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Portraits littéraires, Tome III

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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«Puisque vous êtes si curieuse, madame, que de vouloir apprendre tout ce qui se passa au rendez-vous d'avant-hier, j'aurai tantôt l'honneur de vous voir et de vous en dire jusqu'aux moindres circonstances. Cependant vous saurez qu'il y eut un excellent concert, et qu'après que les musiciens furent las de chanter, on se mit à discourir. Il y avoit sept ou huit des plus belles personnes de la Cour, entre lesquelles la duchesse de Montbazon paroissoit fort parée et dans une grande beauté, de sorte qu'on n'avoit les yeux que sur elle. On avoit espéré que la duchesse de Lesdiguières54 s'y trouveroit, et, comme on ne s'y attendoit plus, elle parut, et nous la vîmes poindre avec cet air fin et brillant que vous savez et qui plaît toujours. La duchesse de Montbazon, qui s'avança vers elle, lui parla tout bas et lui fit ensuite des compliments mêlés de louanges, et de la meilleure, foi du monde, comme vous pouvez juger. L'autre se couvroit de temps en temps de son manchon, et, d'un air modeste et même timide en apparence, faisoit semblant de n'oser paroître auprès d'une si belle personne; mais on sentoit bien, à la regarder, que ces façons ne tendoient qu'à vaincre plus-sûrement et de meilleure grâce. Sitôt que tout le monde fut assis: La conversation, dit monsieur le maréchal, a été fort agréable; mais, à cause de madame, il faut renouveler d'esprit55; elle mérite qu'on n'épargne rien de galant. La belle duchesse ne répondit qu'avec un doux sourire; mais elle parut si aimable, qu'on s'attacha plus que devant à dire de bons mots et de jolies choses. Ce dessein ne réussit pas toujours, et principalement lorsqu'on témoigne de le souhaiter, si bien que je ne laissai pas de vous trouver fort à dire. Aussi je m'en allois si l'on ne m'eût retenu, et je n'ose vous écrire combien la débauche fut grande; vous le pouvez conjecturer par l'emportement du sage ***, qui ne se contenta pas de nous parler des secrètes beautés de sa femme, et qui vouloit encore que nous en pussions juger par nous-mêmes. Elle s'en mit fort en colère, et les autres dames, les plus sévères, ne faisoient qu'en rire. Même il y en eut une qui, pour l'apaiser, lui représenta que son mari ne lui vouloit faire autre mal que de nous montrer qu'elle avoit la peau belle, qu'on n'en usoit pas autrement parmi les dames de conséquence et d'une excellente beauté, surtout un jour de réjouissance comme celui du carnaval. Ces raisons l'adoucirent bien fort, et je vis l'heure qu'elle étoit persuadée; mais enfin elle dit que cet homme, qui paroissoit si sage, n'étoit qu'un fou dans la débauche, et qu'elle ne désarmeroit point qu'on ne l'eût mis dehors, car elle avoit pris mon épée et menaçoit d'en tuer le premier qui s'approcheroit d'elle. On fit pourtant le traité à des conditions plus douces, et le tumulte finit agréablement.»

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