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Portraits littéraires, Tome III

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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Cette lettre une fois connue, je n'ai plus guère longtemps affaire avec le chevalier; il était surtout bon, lui le maître des cérémonies, à nous introduire auprès des autres, de ceux qui valent mieux que lui. Il paraît s'être retiré à une certaine époque dans son manoir des champs et n'avoir plus été du monde. Il avait été gros joueur et s'était mis sur le corps force dettes, il en convient, et une foule de créanciers, quoiqu'il n'ait point fait entrer cette condition dans sa définition de l'honnête homme64. La piété, dit-on, de la marquise de Sevret, sa belle-soeur, contribua à déterminer sa conversion. Un mot d'une lettre de Scarron, si on y attachait un sens sérieux, ferait croire qu'il avait été hérétique dans sa jeunesse65. On ne sait d'ailleurs rien de précis. Ce qui reste pour nous bien certain, c'est qu'il était de ces esprits distingués d'abord, fins et déliés, mais qui se figent vite et qui ne se renouvellent pas. Les écrits sortis de sa plume dans ses dernières années sont insipides; il baisse à vue d'oeil, il se rouille; il parle de la Cour en bel-esprit redevenu provincial; il a des ressouvenirs d'épicurien qu'il amalgame comme il peut avec des visées platoniques, et, dans son type d'honnête homme qui est sa marotte éternelle, après avoir épuisé la liste des anciens philosophes, il va jusqu'à essayer en quelques endroits d'y rattacher... qui?... je ne sais comment dire: celui qu'il appelle le parfait modèle de toutes les vertus et qui n'est rien moins que le Sauveur du monde. Le chevalier vieillissant, avec ses airs solennels, n'est plus qu'une ruine, le monument singulier d'une vieille mode, un de ces originaux qu'il aurait fallu voir poser devant La Bruyère.

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