PAR J. MARIE GUICHARD. (continued 2)
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Tellement lui puist prouffiter Ma priere, que confortée Soit son ame, sans point tarder, Et de ses biensfaiz guerdonnée En Paradis, et couronnée Comme la plus loyalle Dame Qu'en son vivant j'aye trouvée; Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame
L'ENVOY.
Quant je pense à la renommée Des grans biens dont estoit parée, Mon povre cueur de dueil se pasme; De lui souvent est regrectée, Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.
BALADE.
Quant Souvenir me ramentoit La grant beaulté dont estoit plaine, Celle que mon cueur appeloit Sa seule Dame souveraine, De tous biens la vraye fontaine, Qui est morte nouvellement, Je dy, en pleurant tendrement, Ce monde n'est que chose vaine.
Ou vieil temps grant renom couroit De Creseide, Yseud, Elaine Et mainte autres, qu'on nommoit Parfaictes en beaulté haultaine. Mais, au derrain, en son demaine La Mort les prist piteusement; Parquoy puis veoir clerement, Ce monde n'est que chose vaine.
La Mort a voulu et vouldroit, Bien le cognois, mectre sa paine De destruire, s'elle povait, Liesse et Plaisance mondaine, Quant tant de belles dames maine Hors du monde; car vrayement Sans elles, à mon jugement, Ce monde n'est que chose vaine.
L'ENVOY.
Amours, pour verité certaine, Mort vous guerrie fellement; Se n'y trouvez amendement, Ce monde n'est que chose vaine.
BALADE.
Le premier jour du mois de May, Trouvé me suis en compaignie Qui estoit, pour dire le vray, De gracieuseté garnie; Et, pour oster merencolie, Fut ordonné qu'on choisiroit, Comme fortune donneroit, La fueille plaine de verdure, Ou la fleur pour toute l'année; Si prins la feuille pour livrée, Comme lors fut mon aventure.
Tantost apres je m'avisay, Qu'à bon droit, je l'avoye choisie; Car, puisque par mort perdu ay La fleur, de tous biens enrichie, Qui estoit ma Dame, m'amie, Et qui de sa grace m'amoit, Et pour son amy me tenoit, Mon cueur d'autre fleur n'a plus cure: Adonc congneu que ma pensée Accordoit à ma destinée, Comme lors fut mon aventure.
Pour ce, la fueille porteray Cest an, sans que point je l'oublie; Et à mon povoir me tendray Entierement de sa partie; Je n'ay de nulle fleur envie, Porte la qui porter la doit, Car la fleur, que mon cueur amoit Plus que nulle autre creature, Est hors de ce monde passée, Qui son amour m'avoit donnée, Comme lors fut mon aventure.
L'ENVOY.
Il n'est fueille, ne fleur qui dure Que pour ung temps, car esprouvée J'ay la chose que j'ay comptée, Comme lors fut mon aventure.
BALADE.
Le lendemain du premier jour de May, Dedens mon lit, ainsi que je dormoye, Au point du jour m'avint que je songay Que devant moy une fleur je veoye, Qui me disoit: Amy, je me souloye En toy fier, car pieca mon party Tu tenoies, mais mis l'as en oubly, En soustenant la fueille contre moy; J'ay merveille que tu veulx faire ainsi, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
Tout esbahy alors je me trouvay, Si respondy au mieulx que je savoye: Tres belle fleur, oncques je ne pensay Faire chose qui desplaire te doye; Se, pour esbat, aventure m'envoye Que je serve la fueille cest an cy, Doy je pourtant estre de toy banny? Nennil certes, je fais comme je doy, Et, se je tiens le party qu'ay choisy, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
Car non pourtant honneur te porteray De bon vouloir, quelque part que je soye, Tout pour l'amour d'une fleur que j'amay Ou temps passé; Dieu doint que je la voye En Paradis, apres ma mort, en joye; Et pour ce, fleur, chierement je te pry, Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy, Puisque je fais ainsi que tenu suy, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
L'ENVOY.
La vérité est telle que je dy, J'en fais juge Amour le puissant Roy; Tres doulce fleur, point ne te cry mercy, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
BALADE.
En la forest d'ennuieuse tristesse, Ung jour m'avint qu'à par moy cheminoye, Si rencontray l'amoureuse Deesse Qui m'appella, demandant où j'aloye. Je respondy que par Fortune estoye Mis en exil en ce bois, longtemps a, Et, qu'à bon droit, appeller me povoye L'omme esgaré qui ne scet où il va.
Et soubzriant, par sa tres grant humblesse, Me respondy: Amy, se je savoye Pourquoy tu es mis en ceste destresse, A mon povoir, voulentiers t'aideroye; Car, ja pieca, je mis ton cueur en voye De tout plaisir, ne scay qui l'en osta; Or me desplaist qu'à present je te voye L'omme esgaré qui ne scet où il va.
Helas! dis je, souveraine Princesse, Mon fait savez, pourquoy le vous diroye? C'est par la Mort qui fait à tous rudesse, Qui m'a tollu celle que tant amoye, En qui estoit tout l'espoir que j'avoye, Qui me guidoit, si bien m'acompaigna En son vivant, que point ne me trouvoye L'omme esgaré qui ne scet où il va.
L'ENVOY.
Aveugle suy, ne scay où aler doye; De mon baston affin que ne forvoye, Je vois tastant mon chemin ca et là; C'est grant pitié qu'il convient que je soye L'omme esgaré qui ne scet où il va.
BALADE.
J'ay esté de la compaignie Des amoureux moult longuement, Et m'a Amour, dont le mercie, Donné de ses biens largement; Mais au derrain, ne scay comment, Mon fait est venu au contraire; Et, à parler ouvertement, Tout est rompu, c'est à reffaire
Certes, je ne cuidoye mie Qu'en amer eust tel changement; Car, chascun dit que c'est la vie Où il a plus d'esbatement; Helas! j'ay trouvé autrement; Car, quant en l'amoureux repaire Cuidoye vivre seurement, Tout est rompu, c'est à reffaire.
Au fort, en Amour je m'affie Qui m'aidera aucunement, Pour l'amour de sa seigneurie Que j'ay servie loyaument; N'oncques ne fis, par mon serement, Chose qui lui doye desplaire, Et non pourtant estrangement, Tout est rompu, c'est à reffaire.
L'ENVOY.
Amour, ordonnez tellement Que j'aye cause de me taire, Sans plus dire de cueur dolent: Tout est rompu, c'est à reffaire.
BALADE.
Plaisant Beaulté mon cueur nasvra Ja pieca, si tres durement Qu'en la fievre d'amours entra, Qui l'a tenu moult asprement; Mais, de nouvel presentement, Ung bon medicin qu'on appelle Nonchaloir, que tiens pour amy, M'a guery, la sienne mercy, Se la playe ne renouvelle.
Quant mon cueur tout sain se trouva, Il l'en mercia grandement; Et humblement lui demanda: S'en santé serait longuement? Il respondy tres saigement: Mais que gardes bien ta fourcelle Du vent d'Amours qui te fery, Tu es en bon point jusqu'à cy, Se la playe ne renouvelle.
L'embusche de Plaisir entra Parmy tes yeulx soutifvement; Jeunesse le mal pourchassa, Qui t'avoit en gouvernement; Et puis bouta priveement Dedens ton logis l'estincelle D'Ardant desir qui tout ardy; Lors fus nasvré, or t'ay guery, Se la playe ne renouvelle.
BALADE.
Le beau souleil, le jour saint Valentin, Qui apportait sa chandelle alumée, N'a pas longtemps, entra ung bien matin Priveement en ma chambre fermée. Celle clarté, qu'il avoit apportée, Si m'esveilla du somme de Soussy, Où j'avoye toute la nuit dormy Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
Ce jour aussi, pour partir leur butin Des biens d'Amours, faisoient assemblée Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin, Crioyent fort, demandans la livrée Que Nature leur avoit ordonnée; C'estoit d'un per comme chascun choisy; Si ne me peu rendormir, pour leur cry, Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
Lors en moillant de larmes mon coessin, Je regrectay ma dure destinée, Disant: Oyseaulx je vous voy en chemin De tout plaisir et joye désirée; Chascun de vous a per qui lui agrée, Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy, A prins mon per, dont en dueil je languy Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
L'ENVOY.
Saint Valentin choisissent ceste année Ceulx et celles de l'amoureux party; Seul me tendray, de confort desgarny, Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
BALADE.
Mon cueur dormant en nonchaloir, Reveilliez vous joyeusement, Je vous fais nouvelles savoir, Qui vous doit plaire grandement; Il est vray que presentement Une Dame tres honnorée En toute bonne renommée, Desire de vous acheter, Dont je suy joyeulx et d'accort; Pour vous, son cueur me veult donner, Sans departir, jusqu'à la mort.
Ce change doy je recevoir En grant gré, tres joyeusement; Or, vous charge d'entier povoir Si chier et tant estroictement, Que je puis plus que loyaument Soit par vous cherie et amée; Et, en tous lieux, nuit et journée L'acompaignier, sans la laissier, Tant que j'en aye bon rapport; Il vous convient sien demourer, Sans departir, jusqu'à la mort.
Alez vous logier ou manoir De son tres gracieux corps gent, Pour y demourer main et soir, Et l'onnourer entierement; Car, par son bon commandement, Lieutenant vous veult ordonner De son cueur, en joyeulx deport; Pensez de bien vous gouverner, Sans departir, jusqu'à la mort.
BALADE.
Belle, se ne m'osez donner De voz doulx baisiers amoureux, Pour paour de Dangier courroucer, Qui tousjours est fel et crueux; J'en embleray bien ung ou deux; Mais que, n'y prenez desplaisir, Et que le vueilliez consentir, Maugré Dangier et ses conseulx.
De ce faulx vilain aveugler, Dieu scet se j'en suis desireux; Nul ne le peut aprivoiser, Tout temps est si souspeconneux, Qu'en penser languist doloreux, Quant il voit Plaisance venir; Mais elle se scet bien chevir, Maugré Dangier et ses conseulx.
Quand estroit la cuide garder, Hardy cueur, secret et eureux, S'avecques lui scet amener Avis bon et aventureux, Desguisé soubz maintien honteux; Bien pevent Dangier endormir; Lors Plaisance fait son desir, Maugré Dangier et ses conseulx.
L'ENVOY.
Bien dessert guerdon plantureux Advis, qui scet si bien servir Au besoing, et trouver loisir, Maugré Dangier et ses conseulx.
BALADE.
J'ay fait l'obseque de ma Dame Dedens le moustier amoureux, Et le service pour son ame A chanté Penser doloreux; Mains sierges de souspirs piteux Ont esté en son luminaire; Aussy j'ay fait la tombe faire De regretz, tous de lermes pains, Et tout entour, moult richement, Est escript: Cy gist vrayement Le tresor de tous biens mondains.
Dessus elle, gist une lame Faictes d'or et de saffirs bleux; Car saffir est nommé la jame De Loyaulté, et l'or eureux; Bien lui appartiennent ces deux; Car Eur et Loyaulté pourtraire Voulu, en la tres debonnaire, Dieu, qui la fist de ses deux mains, Et fourma merveilleusement; C'estoit, à parler plainement, Le tresor de tous biens mondains.
N'en parlons plus, mon cueur se pasme Quant il oyt les faiz vertueux D'elle, qui estoit sans nul blasme; Comme jurent celles et ceulx Qui congnoissoient ses conseulx; Si croy que Dieu la voulu traire Vers lui, pour parer son repaire De Paradis, où sont les sains, Car c'est d'elle bel parement, Que l'en nommoit communement Le tresor de tous biens mondains.
L'ENVOY.
De riens ne servent pleurs, ne plains; Tous mourrons, ou tart ou briefment; Nul ne peut garder longuement Le tresor de tous biens mondains.
BALADE.
Puisque Mort a prins ma maistresse, Que sur toutes amer souloye, Mourir me convient en tristesse, Certes plus vivre ne pourroye; Pour ce, par deffaulte de joye Tres malade, mon testament J'ai mis en escript doloreux, Lequel je presente humblement Devant tous loyaulx amoureux.
Premierement, à la haultesse Du Dieu d'amours donne et envoye Mon esperit, et en humblesse Lui supplie qu'il le convoye En son Paradis, et pourvoye; Car je jure que loyaument L'a servi de vueil desireux; Advouer le puis vrayement Devant tous loyaulx amoureux.
Oultre plus, vueil que la richesse Des biens d'Amours qu'avoir souloye, Departie, soit à largesse, A vraiz amans, et ne vouldroye Que faulx amans, par nulle voye, En eussent part aucunement; Oncques n'euz amistié à eulx; Je le prans sur mon sauvement Devant tous loyaulx amoureux.
L'ENVOY.
Sans espargnier or, ne monnoye, Loyaulté veult qu'en terre soye En sa chapelle grandement; Dont je me tiens pour bien eureux, Et l'en mercie chierement Devant tous loyaulx amoureux.
BALADE.
J'oy estrangement Plusieurs gens parler, Qui trop mallement Se plaingnent d'amer; Car, legierement, Sans paine porter, Vouldroient, briefment. A fin amener Tout leur pensement.
C'est fait follement D'ainsi desirer; Car, qui loyaument Veulent acquester Bon guerdonnement, Maint mal endurer Leur fault, et souvent A rebours trouver Tout leur pensement.
S'Amour humblement Veulent honnourer, Et soingneusement Servir, sans faulser; Des biens largement Leur fera donner; Mais, premierement, Il veult esprouver Tout leur pensement.
SONGE EN COMPLAINTE.
Apres le jour qui est fait pour traveil, Ensuit la nuit pour repos ordonnée; Pour ce, m'avint que chargié de sommeil Je me trouvav moult fort une vesprée. Pour la peine que j'avoye portée Le jour devant, si fis mon appareil De me couchier, sitost que le souleil Je vy retrait, et sa clarté mussée.
Quant couchié fu, de legier m'endormy; Et en dormant, ainsi que je songoye, Advis me fu que, devant moy, je vy Ung vieil homme que point ne congnoissoye; Et non pourtant autresfoiz veu l'avoye, Ce me sembla; si me trouvay marry Que j'avoye son nom mis en oubly, Et, pour honte, parler à lui n'osoye.
Ung peu se teut, et puis m'araisonna, Disant: Amy, n'avez vous de moy cure? Je suis Aage qui lectres apporta A Enfance, de par Dame Nature, Quant lui chargeay que plus la nourriture N'auroit de vous, alors vous delivra A Jeunesse, qui gouverné vous a Moult longuement, sans raison et mesure.
Or est ainsi, que Raison qui sur tous Doit gouverner, a fait tres grant complainte A Nature, de Jeunesse et de vous, Disant qu'avez tous deux fait faulte mainte, Avisez vous, ce n'est pas chose fainte; Car Vieillesse, la mere de courrous, Qui tout abat et amaine au dessoubz, Vous donnera dedens brief une atainte.
Au derrenier, ne la povez fuir; Si vous vault mieulx, tandis qu'avez jeunesse, A vostre honneur de folie partir, Vous esloingnant de l'amoureuse adresse; Car, en discort, sont Amours et Vieillesse, Nul ne les peut à leur gré bien servir; Amour vous doit pour excuse tenir, Puisque la Mort a prins vostre maistresse.
Et tout ainsi, qu'assez est avenant A jeunes gens, en l'amoureuse voye De temps passer, c'est aussi mal seant, Quant en amours ung vieil homme folloye; Chascun s'en rit, disant: Dieu qu'elle joye! Ce foul vieillart veult devenir enfant; Jeunes et vieulx du doy le vont monstrant, Mocquerie par tous lieux le convoye.
A vostre honneur povez Amours laisser En jeune temps, comme par nonchalance; Lors ne pourra nul de vous raconter, Que l'ayez fait par faulte de puissance; Et dira l'en que c'est par desplaisance Que ne voulez en autre lieu amer, Puisqu'est morte vostre Dame sans per, Dont loyaument gardez la souvenance,
Au Dieu d'amours, requerez humblement Qu'il lui plaise de reprandre l'ommaige Que lui feistes, par son commandement, Vous rebaillant vostre cueur qu'a en gaige; Merciez le des biens qu'en son servaige Avez receuz, lors gracieusement Departirez de son gouvernement, A grant honneur comme loyal et saige.
Puis requerez à tous les amoureux Que chascun d'eulx tout ouvertement die, Se vous avez riens failly envers eulx, Tant que suivy avez leur compaignie, Et que par eulx soit la faulte punie; Leur requerant pardon de cueur piteux, Car de servir estiez desireux Amours, et tous ceulx de sa seigneurie.
Ainsi pourrez departir du povoir Du Dieu d'amours, sans avoir charge aucune; C'est mon conseil, faictes vostre vouloir, Mais gardez vous que ne croiez Fortune Qui de flater est à chascun commune; Car tousjours dit qu'on doit avoir espoir De mieulx avoir, mais c'est pour decevoir. Je ne congnois plus faulse soubz la lune.
Je scay trop bien, s'escouter la voulez, Et son conseil plus que le mien eslire, Elle dira que, s'amours delaissiez, Vous ne povez mieulx vostre cueur destruire; Car vous n'aurez lors à quoy vous deduire, Et tout plaisir à nonchaloir mectrez; Ainsi, le temps en grant ennuy perdrez, Qui pis vauldra que l'amoureux martire.
Et puis apres, pour vous donner confort, Vous promectra que recevrez amande De tous les maulx qu'avez souffers à tort, Et que c'est droit qu'aucun guerdon vous rende; Mais il n'est nul qui à elle s'atende, Qui tost ou tard ne soit, je m'en fais fort, Deceu d'elle, à vous je m'en raport; Si pry à Dieu que d'elle vous deffende.
En tressaillant, sur ce point m'esveillay, Tremblant ainsi que sur l'arbre la fueille, Disant: Helas! oncques mais ne songay Chose dont tant mon povre cueur se dueille; Car, s'il est vray que Nature me vueille Abandonner, je ne scay que feray; A Vieillesse tenir pié ne pourray, Mais convendra que tout ennuy m'acueille.
Et non pourtant le vieil homme qu'ay veu En mon dormant, lequel Aage s'appelle, Si m'a dit vray; car j'ay bien aperceu Que Vieillesse veult emprandre querelle Encontre moy, ce m'est dure nouvelle; Et ja soit ce qu'à present suy pourveu De jeunesse, sans me trouver recreu, Ce n'est que sens de me pourveoir contre elle.
A celle fin que quant vendra vers moy, Je ne soye despourveu comme nice; C'est pour le mieulx, s'avant je me pourvoy; Et trouveray Vieillesse plus propice, Quant cognoistra qu'ay laissé tout office Pour la servir; alors, en bonne foy Recommandé m'aurra, comme je croy, Et moins soussy auray en son service.
Si suis content, sans changier desormais, Et pour tousjours entierement propose De renoncer à tous amoureux fais; Car il est temps que mon cueur se repose; Mes yeulx cligniez et mon oreille close Tendray, afin que n'y entre jamais, Par Plaisance, les amoureux atrais; Tant les congnois qu'en eulx fier ne m'ose.
Qui bien se veult garder d'amoureux tours, Quant en repos sent que son cueur sommeille, Garde ses yeulx emprisonnez tousjours; S'ils eschapent, ils crient en l'oreille Du cueur qui dort, tant qu'il fault qu'il s'esveille; Et ne cessent de lui parler d'Amours, Disans qu'ilz ont souvent hanté ses cours, Où ilz ont veu plaisance nompareille.
Je scay par cueur ce mestier bien à plain, Et m'a longtemps esté si agreable Qu'il me sembloit qu'il n'estoit bien mondain, Fors en amours, ne riens si honnorable; Je trouvoye, par maint conte notable, Comment Amour, par son povoir haultain. A avancié comme Roy souverain, Ses serviteurs en estat prouffitable.
Mais en ce temps, ne congnoissoye pas La grant douleur qu'il convient que soustiengne Ung povre cueur, pris es amoureuxlas; Depuis l'ay sceu, bien scay à quoy m'entiengne, J'ay grant cause que tousjours m'en souviengne; Or en suis hors, mon cueur en est tout las, Il ne veult plus d'Amours passer le pas, Pour bien ou mal que jamais lui adviengne.
Pour ce tantost, sans plus prendre respit, Escrire vueil, en forme de requeste, Tout mon estat, comme devant est dit; Et quant j'auray fait ma cedule preste, Porter la vueil à la premiere feste Qu'Amours tendra, lui monstrant par escript Les maulx qu'ay euz, et le peu de prouffit, En poursuivant l'amoureuse conqueste.
Ainsi d'Amours, devant tous les amans, Prendray congié en honneste maniere, En estouppant la bouche aux mesdisans Qui ont langue pour mesdire legiere; Et requerray, par tres humble priere, Qu'il me quicte de tous les convenans Que je lui fis, quant l'ung de ses servans Devins pieca de voulenté entiere.
Et reprendray hors de ses mains mon cueur, Que j'engagay par obligacion, Pour plus seurté d'estre son serviteur, Sans faintise, ou excusacion; Et puis, apres recommandacion, Je delairay, à mon tres grant honneur, A jeunes gens qui sont en leur verdeur; Tous fais d'Amours par resignacion.
LA REQUESTE
AUX EXCELLENS, ET PUISSANS EN NOBLESSE, DIEU CUPIDO ET VENUS LA DEESSE.
Supplie presentement, Humblement, CHARLES LE DUC D'ORLÉANS Qui a esté longuement, Ligement L'un de voz obeissans, Et entre les vraiz amans, Voz servans, A despendu largement Le temps de ses jeunes ans Tres plaisans, A vous servir loyaument.
Qu'il vous plaise regarder, Et passer Ceste requeste presente, Sans la vouloir refuser; Mais penser Que d'umble vueil la presente A vous, par loyalle entente, En actente De vostre grace trouver, Car sa fortune dolente Le tourmente, Et le contraint de parler.
Comme ainsi soit que la Mort, A grant tort, En droicte fleur de jeunesse Lui ait osté son deport, Son ressort, Sa seule Dame et liesse, Dont a fait veu et promesse, Par destresse, Desespoir et desconfort, Que jamais n'aura Princesse, Ne maistresse, Car son cueur en est d'accord.
Et pour ce que, ja pieca, Vous jura De vous loyaument servir, Et en gaige vous laissa, Et donna Son cueur, par loyal desir; Il vient pour vous requerir Que tenir Le vueilliez, tant qu'il vivra, Excusé; car sans faillir. Pour mourir, Plus amoureux ne sera.
Et lui vueilliez doulcement, Franchement, Rebaillier son povre cueur, En lui quictant son serement, Tellement Qu'il se parte, à son honneur, De vous, car bon serviteur, Sans couleur, Vous a esté vrayement; Monstrez lui quelque faveur, En doulceur, Au moins à son partement.
A Bonnefoy que tenez, Et nommez Vostre principal notaire, Estroictement ordonnez, Et mandez, Sur peine de vous desplaire, Qu'il vueille, sans delay traire, Lectre faire, En laquelle affermerez Que congié de soy retraire, Sans forfaire, Audit cueur donné avez.
Afin que le suppliant, Cy devant Nommé, la puisse garder, Pour sa descharge et garant, En monstrant Que nul ne le doit blasmer, S'Amours a voulu laisser; Car d'amer N'eut oncques puis son talant Que Mort lui voulut oster La nomper Qui fust ou monde vivant.
Et s'il vous plaist faire ainsi Que je dy, Ledit suppliant sera Allegié de son soussy; Et ennuy D'avec son cueur bannira; Et apres, tant que vivra, Priera Pour vous, sans mectre en oubly La grace qu'il recevra, Et aura, Par vostre bonne mercy.
LA DESPARTIE D'AMOURS EN BALADES.
Quant vint à la prochaine feste, Qu'Amour tenoit son Parlement, Je lui presentay ma requeste Laquelle leut tres doulcement, Et puis me dist: Je suis dolent Du mal qui vous est advenu; Mais il n'a nul recouvrement, Quant la Mort a son cop feru.
Eslongnez hors de vostre teste Vostre doloreux pensement, Monstrez vous homme, non pas beste, Faictes que, sans empeschement, Ait en vous le gouvernement Raison, qui souvent a pourveu En maint meschief, tres saigement, Quant la Mort a son cop feru.
Reprenez nouvelle conqueste, Je vous aideray tellement Que vous trouverez Dame preste De vous amer tres loyaument, Qui de biens aura largement; D'elle serez amy tenu; Je n'y voy autre amendement, Quant la Mort a son cop feru.
BALADE.
Helas! sire, pardonnez moi, Se dis je, car, toute ma vie, Je vous asseure par ma foy, Jamais n'auray Dame, n'amie; Plaisance s'est de moy partie, Qui m'a de liesse forclos, N'en parlez plus, je vous supplie, Je suis bien loing de ce propos.
Quant ces parolles de vous oy, Vous m'essayez, ne faictes mye; A vous dire vray, je le croy, Ou ce n'est dit qu'en mocquerie; Ce me seroit trop grant folie, Quant demeurer puis en repos, De reprendre merencolie, Je suis bien loing de ce propos.
Acquictié me suis, comme doy, Vers vous et vostre seigneurie, Desormais me vueil tenir coy; Pour ce, de vostre courtoisie, Accordez moi, je vous en prie, Ma requeste, car à briefz mos, De plus amer, quoique nul die, Je suis bien loing de ce propos.
