Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV. (continued 2)
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Ses annales n'ont pas la profondeur de vie religieuse et littéraire d'Édimbourg. Elles n'émanent pas d'elle-même, comme dans cette grande ville où, de la fournaise d'une population ardente, sortaient les événements et coulait l'histoire. Elles proviennent de sa situation, car elle est la clef des Hautes-Terres; les faits dont elle garde la mémoire se sont passés plutôt à propos d'elle et autour d'elle que par elle. Mais elles ont un caractère particulier, et si elles sont moins populaires, elles ont un tour plus chevaleresque et plus royal. Stirling fut pendant longtemps le siège de la royauté. Alexandre I y mourut en 1124, et Guillaume le Lion en 1214. Surtout elle fut la ville des Stuarts. C'est là que vécut Jacques I, le roi-poète, l'élève de Chaucer; Jacques II y naquit; Jacques III en fit sa résidence favorite; Jacques IV, qui devait périr avec la fleur d'Écosse sur le fatal champ de Flodden, y naquit en 1474; Jacques V, le père de Marie Stuart, y passa presque toute sa vie; Marie Stuart y fut couronnée; c'est là que Darnley lui fit sa cour; et c'est là aussi que Jacques VI, leur fils, fut proclamé roi à l'âge de treize mois, puis élevé sous la rude discipline du célèbre Robert Buchanan, tandis que sa mère songeait à lui dans sa prison. C'est à Stirling que les Stuarts ont laissé le plus de traces de leurs goûts artistiques, et placé les quelques édifices que les troubles de leurs règnes et la pénurie de leurs coffres leur permirent de bâtir. Jacques III y fit construire la salle du Parlement et une chapelle royale, qui fut reconstruite par Jacques VI. Ce palais, d'une richesse excessive et barbare, est l'œuvre de Jacques V.[755] Il avait épousé deux françaises: Madeleine, fille de François I, puis Marie de Guise; il avait pris dans son séjour en France le goût des constructions, qui fut un des traits de la Renaissance française. Celte ornementation massive, surchargée et grossièrement luxuriante, cette sculpture tourmentée, déréglée jusqu'au grotesque, abondante en postures forcenées, en contorsions, en lourds caprices, cet encombrement de figures où foisonnent les personnages de la mythologie, de l'antiquité et de la vie contemporaine, où Omphale, Persée, Diane, Vénus se coudoient, où Cléopâtre avec son aspic a sa niche, le roi Jacques et sa reine leur portrait, l'échanson et les officiers de la cour leur statuette, pêle-mêle dans un grouillement de créatures et d'animaux innomés, ce travail rude de la pierre, la luxure non pas élégante mais bestiale de certains sujets, tout cela est bien la Renaissance dans des esprits mal dégrossis et brutalement épris du beau. C'est bien l'image des Stuarts: des âmes d'un fond encore barbare et inculte, touchées et en partie gâtées par la corruption affinée du continent. Des légendes de toute espèce habitent ces vieilles murailles. C'est par cette fenêtre que Jacques II, après avoir dans une discussion frappé de deux coups de dague le comte de Douglas à qui il avait envoyé un sauf-conduit sous le sceau royal, fit jeter son cadavre dans la cour. Par ce sentier qui descend derrière le château, Jacques V s'échappait, sous des déguisements divers, pour s'informer des doléances de ses sujets et surtout pour courir les aventures d'amour. C'était un roi galant. Quand, dans ses expéditions, il arrivait qu'on lui demandât son nom, il disait qu'il était «le fermier de Ballengeich», d'après le nom du sentier. Il rencontrait ainsi toutes sortes de chances ou de mauvais pas[756]. Sa mémoire est restée populaire un peu à la façon de celle de notre Henri IV, et dans les recueils de chansons écossaises, il y en a quelques-unes qu'on lui attribue et qui célèbrent ses exploits galants. C'est ainsi que, dans ce cadre plus fait à leur taille, les Stuarts ont laissé des souvenirs en quelque sorte plus intimes et plus familiers. Leurs qualités revivent là mieux qu'ailleurs: leur bravoure, leur don héréditaire de poésie, leur spontanéité de cœur, leur remarquable effort pour établir un peu de justice en abaissant les nobles, et là aussi revivent leurs faiblesses. En visitant le château, Burns avait devant lui toute cette race fameuse, dans un tableau de somptuosités, de galanteries, de faits d'audace, de vues politiques, ramassés les uns contre les autres par la perspective du passé. Cet éloignement, où tout ce qui fut ordinaire était effacé, lui faisait paraître plus brillantes ces époques disparues.