Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV. (continued 2)
Reading edition
C'était, de l'aveu de tous, une femme remarquablement intelligente, non pas d'une intelligence de haut vol ou de très rare qualité, mais vive, facile, ouverte et avide. Elle avait de l'imagination, mais probablement de l'imagination de lecture et sortie de la mémoire. Elle avait un goût qui semble avoir été sincère pour les choses de l'esprit et le désir d'accroître sa culture intellectuelle. Elle avait reçu l'éducation de la plupart des jeunes filles de son temps, laquelle était ordinaire. «Elle comprit plus tard pleinement les désavantages d'une pareille éducation et y porta partiellement remède, à une époque de la vie où beaucoup de femmes négligent ce qu'elles ont appris et où bien peu persévèrent dans l'acquisition de nouvelles connaissances[821].» Elle lisait beaucoup. Saint-Simon fait cet éloge d'une dame: «qu'elle avait de la mémoire et le jugement de n'en pas montrer.» Mrs Mac Lehose avait de la mémoire mais sans ce jugement-là. Elle aimait à faire montre de ses lectures. «Elle améliora son goût par la lecture des meilleurs auteurs anglais. Douée d'une mémoire très rétentive, elle citait souvent à propos ces auteurs, à la fois dans sa conversation et dans sa correspondance[822].» Elle se piquait de bien écrire et s'y appliquait. Il y avait bien un peu de pédantisme dans son cas. Elle avait une conversation qu'on regardait comme brillante, et dont la qualité était probablement l'assurance et la facilité de parole, qui souvent suffisent pour une réputation de ce genre. Il ne semble pas, d'après ses lettres, que cette causerie courante et décidée dépassât beaucoup les lieux communs, les réflexions générales. Il se peut qu'elle tombât quelquefois sur des rencontres de mots qui ont plus de succès qu'elles ne valent. Ce devait être l'exception. On ne trouve guère dans sa correspondance aucune de ces saillies, de ces tours imprévus, de ces aperçus personnels, même sur de menus points, qui marquent l'originalité d'un esprit. Ses lettres ont plutôt une tendance au développement noble, un peu déclamatoire et étalé. On y chercherait inutilement ce léger clapotis d'idées, fût-il même un peu brouillon, ces sauts soudains d'un sujet à un autre, l'aisance familière, la grâce abandonnée de certaines correspondances féminines. La sienne a quelque chose d'un peu trop littéraire. C'était, d'ailleurs, le ton de l'époque et de l'endroit. Avec cela elle avait du bon sens, de la pénétration, un coup d'œil ferme en soi et dans les autres, de la justesse et de la solidité. Elle avait un fonds d'esprit plutôt sérieux, auquel son imagination et sa ferveur intellectuelle, et peut-être aussi une imitation littéraire, donnaient un certain mouvement général.