Note 104 — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 3)
Reading edition
Note 104: (retour) Septembre 1783.—La Harpe envoya son article sous forme de lettre, parce qu'il s'était retiré de la rédaction du Mercure dès 1779. C'avait été une résolution presque solennelle. La guerre qu'il faisait depuis quelques années aux novateurs, aux rimeurs hasardeux, était devenue si vive, qu'elle les ameuta contre lui, et il y eut ligue pour le forcer à quitter le jeu. Injures, calomnies, menaces, tout fut employé, à ce qu'il semble. A la mort de Voltaire, comme aux funérailles d'un monarque absolu, il y eut redoublement de sédition littéraire; le nom du mort était invoqué contre un disciple trop faible pour son héritage; on se plaisait à remarquer que le grand homme ne l'avait pas mis sur son testament. Bref, la place n'était plus tenable. La Harpe fit pourtant bonne et courageuse contenance; il prépara en secret sa pièce des Muses rivales, qui répondait à certaines inculpations, et la fit jouer sans qu'on sût à l'avance qu'elle était de lui. Le succès fut grand, et, le lendemain de ce triomphe, il déclara se retirer du Mercure: il abdiqua, mais en vainqueur. Ce fut un des grands événements de ce temps-là. Puis, comme tous ceux qui abdiquent, il ne tarda pas à se repentir, et revint dans la suite de plus belle à ces querelles de journaux qu'il maudissait et qui étaient sa vie.