Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)
Reading edition
Rousseau a dit, par une pensée toute semblable, dans une page souvent citée: «La terre, parée des trésors de l'automne, étale une richesse que l'oeil admire, mais cette admiration n'est pas touchante; elle vient plus de la réflexion que du sentiment. Au printemps, la campagne presque nue n'est encore couverte de rien; les bois n'offrent point d'ombre, la verdure ne fait que poindre, et le coeur est touché à son aspect. En voyant renaître ainsi la nature, on se sent ranimer soi-même; l'image du plaisir nous environne; ces compagnes de la volupté, ces douces larmes, toujours prêtes à se joindre à tout sentiment délicieux, sont déjà sur le bord de nos paupières. Mais l'aspect des vendanges a beau être animé, vivant, agréable, on le voit toujours d'un oeil sec. Pourquoi cette différence? C'est qu'au spectacle du printemps l'imagination joint celui des saisons qui le doivent suivre; à ces tendres bourgeons que l'oeil aperçoit, elle ajoute les fleurs, les fruits, les ombrages, quelquefois les mystères qu'ils peuvent couvrir...» Le poète versificateur avait encore ici puisé l'inspiration dans la prose, et, bien qu'avec une liberté heureuse, il s'était souvenu de Rousseau47.