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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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Nommé en 1772 à l'Académie, en même temps que Suard, Delille se vit rejeté ainsi que lui par le roi, sous prétexte qu'il était trop jeune (il avait trente-quatre ans), mais en réalité comme suspect d'encyclopédisme23. L'abbé Delille encyclopédiste! On lui fit bientôt réparation, et il fut reçu en 1774 à la place de La Condamine. Le comte d'Artois, devenu l'un des protecteurs les plus affectueux du poëte, le fit d'abord nommer chanoine de Moissac, dans le Quercy, puis il lui donna l'abbaye de Saint-Severin, dépendante de la généralité d'Artois, et qui n'astreignait qu'aux Ordres moindres. Aussi heureux qu'on pouvait l'être en ces heureuses années, l'aimable poëte n'eut plus que des douceurs, qu'interrompaient à peine, de loin en loin, quelques critiques épigrammatiques, des plis de rose. Les Mémoires du temps, la Correspondance de Grimm, les Souvenirs, récemment publiés, de madame Lebrun, nous le montrent dans toute la vivacité et la naïveté de sa gentillesse. Madame Le Coulteux du Moley, chez qui il passait une partie de sa vie à la Malmaison, a tracé de lui le plus piquant des portraits24: «.....Rien ne peut se comparer ni aux grâces de son esprit, ni à son feu, ni à sa gaieté, ni à ses saillies, ni à ses disparates. Ses ouvrages même n'ont ni le caractère ni la physionomie de sa conversation. Quand on le lit, on le croit livré aux choses les plus sérieuses25; en le voyant, on jurerait qu'il n'a jamais pu y penser; c'est tour à tour le maître et l'écolier. Il ne s'informe guère de ce qui occupe la société; les petits événements le touchent peu; il ne prend garde à rien, à personne, pas même à lui. Souvent, n'ayant rien vu, rien entendu, il est à propos: souvent aussi il dit de bonnes naïvetés; mais il est toujours agréable...

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