Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 4)
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Mais voilà que nous sommes déjà en plein à peindre l'homme, et nous n'avons pas encore donné l'idée de sa philosophie, de son rôle dans la science, de la méthode qu'il y apporte, et des résultats dont il peut l'avoir enrichie. C'est que nous ne toucherons qu'à peine ces endroits réguliers sur lesquels notre incompétence est grande; d'autres les traiteront ou les ont assez traités. M. Leroux, dans un bien remarquable article109, a entamé, avec le philosophe et le psychologiste, une discussion capitale qu'il continuera. M. Jules Le Chevalier110 a fait également. Et puis, nous l'avouerons, comme science, la philosophie nous affecte de moins en moins: qu'il nous suffise d'y voir toujours un noble et nécessaire exercice, une gymnastique de la pensée que doit pratiquer pendant un temps toute vigoureuse jeunesse. La philosophie est perpétuellement à recommencer pour chaque génération depuis trois mille ans, et elle est bonne en cela; c'est une exploration vers les hauts lieux, loin des objets voisins qui offusquent; elle replace sur nos têtes à leur vrai point les questions éternelles, mais elle ne les résout et ne les rapproche jamais. Il est, avec elle, nombre de vérités de détail, de racines salutaires que le pied rencontre en chemin; mais dans la prétention principale qui la constitue, et qui s'adresse à l'abîme infini du ciel, la philosophie n'aboutit pas. Aussi je lui dirai à peu près comme Paul-Louis Courier disait de l'histoire: «Pourvu que ce soit exprimé à merveille, et qu'il y ait bien des vérités, de saines et précieuses observations de détail, il m'est égal à bord de quel système et à la suite de quelle méthode tout cela est embarqué.» Ce n'est donc pas le philosophe éclectique, le régulateur de la méthode des faits de conscience, le continuateur de Stewart et de Reid, celui qui, avec son modeste ami M. Damiron, s'est installé à demeure dans la psychologie d'abord conquise, sillonnée, et bientôt laissée derrière par M. Cousin, et qui y règne aujourd'hui à peu près seul comme un vice-roi émancipé, ce n'est pas ce représentant de la science que nous discuterons en M. Jouffroy111; c'est l'homme seulement que nous voulons de lui, l'écrivain, le penseur, une des figures intéressantes et assez mystérieuses qui nous reviennent inévitablement dans le cercle de notre époque, un personnage qui a beaucoup occupé notre jeune inquiétude contemplative, une parole qui pénètre, et un front qui fait rêver.