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Portraits littéraires, Tome I

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 4)

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Cependant, si de plus près, et sans se borner aux résultats extérieurs qui ne reproduisent souvent l'individu qu'infidèlement, on examine et l'on étudie en eux-mêmes les esprits distingués108 dont nous parlons, que de talents heureux, originaux! quelle promptitude, quelle ouverture de pensée! quelles ressources de bien dire! Comme ils paraissent alors supérieurs à leur oeuvre, à leur action! On se demande ce qui les arrête, pourquoi ils ne sont ni plus féconds, eux si faciles, ni plus certains, eux autrefois si ardents; on se pose, comme une énigme, ces belles intelligences en partie infructueuses. Mais parmi celles qui méritent le plus l'étude et qui appellent longtemps le regard par l'étendue, la sérénité et une sorte de froideur, au premier aspect, immobile, apparaît surtout M. Jouffroy, celui-là même dont nous avons signalé le premier manifeste éloquent. Dans une génération où chacun presque possède à un haut degré la facilité de saisir et de comprendre ce qui s'offre, son caractère distinctif, à lui par-dessus tous, est encore la compréhension, l'intelligence. S'il est exact, comme il le dit quelque part, que l'air que nous respirons sache douer au berceau les esprits distingués de notre siècle, de celle de toutes les qualités qui est la plus difficile et la moins commune, de l'étendue, il faut croire que, sur la montagne du Jura où il est né, un air plus vif, un ciel plus vaste et plus clair, ont de bonne heure reculé l'horizon et fait un spectacle spacieux dans son âme comme dans sa Prunelle.

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