BALADE.
Amour congnu bien que j'estoye En ce propos, sans changement, Pour ce respondy: Je vouldroye Que voulsissiez faire autrement, Et me servir plus longuement, Mais je voy bien que ne voulez, Si vous accorde franchement La requeste que faicte avez.
Escondire ne vous pourroye, Car servy m'avez loyaument, N'oncques ne vous trouvay en voye, N'en voulenté aucunement De rompre le loyal serement Que me feistes, comme savez; Ainsi le compte largement La requeste que faicte avez.
Et afin que tout chascun voye Que de vous je suis tres content, Une quictance vous octroye, Passée par mon Parlement, Qui relaissera plainement L'ommaige que vous me devez, Comme contient ouvertement La requeste que faicte avez.
BALADE.
Tantost Amour, en grant array, Fist assembler son Parlement; En plain conseil mon fait comptay, Par congié et commandement; Là fust passée plainement La quictance que demandoye, Baillée me fut franchement, Pour en faire ce que vouldroye.
Oultre plus, mon cueur demanday, Qu'Amour avoit eu longuement, Car en gaige le lui baillay, Quant je me mis premierement En son service ligement; Il me dist que je le rauroye, Sans refuser aucunement, Pour en faire ce que vouldroye.
A deux genoilz m'agenoillay, Merciant Amour humblement Qui tira mon cueur, sans delay, Hors d'un escrin priveement, Le me baillant courtoisement, Lyé en ung noir drap de soye; En mon sain le mist doulcement, Pour en faire ce que vouldroye.
COPIE DE LA QUICTANCE DESSUS DICTE.
Saichent presens et avenir, Que nous, Amours, par franc desir Conseillez, sans nulle contraincte, Apres qu'avons oy la plainte De CHARLES LE DUC D'ORLÉANS Qui a esté, par plusieurs ans, Nostre vray loyal serviteur Rebaillé lui avons son cueur Qu'il nous bailla, pieca, en gaige, Et le serment, foy et hommaige, Qu'il nous devoit quictié avons, Et par ces presentes quictons; Oultre plus, faisons assavoir, Et certiffions, pour tout voir, Pour estoupper aux mesdisans La bouche, qui trop sont nuisans, Qu'il ne part de nostre service Par deffaulte, forfait ou vice, Mais seulement la cause est telle: Vray est que la Mort trop cruelle A tort lui est venu oster Celle que tant souloit amer, Qui estoit sa Dame et maistresse, S'amie, son bien, sa leesse; Et pour sa loyaulté garder, Il veult desormais ressembler A la loyalle turterelle Qui seule se tient, à par elle, Apres qu'elle a perdu son per; Si lui avons voulu donner Congié du tout de soy retraire Hors de nostre court, sans forfaire. Fait par bon conseil et advis De nos subgietz et vraiz amis, En nostre present Parlement Que nous tenons nouvellement; En tesmoing de ce, avons mis Nostre scel, plaqué et assis, En ceste presente quictance, Escripte par nostre ordonnance, Presens mains notables recors, Le jour de la feste des morts, L'an mil quatre cent trente et sept, Ou chastel de Plaisant recept.
BALADE.
Quant j'euz mon cueur et ma quictance, Ma voulenté fut assouvie, Et non pourtant, pour l'acoinctance Qu'avoye de la seigneurie D'Amour, et de sa compaignie, Quant vins à congié demander, Trop mal me fist la departie, Et ne cessoye de plourer.
Amour vit bien ma contenance, Si me dist: Amy, je vous prie, S'il est riens dessoubz ma puissance Que vueilliez, ne l'espargniez mie. Tant plain fu de merencolie, Que je ne peuz à lui parler Une parolle ne demie, Et ne cessoye de plourer.
Ainsi party en desplaisance D'Amour, faisant chiere marrie, Et comme tout ravi en trance, Prins congié, sans que plus mot dye. A Confort dist qu'il me conduye, Car je ne m'en savoye aler, J'avois la veue esbluye, Et ne cessoye de plourer.
BALADE.
Confort, me prenant par la main, Hors de la porte me convoye; Car Amour, le Roy souverain, Lui chargea moy monstrer la voye Pour aler où je desiroye; C'estoit vers l'ancien manoir Où en enffance demouroye, Que l'en appelle Nonchaloir.
A confort dis: Jusqu'à demain Ne me laissiez, car je pourroye Me forvoier, pour tout certain, Par desplaisir, vers la saussoye Où est Vieillesse rabat joye; Se nous travaillons fort ce soir, Tost serons au lieu que vouldroye, Que l'en appelle Nonchaloir.
Tant cheminasmes qu'au derrain Veismes la place que queroye; Quant de la porte fu prouchain, Le portier, qu'assez congnoissoye, Sitost comme je l'appelloye, Nous receut, disant que pour voir Ou dit lieu bien venu estoye, Que l'en appelle Nonchaloir.
BALADE.
Le gouverneur de la maison Qui Passetemps se fait nommer, Me dist: Amy, ceste saison Vous plaist il ceans sejourner? Je respondy qu'à brief parler, Se lui plaisoit ma compaignie, Content estoye de passer Avecques lui, toute ma vie.
Et lui racontay l'achoison Qui me fist Amour delaisser; Il me dist qu'avoye raison, Quant eut veu ma quictance au cler, Que je lui baillay à garder. Aussi de ce me remercie Que je vouloye demourer Avecques lui, toute ma vie.
Le lendemain lectres foison A Confort baillay à porter, D'umble recommandation, Et le renvoyay sans tarder Vers Amour, pour lui raconter Que Passetemps, à chiere lye, M'a voit receu pour reposer Avecques lui, toute ma vie.
A TRES NOBLE, HAULT ET PUISSANT SEIGNEUR AMOUR, PRINCE DE MONDAINE DOULCEUR.
Tres excellent, tres hault et noble Prince, Tres puissant Roy en chascune province, Si humblement que se peut serviteur Recommander à son maistre et seigneur, Me recommande à vous, tant que je puis, Et vous plaise savoir que toujours suis Tres desirant oir souvent nouvelles De vostre estat, que Dieu doint estre telles, Et si bonnes, comme je le desire, Plus que ne scay raconter ou escrire; Dont vous suppli que me faictes sentir Par tous venans, s'il vous vient à plaisir, Car d'en oir en bien, et en honneur, Ce me sera parfaicte joye au cueur; Et s'il plaisoit à vostre seigneurie Vouloir oir, par sa grant courtoisie, De mon estat; je suis en tres bon point, Joyeux de cueur, car soussy n'ay je point, Et Passetemps, ou lieu de Nonchaloir, M'a retenu pour avec lui manoir Et sejourner, tant comme me plaira, Jusques à tant que Vieillesse vendra; Car lors fauldra qu'avec elle m'en voise Finer mes jours; ce penser fort me poise Dessus le cueur, quant j'en ai souvenance, Mais, Dieu mercy, loing suis de sa puissance, Presentement je ne la crains en riens, N'en son dangier aucunement me tiens. En oultre plus, saichez que vous renvoye Confort, qui m'a conduit la droicte voye Vers Nonchaloir, dont je vous remercie De sa bonne, joyeuse compaignie, En ce fait, à vostre commandement, De bon vouloir et tres soingneusement, Auquel vueilliez donner foy et fiance, En ce que lui ay chargié en creance, De vous dire plus pleinement de bouche; Vous suppliant qu'en tout ce qui me touche, Bien à loisir, le vueilliez escouter, Et vous plaise me vouloir pardonner Se je n'escris devers vostre Excellence, Comme je doy, en telle reverence Qu'il appartient, car c'est par non savoir Qui destourbe d'acomplir mon vouloir. En oultre plus, vous requerant mercy, Je cognois bien que grandement failly, Quant me party derrainement de vous, Car j'estoye si rempli de courrous Que je ne peu ung mot à vous parler, Ne mon congié, au partir, demander; Avecques ce, humblement vous mercie Des biens qu'ay euz soubz vostre seigneurie. Autre chose n'escris, quant à present, Fors que je pry à Dieu, le tout puissant, Qu'il vous octroit honneur et longue vie, Et que puissiez tousjours la compaignie De faulx Dangier surmonter, et deffaire, Qui en tous temps vous a esté contraire. Escript ce jour troisiesme vers le soir, En Novembre ou lieu de Nonchaloir.
Le Bien vostre CHARLES DUC D'ORLÉANS Qui jadis fut l'un de voz vrays servans.
BALADE.
Balades, chancons et complaintes Sont pour moy mises en oubly, Car ennuy et pensées maintes M'ont tenu longtemps endormy; Non pourtant, pour passer soussy, Essayer vueil se je sauroye Rimer, ainsi que je souloye, Au moins j'en feray mon povoir, Combien que je congnois et scay Que mon langaige trouveray Tout enroillié de nonchaloir.
Plaisans parolles sont estaintes En moy qui deviens rassoty; Au fort, je vendray aux actaintes, Quant beau parler m'aura failly; Pourquoy pry ceulx qui m'ont oy Langaigier, quant pieca j'estoye Jeune, nouvel et plain de joye, Que vueillent excusé m'avoir; Oncques mais je ne me trouvay Si rude, car je suis, pour vray, Tout enroillié de nonchaloir.
Amoureux ont parolles paintes, Et langaige frais et joly; Plaisance dont ilz sont acointes Parle pour eulx; en ce party J'ay esté, or n'est plus ainsy; Alors, de beau parler trouvoye A bon marchié, tant que vouloye; Si ay despendu mon savoir, Et s'ung peu espargné en ay, Il est, quant vendra à l'essay, Tout enroillié de nonchaloir.
L'ENVOY.
Mon Jubile faire devroye, Mais on diroit que me rendroye Sans cop ferir, car Bon espoir M'a dist que renouvelleray; Pour ce, mon cueur fourbir feray Tout enroillié de nonchaloir.
BALADE.
L'emplastre de nonchaloir, Que sus mon cueur pieca mis, M'a guéri, pour dire voir, Si nectement que je suis En bon point, ne je ne puis Plus avoir, jour de ma vie, L'amoureuse maladie.
Si font mes yeulx leur povoir D'espier par le pays, S'ilz pourroyent plus veoir Plaisant beaulté, qui jadis Fut l'un de mes ennemis, Et mist, en ma compaignie, L'amoureuse maladie.
Mes yeux tense main et soir, Mais ilz sont si tres hastis, Et trop plains de leur vouloir; Au fort, je les metz au pis, Facent selon leur advis; Plus ne crains, dont Dieu mercie, L'amoureuse maladie.
L'ENVOY.
Quant je voy en doleur pris Les amoureux, je m'en ris; Car je tiens, pour grant folie, L'amoureuse maladie.
BALADE.
Mon cueur m'a fait commandement De venir vers vostre jeunesse, Belle que j'ayme loyaument, Comme doy faire ma Princesse; Se vous demandez pourquoi esse? C'est pour savoir quant vous plaira Alegier sa dure destresse, Ma Dame, le sauray je ja?
Dictez le, par vostre serment Je vous fais loyalle promesse, Nul ne le saura, seulement Fors que lui, pour avoir leesse; Or lui monstrez qu'estes maistresse, Et lui mandez qu'il guerira, Ou s'il doit mourir de destresse, Ma Dame, le saurai je ja?
Penser ne pourroit nullement Que la doleur, qui tant le blesse, Ne vous desplaise aucunement; Or faictes donc tant qu'elle cesse, Et le remectez en l'adresse D'Espoir, dont il party pieca; Respondez sans que plus vous presse. Ma Dame, le sauray je ja?
BALADE.
Je meurs de soif, en cousté la fontaine; Tremblant de froit, ou feu des amoureux; Aveugle suis, et si les autres maine; Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx; Trop negligent, en vain souvent soigneux; C'est de mon fait une chose faiée, En bien et mal par fortune menée.
Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine; Je joue et ris, quant me sens douloreux; Desplaisance j'ay, d'esperance plaine; J'actens boneur en regret angoisseux; Rien ne me plaist, et si suis desireux; Je m'esjois, et courre à ma pensée, En bien et mal par fortune menée.
Je parle trop, et me tais à grant paine; Je m'esbahys, et si suis courageux; Tristesse tient mon confort en demaine, Faillir ne puis, au moins à l'un des deux; Bonne chierre je faiz, quant je me deulx; Maladie m'est en santé donnée, En bien et mal par fortune menée.
L'ENVOY.
Prince, je dy que mon fait maleureux, Et mon prouffit aussi avantageux, Sur ung hasart j'asseray quelque année, En bien et mal par fortune menée.
BALADE.
Comment voy je les Anglois esbahys, Resjoys toy, franc royaume de France, On apparcoit que de Dieu sont hays; Puis qu'ilz n'ont plus couraige ne puissance; Bien pensoient, par leur oultrecuidance, Toy surmonter, et tenir en servaige; Et ont tenu à tort ton heritaige; Mais à present Dieu pour toy se combat, Et se monstre du tout de ta partie, Leur grant orgueil entierement abat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
Quant les Anglois as pieca envays, Rien ny valoit ton sens, ne ta vaillance; Lors estoies ainsi que fut Tays Pecheresse qui pour faire penance, Enclouse fut par divine ordonnance; Ainsi as tu esté en reclusaige De desconfort, et douleur de couraige. Et les Anglois menoient leur sabat, En grans pompes, baubans et tirannie. Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
N'ont pas Anglois souvent leurs Rois trays? Certes ouil. tous en ont congnoissance; Et encore, le Roy de leur pays Est maintenant en doubteuse balance; D'en parler mal, chascun Anglois s'avance; Assez monstrent, par leur mauvais langage, Que voulentiers ilz lui feroyent oultrage; Qui sera Roy entr'eulx est grant desbat; Pour ce, France, que veulx tu que te dye? De sa verge Dieu, les punist et bat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
PRINCE.
Roy des Français gaigné as l'asvantaige, Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige, Maintenant l'as plus belle qu'au rabat. De ton boneur, France, Dieu remercie; Fortune en bien avecques toi s'embat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
BALADE.
On parle de religion Qui est d'estroicte gouvernance, Et, par ardant devocion, Portent mainte dure penance; Mais, ainsi que j'ay congnoissance, Et selon mon entencion, Entre tous, j'ay compassion Des amoureux de l'observance
Toujours par contemplacion Tiennent leurs cueurs raviz en trance; Pour venir par perfection Au hault Paradis de Plaisance: Chault, froit, soif et faim d'esperance, Souffrent en mainte nacion; Telle est la conversacion Des amoureux de l'observance.
Piez nuz, de consolacion Quierent l'aumosne d'alegence; Or ne veulent ne pension, Fors de pitié pour pitance; En bissacs plains de souvenance, Pour leur simple provision, N'est ce saincte condicion Des amoureux de l'observance?
L'ENVOY.
Des bigotz ne quiers l'accointance, Ne loue leur oppinion, Mais me tiens, par affection, Des amoureux de l'observance.
OBLIGATION DE VAILLANT.
Present le notaire d'Amours, Sans alleguer decepcion, En renoncant tous droiz d'amours, Coustume, loy, condicion, De tres loyalle entencion, A vous servir sans me douloir, Passe ceste obligacion Soubz le scel de vostre vouloir.
De cueur, corps, biens, sans nul recours. Vous fais renunciacion, Presens, advenir, à tousjours. Et vous mets en possession Ne nulle part, ne porcion N'y aura, et, pour mieulx valoir, Le jure en ma dampnacion Soubz le scel de vostre vouloir.
Et quant je feray le rebours, Pour recevoir punicion, Me soubzmetz, sans estre ressours, A vostre juridiction; Et à bon droit, et action, Pourrez, de vostre plain povoir: Me mectre à execution Soubz le scel de vostre vouloir.
L'ENVOY.
En l'an de ma grant passion Mectant toutes à nonchaloir, Feis ceste presentacion, Soubz le scel de vostre vouloir.
VIDIMUS DE LA DICTE OBLIGACION PAR LE DUC D'ORLÉANS.
A ceulx qui verront ces presentes, Le Bailly d'Amoureux espoir, Salut plain de bonnes ententes, Mandons et faisons assavoir Que le tabellion Devoir, Juré des centraux en amours, A veu nouvellement, à Tours, De Vaillant l'obligacion Entiere de bien vraye sorte, Dont en fait la relacion, Ainsi que ce vidimus porte.
A double queue, par patentes, En cire vert, pour dire voir, Oblige, soubzmectant ses rentes, Cueur, corps et biens, sans decevoir, Soubz le seau d'autruy vouloir, Pour recouvrer joyeulx secours, Qu'il a desservy par mains jours; Faisant ratifficacion, Ledit notaire le rapporte, Par sa certifficacion, Ainsi que ce vidimus porte.
Et deust il mectre tout en ventes, Des biens qu'il pourra recevoir, Veult paier ses debtes contentes, Tant qu'on pourra apparcevoir, Qu'il fera trop plus que povoir; Combien qu'ait eu d'estranges tours Qui lui sont venuz au rebours; En soit faicte informacion, Car à Loyaulté se conforte, Qu'en fera la probacion, Ainsi que ce vidimus porte.
L'ENVOY.
Pour plus abreviacion, De l'an et jour je me deporte, On en voit declaracion, Ainsi que ce vidimus porte.
ENTENDIT DE LA DICTE OBLIGACION
Par Maistre Jehan Caillau.
Intendit le nommé Vaillant Qui fait ceste obligation, Vous resigne tout son vaillant, Par simple resignacion; Ne ne fait supplicacion De gueredon, pour mieulx valoir, Fors tout à vostre oppinion, Soubz le scel de vostre vouloir.
Lequel, d'estoc et de taillant. Endure mainte passion D'Amours, qui le vont assaillant; Mais, soubz dissimulacion, Porte sa tribulacion, Faisant semblant de non doloir, Actendant doulce pension, Soubz le scel de vostre vouloir.
Pour ce, ne doit estre faillant A la renumeracion, Car, s'il y estoit deffaillant, Ce serait sa perdicion; Et, par Dieu, si bon champion Ne devez mectre à nonchaloir; Si faictes qu'ait provision, Soubz le scel de vostre vouloir.
L'ENVOY.
J'en parle par compacion, Mais grant bien lui devez vouloir, Puis que met son entencion Soubz le scel de vostre vouloir.
BALADE.
En la forest de longue actente, Chevauchant par divers sentiers, M'en voys, ceste année presente, Ou voyage de desiriers; Devant sont allez mes fourriers, Pour appareiller mon logis En la cité de Destinée, Et, pour mon cueur et moy, ont pris L'ostellerie de Pensée.
Je mene des chevaulx quarente, Et autant pour mes officiers, Voire, par Dieu, plus de soixante, Sans les bagaiges et sommiers. Loger nous fauldra par quartiers, Se les hostelz sont trop petis Touteffoiz pour une vesprée En gré prandray, soit mieulx ou pis, L'ostellerie de Pensée.
Je despens chascun jour ma rente En maints travaulx avanturiers, Dont est Fortune mal contente, Qui soustient contre moy Dangiers; Mais, Espoirs, s'ilz sont droicturiers, Et tiennent ce qui qu'ilz m'ont promis, Je pense faire telle armée, Qu'auray malgré mes ennemis, L'ostellerie de Pensée.
L'ENVOY.
Prince, vray Dieu de paradis, Vostre grace me soit donnée, Telle que trouve à mon devis, L'ostellerie de Pensée.
BALADE.
Je cuide que ce sont nouvelles, J'oy nouveau bruit, et qu'est ce là? Helas! pourroy je savoir d'elles Quelque chose qui me plaira; Car j'ay desiré, longtemps a, Qu'Espoir m'estraynast de liesse, Je ne scay pas qu'il en fera, Le beau menteur plain de promesse.
S'il ne sont ou bonnes ou belles, Au fort, mon cueur endurera, En actendant d'avoir de celles Que Bon eur lui apportera, Et de l'endormye beuvra; De nonchaloir, en sa destresse, Espoir plus ne l'esveillera, Le beau menteur plain de promesse.
Pour ce, mon cueur, se tu me celles Reconfort, quant vers toy vendra, Tu feras mal, car tes querelles J'ay gardées, or y perra; Adviengne qu'avenir pourra! Je suis gouverné par Vieillesse, Qui de legier n'escoutera Le beau menteur plain de promesse.
L'ENVOY.
Ma bouche plus n'en parlera, Raison sera d'elle maistresse; Mais au derrain, blasmé sera Le beau menteur plain de promesse.
BALADE.
N'a pas longtemps qu'escoutoye parler Ung amoureux, qui disoit à s'amye: De mon estat plaise vous ordonner, Sans me laisser ainsi finer ma vie, Je meurs pour vous, je le vous certiffie. Lors respondit, la plaisante aux doulx yeulx, Assez le croy, dont je vous remercie, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx,
Il ne fault ja vostre pousse taster, Fievre n'avez que de merencolie, Vostre orine ne aussi regarder, Tost se garist legiere maladie, Medicine devez prendre d'oublie; D'autres ay veu trop pis, en plusieurs lieux, Que vous n'estes, et, pour ce, je vous prie, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.
Je ne vueil pas de ce vous destourber, Que ne m'amiez de vostre courtoisie; Mais que pour moy, doyez mort endurer, De le croire, ce me seroit folie; Pensez de vous, et faictes chiere lye; J'en ay ouy parler assez de tieulx Qui sont tous sains; quoyque point ne desnye Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.
L'ENVOY.
Telz beaulx parlers ne sont en compaignie Qu'esbatemens, entre jeunes et vieulx; Contente suis, combien que je m'en rye, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.
BALADE.
Portant harnois rouillé de nonchaloir, Sus monteure foulée de foiblesse, Mal abillé de desireulx vouloir, On m'a croizé, aux montres de liesse, Comme cassé des gaiges de jeunesse; Je ne congnois où je puisse servir, L'arriere ban a fait crier Vieillesse, Las! fauldra il son soudart devenir?
Le bien, que puis avecques elle avoir, N'est que d'un peu d'atrempée sagesse; En lieu de ce, me fauldra recevoir Ennuy, soussy, desplaisir et destresse; Par Dieu! Bon temps, mal me tenez promesse, Vous me deviez contre elle soustenir, Et je voy bien qu'elle sera maistresse, Las! fauldra il son soudart devenir?
Foibles jambes porteront bon vouloir, Puisqu'ainsy est, endurant en humblesse, Prenant confort d'un bien joyeulx espoir, Quant, Dieu mercy, maladie ne presse; Mais loing se tient, et mon corps point ne blesse, C'est ung tresor que doy bien chier tenir, Veu que la fin de menasser ne cesse, Las! fauldra il son soudart devenir?
L'ENVOY.
Prince, je dy que c'est peu de richesse De ce monde, ne de tout son plaisir, La mort depart ce qu'on tient à largesse, Las! fauldra il son soudart devenir?
BALADE.
Dieu vueille sauver ma galée, Qu'ay chargée de marchandise De mainte diverse pensée Enpris de loyaulté assise; Destourbée ne soit, ne prise Des robeurs, escumeurs de mer; Vent, ne marée ne luy nuyse, A bien aler et retourner.
A Confort l'ay recommandée, Qu'il en face tout à sa guise, Et pencarte lui ay baillée, Qui d'estranges pays devise, Affin que dedens il advise A quel port pourra arriver, Et le chemin à chois eslise, A bien aler et retourner.
Pour acquicter joye empruntée, L'envoye, sans espargner mise, Riche devendray, quelque année, Se mon entente n'est surprise; Conscience n'auray reprise De gaing à tort au par aler, En eur viengne mon entreprise, A bien aler et retourner.
L'ENVOY.
Prince, se maulx fortune atise, Sagement s'y fault gouverner: Le droit chemin jamais ne brise, A bien aler et retourner.
BALADE.
(Jacques bastart de la Tremoille.)
Pour la conqueste de mercy, Où les vaillans hommes et saiges Ont été pris, et mors aussi, En acquerant leurs avantaiges; Amours accroissant les couraiges Des mieulx venuz, lectre patente A tous a donné leurs usaiges, En la forest de longue actente.
Les piteux s'arment de soussy, Les francs se mectent en servaige, Maigres de corps, le cueur noircy De dueil, et pales les visaiges; A tant pour services et gaiges, Auront trois cens maulx jours de rente Par an, avec les arreraiges, En la forest de longue actente.
Ceulx qui Amours servent ainsy, En lui faisant foys et hommaiges, Il les fait apres eureux sy Qu'ilz s'eschappent des brigandaiges De Dangiers, par petiz boucaiges, Puis les duit en la droicte sente; Mais premier, paient leurs truaiges, En la forest de longue actente.
L'ENVOY.
Prince, pour duire cueurs volaiges, Affin que nul ne s'en exempte, Mectez les tous en hermitaiges, En la forest de longue actente.
BALADE.
Ha! Dieu Amours, où m'avez vous logié? Tout droit au trait de desir et plaisance, Où, de legier, je puis estre blecié Par doulx regart, et plaisant atraiance. Jusqu'à la mort, dont trop suis en doubtance, Pour moy couvrir prestez moy ung pavaiz, Desarmé suis, car pieca mon harnaiz Je le vendy, par le conseil d'oiseuse. Comme lassé de la guerre amoureuse.
