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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 4)

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Pourtant Fontanes continua, durant quatre années, de tenir sans apparence de disgrâce la présidence du Corps législatif. Proposé à chaque session par les suffrages de ses collègues, il était choisi par l'Empereur. La situation admise, on avait en lui par excellence l'orateur bienséant. Les discours qu'il prononçait à chaque occasion solennelle tendaient à insinuer au conquérant les idées de la paix et de la gloire civile, mais enveloppées dans des redoublements d'éloges qui n'étaient pas de trop pour faire passer les points délicats. Napoléon avait un vrai goût pour lui, pour sa personne et pour son esprit; et lui-même, à ces époques d'Austerlitz et d'Iéna, avait, malgré tout, et par son imagination de poëte, de très-grands restes d'admiration pour un tel vainqueur. Mais un orage se forma: Napoléon était en Espagne, et de là il eut l'idée d'envoyer douze drapeaux conquis sur l'armée d'Estramadure au Corps législatif, comme un gage de son estime. Fontanes, en tête d'une députation, alla remercier l'Impératrice: celle-ci, prenant le gage d'estime trop au sérieux, répondit qu'elle avait été très-satisfaite de voir que le premier sentiment de l'Empereur, dans son triomphe, eût été pour le Corps qui représentait la Nation. Là-dessus une note, arrivée d'Espagne comme une flèche, et lancée au Moniteur, fit une manière d'errata à la réponse de l'Impératrice, un errata injurieux et sanglant pour le Corps législatif, qu'on remettait à sa place de consultatif137. Fontanes sentit le coup, et dans la séance de clôture du 31 décembre 1808, c'est-à-dire quinze Jours après l'offense, au nom du Corps blessé, répondant aux orateurs du Gouvernement, et n'épargnant pas les félicitations sur les trophées du vainqueur de l'Èbre, il ajouta: «Mais les paroles dont l'Empereur accompagne l'envoi de ses trophées méritent une attention particulière: il fait participer à cet honneur les Collèges électoraux. Il ne veut point nous séparer d'eux, et nous l'en remercions. Plus le Corps législatif se confondra dans le peuple, plus il aura de véritable lustre; il n'a pas besoin de distinction, mais d'estime et de confiance...» Et la phrase, en continuant, retournait vite à l'éloge; mais le mot était dit, le coup était rendu. Napoléon le sentit avec colère, et dès lors il résolut d'éloigner Fontanes de la présidence. L'établissement de l'Université, qui se faisait, en cette même année, sur de larges bases, lui avait déjà paru une occasion naturelle d'y porter Fontanes comme Grand-Maître, et il songea à l'y confiner; car, si courroucé qu'il fût à certains moments, il ne se fâchait jamais avec les hommes que dans la mesure de son intérêt et de l'usage qu'il pouvait faire d'eux. Il dut pourtant, faute du candidat qu'il voulait lui substituer138, le subir encore comme président du Corps législatif durant toute l'année 1809. Fontanes, toujours président et déjà Grand-Maître, semblait cumuler toutes les dignités, et il était pourtant en disgrâce positive.

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