Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV. (continued 2)
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Ce fâcheux compagnon lui fut une entrave de plus d'une manière. La réception de Burns pendant ce tour ne ressemblait en rien à celle qu'il avait eue pendant son tour des Borders. Dans ces pays incultes, on ne rencontrait plus la classe de gros fermiers qui habite les Basses-Terres. Il n'y avait, surtout alors, que des seigneurs et des paysans, des châteaux et de pauvres chaumières[798]. Burns fut accueilli comme un personnage célèbre dans toutes ces grandes demeures; dès qu'il arrivait on l'invitait. Nicol, trop bourru pour se montrer, restait à l'auberge et rageait. À Blair Athole, où Burns fut reçu par le duc d'Athole, Walker fit prendre patience au malotru en lui donnant des cannes à pêche et en l'envoyant pêcher à la ligne. À la suite de cette visite, on désirait garder le poète un peu plus longtemps, mais Nicol dépité voulut partir absolument. Les dames envoyèrent un domestique à l'auberge pour corrompre le postillon et lui faire enlever un fer à un des chevaux. Ce postillon se trouva incorruptible. Il fallut se remettre en route[799]. Ce fut peut-être un malheur pour Burns; on attendait comme hôte M. Dundas, dont le patronage était tout puissant et qui était le grand distributeur de faveurs pour l'Écosse. Cette rencontre aurait pu changer l'avenir de Burns. Cette scène se renouvela plus loin. Il fut invité au château de Gordon par le duc et la duchesse que nous avons vue reine de la société d'Édimbourg. Comme on le pressait de rester il s'en défendit en disant qu'il avait un compagnon, «son hôte offrit d'envoyer un domestique pour ramener M. Nicol au château; Burns voulut s'acquitter lui-même de cette commission. Toutefois, un gentleman, ami particulier du duc, l'accompagna, qui transmit l'invitation avec toutes les formes de la politesse. L'invitation arrivait trop tard; l'orgueil de Nicol s'était enflammé jusqu'à un haut degré de colère, par suite de la négligence dont il croyait être victime. Il avait ordonné qu'on mît les chevaux à la voiture, résolu à continuer le voyage tout seul, et ils le trouvèrent paradant dans les rues de Forchabers, devant la porte de l'auberge, exhalant sa colère contre le postillon, pour la lenteur avec laquelle il accomplissait ses ordres. Aucune explication, aucune prière ne purent changer sa décision. Notre poète fut réduit à la nécessité de se séparer de lui tout à fait, ou de continuer incontinent son voyage. Il choisit cette dernière alternative et, prenant place à côté de Nicol dans la chaise de poste, avec dépit et regret, il tourna le dos au château de Gordon où il s'était promis de passer quelques jours heureux[800].» Aussi Walker est-il très sévère pour Nicol. «Pendant ces visites, dit-il, Burns fut amené à découvrir qu'il avait fait un choix peu judicieux dans son compagnon de voyage, dont la présence le gênait et le harassait. Le mauvais caractère et les mauvaises manières de M. Nicol empêchaient Burns de l'introduire dans des cercles où la délicatesse et le tact étaient nécessaires.» Et parlant des visites écourtées de Burns il ajoute: «Ceci n'était pas seulement un ennui et un désappointement, ce fut, selon toute probabilité, un sérieux malheur pour Burns, car une résidence plus longue avec des personnes d'une telle influence aurait pu engendrer une intimité durable, et de leur part, un intérêt actif pour son avancement futur[801].»