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Portraits littéraires, Tome III

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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Le chevalier sait bien l'antiquité latine et grecque; il en parle très-volontiers, d'une manière qui nous paraît bien d'abord un peu étrange, car il l'accommode, bon gré mal gré, à ses façons modernes; pourtant il y a de quoi profiter à l'entendre. Comme il cherche partout des honnêtes gens, il s'est avisé de découvrir que le premier en date était Ulysse: «Il connoissoit le monde, comme Homère en parle, dit-il; mais je crois qu'il n'avoit que bien peu de lecture.» Puis vient Alcibiade, autre honnête homme selon Platon. On est tout étonné de le voir prendre sérieusement à partie Alexandre, et le morigéner en deux ou trois circonstances, comme civil et galant hors de propos45; il essaye tout aussitôt de se justifier de l'étrange idée: «Que si l'on m'allègue que c'étoit la bienséance de ce temps-là, ce n'est rien à dire; les grâces d'un siècle sont celles de tous les temps. On s'y connoissoit alors à peu près comme aujourd'hui, tantôt plus, tantôt moins, selon les cours et les personnes; car le monde ne va ni ne vient, et ne fait que tourner.» L'erreur du chevalier se saisit bien nettement dans ce passage. Oui, le monde ne fait que tourner, mais les grâces, et surtout les bienséances, restent-elles les mêmes? Voilà ce qui ne saurait se soutenir, à moins d'être entiché; et, s'il est de certaines grâces naturelles et vraies qui, après des éclipses de goût, se maintiennent éternellement belles et restent jeunes toujours, sont-ce de ces grâces comme il l'entend, lui le bel-esprit et le raffiné?

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