Note 77 — PREMIÈRE PARTIE. (continued 5)
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Les Ida ou Blal ont le type et les manières des Arabes, et parlent la langue du Koran, seuls au milieu d’une population tamaziṛt ; double motif d’admettre ce qu’eux-mêmes disent de leur origine. Les nombreuses formes imaziṛen qui figurent dans leurs noms de fractions m’inspirèrent pourtant des doutes à ce sujet. A mon retour du Maroc, j’essayai d’éclaircir la question ; je fus conduit à regarder les Ida ou Blal comme Arabes : un long contact avec les Imaziṛen a introduit chez eux les appellations étrangères. Parmi mes documents sur les Ida ou Blal, en voici deux d’un intérêt particulier : le premier m’a été fourni par M. Montel, chancelier du consulat de France à Mogador, l’autre par M. Pilard, interprète militaire en retraite.
1o — « Les Ida ou Blal ont leur berceau dans le Sahara, entre les Tajakant et les Ạrib ; ces trois tribus sont de race arabe. Les Ida ou Blal se divisent aujourd’hui en trois groupes : le premier habite encore le territoire originaire de la tribu ; le second est établi dans la qaçba de Fâs Djedid et en un lieu appelé Ḍahr er Ramka, proche de Fâs ; le troisième est, depuis de longues années, installé aux environs de Merrâkech. De plus, il y a parmi les Ḥaḥa quelques familles connues sous le nom d’Ida ou Blal et regardées comme originaires de la grande tribu de ce nom ; elles parlent la langue tamaziṛt et sont comptées comme faisant partie des Ḥaḥa. »
2o — « Les Ạrib, les Doui Blal et les Tajakant sont des Arabes Mâkil fortement mêlés de nomades Zenâga. Vers l’ouest, l’élément berbère semble prendre le dessus ; aussi les Doui Blal y sont ordinairement désignés sous l’appellation chleuḥa d’Ida ou Blal. Quant aux Tajakant, leur véritable nom est Djakâna. Au contraire, les fractions demeurées dans l’est sont restées purement arabes. Tels les Oulad Moulat, portion des Doui Blal, établis isolément dans les déserts du sud du Tafilelt ; ils auraient, au dire des gens des oasis, conservé encore aujourd’hui les flexions finales de la langue arabe[A].
« Les Doui Blal sont une tribu nomade dont le territoire habituel est entre Tatta et Mrimima, mais ils volent sur les routes jusque chez les Chạanba.
« Une des fractions des Doui Blal, les Oulad Moulat[B], est séparée du reste de la tribu et vit isolée dans l’Areg er Raoui. Elle peut mettre sur pied 1000 combattants montés deux à deux sur des meharis. Les Oulad Moulat sont nomades ; ils s’habillent de coton bleu foncé ; tête nue ; longs cheveux ; sabres droits à deux tranchants comme ceux des Touâreg. Ils sont libres ; personne n’exerce de commandement dans la tribu. Ils sont ennemis de tout le monde, sont craints des qçour du Tafilelt et ne respectent pas les zaouïas. Leur perfidie est telle que le mot mitsaq Doui Blal, « foi des Doui Blal », est, dans le sud, synonyme de foi punique. En 1871 ou 1872, 350 tentes environ d’entre eux, ayant eu une querelle avec le reste des Oulad Moulat, se sont séparées du gros de la fraction : elles ont émigré, 150 tentes à Timmi et à Tsabit, 200 chez les Aït Ounbegi, à El Mạïder, entre l’Ouad Ziz et l’Ouad Dra[C]. Cette querelle avait eu lieu à la suite du pillage, par un groupe des Oulad Moulat, d’une caravane protégée par l’autre groupe. Ils s’ensuivit une guerre civile qui dura deux ans et se termina par l’émigration du parti vaincu. Les Oulad Moulat, quelque impies qu’ils soient, sont serviteurs religieux de Sidi el Ṛazi (Tafilelt), de Sidi Aḥmed el Ḥabib (Zaouïa el Maṭi), et de Sidi Moḥammed ben Nacer (Tamegrout). »
Ces documents, s’alliant avec les renseignements que j’ai rapportés, prouvent que les Ida ou Blal, ou mieux Doui Blal, sont une tribu nomade d’origine arabe, dont la masse principale est établie sur les deux rives du Dra, entre les méridiens de Tatta et de Mrimima. Un groupe important de la tribu, appartenant à la fraction des Imoulaten ou Oulad Moulat, a émigré depuis longtemps vers l’est, où il est cantonné au sud du Tafilelt. Un certain nombre de familles Doui Blal ont été transportées, de force probablement, par quelque puissant sultan, les unes à Merrâkech, les autres à Fâs, où elles ont perpétué leur nom et leur race. Quelques-unes enfin sont mêlées, on ne sait comment, à la tribu tamaziṛt des Ḥaḥa. Les premiers se sont un peu altérés au contact des Chellaḥa et des Ḥaraṭîn, leurs voisins ; les seconds, plus isolés, ont gardé leur physionomie et leur langage primitifs. Les troisièmes sont des Arabes dégénérés, semblables aux Arabes d’Algérie. Les derniers sont Imaziṛen de mœurs et de langue et n’ont de Doui Blal que le nom.
[A]Je n’ai pas remarqué ce fait chez les Ida ou Blal que j’ai vus, c’est-à-dire dans le gros de la tribu : on y parle, comme partout au Maroc, un arabe qui est, à peu de chose près, notre arabe vulgaire d’Algérie.
[B]Ils figurent sous le nom d’Imoulaten dans la décomposition qu’on nous a donnée à Tatta.
[C]Pour les noms géographiques dont il est question ici, voir la Carte générale du Tafilala par M. le général Dastugue.