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Portraits littéraires, Tome III

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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Cet honnête homme que le chevalier veut former, et qui est comme un idéal qui le fuit (car l'ordre de société que ce soin suppose se dérobait dès lors à chaque instant), lui fournit pourtant une inépuisable matière à des observations nobles, délices, neuves, parfois singulières et philosophiques aussi. Comme, selon lui, le propre de l'honnête homme est de n'avoir point de métier ni de profession, il pensait que la cour de France était surtout un théâtre favorable à le produire: «car elle est la plus grande et la plus belle qui nous soit connue, disait-il, et elle se montre souvent si tranquille que les meilleurs ouvriers n'ont rien à faire qu'à se reposer.» Ce parfait loisir constitue véritablement le climat propice: être capable de tout et n'avoir à s'appliquer à rien, c'est la plus belle condition pour le jeu complet des facultés aimables: «Il y a toujours eu de certains fainéants sans métier, mais qui n'étoient pas sans mérite, et qui ne songeoient qu'à bien vivre et qu'à se produire de bon air.» Et ce mot de fainéants n'a rien de défavorable dans l'acception, car «ce sont d'ordinaire, comme il les définit bien délicatement, des esprits doux et des coeurs tendres, des gens fiers et civils, hardis et modestes, qui ne sont ni avares ni ambitieux, qui ne s'empressent pas pour gouverner et pour tenir la première place auprès des rois: ils n'ont guère pour but que d'apporter la joie partout43, et leur plus grand soin ne tend qu'à mériter de l'estime et qu'à se faire aimer.» Voilà les fainéants du chevalier. Être ce qu'on appelle affairé, c'est là proprement la mort de l'honnête homme. M. Colbert, par exemple, était affairé, et de nos jours, hélas! chacun ne ressemble-t-il pas plus ou moins en cela à M. Colbert44?

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