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Portraits littéraires, Tome II

Note 55 — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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Note 55: (retour) M. Viollet-le-Duc m'a raconté que, dînant un jour chez Édon avec Bernardin de Saint-Pierre, la conversation s'engagea sur les philosophes révolutionnaires pratiques, les athées en bonnet rouge, les Dorat-Cubières, Sylvain Maréchal, etc., et que le beau vieillard s'indignait au point de s'écrier, tout en rougissant, que s'il les tenait entre ses mains, il les étranglerait, tant son exécration contre eux était violente! Mais il ne faudrait pas prendre au mot ces éclats de haine chez les âmes honnêtes. Le premier président de Lamoignon ne faisait sans doute que rire, quand, à force d'être pompéien, il applaudissait, dans son beau jardin de Bâville, Guy Patin s'écriant: «Si j'eusse été au sénat quand on y tua Jules César, je lui aurais donné le vingt-quatrième coup de poignard.» Mais M. de Malesherbes (ce qui était plus sérieux) disait à propos de ses anciennes liaisons rompues avec les philosophes: «Si je tenais en mon pouvoir M. de Condorcet, je ne me ferais aucun scrupule de l'assassiner.» Mauvaises manières de dire en ces nobles bouches, qui prouvent la part de l'infirmité humaine et du vieux levain toujours aisé à soulever; pas autre chose.

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