Vous savez bien que me suis esloingné, Des longtemps a, d'amoureuse vaillance, Où j'estoye moult fort embesoingné, Quant m'aviez en vostre gouvernance; Or en suis hors, Dieu me doint la puissance De me garder que n'y rentre jamais; Car, quant congneu j'ay les amoureux fais, Retrait me suis de vie si peneuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.
Et non pourtant, j'ay esté advisé Que Bel acueil a fait grant aliance Encontre moy, et qu'il est embusché Pour me prandre, s'il peut, par decevance; Ung de ses gens, appellé Acointance, M'assault tousjours; mais souvent je me taiz, Monstrant semblant que je ne quiers que paiz. Sans me bouter en paine dangereuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.
L'ENVOY.
Voisent faire jeunes gens leurs essaiz, Car reposer, je me vueil desormaiz; Plus cure n'ay de pensée soingneuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.
BALADE.
Yeulx rougis, plains de piteux pleurs, Fourcelle d'espoir reffroidie, Teste enrumée de douleurs, Et troublée de frénésie, Corps percus sans plaisance lye, Cueur du tout pausmé en rigueurs, Voy souvent avoir à plusieurs, Par le vent de merencolie.
Migraine de plaingnans ardeurs, Transe de sommeil mi partie, Fievre frissonnans de maleurs, Chault ardant fort en reverie, Soif que confort ne rassasie, Dueil baigné en froides sueurs. Begayant, et changeant couleurs, Par le vent de merencolie.
Toute tourmentant en langueurs, Colique de forcenerie, Gravelle de soings assailleurs, Raige de desirant folie, Anuys enflans d'ydropisie, Maulx ethiques aussi ailleurs Assourdissent les escouteurs, Par le vent de merencolie.
L'ENVOY.
Guerir ne se peut maladie Par phisique, ne cireurgie, Astronomans, n'enchanteurs, Des maulx que souffrent povres cueurs Par le vent de merencolie.
BALADE.
Ce que l'ueil despend en plaisir, Le cueur l'achete chierement, Et, quand vient à compte tenir, Raison, president saigement, Demande pourquoi et comment Est despendue la richesse, Dont Amours deppart largement, Sans grant espargne de liesse.
Lors respond Amoureux desir: Amours me fist commandement De joyeuse vie servir, Et obeir entierement; Et, s'ay failly aucunement, On n'en doit blasmer que jeunesse Qui m'a fait ouvrer sotement, Sans grant espargne de liesse.
Pas ne mourray sans repentir, Car je m'en repens grandement, Trouvé me suis pis que martir, Souffrant maint doloureux tourment; Desormais en gouvernement Me metz, et es mains de Vieillesse, Bien scay qu'y vivray soubrement, Sans grant espargne de liesse.
L'ENVOY.
Le temps passe comme le vent, Il n'est si beau jeu qui ne cesse, En tout fault avoir finement, Sans grant espargne de liesse.
BALADE.
Je, qui suis Fortune nommée, Demande la raison pourquoy On me donne la renommée, Qu'on ne se peut fier en moy, Et n'ay ne fermeté ne foy; Car, quant aucuns en mes mains prens, D'en bas je les monte en haultesse, Et d'en hault en bas les descens, Monstrant que suis Dame et maistresse.
En ce, je suis à tort blasmée, Tenant l'usaige de ma loy, Que de longtemps m'a ordonnée Dieu, sur tous le souverain Roy, Pour donner au monde chastoy; Et, se de mes biens je despens Souventesfoiz, à grant largesse, Quant bon me semble, les suspens, Monstrant que suis Dame et maistresse.
C'est ma maniere acoustumée, Chascun le scet, comme je croy. Et n'est pas nouvelle trouvée, Mais, fays ainsi comme je doy; Me mocquant, je les monstre au doy Tous ceulx qui en sont mal contens: En gré pregnent joye ou destresse, Qu'ayent l'un des deux me consens, Monstrant que suis Dame et maistresse.
L'ENVOY.
Sur ce, s'advise qui a sens, Soit en jeunesse, ou en vieillesse, Et qui ne m'entent, je m'entens, Monstrant que suis Dame et maistresse.
BALADE.
Fortune, je vous oy complaindre Qu'on vous donne renom, à tort, De savoir, et aider, et faindre, Donnant plaisir et desconfort; C'est vray, et encore plus fort. Souvent effoiz, contre raison, Boutez de hault plusieurs en bas, Et de bas en hault; telz debas Vous usez en vostre maison.
Bien savez de plaisance paindre, Et d'espoir, quand prenez depport. Apres effacer et destaindre Toute joye, sans nul support. Et mener à douloureux port, Ne vous chault en quelle saison; Jamais vous n'ouvrez par compas; Beaucoup pis, que je ne dy pas, Vous usez en vostre maison.
Pour Dieu, vueillez vous en reffraindre, Affin qu'on ne face rapport, Qui vouldra vostre fait actaindre, Que vous soyez digne de mort; Vostre maniere chascun mort, Plus qu'autre, sans comparaison, Qui regarde par tous estats, Anuy et meschief, à grant tas, Vous usez en vostre maison.
L'ENVOY.
Ne jouez plus de vostre sort, Car trop le passez oultre bort; Se gens ne laissiez en pais, on Appellera les advocas, Qui plaideront que tres faulx cas Vous usez en vostre maison.
BALADE.
Or ca, puisque il faut que responde, Moy, Fortune, je parleray, Si grant n'est, ne puissant ou monde, A qui bien parler n'ozeray. J'ay fait, faiz encores, et feray, Ainsi que bon me semblera, De ceulx qui sont soubz ma puissance; Parle qui parler en vouldra, Je n'en feray qu'à ma plaisance.
Quant les biens, qui sont en la ronde, Sont miens, et je les donneray Par grant largesse, dont j'abonde, Et apres je les reprendray; Certes, à nul tort ne feray. Qui est ce qui m'en blasmera? Je l'ay ainsi d'acoustumance, En gré le preigne qui pourra, Je n'en feray qu'à ma plaisance.
En raison jamais ne me fonde, Mais mon vouloir accompliray; Les aucuns convient que confonde, Et les autres avanceray; Mon propos souvent changeray, En plusieurs lieux, puis ca, puis là, Sans regle, ne sans ordonnance; Où est il qui m'en gardera? Je n'en feray qu'à ma plaisance.
L'ENVOY.
On escript: tant qu'il nous plaira, Es lettres des seigneurs de France; Pareillement de moy sera, Je n'en feray qu'à ma plaisance.
BALADE.
Fortune, vray est vostre compte,
Que quant voz biens donné avez,
Vous les reprenez; mais, c'est honte,
Et don d'enfant, bien le savez;
Ainsi faire ne le devez.
Voz fais vous mectez à l'enchiere,
Chascun ce qu'il en peut, en a,
Et ne vous chault comment tout va,
BALADE.
Escollier de merancolie, A l'estude je suis venu, Lectres de mondaine clergie Espelant atout ung festu, Et moult fort m'y trouve esperdu; Lire, n'escripre, ne scay mye, Des verges de Soussy batu, Es derreniers jours de ma vie.
Pieca, en jeunesse fleurie, Quant de vif entendement fu, J'eusse apris en heure et demye Plus qu'à present; tant ay vesqu, Que d'engin je me sens vaincu; On me deust bien, sans flaterie, Chastier despoillié tout nu, Es derreniers jours de ma vie.
Que voulez vous que je vous die? Je suis pour ung asnyer tenu, Banny de bonne compaignie, Et de nonchaloir retenu Pour le servir, il est conclu; Qui vouldra pour moy estudie, Trop tart je m'y suis entendu, Es derreniers jours de ma vie.
L'ENVOY.
Se j'ay mon temps mal despendu, Fait l'ay, par conseil de folie; Je m'en sens, et m'en suis sentu, Es derreniers jours de ma vie.
BALADE.
L'autre jour tenoit son conseil, En la chambre de ma pensée, Mon cueur, qui faisoit appareil De deffence contre l'armée De Fortune mal advisée, Qui guerrier vouloit Espoir; Se sagement n'est reboutée, Par Bon eur et Loyal vouloir.
Il n'est chose soubz le souleil, Qui tant doit estre désirée Que paix; c'est le don non pareil Dont Grace fait toujours livrée A sa gent qu'a recommandée; Fol est, qui ne la veult avoir, Quant elle est offerte et donnée, Par Bon eur et Loyal vouloir.
Pour Dieu, laissons dormir traveil, Ce monde n'a gueres durée, Et paine, tant qu'elle a sommeil, Souffrons que prengne reposée: Qui une foiz l'a esprouvée, La doit fuyr, de son povoir, Par tout doit estre deboutée, Par Bon eur et Loyal vouloir.
L'ENVOY.
Dieu nous doint bonne destinée, Et chascun face son devoir, Ainsi ne sera redoubtée Par Bon eur et Loyal vouloir.
BALADE.
En la chambre de ma pensée, Quant j'ay visité mes tresors, Mainteffoiz la trouve estoffée Richement, de plaisans confors; A mon cueur je conseille lors, Qu'y prenons notre demourée, Et que par nous soit bien gardée, Contre tous envieux rappors.
Car Desplaisance maleurée Essaye souvent ses effors, Pour la conquester par emblée, Et nous bouter tous deux dehors; Se Dieu plaist, assez sommes fors Pour bientost rompre son armée, Se d'Espoir bannyere est portée Contre tous envieux rappors.
L'inventoire j'ay regardée De noz meubles, en biens et corps; De legier, ne sera gastée, Et si ne ferons à nulz tors; Mieux aymerions estre mors, Mon cueur et moy, que couroucée Fust raison saige et redoublée, Contre tous envieux rappors.
L'ENVOY.
Demourons tous en bons accors, Pour parvenir à joyeulx pors; Ou monde qui a peu durée, Soustenons Paix la bien amée Contre tous envieux rappors.
BALADE.
Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine, Bien eschauffé, sans le feu amoureux; Je vois bien cler, ja ne fault qu'on me maine, Folie et sens me gouvernent tous deux, En nonchaloir resveille sommeilleux; C'est de mon fait une chose meslée, Ne bien, ne mal, d'avanture menée.
Je gaingne et pers, mescontant par sepmaine, Ris, jeux, deduiz, je ne tiens compte d'eulx; Espoir et dueil me mectent hors d'alaine, Eur me flatent, si m'est trop rigoreux; Dont vient cela, que je ris et me deulx? Est ce par sens, ou folie esprouvée? Ne bien, ne mal, d'avanture menée.
Guerdonné suis de malheureuse estraine, En combatant, je me rens courageux, Joye et Soussy m'ont mis en leur demaine, Tout desconfit, me tiens au renc des preux; Qui ne sauroit desnoer tous ses neux, Teste d'acier y fauldroit fort armée, Ne bien, ne mal, d'avanture menée.
PRINCE.
Vieillesse fait me jouer à telz jeux, Perdre et gaingner, et tout par ses conseulx; A la faille j'ay joué ceste année, Ne bien, ne mal, d'avanture menée.
BALADE.
(Orléans.)
Pourquoy m'as tu vendu, Jeunesse, A grant marchié, comme pour rien, Es mains de ma Dame Vieillesse Qui ne me fait gueres de bien, A elle peu tenu me tien, Mais il convient que je l'endure, Puisque c'est le cours de nature.
Son hostel, de noir de tristesse, Est tendu; quant dedens je vien, J'y voy l'istoire de destresse Qui me fait changer mon maintien, Quant la ly, et maint mal soustien; Espargnée n'est creature, Puisque c'est le cours de nature.
Prenant en gré ceste rudesse, Le mal d'autruy compare au mien; Lors me tance Dame Sagesse, Adoncques en moy je revien; Et croy de tout le conseil sien, Qui est en ce plain de droicture, Puisque c'est le cours de nature.
PRINCE.
Dire ne sauroye combien Dedens mon cueur mal je retien, Serré d'une vieille sainture, Puisque c'est le cours de nature.
BALADE.
(Orléans.)
Mon cueur vous adjourne, Vieillesse, Par droit huissier de parlement, Devant Raison qui est maistresse, Et juge de vray jugement; Depuis que le gouvernement Avez eu, de luy et de moy, Vous nous avez, par tirannie, Mis es mains de merencolie, Sans savoir la cause pourquoy.
Par avant nous tenoit Jeunesse, Et nourrissoit si tendrement, En plaisir, confort et liesse, Et tout joyeulx esbatement; Or faictes vous tout autrement Se vous est honte, sur ma foy, Car, en douleur et maladie, Nous faictes user nostre vie, Sans savoir la cause pourquoy.
De quoy vous sert ceste destresse A donner sans alegement? Cuidez vous pour telle rudesse Avoir honneur aucunement? Nennil, certes, car vrayement Chascun vous monstrera au doy, Disant: la vieille rassotie Tient tout maulx en sa compaignie, Sans savoir la cause pourquoy.
PRINCE.
Ce saint Martin presentement, Qu'avocas font commencement De plaidier les faiz de la loy, Prenez bon conseil, je vous prie, Ne faictes debat ne partie, Sans savoir la cause pourquoy.
BALADE.
Plus ne voy riens qui reconfort me donne, Plus dure ung jour que ne me souloient cent, Plus n'est saison qu'à nul bien m'abandonne, Plus voy plaisir et mains mon cueur s'en scent, Plus qu'oncques mais mon vouloir bas descent, Plus me souvient de vous, et plus m'empire; Plus quiers esbas, c'est lors que plus soupire; Plus fait beau temps, et plus me vient d'ennuys; Plus ne m'actens fors tousjours d'avoir pire, Puisque de vous approcher je ne puis.
Plus suis dolent que nul autre personne, Plus n'ay espoir d'aucun alegement, Plus ay désir, crainte d'autre part sonne; Plus vueil aler vers vous, mains scay comment; Plus suis espris, et plus ay de tourment; Plus pleure et plains, et plus pleurer desire; Plus chose n'est qui me sauroit suffire, Plus n'ay repos, je hai les jours et nuys; Plus que jamais à douleur me fault duyre, Puisque de vous approcher je ne puis.
Plus vivre ainsi ne m'est pas chose bonne, Plus vueil mourir, et raison si assent; Plus qu'à nully, Amours de maulx m'ordonne; Plus n'a ma voix, bon accort, ne assent; Plus fait on jeux, mieux desire estre absent; Plus force n'ay d'endurer tel martire, Plus n'est vivant, homme qui tel mal tire; Plus ne congnois bonnement où je suis, Plus ne scay brief que pencer, faire ou dire, Puisque de vous approcher je ne puis.
L'ENVOY.
Plus n'ay mestier de jouer, ne de rire; Plus n'est le temps sinon de tout despire, Plus cuide avoir de douceur les apuys, Plus suis adonc desplaisant et plain d'ire. Puisque de vous approcher je ne puis.
BALADE.
(Orléans.)
Chascun s'esbat au mieulx mentir, Et voulentiers je l'aprendroye, Mais maint mal j'en voy advenir, Parquoy savoir, ne le vouldroye. De mentir par déduit, ou joye, Ou par passe temps, ou plaisir, Ce n'est point mal fait, sans faillir, Se faulceté ne s'y employe.
Faulx menteurs puisse l'en couvrir, Sur les montaignes de Savoye, De neiges, tant que revenir Ne puissent par chemin, ne voye, Jusques querir je les renvoye; Pour Dieu, laissiez les là dormir, Ils ne scevent de riens servir, Se faulceté ne s'y employe.
Pourquoy se font ilz tant hair? Veulent ilz que l'en les guerroye? Cuident ilz du monde tenir Tous les deux boutz de la courroye? C'est folie, que vous diroye? Leur prouffit puissent parfournir, Et laissent les autres chevir, Se faulceté ne s'y employe.
L'ENVOY.
Paix crie, Dieu la nous octroye. C'est ung tresor qu'on doit cherir, Tous biens s'en pevent ensuir, Se faulceté ne s'y employe.
BALADE.
Jam nova progenies coelo demittitur alto.
O louée Conception, Envoyée sa jus des cieulx, Du noble Lys digne Syon, Don de Jhesus tres precieulx, Marie, nom tres gracieulx, Fons de pitié, source de grace, La joye, confort de mes yeulx, Qui nostre paix batist et brasse.
La paix, c'est assavoir des riches, Des povres, le substantament, Le rebours des felons et chiches, Tres necessaire enfantement Conceu, portée honnestement Hors le pechié originel, Que dire je puis sainctement, Souverain bien de Dieu Eternel.
Nom recouvré, joye de peuple, Confort des bons, de maulx retraicte, Du doulx Seigneur premiere et seule Fille, de son cler sang extraicte. Du dextre costé Clovis traicte, Glorieuse ymage en tout fais, Ou hault ciel crée et pourtraicte, Pour esjouyr, et donner paix.
En l'amour et crainte de Dieu, Es nobles flans Cesar conceue, Des petitz et grans, en tout lieu, A tres grande joye receue, De l'amour Dieu traicte, tissue Pour les discordez ralier, Et aux enclos donner yssue, Leurs lians et fers delier.
Aucunes gens qui bien peu sentent, Nourriz en simplesse et confiz, Contre le vouloir Dieu, actentent Par ignorance desconfiz, Desirans que feussiez ung filz, Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux, Je croy que ce soit grans proufiz; Raison, Dieu fait tout pour le mieulx.
Du Psalmiste je prens les dictz, Delectasti me, Domine, In factura tua, si ditz; Noble enfant de bonne heure né, A toute doulceur destiné, Manna du ciel, celeste don, De tous biens fais le guerdonné, Et de noz maulx le vray pardon.
Combien que j'ay leu en ung dit, Inimicum putes y a Qui te presentem laudabit, Toutteffoiz, non obstant cela, Oncques vray homme ne cela En son courage aucun grant bien, Qui ne le monstrast ca et là, On doit dire du bien le bien.
Saint Jehan Baptiste ainsi le fist, Quant l'aignel de Dieu descela, En ce faisant, pas ne meffist, Dont sa voix es tourbes vola, De quoy saint Andry Dieu loua, Qui de lui, cy ne scavoit rien, Et au filz de Dieu s'aloua, On doit dire du bien le bien,
Envoyée de Jhesucrist, Rappelez sa jus par deca Les povres que rigueur proscript, Et que fortune betourna; Cy scay bien comment y m'en va, De Dieu, de vous, vie je tien, Benoist celle qui vous porta; On doit dire du bien le bien.
Cy, devant Dieu, fais congnoissance Que creature feusse morte, Ne fust vostre doulce naissance, En charité puissant et forte, Qui ressuscite et reconforte, Ce que mort avoit prins pour sien; Vostre presence me conforte, On doit dire du bien le bien.
Cy vous rens toute obeissance, Ad ce faire, raison me porte, De toute ma povre puissance, Plus n'est deul qui me desconforte, N'autre ennuy de quelconque sorte; Vostre je suis, et non plus mien, Ad ce, droit et devoir m'enhorte, On doit dire du bien le bien.
O grace et pitié tres immense, L'entrée de paix et la porte, Some et benigne clemence, Qui noz faultes toult et supporte; Cy de vous louer me deporte, Ingrat suis, et je le maintien, Dont en ce refrain me transporte, On doit dire du bien le bien.
Princesse, ce loz je vous porte, Que sans vous je ne feusse rien; A vous et à vous m'en rapporte, On doit dire du bien le bien. Euvre de Dieu, digne, louée, Autant que nulle créature, De tous biens et vertuz douée, Tant d'esperit, que de nature, Que de ceulx qu'on dit d'aventure; Plus que rubis noble, ou balais, Selon de Caton l'escripture, Patrem insequitur proles.
Port asseuré, maintien rassis, Plus que ne peut nature humaine, Et eussiez des ans trente six, Enfance en riens ne vous demaine, Que jour ne le die et sepmaine, Je ne scay qui le me deffant; Ad ce propoz un g dit ramaine, De saige mere, saige enfant.
Dont resume ce que j'ay dit, Nova progenies coelo, Car c'est du Poete le dit, Jamjam demittitur alto. Saige Cassandre, bel Echo, Digne Judith, caste Lucresse, Je vous congnois, noble Dido, A ma seule Dame et maistresse.
En priant Dieu, digne Pucelle, Qui vous doint longue et bonne vie, Qui vous ayme, ma Damoiselle, Ja ne coure sur lui envie; Entiere Dame, et assouvie, J'espoir de vous servir aincoys, Certes, se Dieu plaist que devie Vostre povre escolier francoys.
BALADE.
Je meurs de soif empres de la fontaine; Suffisance ay, et si suis convoiteux; Une heure m'est plus d'une quarantaine; Droit et parfait, je chemine boiteux; Tres pacient, plus que nul despiteux; Je retiens tout, et ce que j'ai, despars; A moy cruel, et aux autres Piteux; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.
En doubte suis de chose tres certaine; Infortuné, je me repute eureux; Vraye conclus une chose incertaine; Rien je ne fois, et suis adventureux; Feble me tiens, quant me sens vigoreux; Plain de moisteur, tout tremblant au feu ars; Doulx et beguin, de semblant rigoreux; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.
Quant dueil me prent, grand joye me demaine; Par grant plaisir, je deviens langoreux; Indigent suis, possident grant demaine; Qui n'a nul goust, je le tiens savoreux, Qui m'est amer, de lui suis amoureux; Ignorant suis, et si scay les sept ars; En grant seurté, fort craintif et paoureux; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.
L'ENVOY.
Qui me loue, il m'est injurieux; Je ne bouge, quant d'un lieu je me pars; Par bien ouvrer, en vain labourieux; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.
BALADE.
Je meurs de soif aupres de la fontaine; Tant plus mengue, et tant plus je me affame; Povre d'argent, ou ma bourse en est plaine; Marié suis, et si n'ay point de fame; Qui me honnore, grandement me diffame; Quant je vois droit, lors est que me devoye; Pour loz et pris, je tiltre de diffame; Grief desplaisir m'est excessive joye.
Quant on me toult, richement on me estraine; Dix mile onces ne me sont que une dragme; Sec et brahaing, je porte fleur et graine; En reposant, sur mer tire à la rame; Actaine suis en tous lieux on n'a ame; Acompaigné, je n'ay qui me convoye; Toute entiere est la chose que je entame, Grief desplaisir m'est excessive joye.
En aspirant, je retiens mon alaine; Quant eur me vient, maleureux je me clame; Fort et puissant, flexible comme laine; Transi d'amours sans avoir nulle dame; Homme parfait, privé de corps et d'ame; Paisible suis, et ung chascun guerroye; Mes ennemis plus que tous autres, ame; Grief desplaisir m'est excessive joye.
L'ENVOY.
Mauvaise odeur m'est plus fleurant que basme; Pasmé de dueil, angoisseux me resjoye; En eau plungié, je brule tout en flame; Grief desplaisir m'est excessive joie.
BALADE.
Je n'ai plus soif, tarie est la fontaine, Repeu je suis de competent viande, J'ai pris treves affin que on ne me actaine, Dissimulant, fault que le hurt actende; Adjoing des deux, sans que nul vilipende, Je festie l'un, à l'austre fois la moue; En ce faisant, pour éviter escande, Entre deux eaues, comme le poisson, noue.
En grant travail j'ai frapé la quintaine, Jusques ung temps fault qu'à repos entende; Pour obvier à voye trop haultaine, Le moyen tiens, affin que ne descende, J'ai eu delay de payer mon amende, En couroux faint, couvertement me joue, En reculant pour mieulx saillir en lande, Entre deux eaues, comme le poisson, noue.
Ne vert, ne meur, mon blé mangue en graine, Dueil et plaisir me tiennent en commande; En divers lieux ca et là me pourmaine; La moitie fois, quant tout l'en me commande; A demy trait lors est que l'arc debande, Pour abreger, ne l'un ne l'autre loue, Participant de l'une et l'autre bande, Entre deux eaues, comme le poisson, noue.
L'ENVOY.
Par priere de affaictée demande, Interrogé se l'ung ou l'autre avoue, A ce respons, se aucun le me demande, Entre deux eaues, comme le poisson, noue.
BALADE.
(Villon.)
Je meurs de soif aupres de la fontaine; Chault comme feu, et tremble dent à dent; En mon pays, suis en terre loingtaine; Lez ung brasier, friconne tout ardent; Nu comme ung ver, vestu en president; Je ris en pleurs, et actens sans espoir; Confors reprens, en triste desespoir; Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun; Puissant, je suis sans force et sans povoir; Bien recueilly, débouté de chascun. Rien ne m'est seur, que la chose incertaine; Obscur, fors ce qui est tout evident; Doubte ne fais, fors en chose certaine; Science tiens à soudain accident; Je gaigne tout, et demeure perdent; Au point du jour diz: Dieu vous doint bon soir; Gisant envers, j'ai grant paour de cheoir; J'ai bien de quoy, et si n'en ay pas ung; Eschoite actens, et d'omme ne suis hoir; Bien recueilly, debouté de chascun.
De riens n'ay soing, si mets toute ma paine D'acquerir biens, et n'y suis pretendent; Qui mieulx me dist, c'est cil qui plus m'actaine; Et qui plus vray, lors plus me va bourdent; Mon amy est qui me fait entendent, D'un cigne blanc, que c'est un corbeau noir; Et qui me nuys, croy qu'il m'aide à povoir; Bourde, verité, aujourduy m'est tout ung; Je retiens tout, riens ne scay concepvoir; Bien recueilly, debouté de chascun.
