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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 3)

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Ces réserves que je pose, je ne me permets de les appliquer à La Fayette lui-même qu'avec réserve. Je crois avec madame de Tessé que sa faculté d'espérer persista toujours un peu disproportionnée aux circonstances, et que, par instants contenue, elle reprenait les devants au moindre jour qui s'ouvrait. C'est cet homme qui jugeait si nettement l'état de la société en 1799, qui, dans son admirable lettre à M. de Maubourg, désormais acquise à l'histoire89, après un vigoureux tracé des partis, continuait ainsi: «Voilà, mon cher ami, le margouillis national au milieu duquel il faut pêcher la liberté dont personne ne s'embarrasse, parce qu'on n'y croit pas plus qu'à la pierre philosophale.....,» et qui ajoutait: «Je suis persuadé que, s'il se fait en France quelque chose d'heureux, nous en serons..... Il y a dans la multitude tant de légèreté et de mobilité, que la vue des honnêtes gens, de ses anciens favoris, la disposerait à reprendre ses sentiments libéraux;» eh bien! c'est ce même homme qui, en 1815, à peine rentré dans l'action, s'étonnait qu'on pût accuser les Français de légèreté90, et les en disculpait. J'insiste, parce que c'est ici le noeud du caractère de La Fayette; mais voici un trait encore. En 1812, le 4 juillet, de Lagrange, il écrit à Jefferson; c'était le trente-sixième anniversaire de la proclamation de l'indépendance américaine, de ce grand jour, dit-il, où l'acte et l'expression ont été dignes l'un de l'autre: «Ce double souvenir aura été heureusement renouvelé dans votre paisible retraite par la nouvelle de l'extension du bienfait de l'indépendance à toute l'Amérique (les divers États de l'Amérique du Sud venaient de proclamer leur indépendance). Nous avons eu le plaisir de prévoir cet événement et la bonne fortune de le préparer.» Ainsi, La Fayette se félicite de l'émancipation de l'Amérique du Sud, et il ne songe à aucune restriction dans son espoir. Que répond Jefferson? ce que Washington eût répondu; il modère prudemment la joie de son ami: «Je me joins sincèrement à vos voeux pour l'émancipation de l'Amérique du Sud. Je doute peu qu'elle ne parvienne à se délivrer du joug étranger; mais le résultat de mes observations ne m'autorise pas à espérer que ces provinces soient capables d'établir et de conserver un gouvernement libre...» Et il continue l'exposé vrai du tableau. La Fayette y adhère sans doute, mais il n'y avait pas songé le premier. Nous surprenons là le grand émancipateur quand même!

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