Note 50 — II. — ROMANCIERS (continued 2)
Reading edition
Camille Lemonnier, dans la préface de Héros et Pantins (p. xiii-xiv), apprécie en ces termes le labeur littéraire de Léon Cladel: «... Il va jusqu’à épuiser l’artifice des plus subtiles rhétoriques, en variant incessamment la tournure des phrases et le choix des mots, en ne permettant pas qu’un même vocable reparaisse dans tout le cours d’un livre, et d’autres fois en prohibant même, en tête des alinéas, le retour d’une même lettre initiale. C’est encore là le secret de ces terribles phrases kilométriques dont se gaussent fort impertinemment des stylistes sans haleine, las et pantois au bout de dix mots, et qui, enchevêtrées d’incidentes, avec des circonlocutions nombreuses et des arabesques emmêlées comme les sinuosités d’un labyrinthe, rampent à la façon des ronces ou se dressent à la façon des chênes, touffue végétation du style, où chantent, et sifflent, et chuchotent les idées, ces oiseaux de l’esprit.» On pourrait d’ailleurs dire de Léon Cladel ce que lui-même a dit de Baudelaire, dans la dédicace de La Fête votive (p. 6; Lemerre, 1882): «Un mot le préoccupait au point de l’empêcher de dormir pendant huit nuits consécutives, une phrase le persécutait un mois durant, telle page des années; et c’est ainsi qu’au prix des plus cruels sacrifices, il forma... ligne à ligne sa prose».