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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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Comme science, il ne nous appartient pas de juger les Études, et nous ne hasarderons qu'un mot. C'était certes une position à prendre, un point de vue heureux à relever vers cette fin du XVIIIe siècle, que d'assembler et de déduire les accords, les harmonies animées du tableau de la nature, et de faire sentir la chaîne et, s'il se pouvait, l'intention de ces douces lois. Charles Bonnet le tenta à Genève, et Bernardin de Saint-Pierre en France. On avait tant insisté sur les désaccords, les bouleversements, les hasards, qu'il y avait nouveauté à la fois et vérité dans ce parti. Bernardin refit en quelque sorte le livre de Fénelon, en profitant des observations amassées dans l'intervalle, et en s'arrêtant avec plus de complaisance sur la nature, cette oeuvre vivante et cette ouvrière de Dieu 60. Son livre, et en général tous ses ouvrages depuis les Études jusqu'aux Harmonies, sont en ce sens une espèce de compromis entre l'ancien spiritualisme chrétien et l'observation irrécusable, je dirai aussi, le culte croissant de la nature: dans ses croyances à l'immortalité, il essaye, par exemple, de donner au ciel chrétien une réalité naturelle en faisant aller les âmes dans les planètes ou dans le soleil. Mais, scientifiquement parlant, son point de vue n'était qu'un aperçu heureux, instantané, un ensemble mêlé de lueurs vraies et de jours faux, et d'où il ne pouvait sortir autre chose que la peinture même qu'il en offrait, et l'impression enthousiaste, affectueuse, qu'elle ferait naître. Le point de vue des causes finales n'est jamais fécond pour la science, et rentre tout entier dans la poésie, dans la morale, dans la religion; ce ne peut être au plus que le moment de prière du savant, après quoi il faut qu'il se remette à l'examen, à l'analyse. Son premier mot une fois articulé, Bernardin de Saint-Pierre ne fit plus que se répéter en variant plus ou moins ses adorations et ses nuances. Les Jussieu cependant pour la botanique, Haller, Vicq-d'Azyr, Cabanis pour la physiologie animale, Lavoisier, Laplace, Berthollet, pour la physique et la chimie, poussaient dans des voies diverses, en savants, ce qu'il essayait d'embrasser et de deviner par un composé d'étude ingénieuse, mais partielle, et d'inductions illusoires. M. de Humboldt, de nos jours, pour les grandes observations végétales en divers climats, a donné sur plus d'un point consistance et réalité scientifique à ce qui n'existait chez Bernardin qu'à l'état de vue attrayante et passagère; Lamartine, de son côté, a repris en pur poëte bien des inspirations de Bernardin, et les a rajeunies, fécondées. Mais cette union, chez Bernardin, du demi-savant, du poëte et du peintre, cette combinaison mixte qui ne pouvait se transmettre ni faire école utilement, soit pour les savants, soit pour les poëtes, fut du moins belle et séduisante en lui. Tant de notions amassées de partout sur les plantes, sur les climats, tant de maximes morales sur la société et sur l'homme, ce mélange de vérités, d'hypothèses et de chimères, venant à se rencontrer sous des inclinaisons favorables vers l'horizon attiédi, peignirent divinement le nuage et firent tout d'abord arc-en-ciel.

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