L'ENVOY.
Prince clement, or vous plaise savoir Que j'entens moult, et n'ay sens, ne savoir; Parcial, suis à toutes lois commun; Que fais je plus? quoy? les gaiges ravoir; Bien recueilly, debouté de chascun.
BALADE.
Parfont conseil eximium. En ce saint livre, exortatur, Que l'omme, in matrimonium, Folement non abutatur; Raison, le sens hebetatur, De omni viro quelqu'il soit; Fol non credit tant qu'il recoit.
Et constat, par ceste leccon, Pour conserver vim et robur, Prestat ne faire mot, ne son, Souffrir et escouter murmur; Si conjunx clamat ad ce mur, Fingat que pas ne le concoit, Fol non credit tant qu'il recoit.
Fortior multo que Sanson,
En cest assault conjuncitur
Contra de Venus l'escusson,
Le plus fort bourdon plicatur;
Sed quisquis pas ne le concoit,
Fol non credit tant qu'il recoit.
L'ENVOY.
Prince très saige, legitur Quod astucior si decoit, Le mieulx nagent y mergitur; Fol non credit tant qu'il recoit.
BALADE. Je meurs de soif aupres de la fontaine; J'ai tres grant fain, et si ne puis mengier; Je suis au bas en la maison haultaine, Et enchartré en ung très beau vergier; En grant peril, et hors de tout dangier; Les biens que j'ay, me font povre indigent; En beau logis, ne me scay où logier; Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. Je fais grant dueil, tristesse m'est loingtaine; Dormir ne puis, et ne fais que songier; Je suis tout sain, et ay fievre quartaine; Tout esdenté, mon frain me fault rongier, Verité dy, et si suis mensongier; Je suis recluz, hanté de toute gent; Congneu de tous, et à tous estrangier; Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. Grant doubte fais de chose bien certaine; Incertain suis, et si en vueil jugier; Ou champs estroit, je jouste à la quintaine; Non offensé, je me cuide vengier; Ung pesant faiz me semble tres legier; Je suis paillart, et contrefay du gent; Par trop couart, hardy comme un Ogier; Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. L'ENVOY. Prince, je suy siche, pour abregier, Prodigue aussi, nonchallant, diligent, Assez subtil, plus simple que bergier, Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. BALADE. (Montbreton et Robertet.) Je meurs de soif auprès de la fontaine; Je trouve doulx ce qui doit estre amer; J'ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine, Je hé tous ceulx que fort je deusse amer; Je loue ceulx que je deusse blasmer; Je prens en gré plus le mal que le bien; Je vois querant ce qu'à trouver je doubte; Croire ne puis cela que je scay bien; Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte. Je prens plaisir en ce qui m'est atayne; Ung peu de chose m'est grant comme la mer; Je tiens de pres, celle qui m'est loingtaine; Je garde entier ce que deusse entamer; Saoul suis, de ce qui me fait affamer; J'ay largement de tout, et si n'ay rien; J'oublie ce que plus à cueur je boute; Ce qui me lasche, me tient en son lien; Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. Je tiens pour basse chose qui est haultaine; Je fuis tous ceulx que deusse reclamer, Je croy plus tart le vray qu'une fredaine; Tant plus suis froit, plus me sens enflamer; Quant j'ay bon cueur, lors je prens à pasmer; Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien; Je prise peu ce qui bien chier me couste; Sote maniere m'est plus que beau maintien; Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. L'ENVOY. Prince, j'ay tout, et si ne scay combien; J'atire à moy ce qui plus me deboute; Ce que j'esloigne, m'est plus pres qu'autre rien; Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. BALADE. Je meurs de soif aupres de la fontaine; Verbe normal, sans conjugacion: Congruité, de incongruité plaine; Declinable, sans declinacion; Approprié par appellation; Determiné, sans quelque terminance; Ou brief, ou long, sans variacion; C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. Mat et vaincu, je frape la quintaine; Sans violance je fois invasion; Affirmatif d'une chose incertaine; Silogisant sans proposicion; Meuf figure où n'a conclusion; Emptimeme sans quelque consequance; Convertible où n'a conversion; C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. J'ayme repos, et desire la paine; Corruptible en generacion; Le vray au faulx je duis et ramaine; De maxime je fois oppinion; Diffiment je fois descripcion, Et l'accident je mue en substance; Aveugle suis en clere vision; C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. L'ENVOY. Incomplexif, ayant complexion; Irregulier, je suis de l'observance; Je suis actif, designant passion; C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. BALADE. (Maistre Berthault de Villebresme.) Je meurs de soif aupres de la fontaine; Tout affamé, en mengier sumptueulx; Comblé de dueil, en liesse haultaine; Sec et brahaing, en pays fructueux; Loing de vertuz, entre les vertueux; Entre joyeux, plaintif et souspirant; En lieu de bien, de mal affectueux; Et va mon fait tousjours en empirant. Entre tous biens je suis de mal quintaine; Alangoré, entre les vigoreux; Entre esbanoys, de regret cappitaine; Amertume, entre les doulcereux; Tremblant de froit en manoir chalereux; En grant santé, tousjours mal endurant; Entre courtois, despit et rigoreux; Et va mon fait tousjours en empirant. Forvoyé suis par hanter voye certaine, Et avoyé, en lieux avantureux; Ma nacion m'est region lointaine; En lieu tres seur, je suis tres fort paoureux; Espris d'amour, sans estre amoureux; La lerme a l'ueil, je me vois deduisant; Tout me desplaist, sans estre dangereux; Et va mon fait tousjours en empirant. L'ENVOY. Prince, cesser fay le mal qui m'actaine, Ou autrement je m'en iray mourant, Car je suis pres d'avoir fievre quartaine, Et va mon fait toujours en empirant. BALADE. (Maistre Jehan Caillau.) Je meurs de soif aupres de la fontaine; Tremblant de froit ou feu des amoureux; Je suis tout sain en langueur et enpaine; Et suis asseur, où tout est dangereux; Tout mal, tout grief, m'est doulx et savoureux; Plain de tourment, mene joyeuse vie, Et ce qui plaist à tous, ne me plaist mie; En povreté, je suis tres richement; En engoisse, j'ay plaisance assovye; Or jugiez donc se je vis plaisamment. Je suis joyeulx sans plaisance mondaine; Où chascun rit, pensif et douloreux; Sans nul travail, si suis je hors d'alaine; Pres de tout bien, suis le tres langoreux; Ce qui me plaist, est aspre et rigoreux; J'ayme estre seul, et si vueil compaignie; Je dors assez, et suis en frenesie; En desespoir j'ay grand allegement; Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye; Or jugiez donc se je vis plaisamment. Je suis seigneur sans terre et sans demaine; Tant plus ay biens, et plus suis maleureux; Je meurs de fain, et ay ma grange plaine; Où tout est seur, si suis je tres paoureux; Des plus vaillans et moins chevalereux; Qui mal me fait, je lui rens courtoisie; S'il fait beau temps, je demande la pluye; Se je meurs tost, si vis je longuement; En grant repos, plain de forsenerie; Or jugez donc si je vis plaisamment. L'ENVOY. Prince, mon fait est droicte faerie, Je bay travail, et le repos m'ennuye; Maintenant d'un, et tantost autrement; J'ay tous les jeux, et quicte la partie; Or jugez donc si je vis plaisamment. BALADE. (Gilles des Ourmes.) Je meurs de soif aupres de la fontaine; Tremblant de froit ou feu des amoureux; Je suis joyeulx s'aucun mal me demaine; Plaintz et souspirs sont mes riz et mes jeux; Je n'ay santé, sinon quand je me deulx; Beau temps me plaist, et desire la pluye; Qui bien me fait, je le tiens mon hayneux; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. Je n'ay repos qu'en doleur et en paine; J'ayme travail, et si suis paresseux; Ung mois ne m'est qu'à ung aultre sepmaine, Et m'est d'advis que le jour dure deux; Se j'ay nul bien, je m'en tiens maleureux; Quant j'ayme aucun, force est que je le fuye; Qui m'est courtois, je lui suis rigoreux; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. J'ay mille maulx, et ma personne est saine; Plaisirs mondains me sont malencontreux; Quant je suis seul, lors ung chascun m'actaine; Rien n'ay asseur, si je n'en suis doubteux; Gens bien en point me semblent souffreux; En plain midy j'ay la veue esbluye; Je n'ayme rien, et si suis convoiteux; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. L'ENVOY. Sans mot sonner, je dy mon cas piteux; Je n'ay regret qu'en ce que je ne veulx; Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye; Quant gens n'ont rien, je vueil mordre sur eulx: Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. BALADE. (Simonnet Caillau.) Je meurs de soif aupres de la fontaine; Costé plaisir, mon cueur plaint et souspire; Tout arresté, sans marchier l'on me maine; Rempli de deul, vouloir me prent de rire; En plaisans lieux je n'ay si non martire; A nul ne suis, et si fault que m'avoue; Parler scay bien, et ne puis mon cas dire; Or regardez, se tel homme se joue. Croire ne vueil, et est chose certaine; Sans me toucher, je sens que l'on me tire; En lit bien fait, là ne seuffre que paine; Le chois ay eu, et est ma part la pire; Sans avoir riens, j'ay tant qu'il deust suffire; Qui mal me fait, de cestui la me loue; Pres des joyeulx, je ne me scay deduire; Or regardez, se tel homme se joue. Esgaré suis, et voy la voye plaine; Où tout est bien, assez treuve à redire; Sens grant chaleur, ca et là me pourmaine; Les yeulx bandez, en mirouer me mire; Loingt de chault feu, je ne cesse de frire; Tel me flate qui puis me fait la moue; Ce qui est mien, j'en voy ung autre sire; Or regardez, se tel homme se joue. L'ENVOY. J'ay piez et sens, et ne me scay conduire; En beau chemin je suis cheut en la boue; J'ayme estre à part, et compaignie desire; Or regardez, se tel homme se joue. BALADE. En regardant vers le pays de France, Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer, Qu'il me souvint de la doulce plaisance Que souloie ou dit pays trouver; Si commencay de cueur à souspirer, Combien certes que grant bien me faisoit, De veoir France que mon cueur amer doit. Je m'avisay que c'estoit nonsavance, De telz souspirs dedens mon cueur garder, Veu que je voy que la voye commence De bonne paix, qui tous biens peut donner; Pour ce, tournay en confort mon penser, Mais non pourtant, mon cueur ne se lassoit De veoir France que mon cueur amer doit. Alors chargay, en la nef d'esperance, Tous mes souhays en leur priant d'aler Oultre la mer, sans faire demourance, Et à France de me recommander; Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder, Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit, De veoir France que mon cueur amer doit. L'ENVOY. Paix est tresor qu'on ne peut trop loer, Je hé guerre, point ne la doit prisier, Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit, De veoir France que mon cueur amer doit. BALADE. Priez pour paix, doulce Vierge Marie, Royne des cieulx, et du monde maistresse, Faictes prier, par vostre courtoisie, Saints et sainctes, et prenez vostre adresse Vers vostre fils, requerrant sa haultesse Qu'il lui plaise son peuple regarder, Que de son sang a voulu rachater, En deboutant guerre qui tout desvoye; De prieres ne vous vueilliez lasser, Priez pour paix, le vray tresor de joye. Priez, prelaz, et gens de saincte vie. Religieux, ne dormez en peresse, Priez, maistres, et tous suivans clergie, Car par guerre fault que l'estude cesse; Moustiers destruiz sont sans qu'on les redresse, Le service de Dieu vous fault laisser, Quant ne povez en repos demourer; Priez si fort que briefment Dieu vous oye, L'Eglise voult à ce vous ordonner; Priez pour paix, le vray tresor de joye. Priez, princes qui avez seigneurie, Roys, ducs, contes, barons plains de noblesse, Gentils hommes avec chevalerie, Car meschans gens surmontent gentillesse; En leurs mains ont toute vostre richesse, Debatz les font en hault estat monter, Vous le povez chascun jour veoir au cler, Et sont riches de voz biens et monnoye, Dont vous deussiez le peuple supporter; Prier pour paix, le vray tresor de joye. Priez, peuple qui souffrez tirannie, Car voz seigneurs sont en telle foiblesse, Qu'ilz ne pevent vous garder par maistrie, Ne vous aider en vostre grant destresse; Loyaux marchans, la selle si vous blesse, Fort sur le doz chascun vous vient presser, Et ne povez marchandise mener, Car vous n'avez seur passage, ne voye, Et maint peril vous convient il passer: Priez pour paix, le vray tresor de joye. Priez, galans joyeulx en compaignie, Qui despendre desirez à largesse, Guerre vous tient la bourse degarnie; Priez, amans, qui voulez en liesse Servir amours, car guerre, par rudesse, Vous destourbe de voz dames hanter, Qui mainteffoiz fait leurs voloirs torner, Et quant tenez le bout de la courroye, Ung estrangier si le vous vient oster; Priez pour paix, le vray tresor de joye. L'ENVOY. Dieu tout puissant nous vueille conforter Toutes choses en terre, ciel et mer, Priez vers lui que brief en tout pourvoye, En lui seul est de tous maulx amender; Priez pour paix, le vray tresor de joye. BALADES DE PLUSIEURS PROPOS. (Orléans contre Garancières. Je, qui suis Dieu des amoureux, Prince de joyeuse plaisance, A toutes celles et à ceulx Qui sont de mon obeissance, Requier qu'a toute leur puissance Me viengnent aider et servir, Pour l'outrecuidance punir D'aucuns qui, par leur janglerie, Veulent, par force, conquerir Des grans biens de ma seigneurie. Car Garencieres, l'un d'entre eulx, Si dit en sa folle ventance, Pour faire le chevalereux, Qu'avant hyer, par sa grant vaillance, Lui et son cueur d'une aliance, Furent devant beaulté courir; Je ne luy vy pas sans faillir, Mais croy qu'il soit en resverie, Car si pres n'oseroit venir Des grans biens de ma seigneurie. Il dit qu'il est tant douloreux, Et qu'il est mort sans recouvrance; Mais bien seroit il maleureux, Qui donneroit en ce creance; On peut veoir que celle penance, Qu'il lui a convenu souffrir, N'a fait son visaige pallir, Ne amaigrir de maladie, Ainsi se mocque, pour chevir Des grans biens de ma seigneurie. L'ENVOY. Sur tous, me plaist le retenir Roys des heraulx pour bien mentir; Cest office je lui octrie, C'est ce que lui veuil departir Des grans biens de ma seigneurie. BALADE. (Response de Garencieres.) Cupido, Dieu des amoureux, Prince de joyeuse plaisance, Moi, Garancieres, tres soingneux De vous servir de ma puissance, Viens devers vous, en obeissance, Pour vous humblement requerir Que vous vueilliez faire punir Ung homme de mauvaise vie. Qui, contre raison, veult tenir Le droit de vostre seigneurie. C'est ung enfant malicieux, Où nul ne doit avoir fiance, Car il en a ja plus de deux Deceues, au pais de France, Dont vous deussiez prendre vengeance, Pour faire les autres cremir; C'est le prince de bien mentir, Ainsné frere de janglerie, Qui, contre raison, veult tenir Le droit de vostre seigneurie. Oncques Lucifer l'orgueilleux Ne fist si grant oultrecuidance, Quant il emprist d'estre envieux Sur le Dieu de toute puissance; Il me semble que, par sentence, Vous le deussiez faire bannir De vostre court, sans revenir, Lui et sa faulse compaignie, Qui, contre raison, veult tenir Le droit de vostre seigneurie. L'ENVOY. Prince, s'on doit avoir vaillance Pour mentir à grant habondance, Et pour faulseté maintenir, Vour verrez icellui venir A grant honneur, n'en doubtez mie, Qui, contre raison, veult tenir Le droit de vostre seigneurie. BALADE. En acquictant nostre temps vers jeunesse, Le nouvel an et la saison jolie, Plains de plaisir et de toute liesse, Qui chascun d'eulx chierement nous en prie; Venuz sommes en ceste mommerie, Belles, bonnes, plaisans et gracieuses, Prestz de dancer, et faire chiere lye, Pour resveiller voz pensées joyeuses. Or bannissiez de vous toute peresse, Ennuy, soussy avec merencolie, Car froit yver, qui ne veult que rudesse, Est desconfit, et convient qu'il s'enfuye; Avril et May amainent doulce vie Avec eulx; pour ce, soyez songneuses De recevoir leur plaisant compaignie, Pour resveillier voz pensées joyeuses. Venus aussi, la tres noble Deesse, Qui sur femmes doit avoir la maistrie, Vous envoye de confort à largesse, Et plaisance de grans biens enrichie, En vous chargeant que, de vostre partie, Vous acquictiez sans estre dangereuses; Aidiez vous veult sans que point vous oublie, Pour resveiller voz pensées joyeuses. BALADE. Bien monstrez, printemps gracieulx, De quel mestier savez servir, Car yver fait cueurs ennuieux, Et vous les faictes resjouir; Sitost, comme il vous voit venir, Lui et sa meschant retenue Sont contrains, et pretz de fuir, A vostre joyeuse venue. Yver fait champs et arbres vieulx, Leurs barbes de neiges blanchir, Et est si froit, ort et pluvieux, Qu'empres le feu convient croupir; On ne peut hors des huis yssir, Comme ung oisel qui est en mue; Mais vous faictes tout rajeunir, A vostre joyeuse venue. Yver fait le souleil, es cieulx, Du mantel des nues couvrir; Or maintenant, loué soit Dieux, Vous este venu esclersir Toutes choses et embellir; Yver a sa peine perdue, Car l'an nouvel l'a fait bannir, A vostre joyeuse venue. BALADE. Je fu en fleur ou temps passé d'enfance, Et puis apres devins fruit en jeunesse; Lors m'abaty de l'arbre de plaisance, Vert et non meur, Folie, ma maistresse; Et pour ce la, raison qui tout redresse A son plaisir, sans tort ou mesprison, M'a à bon droit, par sa tres grant sagesse, Mis pour meurir ou feurre de prison. En ce j'ay fait longue continuance, Sans estre mis à l'essor de largesse; J'en suis content, et tiens que sans doubtance, C'est pour le mieulx, combien que par peresse Deviens fletry, et tire vers vieillesse; Assez estaint est en moy le tison De sot desir, puisqu'ay esté en presse Mis pour meurir ou feurre de prison. Dieu nous doint paix, car c'est ma desirance, Adonc seray en l'eaue de liesse Tost refreschi, et au souleil de France Bien nectié du moisy de tristesse; J'actens bon temps, endurant en humblesse, Car j'ay espoir que Dieu ma guerison Ordonnera; pour ce, m'a sa haultesse Mis pour meurir ou feurre de prison. L'ENVOY. Fruit suis d'yver qui a meins de tendresse Que fruit d'esté, si suis en garnison, Pour amolir ma trop verde rudesse, Mis pour meurir ou feurre de prison. BALADE. Cueur, trop es plain de folie, Cuides tu de t'eslongner Hors de nostre compaignie, Et en repos te logier; Ton propos ferons changier, Soing et Ennuy nous nommons, Avecques toy demourrons, Car c'est le commandement De Fortune qui en serre T'a tenu moult longuement, Ou royaume d'Angleterre. Dy nous, ne cognois tu mie Que l'estat de prisonnier Est que souvent lui ennuye, Et endure maint dangier, Dont il ne se peut vengier; Pour ce, nous ne te faisons Nul tort, se te gouvernons Ainsi que communement Sont prisonniers pris en guerre, Dont es l'un presentement Ou royaume d'Angleterre. En lieu de plaisance lye, Au lever et au couschier Trouveras merencolie, Souvent te fera veillier, La nuit et le jour songier; Ainsi te guerdonnerons, Et es fers te garderons; De soussy et pensement, Se tu peuz, si te defferre, Par nous n'auras autrement Ou royaume d'Angleterre. BALADE. Nouvelles ont couru en France, Par mains lieux, que j'estoye mort; Dont avoient peu deplaisance Aucuns qui me hayent à tort; Autres en ont eu desconfort, Qui m'ayment de loyal vouloir, Comme mes bons et vrais amis; Si fais à toutes gens savoir Qu'encore est vive la souris. Je n'ay eu ne mal, ne grevance, Dieu mercy, mais suis sain et fort, Et passe temps en esperance Que paix, qui trop longuement dort, S'esveillera, et par accort A tous fera liesse avoir; Pour ce, de Dieu soient maudis Ceux qui sont dolens de veoir Qu'encore est vive la souris. Jeunesse sur moy a puissance, Mais Vieillesse fait son effort De m'avoir en sa gouvernance; A present faillira son sort, Je suis assez loing de son port, De pleurer vueil garder mon hoir; Loué soit Dieu de Paradis, Qui m'a donné force et povoir, Qu'encore est vive la souris. L'ENVOY. Nul ne porte pour moy le noir, On vent meilleur marchié drap gris; Or tiengne chascun, pour tout voir, Qu'encore est vive la souris. BALADE. Puisqu'ainsi est que vous alez en France, Duc de Bourbon, mon compaignon tres chier, Ou Dieu vous doint, selon la desirance Que tous avons, bien povoir besongner; Mon fait vous vueil descouvrir et chargier Du tout en tout, en sens et en folie; Trouver ne puis nul meilleur messagier, Il ne faut ja que plus je vous en die. Premierement, se c'est vostre plaisance, Recommandez moy, sans point l'oublier, A ma Dame; ayez en souvenance, Et lui dictes, je vous pry et requier, Les maulx que j'ay quant me fault eslongnier, Maugré mon vueil, sa doulce compaignie; Vous savez bien que c'est de tel mestier, Il ne faut ja que plus je vous en die. Or y faictes comme j'ay la fiance, Car un amy doit pour l'autre veillier; Se vous dictes: Je ne scay, sans doubtance, Qui est celle? vueilliez la enseignier. Je vous respons qu'il ne vous fault serchier, Fors que celle qui est la mieulx garnie De tous les biens qu'on sauroit souhaidier; Il ne faut ja que plus je vous en die. L'ENVOY. Sy ay chargié à Guillaume Cadier Que, par de la, bien souvent vous supplie; Souviengne vous du fait du prisonnier, Il ne faut ja que plus je vous en die. BALADE. Mon gracieulx cousin, Duc de Bourbon, Je vous requier, quant vous aurez loisir. Que me faictes, par balade ou chancon, De vostre estat aucunement sentir; Car quant à moy, saichiez que, sans mentir, Je sens mon cueur renouveller de joye, En esperant le bon temps à venir, Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. Tout crestian qui est loyal et bon, Du bien de paix se doit fort resjoir, Veu les grans maulx, et la destruction, Que guerre fait par tous pays courir; Dieu a voulu Crestianté punir, Qui a laissié de bien vivre la voye, Mais puis apres, il la veult secourir, Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. Et pour ce la, mon tres chier compaignon, Vueilliez de vous desplaisance bannir, En oubliant vostre longue prison, Qui vous a fait mainte doleur souffrir; Merciez Dieu, pensez de le servir, Il vous garde de tous biens grant montjoye, Et vous fera avoir vostre desir, Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. L'ENVOY. Resveilliez vous en joyeulx souvenir, Car j'ay espoir qu'encore je vous voye, Et moy aussy en confort et plaisir, Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. BALADE. Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie, Des blancs connins que vous m'avez donnez; Et oultre plus, pour vray vous certiffie, Quant aux connins, que dictes qu'ay amez, Ilz sont pour moy, plusieurs ans a passez, Mis en oubly; aussi mon instrument Qui les servoit, a fait son testament, Et est retrait, et devenu hermite; Il dort tousjours, à parler vrayement, Comme cellui qui en riens ne prouffite. Ne parlez plus de ce, je vous en prie, Dieux ait l'ame de tous les trespassez! Parler vault mieulx, pour faire chiere lye, De bons morceaulx et de frians pastez, Mais qu'ilz soient tout chaudement tastez; Pour le present, c'est bon esbatement, Et qu'on ait vin pour nectier la dent; En char crue mon cueur ne se delicte, Oublions tout le vieil gouvernement, Comme cellui qui en riens ne proufite. Quant Jeunesse tient gens en seigneurie, Les jeux d'amours sont grandement prisez; Mais Fortune qui m'a en sa baillie, Les a du tout de mon cueur deboutez; Et desormais, vous et moi excusez De tels esbatz serons legierement, Car faiz avons nos devoirs grandement Ou temps passé; vers Amours me tiens quicte, Je n'en vueil plus, mon cueur si s'en repent, Comme cellui qui en riens ne proufite. L'ENVOY. Vieulx soudoiers avecques jeune gent, Ne sont prisiez la valeur d'une micte; Mon office resine plainement, Comme cellui qui en riens ne proufite. BALADE. Dame qui cuidiez trop savoir, Mais vostre sens tourne en folie, Et cuidiez les gens decevoir, Par vostre cautelle jolie; Qui croirait vostre chiere lie, Tantost seroit pris en voz las, Encore ne m'avez vous mie, Encore ne m'avez vous pas. Vous cuidiez bien qu'apercevoir Ne saiche vostre moquerie, Si fais, pour vous dire le voir; Et pour ce, chierement vous prie, Alez jouer de l'escremie Autre part, car quant en ce cas, Encore ne m'avez vous mie, Encore ne m'avez vous pas. Vous ferez bien vostre devoir, Se m'atrapez par tromperie; Car trop ay congneu main et soir Les faulx tours dont estes garnie, On vous appelle, fol si fie; Deportez vous de telz esbas, Encore ne m'avez vous mie, Encore ne m'avez vous pas. BALADE. (Orléans à Bourgoigne.) Puisque je suis vostre voisin En ce pais presentement, Mon compaignon, frere et cousin, Je vous requier tres chierement, Que de vostre gouvernement, Et estat me faictes savoir, Car j'en orroye bien souvent, S'il en estoit à mon vouloir. Il n'est jour, ne soir, ne matin, Que ne prie Dieu humblement Que la paix prengne telle fin, Que je puisse joyeusement, A mon desir, prouchainement Parler à vous, et vous veoir; Ce seroit tres hastivement, S'il en estoit à mon vouloir. Chascun doit estre bien enclin Vers la paix, car certainement Elle departira butin De grans biens à tous largement; Guerre ne sert que de tourment, Je la hé, pour dire le voir, Bannie seroit plainement, S'il en estoit à mon vouloir. L'ENVOY. Va, ma balade, prestement A Saint Omer, monstrant comment Tu vas pour moy ramentevoir Au Duc à qui suis loyaument, Et tout à son commandement, S'il en estoit à mon vouloir. BALADE. (Responce de Bourgoigne à Orléans) S'il en estoit à mon vouloir, Mon maistre et amy sans changier, Je vous asseure, pour tout voir, Qu'en vo fait n'auroit nul dangier; Mais par deca, sans actargier, Vous verroye hors de prison, Quicte du tout, pour abregier, En ceste presente saison. Se tel don povez recevoir Par la grace Dieu, de legier Pourrez tel à paix esmouvoir, Qui la desire eslongier; Nul contre n'osera songier, Car confort aurez bel et bon, Se Dieu nous veult assoulagier, En ceste presente saison. Mectons nous en nostre devoir Qu'en paix nous puissions herbergier; Il n'est ou monde tel manoir, Qui desir a de s'y logier; Abregeons, sans plus prolongier, Il en est temps, ou jamais non, Pour nous de guerre deslogier, En ceste presente saison. L'ENVOY. Or pensons de vous allegier De prison, pour tout engagier, Se n'avons paix et union, Et du tout m'y vueil obligier, En ceste presente saison. BALADE. (Orléans à Bourgoigne.) Pour le haste de mon passaige Qu'il me convient faire oultre mer, Tout ce que j'ay en mon couraige A present ne vous puis mander; Mais non pourtant, à brief parler, De la balade que m'avez Envoyée, comme savez, Touchant paix et ma delivrance, Je vous mercie chierement, Comme tout vostre entierement, De cueur, de corps et de puissance. Je vous envoyerai messaige, Se Dieu plaist, briefment sans tarder, Loyal, secret et assez saige, Pour bien à plain vous informer De tout ce que pourray trouver Sur ce que savoir desirez; Pareillement fault que mectez Et faictes, vers la part de France, Diligence soigneusement; Je vous en requier humblement, De cueur, de corps et de puissance. Et, sans plus despendre langaige, A cours mots, plaise vous penser Que vous laisse mon cueur en gaige Pour tousjours, sans jamais faulser; Si me veuillez recommander A ma cousine, car croiez Que en vous deux, tant que vivrez, J'ay mise toute ma fiance; Et vostre party loyaument Tendray, sans faire changement, De cueur, de corps et de puissance. L'ENVOY. Or y perra que vous ferez, Et se point ne m'oublierez, Ainsi que j'y ai esperance. Adieu vous dy presentement, Tout Bourgongnon sui vrayement, De cueur, de corps et de puissance. BALADE. (Responce de Bourgoigne à Orléans.) De cueur, de corps et de puissance, Vous mercie tres humblement De vostre bonne souvenance, Qu'avez de moi soingneusement; Or povez faire entierement De moy, en tout bien et honneur, Comme vostre cueur le propose, Et de mon vouloir soyez seur, Quoy que nul dye, ne deppose. Ne mectez point en oubliance L'estat et le gouvernement De la noble maison de France. Qui se maintient piteusement: Vous saurez tout, quoy et comment; Je n'en dy plus pour le meilleur, Mais on en dit tant et expose, Que c'est à oir grant orreur; Quoy que nul dye, ne deppose. Pensez à vostre delivrance, Je vous en prie chierement; Car, sans ce, je n'ay esperance Que nous ayons paix nullement, On la heit tant mortellement Que trop peu trouve de faveur, Ne fera, comme je suppose, Se ce n'est par vostre labeur, Quoique nul dye, ne deppose. L'ENVOY. Or prions Dieu, par sa doulceur, Qu'à vous delivrer se dispose, Car trop avez souffert douleur, Quoy que nul dye, ne deppose. BALADE. (Orléans à Bourgoigne.) Des nouvelles d'Albion, S'il vous en plaist escouter, Mon frere et mon compaignon, Saichiez qu'à mon retourner, J'ay esté, deca la mer, Receu à joyeuse chiere, Et a fait le Roy passer, En bons termes, ma matiere. Je doy estre une saison Eslargi pour pourchasser La paix, aussi ma raencon; Se je puis seurté trouver Pour aler et retourner, Il fault qu'en haste la quiere, Se je vueil brief achever, En bons termes, ma matiere. Or, gentil Duc Bourgongnon, De ce cop vueilliez m'aydier, Comme mon entencion Est vous servir et amer, Tant que vif pourray durer; En vous ay fiance entiere, Que m'ayderez à finer, En bons termes, ma matiere. L'ENVOY. Mes amis fault esprouver, S'ilz vouldront à ma priere, Me secourir pour mener, En bons termes, ma matiere. BALADE. J'ay tant joué avecques Aage A la paulme, que maintenant J'ay quarante cinq, sur bon gaige Nous jouons, non pas pour neant; Assez me sens fort et puissant De garder mon jeu jusqu'à cy, Ne je ne crains riens que Soussy. Car Soussy tant me descourage De jouer, et va estouppant Les cops que fiers à l'avantage, Trop seurement est rachassant; Fortune si lui est aidant, Mais Espoir est mon bon amy, Ne je ne crains riens que Soussy. Vieillesse de douleur enrage, De ce que le jeu dure tant, Et dit en son felon langage, Que les chasses dorenavant Merchera, pour m'estre nuisant; Mais ne m'en chault, je la deffy, Ne je ne crains riens que Soussy. L'ENVOY. Se bon eur me tient convenant, Je ne double, ne tant ne quant, Tout mon adversaire party, Ne je ne crains riens que Soussy. BALADE. Visaige de baffe venu Confit en composte de vin, Menton rongneulx et peu barbu, Et dessiré comme ung coquin, Malade du mal saint Martin, Et aussi ront q'un tonnellet; Dieu le me sauve ce varlet! Il est enroué devenu, Car une pouldre de raisin L'a tellement en l'ueil feru, Qu'endormy l'a, comme un touppin; II y pert chascun matin, Car il en a chault le touppet; Dieu le me sauve ce varlet! Rompre ne sauroit ung festu, Quant il a pincé un loppin, Saint Poursain qui l'a retenu Son chier compaignon et cousin, Combien qu'ayent souvent hutin, Quant ou cellier sont en secret; Dieu le me sauve ce varlet! L'ENVOY. Prince, pour aler jusqu'au Rin, D'un baril a fait son ronssin, Et ses esperons d'un foret; Dieu le me sauve ce varlet! BALADE. Amour qui tant a de puissance, Qu'il fait vieilles gens rassoter, Et jeunes plains d'oultrecuidance, De tous estas se scet meller; Je l'ay congneu pieca au cler, Il ne fault ja que je le nye, Parquoy dis et puis advouer Ce n'est fors que plaisant folie. A droit compter, sans decevance, Quant ung amant vient demander Confort de sa dure grevance, Que vouldroit il faire, ou trouver? Cela, je ne l'ose nommer; Au fort, il faut que je le die, Ce qui fait le ventre lever, Ce n'est fors que plaisant folie. Bien scay que je fais desplaisance Aux amoureux, d'ainsi parler, Et que j'acquier leur malvueillance; Mais, s'il leur plaist me pardonner, Je leur prometz qu'au par aler, Quant leur chaleur est refroidie, Ilz trouveront que, sans doubter, Ce n'est fors que plaisant folie. L'ENVOY. Prince, quant ung prie d'amer, Se l'autre si veult accorder, Il n'y a plus sans mocquerie, Laissiez les ensemble jouer, Ce n'est fors que plaisant folie. BALADE. (Orléans à Bourgoigne.) Beau frere, je vous remercie, Car aidié m'avez grandement; Et, oultre plus, vous certiffie Que j'ay mon fait entierement; Il ne me fault plus riens qu'argent, Pour avancer tost mon passaige, Et pour en avoir prestement, Mectroye corps et ame en gaige. Il n'a marchant en Lombardie, S'il m'en prestoit presentement, Que ne fusse, toute ma vie, Du cueur à son commandement; Et tant que l'eusse fait content, Demourer vouldroye en servaige, Sans espargner aucunement, Pour mectre corps et ame en gaige. Car se je suis en ma partie, Et oultre la mer franchement, Dieu mercy, point ne me soussie Que n'aye des biens largement; Et desserviray loyaument A ceulx qui m'ont, de bon couraige, Aidié, sans faillir nullement, Pour mectre corps et ame en gaige. L'ENVOY. Qui m'ostera de ce tourment, Il m'achetera plainement, A tousjours mes à heritaige, Tout sien seray, sans changement, Pour mectre corps et ame en gaige. BALADE. (Orléans à Bourgoigne.) Pour ce que je suis à présent Avec la gent vostre ennemie, Il fault que je face semblant, Faignant que ne vous ayme mie; Non pourtant, je vous certiffie, Et vous pry que vueillez penser Que je seray, toute ma vie, Vostre loyaument, sans faulser. Tous maulx de vous je voiz disant, Pour aveugler leur faulse envie; Non pourtant, je vous ayme tant, Ainsi m'aid la Vierge Marie, Que je pry Dieu qu'il me mauldie, Se ne trouvez, au par aler, Que vueil estre, quoy que nul die, Vostre loyaument, sans faulser. Gaignez envers moy mal talant, A celle fin que nul n'espye Nostre amour, car par ce faisant, Sauldray hors du mal qui m'anuye; Mais faictes que bonne foy lye Nos cueurs, qu'ilz ne puissent muer, Car mon vouloir vers vous se plye, Vostre loyaument, sans faulser. Vous et moy avons maint servant, Que convoitise fort mestrie; Il ne fault pas, ne tant ne quant, Qu'ilz saichent nostre compaignie; Peu de nombre fault que manye Noz faiz secrez par bien celer, Tant qu'il soit temps qu'on me publie Vostre loyaument, sans faulser. Tout mon fait saurez plus avant, Par le porteur en qui me fye; Il est loyal et bien saichant, Et se garde de janglerie; Creez le de vostre partie, En ce qu'il vous doit raconter, Et me tenez, je vous en prie, Vostre loyaument, sans faulser. L'ENVOY. Dieu me fiere d'espidimie, Et ma part es cieulx je renye, Se jamais vous povez trouver Que me faigne, par tromperie, Vostre loyaument, sans faulser. BALADE. Par les fenestres de mes yeulx, Ou temps passé, quant regardoye, Advis m'estoit, ainsi m'ait Dieux, Que de trop plus belles voye Qu'à present ne fais; mais j'estoye Ravy en plaisir et lyesse, Es mains de ma Dame Jeunesse. Or, maintenant que deviens vieulx, Quant je lis ou livre de joye, Les lunectes prens pour le mieulx, Parquoy la lectre me grossoye, Et n'y voy ce que je souloye; Pas n'avoye ceste foiblesse, Es mains de ma Dame Jeunesse. Jeunes gens vous deviendrez tieulx, Se vivez et suivez ma voye; Car aujourduy n'a soubz les cieulx Qui en aucun temps ne foloye; Puis fault que raison son compte oye, Du trop despendu en simplesse, Es mains de ma Dame Jeunesse. L'ENVOY. Dieu en tout, par grace pourvoye, Et ce qui nicement fourvoye A son plaisir, en bien radresse Es mains de ma Dame Jeunesse BALADE. Par les fenestres de mes yeulx, Le chault d'amours souloit passer; Mais maintenant que deviens vieulx, Pour la chambre de mon penser, En esté freschement garder, Fermées les feray tenir; Laissant le chault du jour aler Avant que je les face ouvrir. Aussi en yver le pluvieux, Qui vens et broillars fait lever, L'air d'amour epidimieux Souvent parmy se vient bouter; Si fault les pertuis estouper, Par où pourroit mon cueur ferir, Le temps verray plus net et cler, Avant que je les face ouvrir. Desormais en sains et seur lieux, Ordonne mon cueur demourer, Et par Nonchaloir, pour le mieulx, Mon medicin soy gouverner; S'Amour à mes huys vient hurter, Pour vouloir vers mon cueur venir, Seurté lui fauldra me donner, Avant que je les face ouvrir. L'ENVOY. Amours, vous venistes frapper Pieca mon cueur, sans menacer; Or, ay fait mes logis bastir Si fors que n'y pourrez entrer, Avant que je les face ouvrir. BALADE. Ung jour à mon cueur devisoye, Qui en secret à moy parloit, Et en parlant, lui demandoye Se point d'espargne fait avoit D'aucuns biens, quant Amour servoit; Il me dist que tres voulentiers La vérité m'en compteroit, Mais qu'eust visité ses papiers. Quant ce m'eut dit, il print sa voye, Et d'avecques moy se partoit, Apres entrer je le voye En ung comptouer qu'il avoit; Là deça et delà queroit, En cherchant plusieurs vieux cayers, Car le vray monstrer me vouloit, Mais qu'eust visité ses papiers. Ainsi, par ung temps l'atendoye, Tantost devers moy retournoit, Et me monstra, dont j'euz grant joye, Ung livre qu'en sa main tenoit, Ou quel dedens escript portoit Ses faiz, au long et bien entiers, Desquelz informer me feroit, Mais qu'eust visité ses papiers. Lors demanday se j'y liroye, Ou se mieulx lire lui plaisoit; Il dit que trop paine prandroye, Pourtant à lire commancoit, Et puis gectoit et assommoit Le compte des biens et dangiers; Tout à ung vy que revendroit Mais qu'eust visité ses papiers. Lors dy: Jamais je ne cuidoye, Ne nul autre ne le croiroit, Qu'en amer, où chascun s'employe, De proffit n'eust plus grant exploit; Amours ainsi les gens decoit, Plus ne m'aura en telz santiers, Mon cueur bien effacier pourroit, Mais qu'eust visité ses papiers. L'ENVOY. Amours savoir ne me devroit Mal gré, se blasme ses mestiers, Il verroit mon gaing bien estroit, Mais qu'eust visité ses papiers. BALADE. En tirant d'Orléans à Blois, L'autre jour par eaue venoye, Si rencontray, par plusieurs foiz, Vaisseaulx, ainsi que je passoye, Qui singloient leur droicte voye, Et aloient legierement, Pour ce qu'eurent, comme veoye, A plaisir et à gré, le vent. Mon cueur, penser et moy, nous trois, Les regardasmes à grant joye, Et dist mon cueur à basse voie: Voulentiers en ce point feroye, De Confort la voille tendroye, Se je cuidoye seurement Avoir, ainsi que je vouldroye, A plaisir et à gré, le vent. Mais je treuve le plus des mois L'eaue de Fortune si quoye, Quant ou bateau du monde vois, Que, s'avirons d'Espoir n'avoye, Souvent en chemin demourroye, En trop grant ennui longuement, Pour neant en vain actendroye, A plaisir et à gré, le vent. L'ENVOY. Les nefz dont cy devant parloye, Montoient, et je descendoye Contre les vagues de tourment; Quant il lui plaira, Dieu m'envoye, A plaisir et à gré, le vent. BALADE. L'autre jour je fis assembler Le plus de conseil que povoye, Et vins, bien au long, raconter Comment deffié me tenoye; Comme par lectres monstreroye, De merancolie et douleur, Pourquoy conseiller me vouloye Par les trois estas de mon cueur. Mon advocat prist à parler, Ainsi qu'anformé je l'avoye; Lors vissiez mes amis pleurer, Quant sceurent le point où j'estoye; Non pourtant je les confortoye, Qu'à l'aide de nostre Seigneur, Bon remede je trouveroye, Par les trois estas de mon cueur. Espoir, Confort, Loyal penser, Que mes chiefs conseillers nommoye, Se firent fors, sans point doubter, Se par eulx je me gouvernoye, De me trouver chemin et voye D'avoir brief secours de doulceur, Avecques l'aide que j'auroye Par les trois estas de mon cueur. L'ENVOY. Prince, fortune me guerroye Souvent à tort, et par rigueur, Raison veult que je me pourvoye, Par les trois estas de mon cueur. BALADE. (Orléans.) Bon regime sanitatis Pro vobis, neuf en mariage, Ne de vouloirs effrenatis, Abusez nimis en mesnage; Sagaciter menez l'ouvrage, Ainsi fait homo sapiens, Testibus les phisiciens. Premierement, caveatis De c...u trop à oultraige; Car, se souvent hoc agatis, Conjunx le vouldra par usaige Chalenger, velud heritaige, Aut erit quasi hors du sens, Testibus les phisiciens. Oultre plus, non faciatis Ut Philomena ou boucaige; Se voz amours habeatis, Qui siffle carens de couraige Cantendi, mais monstrez visaige Joyeulx, et silis paciens; Testibus les phisiciens. L'ENVOY. Prince, miscui en potaige Latinum et françois langaige, Docens loyaulx advisemens, Testibus les phisiciens. BALADE. Du regime quod dedistis, Cognoscens que tres saigement Me, Monseigneur, docuistis, Je vous remercie humblement; Mais d'ainsi faire seurement, Numquam uxor concordabit, Hoc mains desbas generabit. Je ne scay si bien novistis L'infinie peine et tourement, In quibus me posuistis, Se je croy vostre enseignement; Car tant congnois, s'aucunement Fais du sourt quando temptabit, Hoc mains desbas generabit. Je voy trop bien que dixistis Ce qu'on doit dire bonnement, Et qu'aussi me avertistis De ma santé entierement; Mais quant je feray autrement, Le fait d'autres recordabit, Hoc mains desbas generabit. L'ENVOY. Prince, selon mon sentement, Il fault s'acquiter loyaument; Quia qui non laborabit, Hoc mains desbas generabit. BALADE. (Maistre Pierre Chevalier.) Tost est deceu, cuider d'homme oultrageux; Tost est perdu, avoir mal acquesté; Tost est vaincu, homme peu courageux; Tost est reprins, qui fait desloyaulté; Tost est saoule, apetit degouté; Tost est lassé amy, de plaisir faire; Tost despendu, ce qui a chier cousté; Tost est deffait, qui veult autruy deffaire. Tost est meschant, qui est enclin à jeux; Tost renversé, qui est trop hault monté; Tost est à fol, son parler dommageux; Tost voions nous l'orgueilleux surmonté; Tost dit helas, qui se voit tourmenté; Tost ennuye, ce qu'on ne peut parfaire; Tost octroie, qui en a voulenté; Tost est deffait, qui veult autruy deffaire. Tost est passé, ung plaisir soulageux; Tost est villain de mesdire apresté; Tost est baillé, ung mal contagieux; Tost se tarist, jeunesse et beaulté; Tost est pensif, qui a necessité; Tost est paillart, qui le veult contrefaire; Tost vient l'yver, tost se passe l'esté; Tost est deffait qui veult autruy deffaire. L'ENVOY. Tart est rendu, argent qui est presté; Tart vient à bien, homme de mal afaire; Tart deffié, qui est ja conquesté; Tost est deffait qui veult autruy deffaire. BALADE. (Maistre Berthault de Villebresme.) Tost fût Priam, puissant Roy couronné, Tost fut destruit et toute sa lignée; Tost fut Saturne à mal habandonné; Tost fut Echo en amours refusée; Tost Leander perit en mer salée; Tost devia la noble Rosemonde; Tost fut Dido, d'amours desheritée; Tost se passe la joye de ce monde. Tost delaissa Paris, Oenone; Tost fut Biblis en fontaine muée; Tost defflora Bacchus, Erigone; Tost fut Jason ennuyé de Medée; Tost fut Philis pendue et estranglée; Tost finerent Guischart et Sigismonde; Tost print jadis Atropos, Dyopée; Tost se passe la joye de ce monde. Tost fut Saul, Roy des Juifz ordonné, Tost se navra à mort de son espée; Tost fut Pheton de fouldre environné; Tost fut ravie Helene en Citharée, Tost en mourut noblesse inestimée; Tost fut Hero noyée en mer parfonde; Tost fut l'amour Piramus expirée; Tost se passe la joye de ce monde. L'ENVOY. Tost envahit fortuné, Hermionne; Tost fut Progné convertie en haronde; Tost fut Ithis en pieces tronsonné; Tost se passe la joye de ce monde. LECTRE EN COMPLAINTE Envoyée par Fredet au duc d'Orléans. Monseigneur, pour ce que scay bien Que vous avez, de vostre bien, Autreffoiz pris plaisir à lire De mes faiz qui ne valent rien, Dont trop à vous tenu me tien; Vouloir m'est pris de vous escripre, Et mon aventure vous dire, Laquelle conter vous desire; Car c'est raison que je le face, Esperant que de mon martire, Tel conseil qui devra suffire, Me donnerez de vostre grace. Il est vray que de par Amours, Ung jour saint Valentin à Tours, Fut une grande feste ordonnée, Et fist assavoir par les cours, Comme de coustume a tousjours, Que chascun vint à la journée. Là eut grant joye demenée, Et mainte haulte loy donnée; 0Qui fut sans per, choisit adoncques; Si euz, comme par destinée, A mon gré la meilleure née Qui en France se trouvast oncques. Comme ma Dame, ma maistresse Et ma terrienne Deesse, Tousjours la sers, et l'ay servie; Car il m'a, par deffense expresse, Commandé lui faire promesse D'estre sien pour toute ma vie; Car tant ma pensée a ravie, Et à la cherir asservie, Que je ne pourroye, sur m'ame, D'aultre jamais avoir envie, Tant feust elle bien assouvie, Si fort lui a pleu que je l'ame. Mais ainsi m'en va, que depuis Qu'à elle donné je me suis, Je ne peuz avoir bien, ne joye, Fors que tous maulx et tous Ennuys, Qui à toute heure, jours et nuys, Me tourmentent où que je soye, Tant que ne scay que faire doye; Et semble, se dire l'osoye, Qu'ilz ayent tous ma mort jurée; Se vostre bonté n'y pourvoye, Force sera que par eulx voye Finer ma vie maleurée. Pource que souvent ne la voy, Le plus que je puis, sur ma foy, Je ne fais qu'en elle penser; Savez vous la cause pourquoy? En esperant que mon ennoy Se deust aucunement cesser; Mais il ne me veult delaisser, Car plus en elle est mon penser, Et plus de doleur me court seure, Qui m'est si tres dure à passer, Que je désire trespasser Plus de mille foiz en une heure. Que je sceusse prendre plaisir En riens qui soit, fors desplaisir, Las! je ne pourroye loing d'elle; Car c'est celle que mon desir M'a fait, pour maistresse choisir, Comme s'il n'en feust point de telle, Tout mon bien et mal vient de celle; Ainsi, comme il plaist à la belle, Il n'en est qu'à sa voulenté; Et ne cuidez pas que vous celle Que ce ne soit celle qu'appelle, Devant chascun, ma Leauté. Puisque je l'ame si tresfort, N'a pas doncques Amours grant tort? De moy faire tant endurer, Ou dire fault qu'il soit d'accort, Que pour trop amer prengne mort, Ou moy faire desesperer; Quant pour plaindre, pour souspirer, Pour mal qu'il me voye tirer, Il ne m'en a que pis donné; En ce point me fault demourer, Car mieulx