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Portraits littéraires, Tome III

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 7)

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Je quittai donc Lemonnier, après en avoir appris l'état du roi, et après avoir su que lui-même en était exclu par Mme Dubarry, qui y était actuellement renfermée seule, ou avec M. d'Aiguillon. Cependant la fièvre se soutint dans la nuit avec assez de force, il y eut même de l'augmentation; les douleurs de tête devinrent plus fortes, et nous apprîmes à huit heures du matin qu'on allait saigner le roi. Cette saignée avait été ordonnée par Lemonnier, d'accord avec La Martinière. Nous apprîmes aussi qu'on avait été chercher à Paris Lorry et Borden. Lemonnier, suivant son projet de la veille, avait demandé au roi du secours, et l'avait prié de choisir ceux des médecins qu'il désirait appeler en consultation. Il a dit n'en avoir proposé aucun, et cela est vrai; le roi les avait choisis l'un et l'autre, toujours d'après Mme Dubarry. L'un était son médecin, l'autre l'était de M. d'Aiguillon; et celui-ci avait engagé la maîtresse à déterminer le roi à ce choix, espérant se servir d'eux, suivant ses besoins, dans le cours de la maladie. Lassonne fut aussi appelé; mais comme il était médecin de Mme la Dauphine, il le fut purement du choix de Lemonnier. La nouvelle de la saignée fit arriver tous les courtisans; ceux qui avaient des charges, ceux qui n'en avaient pas, tout accourut, et le cabinet se trouva bientôt rempli de gens qui désiraient savoir des nouvelles du roi et n'avaient aucun moyen de s'en procurer. Il ne sortait encore presque personne de la chambre, et ceux qui en sortaient ne parlaient pas; on ne disait rien. Cependant, la saignée du roi faite, la fièvre subsistante, les médecins appelés, tout cela annonçait que l'on craignait une maladie, et donnait un grand champ aux spéculations de toute la Cour. Mme Dubarry persistait à croire que la fièvre du roi ne durerait certainement que vingt-quatre heures encore; elle voyait ce que M. d'Aiguillon lui faisait voir, et toujours, d'après ses conseils, se bornait à retarder l'appel des entrées et à occuper physiquement le roi d'elle. Les gens de son parti voyaient, comme elle, impossibilité à ce que le roi fût malade, et regardaient cette petite incommodité comme un moyen qui servirait encore à augmenter son crédit... Les ennemis de M. d'Aiguillon, au contraire, et ceux de Mme Dubarry, désirant que quelques accès de fièvre répétés inquiétassent assez le roi pour lui faire recevoir les sacrements, le voyaient déjà assez malade pour ne pas douter que leurs désirs ne fussent absolument accomplis. Chacun croyait ce qu'il voulait croire, et chacun croyait également sans fondement. Tandis que ce grand intérêt occupait toute la Cour, M. d'Aumont ne perdait pas de vue ses prétentions et le désir d'étendre et d'augmenter ses droits de gentilhomme de la chambre. Ce désir, qui lui était commun avec tous ses camarades, se montrait en lui d'une manière plus ridicule et plus grossière, parce qu'à la bassesse plate et vile qui, comme je le dis, était la base de son caractère, il joint une bêtise et une bonne opinion de lui qui en fait l'ornement. Il avait entendu dire que, pendant la maladie du roi à Metz, M. de Richelieu s'était enfermé seul avec lui et avait interdit la porte à M. de Bouillon et à mon grand-père, qui avaient eu l'un et l'autre la faiblesse de souscrire à cette volonté ridicule de M. le maréchal. Il voulait suivre le même plan; mais il avait affaire à gens qui connaissaient toutes ses prétentions, qui se tenaient en garde contre elles, et qui, sans vouloir augmenter leurs droits, étaient déterminés à n'en rien laisser attaquer. Telles étaient les dispositions de mon père, les miennes, celles de M. de Boisgelin314; c'étaient aussi celles de M. de Bouillon315, et nous nous étions tous proposé de ne laisser pénétrer ni rester aucun gentilhomme de la chambre dans l'intérieur du roi sans que nous y fussions avec eux. M. d'Aumont s'occupait aussi de reculer les entrées, c'est-à-dire de ne laisser entrer les personnes qui avaient droit d'entrer dans une chambre que dans celle qui la précédait; par ce moyen, il laissait libre et sans bruit la salle du conseil, qui précédait immédiatement la chambre du lit, et cet arrangement était raisonnable. Cependant MM. les capitaines des gardes, et nommément M. de Beauvau et M. le duc d'Ayen, s'en formalisèrent d'une manière qui me parut ridicule; car ce changement, en procurant plus de tranquillité au roi, n'attentait nullement à leurs droits, et ne les confondait pas avec plus de monde, puisque la chambre où l'on plaçait leurs entrées était interdite à tous ceux qui ne les avaient pas. M. de Beauvau, d'ailleurs très-facile à vivre dans l'ordre ordinaire de la société, est ce qu'on appelle susceptible dans les choses qui tiennent à sa charge.

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