Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)
Reading edition
Grave question. On a avancé cela dans une note de ses ouvrages, mais qui n'est pas de lui. Lors du bombardement, il était déjà à Glairesse. Habitant ce village, il dut à l'aspect de l'île de Saint-Pierre d'ajouter dans son poëme de l'Imagination le morceau sur Jean-Jacques. Ainsi, à chaque pause de son exil, il allait décrivant et ajoutant quelque pièce à ses anciens cadres. Il passa de la Suisse à la petite cour du duc de Brunswick, où il travailla à son poëme de la Pitié. A Darmstadt, il avait visité incognito les jardins du prince dessinés et calqués dans le temps, livre en main, sur le poëme. A Goettingue, il avait connu l'illustre Heyne, qui lui en fit les honneurs, et qui même le consulta, dit-on, sur un passage de l'Enéide. Vous figurez-vous bien le tète-à-tête de ces deux hommes? tout le clinquant de l'antiquité et tout son or pur. A Hambourg, il rencontra Rivarol, plus à sa taille, et se réconcilia avec lui. Ils se dirent des choses plaisantes; ils échangèrent leurs tabatières;40 ce fut un assaut de grâce; du coup, un bourgeois, là présent, eut presque de l'esprit. Il s'y dépensa plus de bons mots en un quart d'heure, que durant des siècles de la Ligue hanséatique.