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Portraits littéraires, Tome III

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 7)

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Lemonnier était trop politique pour ne pas, dans cette circonstance, être de l'avis des autres; Lassonne et Lieutaud, déterminés à renoncer à cette troisième saignée, remirent pourtant après la seconde saignée à en prononcer. Les chirurgiens furent, comme toujours, de l'avis des médecins, et il fut question de procéder à la saignée qu'on avait ordonnée à midi. Le parti qui désirait tous les moyens qui feraient chasser Mme Dubarry et tous ses plats courtisans (et j'étais un des plus actionnés dans ce parti) s'efforçait de savoir exactement tout ce qui se faisait dans l'autre, mais se bornait à cela. La prudence lui interdisait toutes démarches; car le renvoi de cette femme étant nécessairement lié à un plus grand danger du roi, il eût été maladroit et dangereux de rien montrer de l'envie qu'on en avait. La lâcheté des médecins qui les avait fait renoncer à l'idée d'une troisième saignée si la seconde ne produisait pas un assez grand soulagement, ne les empêchait pas de penser, qu'elle serait vraisemblablement nécessaire; mais ils s'étaient engagés, et, pour satisfaire à la fois leur parole et leur conscience, ils prirent le parti de faire faire la seconde saignée tellement abondante, qu'elle pût tenir lieu d'une troisième. En conséquence, on tira au roi la valeur de quatre grandes palettes. Les rois doivent être accoutumés à voir leur gloire et leur santé être le jouet de l'intrigue et de l'intérêt de tout ce qui les entoure. Le roi se montra encore bien lui pendant et avant cette saignée; sa peur, sa pusillanimité étaient inconcevables; il fit venir du vinaigre qu'il fit mettre sous son nez, disant à la vue du chirurgien qu'il allait se trouver mal, se faisant soutenir par quatre personnes, et donnant son pouls à tâter à la Faculté, et faisant à chaque instant les mêmes questions aux médecins sur sa maladie, sur les remèdes, sur son état. «Vous me dites que je ne suis pas mal, et que je serai bientôt guéri, leur disait-il, mais vous n'en pensez pas un mot; vous devez me le dire.» Ceux-ci protestaient de dire la vérité, et le roi ne s'en plaignait, n'en geignait, n'en criait pas moins. Sa peur et ses craintes n'étaient pas celles de l'inquiétude bien intéressante(?), mais celles d'une faiblesse lâche et révoltante. Son mal de tête, qui n'avait pas cédé à la première saignée, ne cédait pas plus à la seconde, et il se répandait dans Versailles, à la grande satisfaction des uns et au grand chagrin des autres, que le roi entrait dans une grande maladie. Le roi, inquiet et souffrant, ne parlait que de lui quand il parlait, mais parlait peu. Il avait, vers les cinq heures, envoyé chercher ses enfants, qui étaient venus passer auprès de son lit une demi-heure, sans en entendre et sans lui dire une parole. Il n'aurait pas pensé à se procurer cette visite, si L......., qui voulait lui en procurer une autre, ne lui eût pas proposé d'aller chercher ses enfants. L......316, premier valet de chambre du roi, livré, comme M. d'Aumont, à Mme Dubarry, joignait sa bassesse à la sienne, pour la servir quand il le pouvait, et avait fait à cet égard de grands projets pour cette occasion. Quoique L...... soit un homme vil et sans honneur, il ne faut pas confondre sa bassesse avec celle de M. d'A.....; elle est d'un caractère un peu plus noble, au moins plus hardi. C'est une espèce de fou qui ne manque pas d'esprit, à qui les caresses de Mme Dubarry et la confiance du roi dans cet horrible rapport avaient tourné la tête, qui se croyait un personnage, un homme à crédit, que cette idée disposait à tout faire pour l'avantage de cet indigne fripon, mais qui au moins était capable de mettre plus de force et plus d'intrépidité dans ses infamies; homme d'ailleurs d'une crapule indécente, d'une déraison choquante et d'une insolence brutale. Il voyait avec chagrin que les princes du sang et les grands-officiers remplissaient la chambre du roi, et qu'ils ne la quittaient pas, empêchant Mme Dubarry d'y arriver. M. d'Aumont n'en était pas plus content; il avait promis à M. d'Aiguillon de faciliter fréquemment les visites de Mme la comtesse; il tint son petit conseil avec L......, et le détermina en conséquence à venir nous dire à tous dans la chambre que le roi voulait être seul.

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