vault ainsi qu'empirer; Veez là comment suis gouverné! Helas! ce qui plus me tourmente, Et dont fault que plus de dueil sente, C'est la grant doubte que je fais, Que je defaille à mon entente, Et que dutout perde l'actente De mes tant desirez souhais; Car je suis seur, plus qu'oncques mais, Que si par vous ne sont parfais, User ma vie me fauldra, En languissant desoresmais; Comme cil à qui, pour jamais, Toute plaisance deffauldra. Et quant devers Amours je viens Lui compter les maulx que soustiens, En lui requerant allegance. Il me respond: Je n'y puis riens, Mais va t'en au DUC D'ORLÉANS, Que fors lui, n'en a la puissance; Fay donc qu'ayes son accointance, Et te metz en sa bienveillance; Car, se tu le puis faire ainsi, Tu ne dois point faire doubtance, Que de ta dure desplaisance, Il n'en ait voulentiers merci. A vous doncques me fault venir, Et vostre du tout devenir, Puisque vous avez ce povoir, Que de moy faire parvenir Au plus haut bien qui avenir Me peut jamais, à dire veoir; Pourquoy il vous plaise savoir, Que se vous y faictes devoir, Et voulez à mon fait entendre, Tellement que je puisse avoir Celle qui tant me plaist à voir, Vostre à tousjours je m'iray rendre. Or n'oubliez pas, Monseigneur, Vostre tres humble serviteur; Mais escoutez mes dolans plains, Desquieulx je vous fais la clameur, Et vueillez, par vostre doulceur, Que par vous ilz soient estains, Car croiez qu'ilz ne sont pas fains, Ains pires avant plus que mains; Puis me donnez, de vostre grace, Je vous en pry à jointes mains, Tel responce que, soirs et mains, Tout mon vivant joyeulx me face. AUTRE LECTRE EN COMPLAINTE FAISANT RESPONCE AU DIT FREDET. Fredet, j'ay receu vostre lectre, Dont vous mercie chierement, Ou dedens avez voulu mectre Vostre fait bien entierement; Fier vous povez seurement En moy, tout, non pas à demy; Au besoing congnoist on l'amy. S'Amour tient vostre cueur en serre, Ne vous esbahissez en rien; Il n'est nulle si forte guerre Qu'au derrain ne s'appaise bien; Amour le fait, comme je tien, Pour esprouver mieulx vostre vueil, Grant joye vient apres grant dueil. Se vous dictes: Las! je ne puis Une telle doleur porter; Je vous respons: Beau Sire, et puis Vous en voulez vous depporter, Ou au Dieu d'amours rapporter? L'un des deux fault, se m'aist Dieux, voire; Puisqu'il est trait, il le fault boire. Cuidez vous, par dueil et courroux, Ainsi gangner vostre vouloir? Nennil, ce ne sont que coups roux Qu'Amours met tout en nonchaloir; De riens ne vous pevent valoir, Et se les couchez en despense, Trop remaint de ce que fol pense. Voulez vous rompre votre teste Contre le mur? ce n'est pas sens; Il faut dancer, qui est en feste; Certes, autre raison n'y sens; Et pour ce la, je me consens Que souffrez qu'Amours vous demaine; Grant bien ne vient jamais sans paine. Mais de voz doleurs raconter Faictes bien, ainsi qu'il me semble, Et les assommer et compter Devant Amours; car il ressemble A l'ostellier qui met ensemble, Et tout dedens son papier couche; Pour parler est faicte la bouche. De pieca je fuz en ce point, Encore pis, loing d'allegence; Touteffoiz ne vouluz je point, De moy mesmes, faire vengence; Mais chauldement, par diligence, Pourchassay et playday mon fait; Peu gangne cellui qui se tait. Et pour ce que la lectre dit Qu'Amours veult que vers moy tirez, De moy ne serez escondit, S'aucune chose desirez A vostre bien, quant l'escriprez; Paine mectray, d'entente franche, Que l'ayez de croq ou de hanche. Combatez, d'estoc et de taille, Vostre dure merencolie, Et reprenez, commant qu'il aille, Espoir, confort et chiere lie; De ne vous oublier me lie, Autant en ce que puis et doy. Que se me teniez par le doy. Or retournons à mon propos, Et ne parlons plus de cecy. Vray est que je suis en repos D'amours, mais non pas de Soussy; Et pour ce, je vous vueil aussy De me conseiller travailler, L'ami doit pour l'autre veillier. Soussy maintient que c'est raison Qu'il ait sur tous vers moy puissance; Nonchaloir dit qu'en ma maison, Vault mieulx qu'il ait la gouvernance, Car il ramenera Plaisance, Que Soussy a bannye à tort, Sans resveillier le chat qui dort. Soussy respond qu'estre ne peut, Tant qu'on est ou monde vivant, Car Fortune partout s'esmeut, Et est à chascun estrivant, En tous lieux va mal escrivant, Et toutes choses met en double; Elle a beaux yeulx et ne voit goute. Si ne scay que je doye faire, Ne lequel d'eulx me laissera; Car, veu que tousjours j'ay affaire, Soussy jamais ne cessera, Mais mon plaisir rabessera, En quelque place que je voyse; Bien est aise, qui est sans noyse. Quant en nonchaloir je m'esbas, Et desplaisir vueil debouter, Jamais ne scay parler si bas Que Soussy ne viengne escouter: Las! je le doy tant redoubter, Car à tort souvent me ravalle; Mais sans mascher fault que l'avalle. Je ne scay remede quelconques, Quant ay mis ces choses en poys, Pour tous deux contenter adoncques, Fors les faire servir par moys; Mandez moy sur ce quelquefoys, Fredet, bon conseil par vostre ame, Foy que devez à vostre Dame. RESPONCE DE FREDET AU DUC D'ORLÉANS. Monseigneur, j'ay de vous receu, Et aussi de mot à mot leu, Une lectre qu'il vous a pleu Moy rescripre, touchant mon fait, Par laquelle j'ay apperceu Le bon vouloir qu'avez eu Vers moy tousjours, qui n'est pas peu, Dont tout mon dueil avez deffait; Et oultre plus comme j'ay veu, Avez voulu que j'aye sceu, De quoy il ne m'a point despleu, Ce qui tant vous griefve, ou refait; Sur quoy, de vous obeir meu, Non pas ainsi comme il est deu, Mais du tout au mieulx que j'ay peu, Mon conseil tel quel vous ait fait: Vous plaigniez de la rigueur, Et aigreur, Que vous fait, par sa fureur, Et chaleur, Celluy que nommez Soussy, Qui sans cause et sans couleur, Et langueur, Par son ennuyeux labeur Et maleur, Vous tourmente sans mercy; Dont par force de douleur Vostre cueur Est noyé par grant langueur, Tout en pleur, Et souvent devient transy; Puis racontez, Monseigneur, Quel doulceur, Nonchaloir, par son bon eur Et valeur, Se offre vous faire aussi. De Soussy vous vueil escripre, C'est ung tres merveilleux sire, Et fault dire Que cellui n'a pas couraige D'omme saige, Qui veult qu'avec lui demeure, Car il ne sert que de nuyre, Et ne pense, ne desire Qu'à destruire, Et fait à chascun dommaige, Et oultraige; Ne lui chault qui vive ou meure, Et fut il seigneur d'empire, Ou qui que soit, tout fait frire, Et martire; Tant qu'il est en son servaige, Avantaige N'a nul, je le vous assure, Mille maulx, tous d'une tire, Ne lui pevent trop suffire; Il n'est pire, Tant fait de tourmenter raige, Et enraige Qu'à son gré tout ne demeure. Soussy toult d'estre joyeulx, Et fait merencolieux Par tous lieux, Et bien souvent furieux, Tous ceulx où il a puissance; Par lui les biens gracieux Deviennent mal gracieux; Jeunes, vieux, Tout fait trouver ennuyeux A qui plaist son accointance; Puis, par sa grande savance, Il avance Autour d'eulx Desesperance Qui, par ses diz ennuyeux, Et ses faiz malicieux Et crueux, Les met en ceste creance, Que jamais ilz n'auront mieulx; Lors sont à tel desplaisance, Que plus seroit leur plaisance, Sans doubtance, Brief mourir qu'estre mais tieulx. Se les maulx compter vouloye, Et la puissance en avoye, Que Soussy vous feroit bien; Mais à quoy l'entreprendroye? Car certes je ne sauroye D'un an vous dire combien, Et pour ce, à tant je m'en tien; Et maintenant je revien, Pour faire vostre vouloir, A parler, se j'en scay rien, Du grant aise, du hault bien, Lequel donne Nonchaloir. Qui à Nonchaloir s'adresse, Et tout, pour estre sien, lesse Et delesse; En leesse, Sans que jamais mal le blesse, Pourra sa vie passer. Dueil, courroux, soussy, aspresse, Et tous ceulx de leur promesse, Soit tristesse, Ou destresse, Ou rudesse, Qui de mains grever ne cesse, Tous les fait avant passer. Contre lui n'ont hardiesse; Il les vaint, par sa sagesse, Et abesse Leur duresse, Leur haultesse; Nul ose lui faire presse, N'encontre lui s'amasser, Car il maine joye en lesse, Qui le deffent d'eulx sans cesse, Par prouesse; Or donc qu'esse? Est il au monde richesse Qui sceut ung tel bien passer? De lui vient plaisante vie Qui desvie Dueil, soussy, de toute place, De repos aise assouvie, Sans envie De bien qu'à autruy se face, Les autres bonnes efface, Et defface. Tout est en joye ravye, Tout fait a joyeuse face, Dont la grace De vous a bien desservye. Nonchaloir, de sa nature, Lui soit fortune ou non dure, L'un et l'autre tout endure, Et prent en gré l'avanture, Car il ne tient d'ame conte; Joye, dueil, paix ou murmure, Gangner, perdre sans mesure, Soit à tort, ou par droicture, Tout lui est ung, je vous jure; Ne lui chault s'il besse ou monte, Ou se moindre le surmonte, D'un chascun à son gré compte, De quanque lui vient n'a honte, Soit bien ou mal, rien n'en compte, A tout faire s'avanture, Autant lui est Roi que Conte, La cause est, comme il raconte, Car à nulluy ne rent compte; Et pour ce, la fin de conte, Tousjours sa vie en paix dure. Pourquoy, servir je vous conseille De nostre maistre Nonchaloir; Et bannissez, vueille ou non vueille, Soucy, sans plus vous en chaloir; De lui mieulx ne povez valoir, Mais soit hors de vostre memoire; Qui demande conseil doit croire. Je vous supply qu'il vous suffise, Et aussi il ne vous desplaise, D'une question qu'ay cy mise, D'un mien amy tres en malaise; Dont, Monseigneur mais qu'il vous plaise, Vostre conseil avoir m'en fault; L'advis de deux mieulx que d'un vault. Celluy que dy est si espris D'une tant belle, bonne Dame, Qu'il ne pourrait estre pris Tellement si tres fort il ame, Mais espoir n'a point, sur mon ame, D'avoir jamais d'elle secours; Pas n'est en paix qui sert amours. Que autre Dame, se lui semble, Qui n'a point de meilleur vivant, Par le bien qu'en elle s'assemble, Le vouldroit bien, pour son servant; Non pourtant il mourrait avant Que son cueur se peust sien clamer; Par force l'en ne peut amer. Et, pour ce, maintenant demande Qui lui sera moins chose forte? Celle amer qu'Amours lui commande, Où toute s'esperance est morte, Ou l'autre, combien qu'il rapporte Qu'amer ne la peut, ne desire; De deulx maulx on prent le moins pire. Veez là de mon amy le cas, Auquel fauldroye bien envis; Mais conseiller ne le puis pas, Sans en avoir de vous l'advis; Fait en soit à votre devis, Monseigneur, car c'est bien raison, Et à tant fine ma raison. LA COMPLAINTE DE FRANCE. France, jadis on te souloit nommer, En tous pays, le tresor de noblesse, Car ung chascun povoit en toy trouver Bonté, honneur, loyaulté, gentillesse, Clergie, sens, courtoisie, proesse; Tous estrangiers amoient te suir, Et maintenant voy, dont j'ay desplaisance, Qu'il te convient maint grief mal soustenir, Tres crestien, franc royaume de France. Seez tu dont vient ton mal, à vray parler? Congnois tu point pourquoy es en tristesse? Conter le vueil, pour vers toy m'acquicter, Escoutes moy, et tu feras sagesse. Ton grant ourgueil, glotonnie, peresse, Convoitise, sans justice tenir, Et luxure, dont as eu habondance, Ont pourchacié vers Dieu de te punir, Tres crestien, franc royaume de France. Ne te vueilles pourtant desesperer, Car Dieu est plain de mercy, à largesse; Va t'en vers lui sa grace demander, Car il t'a fait, de ja pieca, promesse; Mais que faces ton advocat Humblesse, Que tres joyeux sera de toy guerir; Entierement metz en lui ta fiance, Pour toy et tous, voulu en croix mourir, Tres crestien, franc royaume de France. Souviengne toy comment voult ordonner Que criasses Montjoye, par liesse, Et, qu'en escu d'azur, deusses porter Trois fleurs de Lis d'or, et pour hardiesse Fermer en toy, t'envoya sa haultesse, L'Auriflamme qui t'a fait seigneurir Tes ennemis; ne metz en oubliance Telz dons haultains, dont lui pleut t'enrichir, Très crestien, franc royaume de France. En oultre plus, te voulu envoyer Par un coulomb qui est plain de simplesse, La unction dont dois tes Roys sacrer, Afin qu'en eulx dignité plus en cresse; Et, plus qu'à nul, t'a voulu sa richesse De reliques et corps sains, departir; Tout le monde en a la congnoissance, Soyes certain qu'il ne te veult faillir, Tres crestien, franc royaume de France. Court de Romme si te fait appeller Son bras dextre, car souvent de destresse L'as mise hors, et pour ce approuver, Les Papes font te seoir, seul, sans presse, A leur dextre, se droit jamais ne cesse; Et pour ce, dois fort pleurer et gemir, Quant tu desplais à Dieu qui tant t'avance En tous estas, lequel deusses cherir, Tres crestien, franc royaume de France. Quelz champions souloit en toy trouver Crestienté! Ja ne fault que l'expresse; Charlemaine, Rolant et Olivier, En sont tesmoings, pour ce, je m'en delaisse, Et saint Loys Roy, qui fist la rudesse Des Sarrasins souvent aneantir, En son vivant, par travail et vaillance; Les croniques le monstrent, sans mentir, Tres crestien, franc royaume de France. Pour ce, France, vueilles toy adviser, Et tost reprens de bien vivre l'adresse; Tous tes meffaiz metz paine d'amander, Faisant chanter et dire mainte messe Pour les ames de ceulx qui ont l'aspresse De dure mort souffert, pour te servir; Leurs loyaultez ayes en souvenance, Riens espargnié n'ont pour toy garantir, Tres crestien, franc royaume de France. Dieu a les braz ouvers pour t'acoler, Prest d'oublier ta vie pecheresse; Requier pardon, bien te vendra aidier Nostre Dame, la tres puissant princesse, Qui est ton cry, et que tiens pour maistresse; Les sains aussi te vendront secourir, Desquelz les corps font en toy demourance. Ne vueilles plus en ton pechié dormir, Tres crestien, franc royaume de France. Et je, CHARLES DUC D'ORLÉANS, rimer Voulu ces vers, ou temps de ma jeunesse, Devant chacun les vueil bien advouer, Car prisonnier les fis, je le confesse; Priant à Dieu, qu'avant qu'aye vieillesse, Le temps de paix partout puist avenir, Comme de cueur j'en ay la desirance, Et que voye tous tes maulx brief finir, Tres crestien, franc royaume de France. COMPLAINTE. Amour, ne vous vueille desplaire. Se trop souvent à vous me plains, Je ne puis mon cueur faire taire, Pour la doleur dont il est plains; Helas! vueillez penser au meins Aux services qu'il vous a fais, Je vous en pry à jointes mains, Car il en est temps, ou jamais. Monstrez qu'en avez souvenance, En lui donnant aucun secours, Faisant semblant qu'avez plaisance Plus à son bien, qu'à ses doulours; Ou me dictes, pour Dieu, Amours, Se le lairrez en cest estat, Car d'ainsi demourer tousjours, Cuidez vous que ce soit esbat? Nennil, car Dangier qui desire De le mectre du tout à mort, L'a mis, pour plustost le destruire, En la prison de Desconfort; Ne jamais ne sera d'accort Qu'il en parte par son vouloir, Combien que trop, et à grant tort, Longtemps lui a fait mal avoir. Et pour la tres mauvaise vie Que lui fait souffrir ce villain, Il est encheu en maladie, Car de tout ce qui lui est sain, A le rebours, j'en suy certain; En ceste dolente prison, Ne scay s'il passera demain, Qu'il ne meure sans guerison. Car il n'a que poires d'angoisse Au matin, pour se desjeuner, Qui tant le refroisdist et froisse, Qu'il ne peut santé recouvrer; D'eaue ne lui fault point donner, Il en a de larmes assez; Tant a de mal, à vray parler. Que cent en seroient lassez. Et n'a que le lit de pensée Pour soy reposer et gesir; Mais plaisance s'en est alée, Qui plus ne le povoit souffrir, A paine l'a peu retenir, S'espoir ne feust jusques à cy; N'a il donc raison, sans mentir? S'il fait requeste de mercy. Il porte le noir de tristesse, Pour reconfort qu'il a perdu, N'oncques hors des fers de destresse N'est party, pour mal qu'il ait eu; Touteffoiz vous avez bien sceu Qu'à vous s'estoit du tout donné, Quelque doleur qu'il ait receu, Et vous l'avez abandonné! Par m'ame, c'est donner courage A chascun de voz serviteurs De vous laisser, s'il estoit sage, Et querir son party ailleurs; Car tant qu'aurez telz gouverneurs, Comme Dangier, le desloyal, Vous n'aurez que plains et clameurs, Car il ne fist oncques que mal, A mon cueur le conseilleroye Qu'il vous laissast; mais, par ma foy, Ja consentir ne lui feroye, Car tant de son vueil j'aperçoy, Quelque doleur qu'il ait en soy, Qu'il est vostre par devant tous; Et, par mon serement, je le croy, Qu'autre maistre n'aura que vous. Or regardez, n'est ce merveille? Qu'il vous aime si loyaument, Quant toute doleur nompareille A receu, sans allegement, Et si le porte lyement, Pensant que une foiz mieulx sera; A vous s'en actent seulement, Ne ja aultrement ne fera. Si m'a chargié que vous requiere, Comme pieca vous a requis, Que vueilliez oir sa priere: C'est qu'il soit hors de prison mis, Et Dangier et les siens bannis, Qui jamais ne vouldront son bien; Ou au moins qu'aye saufconduis Qu'ilz ne lui meffacent de rien. Afin qu'il puist oir nouvelle De celle dont il est servant, Et souvent veoir sa beaulté belle; Car d'autre rien n'est desirant Que la servir, tout son vivant, Comme la plus belle qui soit, A qui Dieu doint de biens autant Que son loyal cueur en vouldroit. COMPLAINTE. Ma seule Dame et ma maîtresse, Où gist de tout mon bien l'espoir, Et sans qui, plaisir, ne liesse, Ne me pevent en riens valoir; Pleust à Dieu que peussiez savoir Le mal, l'ennuy et le courrous, Qu'à toute heure me fault avoir Pource que je suis loings de vous. Helas! or ay je souvenance Que je vous vy derrainement A si tres joyeuse plaisance, Qu'il me sembloit certainement Que jamais ennuyeux tourment Ne devoit pres de moi venir, Mais je trouvay bien autrement, Quant me fallut de vous partir. Car, quant ce vint au congié prandre, Je ne savoye, pour le mieulx, Auquel me valoit plus entendre, Ou à mon cueur, ou à mes yeulx; Car je trouvay, ainsi m'aid' Dieux, Mon cueur courroucié si tres fort Qu'oncques ne le vy, en nulz lieux. Si eslongné de reconfort. Et d'autre part, mes yeulx estoient En ung tel vouloir de pleurer Qu'à peine tenir s'en povoient, N'ilz n'osoient riens regarder; Car, par ung seul semblant monstrer En riens d'en estre desplaisans, C'eust esté pour faire parler Les jalous et les mesdisans. Et de la grant paour que j'avoye Que leur dueil si ne feust congneu, Auquel entendre ne savoye; Oncques si esbahy ne fu, Si dolent, ne si esperdu; Car, par Dieu, j'eusse mieulx amé, Avant que l'en l'eust apperecu, N'avoir jamais jour esté né. Car, se par ma folle maniere, J'eusse monstré, ou par semblant Venant de voulenté legiere, L'amour dont je vous ayme tant, Par quoy eussiez eu, tant ne quant, De blasme, ne de deshonneur; Je scay bien que tout mon vivant, Je fusse langui en doleur. En ce point, et encore pire, Alors de vous je me party, Sans avoir loisir de vous dire Les maulx dont j'estoye party: Touteffoiz, Belle, je vous dy Qu'il vous pleust de vouloir penser Que je vous avoye servi, Et serviroye sans cesser. Tant comme dureroit ma vie, Et, quant de mort seroye pris, De m'ame seriez servie, Priant pour vous en Paradis, S'il en estoit en son devis; Et mes biens, mon cueur et mon corps, Je les vous ay du tout soubzmis; Mais ca esté de leurs accors. Car il n'est nulle que je clame, Ne qui se puist nommer, de vray, Ma seule souveraine Dame, Fors que vous, à qui me donnay Le premier jour que regarday Vostre belle plaisant beaulté, De qui vray serviteur mourray, En gardant tousjours loyaulté. Or vueilliez donc avoir pensée, Puisque lors j'avoye tel dueil, Belle tres loyaument amée, Qu'encore plus grant le recueil, Maintenant que, contre mon vueil, Me fault estre de vous loingtains, Et que veoir ne puis à l'ueil Voz belles, blanches, doulces mains, Et vostre beaulté nompareille, Que veoye si voulentiers, Plaine de doulceur à merveille, Dont tous voz faiz sont si entiers, Qu'ilz ont esté les messaigiers De me tollir, et pres, et loing, Mes vouloirs et mes desiriers; Ainsi m'aid' Dieu à mon besoing. Si vous supply, tres bonne et belle, Qu'ayez souvenance de moy; Car, à tousjours, vous serez celle Que serviray comme je doy; Je le vous prometz par ma foy, Dutout à vous me suis donné; Se Dieu plaist, je feray pourquoy J'en seray tres bien guerdonné. COMPLAINTE. L'autrier en ung lieu me trouvay, Triste, pensif et doloreux, Tout mon fait, bien au long, comptay Au hault Prince des amoureux, Lequel m'a esté rigoreux, Ou temps que mon cueur le servoit; Et, ainsi qu'il me respondoit, Souvenir, qui fut au plus pres, Ses ditz et les miens escripvoit En la maniere cy apres: L'AMANT. Helas! Amours, de vous me plains; Mais les griefz maulx le me font faire, Dont mon cueur et moy sommes plains, Car trop estes de dur afaire; S'un peu me fussiez debonnaire, Espoir, que j'ay du tout perdu, Si me seroit tantost rendu; Mais pas n'avez tel vostre vueil, Aincois, par vous m'est deffendu Plaisant desir et bel acueil. AMOURS. Amours respond: A trop grand tort Vous complaignez, et sans raison, Car, envers chascun, Reconfort N'est pas tousjours en sa saison; Et, si savez qu'en ma maison, Une coustume se maintient, C'est assavoir que qui se tient Pour serviteur de mon hostel, Mainteffoiz souffrir lui convient; L'usaige de mes gens est tel. L'AMANT. Certes, Sire, vous dictes vray; Mais l'ordonnance riens ne vault, Parler en puis, car bien le scay, Et ay dancié à ce court sault; Parquoy je congnois le deffault De doulx plaisir que l'en y a; Car, quant mon cueur vous depria Secours, il lui fust escondit, Adoncques, de dueil regnya Vostre povoir, et s'en partit. AMOURS. Dea! beaulx amis, se dit Amours, Celui qui a servir se met, S'il veult avoir tantost secours, Et le guerdon qu'on lui promet, Ou autrement, il se desmet Du service qu'il a empris; De Loyaulté seroit repris, Quand je tendray mon jugement, Et si perdroit tous los et pris, Sans jamais nul recouvrement. L'AMANT. Voire, Sire doit on servir Sans prouffit, ou guerdon avoir? Nennil, ung cueur devroit mourir, Puisqu'il a fait loyal devoir, Entierement à son povoir, Et qu'il lui fault querir son pain; A vous, qui estes souverain, En est le plus de deshonneur, Veu que, par faulte, meurt de fain Vostre bon loyal serviteur. AMOURS. Qu'on meure de fain ne vueil pas, Mais le trop haste s'echaulda, Il convient aler pas à pas; Et puis apres on congnoistra, Qui mieulx son devoir fait aura, Alors doit estre guerdonné. Je suis assez abandonné, A grant largesse, de mes biens; Mais quant j'ay mainteffoiz donné A plusieurs, semble qu'ilz n'ont riens. L'AMANT. De ceulx ne suis, quant est à moy, Sur ce, je respons à briefz motz: Je vous asseure, par ma foy, Oncques ne fuz en ce propos, J'ay tousjours porté sur mon dos, Paine, travail à grant planté, Ne nulle chose n'ay hanté, Dont on dye qu'aye failly, Combien qu'en dueil m'aiez planté, Comme faint seigneur et amy. AMOURS. Estre mon maistre vous voulez, Par vostre parler ce me semble, Et grandement vous me foulez; Mais l'estrif de nous