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Portraits littéraires, Tome II

Note 10 — C.-A. SAINTE-BEUVE

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Note 10: (retour) On a cru longtemps que cette Béjart, femme de Molière, était fille naturelle et non soeur de l'autre Béjart; on l'a même cru du vivant de Molière, et depuis sans interruption, jusqu'à ce que M. Beffara découvrît de nos jours l'acte de mariage qui dérange cette parenté. M. Fortin d'Urban a essayé d'infirmer, non pas l'authenticité, mais la valeur de cet acte, et, au milieu de beaucoup de raisons vaines, il a avancé quelques réflexions assez plausibles. Il est bien singulier, en effet, que tous les biographes de Molière, à partir de Grimarest, aient écrit, sans contradiction, qu'il avait épousé la fille naturelle de la Béjart, sa première maîtresse. Montfleury adressa même à Louis XIV une dénonciation contre l'illustre comique, l'accusant d'avoir épousé la fille après avoir vécu avec la mère, et insinuant par là qu'il avait pu épouser sa propre fille: ce qui, dans tous les cas, serait invinciblement réfutable par les dates. Louis XIV ne répondit à ce déchaînement de la haine qu'en devenant parrain du premier enfant qu'eut Molière. Certes, la plus directe justification que Molière pût offrir au roi en cette circonstance fut l'acte de son mariage et la preuve que les deux Béjart n'étaient que soeurs. Mais comment tous ceux qui ont écrit sur Molière, comment Grimarest, son principal biographe, qui écrivait d'après Baron, comment les autres contemporains, Marcel auteur présumé d'une première Vie abrégée, l'auteur inconnu de la Fameuse Comédienne, Bayle, De Visé qui contredit Grimarest sur plusieurs points, ont-ils ignoré cette façon dont Molière dut répondre? Comment une erreur aussi forte, sur une relation aussi rapprochée, a-t-elle fait autorité du temps de Molière, et même auprès des personnes qui l'avaient beaucoup vu et pratiqué?... Et cependant, malgré la difficulté de l'explication, c'est bien à l'acte qu'il faut croire.

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