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Portraits littéraires, Tome I

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 6)

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D'Olivet, qui est malheureusement trop bref sur le célèbre auteur, mais dont la parole a de l'autorité, nous dit en des termes excellents: «On me l'a dépeint comme un philosophe, qui ne songeoit qu'à vivre tranquille avec des amis et des livres, faisant un bon choix des uns et des autres; ne cherchant ni ne fuyant le plaisir; toujours disposé à une joie modeste, et ingénieux à la faire naître; poli dans ses «manières et sage dans ses discours; craignant toute sorte d'ambition, même celle de montrer de l'esprit138.» Le témoignage de l'académicien se trouve confirmé d'une manière frappante par celui de Saint-Simon, qui insiste, avec l'autorité d'un témoin non suspect d'indulgence, précisément sur ces mêmes qualités de bon goût et de sagesse: «Le public, dit-il, perdit bientôt après (1696) un homme illustre par son esprit, par son style et par la connoissance des hommes; mes; je veux dire La Bruyère, qui mourut d'apoplexie à Versailles, après avoir surpassé Théophraste en travaillant d'après lui et avoir peint les hommes de notre temps dans ses nouveaux Caractères d'une manière inimitable. C'étoit d'ailleurs un fort honnête homme, de très-bonne compagnie, simple, sans rien de pédant et fort désintéressé. Je l'avois assez connu pour le regretter et les ouvrages que son âge et sa santé pouvoient faire espérer de lui.» Boileau se montrait un peu plus difficile en fait de ton et de manières que le duc de Saint-Simon, quand il écrivait à Racine, 19 mai 1687: «Maximilien (pourquoi ce sobriquet de Maximilien?) «m'est venu voir à Auteuil et m'a lu quelque chose de son Théophraste. C'est un fort honnête homme à qui il ne manquerait rien, si la nature l'avoit fait aussi agréable qu'il a envie de l'être. Du reste, il a de l'esprit, du savoir et du mérite.» Nous reviendrons sur ce jugement de Boileau. La Bruyère était déjà, un peu à ses yeux un homme des générations nouvelles, un de ceux en qui volontiers l'on trouve que l'envie d'avoir de l'esprit après nous, et autrement que nous, est plus grande qu'il ne faudrait.

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