Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV. (continued 2)
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Il est clair qu'une correspondance, engagée sur ce ton, doit conduire à des entrevues. Aussitôt que Burns fut capable de sortir dans une chaise à porteurs, il alla rendre visite à Clarinda. Il raconta sa vie, ses fautes et ses folies, avec son éloquence enflammée et des élans de regret. On imagine ce que pouvait être sur ses lèvres le tableau de son enfance, des sombres jours de son père, sauvé de la prison par la mort «le dernier et souvent le meilleur ami du pauvre[848]», et la flamme qui devait sortir du récit de ses propres passions. On voit la pauvre Clarinda, éblouie par ces regards éclatants, suspendue à cette navrante histoire, prise du désir de guérir ces regrets. Le lendemain, pour compléter ce qu'il avait dit la veille, il lui envoya sa lettre au Dr Moore. Elle la lut, et, avec un vrai instinct féminin, elle s'appliqua la scène éternelle où la pitié fait naître l'amour. Elle songea aussitôt à Desdemona troublée du récit des souffrances et des dangers d'Othello. Elle y songea parce que son cœur lui disait les mêmes choses qui sont exprimées dans ce passage d'une humanité si profonde. Et la ressemblance n'était pas déjà si lointaine. Il y avait quelque chose de la rudesse, de l'origine vulgaire et presque de l'aspect du maure, dans cet homme au teint brun et aux yeux noirs flamboyants, qui répandait son récit d'épreuves et d'aventures. C'est le prix de ceux qui les ont traversées qui fait le prix de ces péripéties. Les exploits du guerrier noir ne sont après tout que le fait de maint soldat, mais la fille du sénateur eut raison d'en être éblouie. La vie de Burns sembla justement, à celle qui l'écoutait ainsi, douloureuse et presque également héroïque: à coup sûr elle avait eu une endurance et une vaillance égales. Clarinda avait senti juste en allant droit à cette scène. Elle avait touché ce que les sentiments ont de commun, sous les diversités de situations, de langage et de ciel. Sa tendre compassion était bien sœur de celle de Desdemona. C'est sûrement un des points curieux et touchants de cette correspondance.