Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE III.
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Ici s'intercale un des plus étranges et des plus mystérieux épisodes de la vie de Burns, celui de Highland Mary, de Mary des Hautes-Terres. Il resta longtemps ignoré. Burns, de son vivant, n'en parla jamais qu'avec réserve et l'entoura d'une sorte de silence. Quand il fut forcé d'en dire quelques mots, à propos des pièces qui portaient le nom de Highland Mary, il le fit d'une manière très vague et très évasive. Il y fait allusion comme à un événement du temps passé: «le sujet est un des passages les plus intéressants de mes jours de jeunesse[300]», ou «ceci est une de mes compositions du commencement de ma vie, avant que je fusse du tout connu dans le monde[301].» C'est, avec quelques mots cités plus loin, tout ce qu'il en laissa jamais échapper. Après sa mort, sa famille semble avoir désiré laisser dans l'ombre et l'oubli cet incident. Il est de toute évidence que, lorsque le Dr Currie prépara son édition de Burns, il reçut de Gilbert des confidences partielles à ce sujet, mais en même temps des recommandations de n'en point parler. C'est ce qu'impliquent les lignes suivantes: «Les rivages de l'Ayr furent la scène de passions de sa jeunesse, d'une nature encore plus tendre; il ne conviendrait pas d'en révéler l'histoire quand bien même cela serait en notre pouvoir; on n'en pourra bientôt plus découvrir les traces que dans ces poèmes pleins de nature et de sensibilité auxquels elles ont donné naissance. On sait que la chanson intitulée Mary des Hautes-Terres se rapporte à un de ces attachements. L'objet de cette passion mourut au début de la vie, et l'impression laissée sur l'esprit de Burns semble avoir été profonde et durable[302].» Il s'en fallut de peu en effet—et cela eût peut-être été à souhaiter pour la mémoire de Robert Burns—que cette histoire passât comme un événement indistinct et secondaire. Aucun des biographes du poète n'avait pris la peine d'en marquer ni la date, ni l'importance. M. Scott Douglas, avec beaucoup de pénétration et de patience, est parvenu à élucider ce point obscur, et le résultat de ses recherches a été une révélation imprévue et, par certains côtés, affligeante. Au moment même où, le cœur saignant de la blessure faite par Jane, Burns poussait ces plaintes déchirantes, il est désormais certain qu'il aima ou crut aimer une autre femme et surtout qu'il se fit aimer d'elle[303].