Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)
Reading edition
En 1771, lorsqu'il revint définitivement à Paris, après une jeunesse errante, aventureuse et remplie de toutes sortes de tâtonnements et de mécomptes, Bernardin de Saint-Pierre avait trente-quatre ans. Son biographe, M. Aimé-Martin 53, et une partie de la Correspondance publiée en 1826, ont donné sur ces années d'épreuves tous les intéressants détails qu'on peut désirer; et les origines d'aucun écrivain de talent ne sont mieux éclairées que celles de Bernardin de Saint-Pierre. Né au Havre en 1737, son imagination d'enfant s'égara de bonne heure sur les flots. Dès huit ans il cultivait un petit jardin et prenait part à la culture des fleurs, comme il convenait à l'auteur futur du Fraisier. A neuf ans, ayant lu quelques volumes des Pères du désert, il quitta la maison un matin avec son déjeuner dans son petit panier, pour se faire ermite aux environs. Il marquait une sympathie presque fraternelle aux divers animaux; il y a l'histoire d'un chat, laquelle plus tard, racontée par lui à Jean-Jacques, faisait fondre en larmes celui qui, d'après Pythagore, s'indignait que l'homme en fût venu à manger la chair des bêtes. Un autre jour, il s'avançait le poing fermé avec menace contre un charretier qui maltraitait un cheval. Ces instincts sont bien de l'ami de la nature qui réalisera parmi nous quelque image d'un sage Indien, de l'écrivain sensible qui nous transmettra l'éloge de son épagneul Favori; qui, dans Paul et Virginie, les louera avec complaisance de leurs repas d'oeufs et de laitage, ne coûtant la vie à aucun animal; et qui célébrera avec tant d'effusion la bienfaisance de Virginie plantant les graines de papayer pour les oiseaux. Tout coeur (qu'on le note bien) ému de la nature, et tendrement disposé à la peindre, quelque choix, quelque discrétion qu'il y mette, est un peu brame en ce point.