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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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Delille ne quitta Paris qu'après le 9 thermidor, c'est-à-dire au moment où c'était plutôt le cas de rester; et, une fois parti, il ne parut occupé que de rentrer le plus tard possible et à son corps défendant, comme s'il eût boudé contre son coeur. Cette bizarrerie est restée inexpliquée. On a dit plaisamment qu'une faute de français, un cuir d'un membre du Comité de salut public qu'il rencontra, le fit s'écrier: «Décidément on ne peut plus habiter ce pays-ci.» On a raconté non moins plaisamment37 que l'abbé de Cournand, alors son ami, et qui depuis crut lui jouer un mauvais tour en retraduisant les Géorgiques, étant de garde aux Tuileries, reconnut le poëte qui se promenait malgré sa mise en arrestation au logis, qu'il fit mine de le vouloir reconduire chez lui au nom de la loi, et que depuis lors Delille avait peur de la garde nationale et de l'abbé de Cournand. Delille était encore à la rentrée publique du Collége de France, le 1er frimaire an III, et y récitait des vers. Le 15 ventôse, sa présence était accueillie aux Écoles normales avec des applaudissements réitérés. On a pensé que la préférence accordée au poëte Le Blanc pour les récompenses nationales (17 floréal an III) l'aurait mortifié et décidé au départ. Peut-être sa gouvernante, qui avait pris sur lui un empire absolu, espérait-elle, en le retenant à Paris, se faire dès lors épouser. Peut-être, voyant la Révolution, sinon close, du moins sur le retour, songeait-il, en émigrant (bien qu'un peu tard), à se mettre en règle avec l'avenir. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on essayait de sonder ses vrais motifs et qu'on lui parlait de revenir à Paris, il demandait toujours si l'abbé de Cournand y était encore. Dès qu'il y avait quelque chose de sérieux, il s'en tirait volontiers ainsi, par une plaisanterie et une gentillesse.38

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