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Robert Burns. Vol. 1, La Vie

Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE III.

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La scène de ces fiançailles et de ces adieux est célèbre dans l'histoire de la poésie anglaise. Tout contribue à lui donner un caractère de grâce pastorale et de mélancolie: la beauté du lieu, la destinée des personnages et la douceur des vers qu'elle a produits. C'est près de la résidence de Coilsfield, à l'endroit où le petit ruisseau de la Flail rejoint la rivière d'Ayr, qu'on montre l'aubépine près de laquelle les amants se rencontrèrent. Le cours de l'Ayr, entre des bords raides et verts, est pittoresque jusqu'à son embouchure; il ne l'est nulle part davantage que dans cet endroit fait à souhait et choisi par un poète. L'eau peu profonde coule sur des cailloux, entre la rive basse et sablonneuse où débouche la Flail, et l'autre rive escarpée, qui disparaît sous un manteau d'églantiers, de chèvrefeuilles et de bruyères, dans les épaisseurs duquel le printemps sème des milliers d'hyacinthes violettes. C'est une retraite charmante et intime. Tout autour ondule un horizon de collines boisées. Si l'on jette sur ce tableau le silence solennel d'un dimanche écossais, si l'on met dans l'âme des deux personnages, le respect, la révérence qu'inspire le jour sacré, on a quelque idée du sentiment qui présida à cette scène et on comprend qu'elle soit pour les Écossais grave et presque religieuse. Cromek raconte que leurs fiançailles, qui étaient en même temps leurs adieux, s'accomplirent «avec ces cérémonies si simples et frappantes que le sentiment rustique a inventées pour prolonger les émotions tendres et les consacrer.» Ils se tinrent debout de chaque côté du ruisseau; ils se lavèrent les mains dans le courant et, tenant une Bible entre eux, prononcèrent leur vœu d'être fidèles l'un à l'autre[306]. On a retrouvé la Bible en deux volumes que Burns donna à sa fiancée. Sur le premier volume était écrit le nom de Mary Campbell, suivi de la marque maçonnique du poète et de ces paroles du Lévitique: «Vous ne jurerez point faussement par mon nom. Je suis l'Éternel.» Sur le second volume était écrit: «Robert Burns, Mossgiel», également avec la marque maçonnique, et ces mots de St. Matthieu: «Tu ne te parjureras point, mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment[307].» Les heures radieuses s'envolèrent, sur lesquelles flottaient des parfums, faites pour eux de tendresse voilée par la mélancolie des adieux et sanctifiée par une solennelle promesse. Quand l'ouest étincelant proclama la fuite du jour, les amants se séparèrent, pour ne jamais se retrouver. Mais le lieu où fleurit l'aubépine blanche de Burns est devenu, pour une partie du monde, aussi précieux que celui où poussent sur les talus les petites pervenches bleues de Rousseau.

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