détérioré. Par en haut, elle lui avait imprudemment montré une existence brillante, inaccessible pour lui; elle lui avait fait prendre goût à ce qu'elle ne pouvait lui donner, plus encore! à ce qu'il ne pouvait atteindre; elle lui avait fait connaître, non pas l'admiration brève des amis qui se mélange à l'effort et l'aiguillonne, mais l'admiration des salons qui le suit, le gêne et l'entrave. Il en emportait le mécontentement de sa destinée, une colère sourde contre les répartitions de la fortune et du rang, de la rancune contre ces classes élégantes où il était resté dépaysé. Par en bas, elle lui avait communiqué des habitudes de taverne, de boissonnements quotidiens et de bamboches nocturnes qui l'avaient fatigué. Chose plus grave! elle lui avait fait perdre l'habitude du travail, elle l'avait immobilisé dans un désœuvrement physique et intellectuel qui avait amolli son corps et son esprit. Il le savait bien. «J'ai pris un si vicieux pli de paresse, qu'il faudra un effort peu ordinaire pour amener convenablement mon esprit à la routine des affaires[911].» Et ailleurs «comme jusqu'à ces dix-huit derniers mois, ma richesse n'a jamais été jusqu'à posséder dix guinées, j'ai à apprendre la connaissance des affaires; ajoutez à cela que mes scènes récentes de paresse et de dissipation ont énervé mon esprit à un degré alarmant[912]». Il sentait bien le mal que lui avait fait Édimbourg. Il partait de là, avec quelques centaines de livres dans sa poche, un peu moins pauvre que lorsqu'il était arrivé, mais aussi indécis, aussi incertain de l'avenir et moins propre à l'aborder. Il s'éloignait le cœur alourdi de lassitude, de soucis. Il était entré dans cette ville avec la confiance, il en sortait avec la défiance de la vie. Où était-il le refrain de la vieille chanson?