Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)
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Il m'a toujours semblé que ce serait le sujet intéressant d'un petit mémoire que d'examiner à part le groupe des poëtes rois et princes au XVIe siècle: François Ier et sa soeur Marguerite, les deux autres Marguerite, Jeanne d'Albret, Marie Stuart, Charles IX, Henri IV enfin; car tous ont fait des vers, au moins des chansons. Mais il y aurait à discuter de près, à démêler le degré d'authenticité de certaines pièces qui ont couru sous leur nom. Brantôme, qui parle avec de grands éloges du talent poétique de la reine d'Écosse, nous apprend qu'on lui attribuait déjà, dans le temps, des vers qui ne ressemblaient nullement à ceux de l'aimable auteur, et qui, selon lui, ne les valaient pas. «Ils sont trop grossiers et mal polis, disait-il, pour estre sortis de sa belle boutique.» Depuis lors on a paré à ce genre d'objection, et c'est plutôt le trop de poli qui rend aujourd'hui suspecte la prétendue relique d'autrefois. Au XVIIIe siècle, il se glissa plus d'un pastiche dans ces recueils et Annales poétiques dont les rédacteurs étaient eux-mêmes faiseurs et peu scrupuleux. M. de Querlon assurait l'abbé de Saint-Léger que la chanson de Marie Stuart à bord du vaisseau (Adieu, plaisant pays de France) était de lui. Les beaux vers de Charles IX à Ronsard qui sont partout (L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner...), où se trouvent-ils cités pour la première fois? Où voit-on apparaître d'abord les couplets d'Henri IV sur Gabrielle et sa chanson à l'Aurore8 On a là toute une série de petites questions en perspective. Les autographes imprévus et tardifs (ils semblent sortir de dessous terre aujourd'hui), s'il s'eu produisait à l'appui des imprimés, devraient être eux-mêmes soumis à examen. Puis, quand la source originale serait sûrement atteinte, on aurait à discuter encore le degré de confiance qu'on peut accorder en pareil cas aux royales signatures; car ces princes et princesses avaient tout le long du jour à leur côté; entendant à demi-mot, valets de chambre, aumôniers et secrétaires, tous gens d'esprit et du métier. Les Bonaventure des Periers, les Marot, les Saint-Gelais, les Amyot, étaient en mesure de prêter plus d'un trait à un canevas auguste, et de mettre la main à la demande en même temps qu'à la réponse. Je ne sais plus quelle dame de la Cour d'Henri III disait à Des Portes, en lui demandant de la faire parler en vers, qu'elle envoyait ses pensées au rimeur. On sait positivement que c'était là l'usage de la spirituelle Marguerite, femme d'Henri IV. Son secrétaire Maynard la faisait parler en vers tendres et passionnés, et lui-même, dans sa vieillesse, a trahi le secret lorsqu'il a dit: