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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 2)

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Nous aurions peu de chose à en dire de nous-même, qui n'eût déjà été mieux dit par des contemporains. La Harpe, après en avoir entendu des extraits, le jugeait par avance un ouvrage dont les idées sont un peu usées, mais plein de détails charmants28 L'auteur de l'Année littéraire, qui d'ailleurs allégea toujours sa férule pour Delille, prononçait29 que le poëme de l'abbé Delille était un véritable jardin anglais: «On pourrait, dit-il, être tenté de croire que le poëme est construit de morceaux détachés et de pièces de rapport réunies sous le même titre. Les idées y semblent jetées au hasard, déchiquetées par petits couplets qu'étrangle à la fin une sentence30.» Ce reproche est fondamental à l'égard de Delille et tient à la nature même de son procédé. Lorsqu'il débuta dans le monde, on ne songeait qu'à des morceaux, et tout dépendait du succès d'une lecture. Il alla droit à cet écueil et s'y complut. Rivarol disait de lui: «Il fait un sort à chaque vers, et il néglige la fortune du poème!» Quand Delille avait achevé quelque portion descriptive, quelque morceau, il avait coutume de dire: «Eh bien, où mettrons-nous ça maintenant?» On le voit, c'était moins un poème qu'il composait, qu'un appartement, en quelque sorte, qu'il ornait et meublait selon la fantaisie ou l'occurrence.

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