Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)
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Delille ne rencontra qu'une fois (en 1803) Bonaparte, qui, dit-on, lui fit des avances et fut repoussé par un mot piquant. Ses biographes, sous la Restauration, ont assez amplifié ce refus48. Ce qu'il y a de certain, c'est que Delille, entouré d'un monde plutôt royaliste, resta en dehors de la faveur impériale. Sa femme, jalouse de l'ascendant qu'elle avait sur lui, ne contribuait pas peu à le tenir soigneusement à l'écart de la puissance nouvelle. Delille était faible et avait besoin d'être conduit. Cette influence domestique qui s'exerçait sur lui sans relâche, et qui parfois rabaissait son brillant talent à un usage presque mercenaire, ôtait quelque dignité à sa vieillesse. Il récitait des vers au Lycée pour dix louis: on l'avait pour son ramage, comme on a à la soirée un chanteur. Mais le prestige de la renommée et l'idée de génie rachetaient tout. S'il paraissait à l'Académie pour y réciter quelque morceau; si, au Collège de France où M. Tissot le remplaçait, il revenait parfois faire une apparition annoncée à l'avance, et débiter quelque épisode harmonieux, les larmes et l'enthousiasme n'avaient plus de mesure: on le remportait dans son fauteuil, au milieu des trépignements universels: c'était Voltaire à la solennité d'Irène; les adieux d'un chanteur idolâtré reçoivent moins de couronnes.