deux ensemble, Comme en peust cognoistre, ressemble Au desbat du verre et du pot; Fain avez qu'on vous tiengne à sot; Devant Raison soit assigné, Se j'ay tort, paier vueil l'escot, Quand le desbat sera finé. L'AMANT. Il fault que le plus foible doncques Soit tousjours gecté soubz le pié, Ne je ne vy autrement oncques, Rendre se fault, qui n'a traictié. J'ay congneu, où j'ay peu gaingnié, Vostre court, à mont et à val, Et, soit à pié, ou à cheval, On n'y scet trouver droit chemin; Quoiqu'on y trouve bien, ou mal, Il fault tout partir à butin. AMOURS. Pour le present, plus n'en parlons; Puisque j'ay puissance sur tous, Quelque chose que debatons, A mon plaisir feray de vous; Ne me chault de vostre courrous, Ne de chose que l'en me dye, Se je vous ay fait courtoisie, Se vous voulez, prenez l'en gré; Car le premier vous n'estes mie Qu'ay courcié en plus grant degré. CHANCON. Ce May qu'amours pas ne sommeille, Mais fait amans esliesser, De riens ne me doy soussier, Car pas n'ay la pusse en l'oreille; Ce n'est mie doncques merveille Se je vueil joye demener, Ce May, etc. Mais fait, etc. Quant je me dors, point ne m'esveille, Pour ce que n'ay à quoy penser, Sy ay vouloir de demourer En ceste vie nompareille. Ce May, etc. CHANCON. Tiengne soy d'amer qui pourra, Plus ne m'en pourroye tenir, Amoureux me fault devenir, Je ne scay qu'il m'en avendra; Combien que j'ay oy, pieca, Qu'en amours fault mains maulx souffrir. Tiengne soy, etc. Plus ne, etc. Mon cueur devant yer accointa Beaulté qui tant le scet chierir, Que d'elle ne veult departir; C'est fait, il est sien et sera. Tiengne soy d'amer, etc. CHANCON. Quelque chose que je die D'Amour, ne de son povoir, Touteffoiz, pour dire voir, J'ay une Dame choisie, La mieulx en bien acomplie Que l'en puist jamais veoir. Quelque chose, etc. D'amour, ne, etc. Mais à elle ne puis mie Parler, selon mon vouloir, Combien que, sans decevoir, Je suis sien toute ma vie. Quelque chose, etc. CHANCON. N'est elle de tous biens garnie? Celle que j'ayme loyaument; Il m'est advis, par mon serement, Que sa pareille n'a en vie. Qu'en dites vous? je vous en prie, Que vous en semble vrayement? N'est elle, etc. Celle que, etc. Soit qu'elle dance, chante ou rie, Ou face quelque esbatement; Faictes en loyal jugement, Sans faveur ou sans flatterie. N'est elle, etc. CHANCON. Quant j'ay nompareille maistresse Qui a mon cueur entierement, Tenir me vueil joyeusement, En servant sa gente jeunesse. Car certes je suis en l'adresse D'avoir de tous biens largement, Quant j'ay, etc. Qui a mon, etc. Or en ayent dueil ou tristesse Envieux, sans allegement; Il ne m'en chault, par mon serement, Car leur desplaisir m'est liesse, Quant j'ay, etc. CHANCON. Dieu, qu'il l'a fait bon regarder! La gracieuse, bonne et belle; Pour les grans biens qui sont en elle, Chascun est prest de la louer. Qui se pourroit d'elle lasser? Tousjours sa beaulté renouvelle. Dieu qu'il, etc. La gracieuse, etc. Par deca, ne dela la mer, Ne scay Dame, ne Damoiselle Qui soit en tous biens parfais, telle; C'est ung songe que d'y penser. Dieu qu'il, etc. CHANCON. Par Dieu, mon plaisant bien joyeux, Mon cueur est si plain de leesse, Quant je voy la doulce jeunesse De vostre gent corps gracieux, Pour le regart de voz beaux yeulx Qui me met hors de tristesse. Par Dieu, etc. Mon cueur, etc. Combien que parler envieux Souventeffoiz moult fort me blesse, Mais ne vous chaille, ma maistresse, Je n'en feray pourtant que mieulx. Par Dieu, etc. CHANCON. Que me conseilliez vous, mon cueur, Irai je par devers la belle? Lui dire la paine mortelle Que souffrez pour elle en doleur. Pour vostre bien et son honneur, C'est droit que vostre conseil celle. Que me, etc. Irai je, etc. Si plaine la scay de doulceur, Que trouveray mercy en elle, Tost en aurez bonne nouvelle, Cy vois n'est ce pour le meilleur. Que me, etc. CHANCON. Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx, Dont loing suis par les envieux, Me souhaide si tres souvent, Que mon penser est seulement En vostre gent corps gracieux. Savez pourquoy, mon bien joyeulx, Celle du monde qu'ayme mieulx De loyal cueur, sans changement? Ou regart, etc. Dont loing, etc. Me souhaide, etc. Pour ce que vers moy en tous lieux J'ay trouvé plaisir ennuieux, Trop fort puis le departement Que de vous fis derrainnement, A regret merencolieux. Ou regart, etc. CHANCON. Qui la regarde de mes yeulx, Ma Dame, ma seule maistresse, En elle voit, à grant largesse, Plaisirs croissans de bien en mieulx. Son parler et maintien sont tieulx Qu'ilz mectent un cueur en liesse. Qui la regarde, etc. Ma Dame, etc. Tous la suient, jeunes et vieulx, Dieu scet qu'elle n'est pas sans presse; Chascun dit: C'est une deesse Qui est descendue des cieulx. Qui la regarde, etc. CHANCON. Ce mois de May, nompareille Princesse, Le seul plaisir de mon joyeulx espoir, Mon cueur avez, et quanque puis avoir, Ordonnez en comme dame et maistresse. Pour ce, requier vostre doulce jeunesse Qu'en gré vueille mon present recevoir. Ce mois, etc. Le seul, etc. Et vous supply, pour me tollir tristesse, Tres humblement, et de tout mon povoir, Qu'à m'esmayer ayez vostre vouloir, D'un reconfort bien garny de liesse. Ce mois, etc. CHANCON. Commandez vostre bon vouloir A vostre tres humble servant, Il vous sera obeissant D'entier cueur, et loyal povoir. Prest est de faire son devoir, Ne l'espargnez ne tant, ne quant. Commandez, etc. A vostre, etc. Mectez le tout à nonchaloir, Sans lui estre jamais aydant. S'en riens le trouvez refusant, Essayez se je vous dy voir. Commandez, etc. CHANCON. Espoir, confort des maleureux, Tu m'estourdis trop les oreilles De tes promesses nompareilles, Dont trompes les cueurs doloreux, En amusant les amoureux, Et faisant baster aux corneilles. Espoir, confort, etc. Tu m'estourdis, etc. Ne soies plus si rigoreux, Mieux vault qu'à raison te conseilles, Car chascun se donne merveilles, Que n'as pitié des langoreux. Espoir, confort, etc. CHANCON. Belle, se c'est vostre plaisir De me vouloir tant enrichir De reconfort et de liesse, Je vous requier, comme maistresse, Ne me laissiez dutout mourir; Car je n'ay vouloir, ne desir, Fors de vous loyaument servir, Sans espargnier dueil, ne tristesse. Belle, etc. De me, etc. De reconfort, etc. Et s'il vous plaist à l'accomplir, Vueilliez tant seulement bannir D'avec vostre doulce jeunesse, Dolent refus qui trop me blesse, Dont bien vous me povez guerir, Belle, etc. CHANCON. Paix ou tresves, je requier desplaisance; S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy, Que ne soyons desormais en requoy; Accordons nous, chargons en Esperance. Que gaignes tu à me faire grevence? Assez me metz en devoir sur ma foy. Paix ou tresves, etc. S'en toy ne tient, etc. Ou combatons tellement à oultrance Que l'un die: Je me rens ou ren toy; Mieulx estre mort je vueil, s'estre le doy, Qu'ainsi languir, d'offrir premier m'avance. Paix ou tresves, etc. CHANCON. Rafreschissez le chastel de mon cueur D'aucuns vivres de joyeuse plaisance, Car faulx Dangier, avec son aliance, L'a assiegé tout entour de doleur. Se ne voulez le siege sans longueur Tantost lever, ou rompre par puissance, Rafreschissez, etc. D'aucuns, etc. Ne souffrez pas que Dangier soit seigneur, En conquestant soubz son obeissance Ce que tenez en vostre gouvernance; Avancez vous, et gardez vostre honneur. Rafreschissez, etc. CHANCON. Se je fois loyalle requeste, Soing et Soucy, et bon vous semble, Pour Dieu, accordons nous ensemble; Qui tort a soit mis en enqueste. Quant vous, ne moy bien n'y aqueste, Pour jugier droit conseil asemble. Se je fois, etc. Soing et Soussy, etc. Je ne requier aultre conqueste Que d'Espoir qui larron ressemble, Et sans cause de mon cueur s'emble, Dieu me secoure en cette queste! Se je fois, etc. CHANCON. Se ma doleur vous savies, Mon seul joyeux pensement, Je scay bien certainement Que mercy de moy auries. Du tout refus banniries, Qui me tient en ce tourment. Se ma, etc. Mon seul, etc. Et le don me donneries, Que vous ay requis souvent, Pour avoir allegement; Ja ne m'en escondiries, Se ma, etc. CHANCON. Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée, Soing et Soucy, sans tant vous traveiller, Car elle dort, et ne veult s'esveiller, Toute la nuit en paine a despensée. En dangier est, s'elle n'est bien pensée, Cessez, cessez, laissez la sommeiller. Ne hurtez plus, etc. Soing et soussy, etc. Pour la guerir Bon espoir a pensée Medicine qu'a fait appareiller; Lever ne peut son chief de l'oreiller, Tant qu'en repos se soit recompensée. Ne hurtez plus, etc. CHANCON. Ma seule, plaisant, doulce joye, La maistresse de mon vouloir, J'ay tel desir de vous veoir, Que mander ne le vous sauroye. Helas! pensez que ne pourroye Aucun bien, sans vous, recevoir. Ma seule, etc. La maistresse, etc. Car, quant desplaisir me guerroye Souventeffoiz, de son povoir, Et je vueil reconfort avoir, Esperance vers vous m'envoye. Ma seule, etc. CHANCON. L'un ou l'autre desconfira De mon cueur et merencolie; Auquel que fortune s'alye, L'autre je me rens lui dira. D'estre juge me suffira, Pour mectre fin en leur folye. L'un ou l'autre, etc. De mon cueur, etc. Dieu scet comment mon cueur rira, Se gangne, menant chiere lye, Contre ceste saison jolye, On verra comment en yra. L'un ou l'autre, etc. CHANCON. Je ne vueil plus riens que la mort, Pource que yoy que reconfort Ne peut mon cueur eslyesser; Au moins me pourray je vanter Que je souffre doleur à tort. Car puisque n'ay d'Espoir le port, D'Amours ne puis souffrir l'effort. Ne doy je donc joye laisser? Je ne, etc, Pource que, etc. Ne peut, etc. Au Dieu d'amours je m'en rapport Qu'en peine suis bouté si fort, Que povoir n'ay plus d'endurer, S'en ce point me fault demourer; Quant est de moy, je m'y accort. Je ne, etc. CHANCON. Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi? Passez, presens, ou avenir, Quant me viennent en souvenir, Mon cueur en penser n'est pas coy. Au fort, plus avant que ne doy, Jamais je ne pense en guerir. Qui? quoy? etc. Passez, etc. On s'en peut rapporter à moy Qui de vivre ay eu beau loisir, Pour bien aprendre et retenir, Assez ay congneu, je m'en croy. Qui? quoy? etc. CHANCON. Belle que je cheris et crains, En cest estat suis ordonné, Que Dangier m'a emprisonné De vostre grant beaulté loingtains; N'il ne m'a de tous biens mondains Qu'un souvenir abandonné. Belle que je, etc. En cest estat, etc. Mais de nulle riens ne me plains, Fors qu'il ne m'a tost raenconné; Car bien lui seroit guerdonné, Si j'estoye hors de ses mains. Belle que je, etc. CHANCON. Je prens en mes mains voz debas Desormais, mon cueur et mes yeulx, Se longuement vous seuffre tieulx, Moy mesmes de mon tour m'abas. Pour vostre prouffit me combas, Le desirant de bien en mieulx. Je prens en, etc. Desormais, etc. Quant voz desirs souvent rabas Desordonnez, en aulcuns lieux, Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux. Passons temps en plus beaulx esbas. Je prens en, etc. CHANCON. Ma Dame, tant qu'il vous plaira De me faire mal endurer, Mon cueur est prest de le porter, Jamais ne le refusera. En espérant qu'il guerira, En cest estat veult demourer. Ma Dame, etc. De me, etc. Une fois pitié vous prendra, Quant seulement vouldrez penser, Que c'est pour loyaument amer Vostre beaulté qu'il servira Ma Dame, etc. CHANCON. Mon cueur se combat à mon ueil, Jamais ne les trouve d'accort; Le cueur dit que l'ueil fait rapport Que tousjours lui accroist son dueil. La verité savoir j'en vueil, Que semble il qui ait le tort? Mon cueur, etc. Jamais ne les, etc. Se je trouve que Bel acueil Ait gecté entre eulx aucun sort, Je la condampneray à mort; Doy je souffrir un tel orgueil? Mon cueur, etc. CHANCON. De la regarder vous gardez La belle que sers ligement, Car vous perdrez soudainement Vostre cueur, se la regardez; Se donner ne le lui voulez Clignez les yeulx hastivement, De la regarder, etc. La belle que, etc. Les biens que Dieu lui a donnez, Emblent un cueur subtilement; Sur ce, prenez avisement, Quant devant elle vous vendrez. De la regarder, etc. CHANCON. Tant que Pasques soient passées, Se nous avons riens trespassé. Prions mercy du tems passé, Et pour les ames trespassées. Chascun pas à pas ses passées Face, avant que soit trespassé. Tant que, etc. Se nous, etc. Foleur a fait grandes passées, Mains cueurs ont tout oultre passé; Pour ce, par nous soit compassé D'eschever faultes compassées. Tant que, etc. CHANCON. Puisque je ne puis eschapper De vous, courroux, dueil et tristesse, Il me convient suir l'adresse Telle que me vouldrez donner. Povoir n'ay pas de l'amender, Car douleur est de moy maistresse. Puisque je ne, etc. De vous, etc. Si manderay par ung penser A mon las cueur vuit de liesse, Qu'il prengne en gré sa grant destresse, Car il lui fault tout endurer. Puisque je ne, etc. CHANCON. Sans ce, le demourant n'est rien; Qu'esse? je le vous ay à dire, N'enquerez plus, il doit suffire, C'est conseil que tres segret tien. Pourtant n'y entendez que bien, Autrement je ne le desire. Sans ce, etc. Qu'esse? etc. S'ainsi m'esbas ou penser mien, Et mainte chose faiz escripre En mon cueur, pour le faire rire; Tout ung est mon fait, et le sien. Sans ce, etc. CHANCON. C'est fait, il n'en fault plus parler, Mon cueur s'est de moy departy; Pour tenir l'amoureux party, Il m'a voulu abandonner. Riens ne vault m'en desconforter, Ne d'estre dolent ou marry. C'est fait, etc. Mon cueur, etc. De moy ne se fait que mocquer; Quant piteusement je lui dy, Que je ne puis vivre sans luy, A paine me veult escouter. C'est fait, etc. CHANCON. Assez pourveu, pour de cy à grant piece, Et plus qu'assez, de penser et anuy, Je me treuve sans congnoistre nulluy. Qui se vente d'en avoir telle piece. Fortune dit, qui tout mon fait despiece, Que j'endure comme maint aujourduy. Assez pourveu, etc. Et plus qu'assez, etc. Pourquoy souvent je mets soubz mon pié ce, Prenant confort d'espoir, comme celluy Qui me fye parfaitement en luy, Ainsi remains qui le croiroit en piece. Assez pourveu, etc. RONDEL. Puisqu'Amour veult que banny soye De son hostel, sans revenir, Je voy bien qu'il m'en fault partir, Effacé du livre de Joye. Plus demourer je n'y pourroye, Car pas ne doy ce mois servir. Puisqu'Amour, etc. De son hostel, etc. De Confort ay perdu la voye, Et ne me veult on plus ouvrir La barriere de Doulx plaisir, Par desespoir qui me guerroye. Puisqu'Amour, etc. CHANCON. Ca, venez avant, Esperance, Or y perra que respondrez, Et comment vous vous deffendrez; On se plaint de vous à oultrance. L'un dit que promectez de loing, Et qu'en estes bonne maistresse, L'aultre que faillez au besoing, En ne tenant gueres promesse. Quoique tardez, c'est la fiance Qu'aux faiz de chascun entendrez Et au derrain guerdon rendrez; Dy je bien, ou se trop m'avance? Ca, venez, etc. RONDEL. Pour le don que m'avez donné, Dont tres grant gré vous doy savoir, J'ay congneu vostre bon vouloir, Qui vous sera bien guerdonné. Raison l'a ainsi ordonné, Bienfait doit plaisir recevoir. Pour le don, etc. Dont tres, etc. Mon cueur se tient emprisonné, Et obligé, pour dire voir, Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir Vers vous, et se soit raenconné, Pour le don, etc. CHANCON. Mon cueur, estouppe tes oreilles, Pour le vent de Merencolie; S'il y entre, ne doubte mye, Il est dangereux à merveilles; Soit que tu dormes ou tu veilles, Fays ainsi que dy, je t'en prie. Mon cueur, etc. Pour le vent, etc. Il cause doleurs nompareilles, Dont s'engendre la maladie Qui n'est pas de legier guerie; Croy moy, s'à raison te conseilles. Mon cueur, etc. CHANCON. Se j'eusse ma part de tous biens, Autant que j'ay de loyaulté, J'en auroye si grant planté Qu'il ne me fauldroit jamais riens. Et si gaingneroye des miens, Ma Dame, vostre voulenté. Se j'eusse, etc. Autant que, etc. Car pour asseuré je me tiens Que vostre tres plaisant beaulté, De s'amour me feroit rente, Maugré Dangier et tous les siens. Se j'eusse, etc. CHANCON. (Philippe de Boulainvilliers.) Hola, hola, souspir, on vous hoit bien, Vous vous cuidez embler trop coyement, Contrefaisant ung peu le cayement; Grant fain avez qu'on vous die tien, Vous ne querez que d'ung cueur le soustien, C'est de tieulx gens tousjours l'esbatement. Hola, hola, etc. Vous vous, etc. Trop vous hastez, de vray, comme je tien, Car l'on congnoist vostre fait clerement, Une autreffoiz faictes plus saigement, Car maintenant vous n'y gangnerez rien. Hola, hola, etc. CHANCON. Pour les grans biens de vostre renommée, Dont j'oy parler à vostre grant honneur, Je desire que vous ayez mon cueur, Comme de moy, tres loyaument amée. Tresoriere, je vous voy ordonnée A le garder en plaisance et doulceur. Pour les, etc. Dont j'oy, etc. Recevez le, s'il vous plaist, et agrée, Du mien ne puis vous donner don meilleur; C'est mon vaillant, c'est mon tresor greigneur, A vous l'offre de loyalle pensée. Pour les, etc. CHANCON. (Gilles des Ourmes.) Hola, hola, souspir, on vous oyt bien, C'est à ung sourt à qui il le fault faire, Retrayez vous, et pensez de vous taire, Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien; Se d'aventure il vous oyt, je vous tien Pour rué jus, car c'est vostre adversaire. Hola, hola, etc. C'est à ung, etc. Ne saillez plus, actendez aucun bien, Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire? Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire, Et pour le mieulx, croyez sans plus le mien. Hola, hola, etc. CHANCON. En songe, souhaid et pensée Vous voy chascun jour de sepmaine, Combien qu'estes de moy loingtaine, Belle, tres loyaument amée, Pour ce qu'estes la mieulx parée De toute plaisance mondaine. En songe, etc. Vous voy, etc. Dutout vous ay m'amour donnée, Vous en povez estre certaine, Ma seule Dame, souveraine, De mon las cueur moult desirée. En songe, etc. CHANCON. Aidez ce povre cayement Souspir, je le vous recommande; De vous, quant ausmone demande, Ne se parte meschantement. Son cas monstre piteusement, Il semble que la mort actende. Aidez ce povre, etc. Souspir, je le, etc. Donnez lui assez largement, Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende, Affin que n'en faictes amende, Au jour d'amoureux jugement. Aidez, etc. CHANCON. De leal cueur, content de joye, Ma maistresse, mon seul desir, Plus qu'oncques vous vueil servir, En quelque place que je soye; Tout prest en ce que je pourroye, Pour vostre vouloir acomplir. De leal, etc. Ma maistresse, etc. En desirant que je vous voye, A vostre honneur, et mon plaisir Qui seroit briefment, sans mentir, S'il fust ce que souhaideroye. De leal, etc. CHANCON. En faulte du logeis de Joye, L'ostellerie de Pensée M'est par les fourriers ordonnée, Ne scay combien fault que je y soye. Autre part ne me bouteroye, Content m'en tien, et bien m'agrée. En faulte, etc. L'ostellerie, etc. Je parle tout bas, qu'on ne l'oye, Pensant de veoir, quelque année, Quelle sera ma destinée, Et en quel lieu demeurer doye. En faulte, etc. RONDEL. Se mon propos vient à contraire, Certes, je l'ay bien desservy, Car je congnois que j'ay failly Envers ce que devoye plaire. Mais j'espoire que debonnaire Trouveray sa grace et mercy. Se mon, etc. Certes, etc. Je vueil endurer et me taire, Quant cause suy de mon soucy; Las! je me sens en tel party Que je ne scay que pourray faire. Se mon, etc. CHANCON. Et bien, de par Dieu, Esperance, Esse doncques vostre plaisir? Me voulez vous ainsi tenir Hors, et ens toujours en balance? Ung jour j'ay vostre bienveillance, L'autre ne la scay où querir. Et bien, etc. Esse doncques, etc. Au fort, puisque suis en la dance, Bon gré maugré, m'y fault fournir, Et n'y scay de quel pié saillir, Je reculle, puis je m'avance. Et bien, etc. RONDEL. Par le pourchas du regart de mes yeulx, En vous servant, ma tres belle maistresse, J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse, Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux. Mais de cellui que j'amoye le mieulx, N'ay peu avoir qu'à petite largesse. Par le pourchas, etc. En vous, etc. Car pour ung jour qui m'a esté joyeux, J'ay eu trois moys la fievre de destresse; Mais Bon espoir m'a guery de liesse, Qui m'a promis de ses biens gracieux. Par le pourchas, etc. CHANCON. Armez vous de joyeux confort, Je vous en pry, mon povre cueur, Que destresse, par sa rigueur, Ne vous navre jusqu'à la mort; Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort, Tant qu'aurez passé sa chaleur, Armez vous, etc. Je vous, etc. Faictes bon guet, tant qu'elle dort; Espoir dit qu'il sera seigneur, Et fera vostre fait meilleur, Contre Dangier qui vous fait tort. Armez vous, etc. CHANCON. Pour vous monstrer que point ne vous oublie, Comme vostre que suis où que je soye, Presentement ma chancon vous envoye. Or la prenez en gré, je vous en prie. En passant temps, plain de merencolie, L'autrier la fis ainsi que je pensoye; Pour vous, etc. Comme, etc. Mon cueur tousjours si vous tient compaignie, Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye! Et, en briefz motz, en ce que je pourroye, A vous m'offre du tout à chiere lye. Pour vous, etc. CHANCON. Tousjours dictes: Je vien, je vien; Espoir! je vous congnois assez, De voz promesses me lassez, Dont peu à vous tenu me tien. Se vous requier au besoin mien. Legierement vous en passez. Tousjours, etc. Espoir, etc. Vous ne vous acquictez pas bien Vers moy, quant ung peu ne cassez Les soussiz que j'ay amassez En me contentant d'un beau rien. Tousjours, etc. CHANCON. Loingtain de joyeuse sente, Où l'en peut tous biens avoir. Sans nul confort recevoir, Mon cueur en tristesse s'ente. Par quoy convient que je sente Mains griefz maulx, pour dire voir. Loingtain, etc. Où l'en peut, etc.. En dueil a fait sa descente De tous poins, sans s'en mouvoir; Et s'il fault qu'à mon savoir Maugré mien je m'y consente. Loingtain, etc. CHANCON. Vivre et mourir soubz son dangier Me veult faire Merencolie; Jamais vers moy ne s'amolye, Mais plaisir me faist estranger. D'ainsi demourer, sans changer, Se me seroit trop grant folie. Vivre et, etc. Me veult, etc. Pour d'elle plus tost me venger, Force m'est qu'à Confort m'alye, Acompaigné de Chiere lye; A le suir me vueil ranger. Vivre et, etc. CHANCON. Je ne prise point telz baisiers Qui sont donnez par contenance, Ou par maniere d'accointance; Trop de gens en sont parconniers. On en peut avoir par milliers, A bon marchié, grant habondance. Je ne prise, etc. Qui sont, etc. Mais savez vous lesquelz sont chiers? Les privez venans par plaisance; Tous autres ne sont, sans doubtance, Que pour festiers estrangiers, Je ne prise, etc. CHANCON. Pourtant, s'avale soussiz mains, Sans macher, en peine confiz; Si ne seront ja desconfiz Les pensées qui m'ont en leurs mains. En ce propos seurement mains, Qu'il vendront à aucuns prouffiz. Pourtant, etc. Sans macher, etc. Travail mectray, et soirs, et mains, Autant ou plus quanques je fiz, S'a les achever ne souffiz, D'en faire quelque chose au mains. Pourtant, etc. CHANCON. Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il me fault loing de vous demourer, Je n'ay plus riens à me reconforter, Qu'un souvenir pour retenir lyesse. En allegant, par espoir, ma destresse, Me conviendra le temps ainsi passer. Ma seule, etc. Puisqu'il, etc. Car mon las cueur, bien garny de tristesse, S'en est voulu avecques vous aler, Ne je ne puis jamais le recouvrer, Jusques verray vostre belle jeunesse. Ma seule, etc. CHANCON. Trop entré en la haulte game, Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la, Fut ja pieca, quant l'afola Le trait du regart de ma Dame. Fors lui, on n'en doit blasmer ame, Puisqu'ainsi fait comme fol l'a. Trop entré, etc. Mon cueur, etc. Mieux l'eust valu estre soubz lame, Car sotement s'en afola; Si, lui dis je, mon cueur, hola! Mais conte n'en tint, sur mon ame. Trop entré, etc. CHANCON. Se desplaire ne vous doubtoye, Voulentiers je vous embleroye Ung doulx baisier priveement, Et garderoye seurement Dedens le tresor de ma joye. Mais que Dangier soit hors de voye, Et que sans presse je vous voye, Belle que j'ayme loyaument. Se desplaire, etc. Voulentiers, etc. Ung doulx, etc. Jamais ne m'en confesseroye, Ne pour larrecin le tendroye, Mais grant aumosne vrayement; Car à mon cueur joyeusement, De par vous le presenteroye, Se desplaire, etc. CHANCON. Pour nous contenter, vous et moy, De bon cueur et entier povoir, Ne s'espargne Leal vouloir; Viengne avant sans se tenir quoy. Commandez moy je ne scay quoy, Vous verrez se feray devoir, Pour nous, etc. De bon cueur, etc. Se faulx, par l'amoureuse loy Mis en fossé de Nonchaloir, Soye sans grace recevoir; Baillez la main, prenez ma foy, Pour nous, etc. CHANCON. Malade de mal ennuieux, Faisant la peneuse sepmaine, Vous envoye, ma souveraine, Un souspir merencolieux. Par lui saurez, mon bien joyeulx, Comment desplaisir me demaine. Malade, etc. Faisant, etc. Car aler ne pevent mes yeulx, Vers la beaulté dont estes plaine, Mais au fort, ma joye mondaine, J'endureray pour avoir mieulx; Malade, etc. CHANCON. Tousjours dictes: Actendez, actendez, Pas ne payez vos reconfors contens, Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens, Qui ne scevent comment vous l'entendez; De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez, Ne souffrez plus qu'elle face contens. Tousjours, etc. Pas ne payez, etc. Vostre grace tost sur moy estandez, Vous congnoissez assez à quoy contens; Plus ne perdray ung tel tresor com temps, Ainsi que fait qui son eur met en dez. Tousjours, etc. RONDEL. Prenez tost ce baisier, mon cueur, Que ma maistresse vous presente, La belle, bonne, jeune et gente, Par sa tres grant grace, et doulceur; Bon guet feray, sus mon honneur, Afin que Dangier riens n'en sente. Prenez tost, etc. Que ma, etc. Dangier toute nuit en labeur A fait guet, or gist en sa tente; Accomplissez brief vostre entente Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur. Prenez tost, etc. CHANCON. Resjouissez plus ung peu ma pensée, Leal espoir, et me donnez secours; Tousjours fuyez, et apres vous je cours, Où j'ay assez de paine despensée; La verray je jamais recompensée? Quelque office lui donnent en vos cours. Resjouissez, etc. Leal espoir, etc. La penance soit par vous dispensée, Car desormais mes temps deviennent cours; Ne souffrez plus son plaisirs en decours, Veu que vers vous n'a faulte pourpensée, Resjouissez, etc. CHANCON. Comment vous puis je tant amer Et mon cueur si tres fort hair? Qu'il ne me chault de desplaisir Qu'il puisse pour vous endurer. Son mal m'est joyeux à porter, Mais qu'il vous puisse bien servir. Comment vous, etc. Et mon cueur, etc. Las! or ne deusse je penser Qu'à le garder et chier tenir, Et non pourtant, mon seul desir, Pour vous le vueil abandonner. Comment, etc. CHANCON. M'amye Esperance, Pourquoy ne s'avance Joyeulx Reconfort? Ay je droit ou tort, S'en lui j'ay fiance? Peu de desplaisance Prent en ma grevance, Il semble qu'il dort. M'amye, etc. Pourquoy, etc. Joyeulx, etc. Quoy qu'à lui je tence, Pour sa bienvueillance Acquerir; au fort, Je suis bien d'accort D'actendre allegance: M'amye, etc. CHANCON. Dedens mon sein, pres de mon cueur J'ay mussié ung privé baisier Que j'ay emblé, maugré Dangier; Dont il meurt en paine et langueur. Mais ne me chault de sa douleur, Et en deust il vif enragier, Dedens mon, etc. J'ay mussié, etc. Se ma Dame, par sa doulceur, Le veult souffrir, sans m'empeschier, Je pense d'en plus pourchassier, Et en feray tresor greigneur. Dedens mon, etc. CHANCON. D'Espoir, et que vous en diroye? C'est ung beau bailleur de parolles, Il ne parle qu'en parabolles, Dont ung grant livre j'escriroye. En le lisant, je me riroye, Tant auroit de choses frivolles. D'Espoir, etc. C'est ung, etc. Par tout ung an ne le liroye. Ce ne sont que promesses folles, Dont il tient chascun jour escolles; Telles estudes n'esliroye. D'Espoir, etc. RONDEL. De vostre beaulté regarder, Ma tres belle, gente maistresse, Ce m'est certes tant de lyesse Que ne le sauriez penser. Je ne m'en pourroye lasser. Car j'oublie toute tristesse. De vostre, etc. Ma tres belle, etc. Mais, pour mesdisans destourber De parler sus vostre jeunesse, Il fault que souvent m'en delaisse, Combien que ne m'en puis garder. De vostre, etc. CHANCON. Passez oultre, decevant Vueil, Où portez vous cest estendart De plaisant, actrayant regart, Soubz l'emprise de Bel acueil? De ma maison n'entrez le sueil Plus avant, tirez autre part. Passez oultre, etc. Où portez, etc. Vous taschez à croistre mon dueil, Et gens engigner par votre art; A! a! maistre sebelin regnart, On vous congnoist tout cler à l'ueil. Passez oultre, etc. CHANCON. Trop estes vers moy endebtée, Vous me devez plusieurs baisiers, Je vouldroye moult voulentiers Que la debte fust acquictée; Quoyque vous soyez excusée Que n'osez pour les faulx Dangiers. Trop estes, etc. Vous me, etc. J'en ay bonne lectre scellée, Paiez les, sans tenir si chiers; Autrement, par les officiers D'Amours, vous serez arrestée. Trop estes, etc. CHANCON. Ma plus chier tenue richesse, Ou parfont tresor de pensée, Est soubz clef, seurement gardée, Par Esperance ma Déesse. Se vous me demandez et qu'esse? N'enquerez plus, elle est mussée. Ma plus, etc. Ou parfont, etc. Avecques elle, seul, sans presse, Je m'esbas soir et matinée, Ainsi passe temps et journée, Au partir dy: Adieu maistresse. Ma plus, etc. CHANCON. Vostre bouche dit: Baisiez moy, Se m'est avis quant la regarde; Mais Dangier de trop pres la garde, Dont mainte doleur je reçoy. Laissez m'avoir, par vostre foy, Ung doux baisier, sans que plus tarde. Vostre, etc. Se m'est, etc. Dangier me heit, ne scay pourquoy? Et tousjours destourbier me darde, Je prie à Dieu que mal feu l'arde! Il fust temps qu'il se teinst coy. Vostre bouche, etc. CHANCON. Va tost, mon amoureux desir, Sur quanque me veulx obeir, Tout droit vers le manoir de Joye; Et pour plus abregier ta voye, Prens ta guide doulx souvenir. Metz peine de me bien servir, Et de ton messaige accomplir, Tu congnois ce que je vouldroye. Va tost, etc. Sur, etc. Tout, etc. Recommandes moy à Plaisir; Et se brief ne peuz revenir, Fay que de toy nouvelles oye, Et par Bon espoir les m'envoye; Ne vueilles au besoing faillir. Va tost, etc. CHANCON. Ou puis parfont de ma merencolie L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer. Soif de confort la me fait desirer, Quoy que souvent je la trouve tarie. Necte la voy ung temps et esclercie, Et puis apres troubler et empirer. Ou puis, etc. L'eaue, etc. D'elle trempe mon ancre d'estudie; Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer, Fortune vient mon pappier dessirer, Et tout gecte par sa grant felonnie. Ou puis, etc. CHANCON. Je me metz en vostre mercy; Tres belle, bonne, jeune et gente, On m'a dit qu'estes mal contente De moy, ne scay s'il est ainsi. De toute nuit je n'ay dormy, Ne pensez pas que je vous mente. Je me, etc. Tres belle, etc. Pour ce, tres humblement vous pry, Que vous me dictes vostre entente; Car d'une chose je me vante, Qu'en loyaulté n'ay point failly. Je me, etc. CHANCON. Monstrez les moy, ces povres yeulx, Tous batuz et deffigurez, Certes ilz sont fort empirez Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx. Ne se congnoissent ilz pas tieulx; Mal se sont au matin mirez. Monstrez les moy, etc. Tous batuz, etc. Ont ilz pleuré devant leurs Dieux? Comme de leur grace inspirez, Ou s'ilz ont mains travaulx tirez, Priveement en aucuns lieux. Monstrez les, etc. CHANCON. S'il vous plaist vendre voz baisiers, J'en achecteray voulentiers, Et en aurez mon cueur en gaige, Pour les prendre par heritaige, Par douzaines, cens ou milliers. Ne les me vendez pas si chiers, Que vous feriez à estrangiers, En me recevant en hommaige. S'il vous, etc. J'en achecteray, etc. Et en aurez, etc. Mon vueil et mon desir entiers Sont vostres, maugré tous dangiers; Faictes comme loyalle et saige, Que pour mon guerdon et partaige, Je soye servy des premiers. S'il vous, etc. CHANCON. Traitre regart, et que fais tu? Quant tu vas souvent in questu; Tu fiers sans dire: garde toy. Et ne sces la raison pourquoy, N'il ne t'en chault pas ung festu. Tu es de couraige testu, Et de fureur trop in estu, Change ton propos, et me croy. Traitre, etc. Quant, etc. Tu fiers, etc. On te deust batre devestu Parmi les rues cum mestu, Par l'ordonnance de la loy; Car tu n'as leaulté, ne foy, On le voit in tuo gestu. Traitre, etc. CHANCON. Ma seule amour, que tant desire, Mon reconfort, mon doulx penser, Belle, nompareille, sans per, Il me desplaist de vous escrire; Car j'aymasse mieulx à le dire De bouche, sans le vous mander. Ma seule, etc. Mon reconfort, etc. Las! or n'y puis je contredire; Mais Espoir me fait endurer, Qui m'as promis de retourner En liesse, mon grief martire. Ma seule, etc. CHANCON. Anuy, Soussy, Soing et Merencolie, Se vous prenez desplaisir à ma vie, Et desirez tost avancer ma mort, Tourmentez moy de plus fort en plus fort, Pour en passer tout à cop vostre envye. Ay je bien dit? Nennil, je le renye; Et, par conseil de Bon espoir, vous prie Que m'espargnez, ou vous me ferez tort. Anuy, Soussy, etc. Se vous prenez, etc. Et desirez, etc. Et qu'esse cy? je suis en resverie, Il semble bien que ne scay que je dye; Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort; Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort? Vuidez, vuidez de moy telle folie. Anuy, Soussy, etc. CHANCON. Logiez moy entre voz bras, Et m'envoyez doulx baisier Qui me viengne festier, D'aucun amoureux soulas. Tandis que Dangier est las, Et le voyez sommeillier, Logiez, etc. Et m'envoyez, etc. Pour Dieu, ne l'esveillez pas Ce faulx, envieux Dangier; Jamais ne puist s'esveillier! Faictes tost, et parlez bas. Logiez moy, etc. CHANCON. Se Dangier me tolt le parler A vous, mon bel amy, sans per; Par le pourchas des envieux, Non plus qu'on toucheroit aux cieulx, Ne me tendray de vous amer, Car mon cueur m'a voulu laissier Pour soy du tout à vous donner, Et pour estre vostre en tous lieux. Se Dangier, etc. A vous, etc. Par le, etc. Tout son povoir ne peut garder, Que, sur tous autres, n'aye chier Vostre gent corps, tres gracieux; Et se ne vous voy de mes yeulx, Pourtant ne vous veuil je changier. Se Dangier, etc. CHANCON. Fault il aveugle devenir? N'ose l'en plus les yeulx ouvrir, Pour regarder ce qu'on desire? Dangier est bien estrange sire, Qui tant veult amans asservir. Vous lerrez vous aneantir. Amours, sans remede querir, Ne peut nul Dangier contredire? Faut il, etc. N'ose l'en, etc. Pour, etc. Les yeulx si sont faiz pour servir, Et pour raporter tout plaisir Aux cueurs, quand ilz sont en martire; A les en garder, Dangier tire, Est ce bien fait de le souffrir? Faut il, etc. CHANCON. Riens ne valent ses mirlifiques, Et ses menues oberliques; D'où venez vous? petit mercier, Gueres ne vault vostre mestier, Se me semble, ne voz pratiques. Chier les tenez comme reliques, Les voulez vous mectre en croniques, Vous n'y gangnerez ja denier. Riens ne valent, etc. Et ses menues, etc. D'où venez vous, etc. En plusieurs lieux sont trop publiques, Et pour ce, sans faire repliques, Desploiez tout vostre pannier; Affin qu'on y puisse serchier Quelques bagues plus auctentiques. Riens ne valent, etc. CHANCON. Regardez moy sa contenance, Lui siet il bien à soy jouer? Certes, c'est le vray mirouer De toute joyeuse plaisance. Entre les parfaictes de France Se peut elle l'une advouer? Regardez, etc. Lui siet, etc. Pour fol me tien, quant je m'avance De vouloir les grans biens louer, Dont Dieu l'a voulu douer; Ses faiz en font la demonstrance. CHANCON. Petit mercier, petit pannier; Pourtant se je n'ay marchandise Qui soit du tout à vostre guise, Ne blasmez, pour ce, mon mestier. Je gangne denier à denier, C'est loings du tresor de Venise. Petit mercier, etc. Pourtant, etc. Et tandiz qu'il est jour ouvrier, Le temps pers quant à vous devise; Je voys parfaire mon emprise, El parmi les rues crier: Petit mercier, etc. CHANCON. Reprenez ce larron souspir Qui s'est emblé soudainement, Sans congié, ou commandement, Hors de la prison de Desir. Mesdisans l'ont ouy partir, Dont ilz tiennent leur parlement. Reprenez, etc. Qui s'est, etc. Se le meschant eust sceu saillir Sans noyse, tout priveement, N'en peult chaloir, mais sotement L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir. Reprenez, etc. CHANCON. L'ostellerie de Pensée Plaine de venans et alans, Soussiz soient petitz ou grans, A chascun est habandonnée; Elle n'est à nul reffusée, Mais preste pour tout les passans, L'ostellerie, etc. Plaine de, etc. Plaisance chierement amée S'y loge souvent, mais nuisans Lui sont ennuiz gros et puissans, Quand ilz la tiennent empeschée. L'ostellerie, etc. CHANCON. Fuyez le trait de doulx regard, Cueur, qui ne vous savez deffendre, Veu qu'estes desarmé et tendre, Nul ne vous doit tenir couard. Vous serez pris ou tost, ou tard, S'Amour le veult bien entreprendre. Fuyez le, etc. Cueur, etc. Retrayez vous sous l'estendart De Nonchaloir, sans plus actendre; S'a Plaisance vous laissiez rendre, Vous estes mort, Dieu vous en gard! Fuyez le trait, etc. CHANCON. Yver, vous n'estes qu'un villain, Esté est plaisant et gentil, En tesmoing de May et d'Avril, Qui l'accompaignent soir et main. Esté revest champs, bois et fleurs, De sa livrée de verdure, Et de maintes autres couleurs, Par l'ordonnance de Nature. Mais vous, Yver, trop estes plain De neige, vent, pluye et grezil; On vous deust bannir en exil, Sans point flater, je parle plain. Yver, etc. CHANCON. Mon seul amy, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer veulx, Je vous pry que soyez joyeux, En esperant que brief vous voye. Car je ne fais que querir voye De venir vers vous, se m'aist Dieux. Mon seul, etc. Cellui. etc. Et se par souhaidier povoye Estre empres vous, un jour ou deux, Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx, Outre rien ne souhaideroye. Mon seul, etc. CHANCON. Je le retiens pour ma plaisance, Espoir, mais que leal me soit, Et, se jamais il me décoit, Je renie son acointance. Nous deux avons fait aliance, Tant que mon cueur tel l'aparcoit. Je le retiens, etc. Espoir, etc. Monstrer me puisse bienvueillance, Ainsi que mon penser concoit, Dont mainte liesse recoit; Quand à moy, j'ay en lui fiance. Je le retiens, etc. CHANCON. Je ne les prise pas deux blancs Tous les biens qui sont en amer, Car il n'y a que tout amer, Et grant foison de faulx semblans; Pour les maulx qui y sont doublans, Pire que les perils de mer. Je ne les, etc. Tous les, etc. Ilz ne sont à riens ressemblans, Car ung jour viennent entamer Le cueur, et apres embasmer; Ce sont amouretes tremblans. Je ne les, etc. CHANCON. Hors du propos si baille gaige, Ce n'est que du jeu la maniere, Nulle excusacion n'y quiere, Quoyque soit prouffit ou dommaige. Tousjours parle plus fol que saige, C'est une chose coustumiere. Hors du propos, etc. Ce n'est que, etc. Se l'en me dit: Vous contez raige; Blasmez ma langue trop legere, Raison de Secret tresoriere La tance, quant despent langaige. Hors du propos, etc. CHANCON. Au besoing congnoist on l'amy Qui loyaument aidier desire, Pour vous je puis bien cecy dire, Car vous, ne m'avez pas failly; Mais avez, la vostre mercy, Tant fait qu'il me doit suffire. Au besoing, etc. Qui loyaument, etc. Bien brief pense partir de cy, Pour m'en aler vers vous de tire; Loisir n'ay pas de vous escrire, Et pour ce, plus avant ne dy. Au besoing, etc. CHANCON. O tres devotes creatures, En ypocrisies d'amours Que vous querez d'estranges tours! Pour venir à voz aventures. Vous cuidez bien par voz paintures, Faire sotz, aveugles et sours. O tres devotes, etc. En ypocrisies, etc. On ne peut desservir deux cures, Ne prendre gaiges en deux cours; Prenez les champs, ou les faulbourgs, Ilz sont de diverses natures. O tres devotes, etc. CHANCON. Que c'est estrange compaignie De Penser joint avec Espoir; Aidier scevent, et decevoir Ung cueur qui tout en eulx se fie. Il ne fault ja que je le dye, Chascun le peut en soy savoir. Que c'est, etc. De Penser, etc. D'eulx me plains et ne m'en plains mye, Car mal et bien m'ont fait avoir; Menty m'ont, et aussi dit voir, Je l'aveu et si le renye. Que c'est, etc. CHANCON. (Orléans.) Sera elle point jamais trouvée? Celle qui ayme loyaulté, Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée. Il convient qu'elle soit criée, Pour en savoir la verité. Sera elle point, etc. Celle qui, etc. Je crois bien qu'elle est deffiée Des aliez de faulceté, Dont il y a si grant planté, Que de paour elle s'est mussiée. Sera elle, etc. CHANCON. (Responce du duc Jehan de Bourbon,) DUC D'ORLÉANS, je l'ay trouvée Celle qui ayme loyaulté, Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée. Ja ne fault qu'elle soit criée, J'en scay assez la vérité. DUC D'ORLÉANS, etc. Celle qui, etc. C'est ma Dame tres bien amée, Qui a des biens si grant planté, Qu'el ne craint vostre faulceté, Ne de ceulx de vostre livrée. DUC D'ORLÉANS, etc. CHANCON. Puis ça, puis là, Et sus, et jus, De plus en plus, Tout vient et va. Tous on verra Grans et menus, Puis ça, etc. Et sus, etc. Vieulx temps desja, S'en sont courus, Et neufz venus, Que dea! que dea! Puis ca, etc. CHANCON. Dieu vous conduie, Doulx penser, Et vous doint faire bon voyage, Rapportez tost joyeulx message Vers le cueur pour le conforter; Ne vueillez gueres demourer, Exploictez comme bon et sage. Dieu vous, etc. Et vous, etc. Riens ne vous convient ordonner, Les secrez savez du courage, Besongnez à son avantage, Et pensez de brief retourner. Dieu vous, etc. CHANCON. Puisque par deca demourons, Nous Saulongnois et Beausserons, En la maison de Savonnieres, Souhaidez nous des bonnes chieres Des Bourbonnois et Bourguignons. Aux champs, par hayes et buissons, Perdrix et lyevres nous prendrons, Et yrons pescher sur rivieres. Puisque, etc. Nous, etc. En la maison, etc. Vivres, tabliers, cartes aurons Où souvent nous estudirons; Vins, mangers de plusieurs manieres, Galerons, sans faire prieres, Et de dormir ne nous faindrons. Puisque, etc. CHANCON. Les fourriers d'Amours m'ont logé En ung lieu bien à ma plaisance, Dont les mercy de ma puissance, Et m'en tiens à eulx obligé. Afin que tost soit abregé Le mal qui me porte grevance, Les fourriers, etc. En ung lieu, etc. Desja je me sens alegé, Car acointié m'a Esperance, Et croy qu'amoureux n'a en France Qui soit mieulx que moy hebergé. Les fourriers, etc. CHANCON. Penser, qui te fait si hardy, De mectre en ton hostellerie La tres diverse compaignie D'Ennuy, Desplaisir et Soussy. Se congié en as, si le dy, Ou se le fais par ta folie. Penser, qui, etc. De mectre, etc. Nul ne repose pour leur cry, Boute les hors, et je t'en prie, Ou il faut qu'on y remedie; Veulx tu estre à tous ennemy? Penser, qui, etc. CHANCON. Dont vient ce souleil de plaisance Qui ainsi m'esbluyst les yeulx? Beaulté, doulceur, et encor mieulx Y sont à trop grant habondance; Soudainement luyst par semblance, Comme un escler venant des cieulx. Dont vient, etc. Qui ainsi, etc. Il fait perdre la contenance A toutes gens, jeunes et vieulx; N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux, Qui de l'obscurcir ait puissance. Dont vient, etc. CHANCON. (Fraigne.) Et où vas tu? petit souspir, Que j'ay ouy si doulcement; T'en vas tu mectre à saquement Quelque povre amoureux martir? Viens ca, dy moy tost, sans mentir, Ce que tu as en pensement. Et où vas tu, etc. Que j'ay, etc. Dieu te conduye à ton désir, Et te remaine à sauvement; Mais je te requier humblement Que ne faces ame mourir. Et où vas tu, etc. CHANCON. Laissez moy penser à mon aise, Helas! donnez m'en le loisir, Je devise avecques Plaisir, Combien que ma bouche se taise. Quant merencolie mauvaise Me vient maintes foiz assaillir, Laissez moy, etc. Helas! donnez, etc. Car affin que mon cueur rapaise, J'appelle plaisant souvenir, Qui tantost me vient resjouir; Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise. Laissez moy, etc. CHANCON. As tu ja fait? petit souspir, Est il sur son trespassement? Le cueur qu'as mis à saquement; A il remede de guerir? Tu as mal fait de le ferir En haste, si piteusement. As tu ja, etc. Est il sur, etc. Amours qui t'en doit bien pugnir, A fait de toy son jugement; Pren franchise hastivement, Sauve toy, quant tu as loisir. As tu ja, etc. CHANCON. Levez ces cuevrechiefz plus hault Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges; De riens ne servent telz umbraiges, Quant il ne fait hale, ne chault. On fait à beaulté qui tant vault, De la musser, tort et oultraiges: Levez ces, etc. Qui trop, etc. Je scay bien qu'à Dangier n'en chault, Et pense qu'il ait donné gaiges, Pour entretenir telz usaiges; Mais l'ordonnance rompre fault. Levez ces, etc. CHANCON. Deux ou trois couples d'ennuys J'ay tousjours en ma maison, Desencombrer ne m'en puis, Quoyqu'à mon povoir les fuis, Par le conseil de raison. Deux ou trois, etc. Je les chasse d'où je suis, Mais en chascune saison, Ilz rentrent par un autre huis. Deux ou trois, etc. CHANCON. Entre les amoureux fourrez, Non pas entre les decoppez, Suis, car le temps sans refroidy, Et le cueur de moy l'est aussi; Tel me veez, tel me prenez. Jeunes gens qui Amours servez, Pour Dieu, de moy ne vous mocquez, Il est ainsi que je vous dy. Entre les, etc. Non pas, etc. Car, quant Amours servy aurez Autant que j'ay, vous devendrez Pareillement en mon party; Et quant vous trouverez ainsy, Comme je suis, lors vous serez. Entre les, etc. CAROLE. Las! Merencolie, Me tendrez vous longuement, Es maulx dont j'ay plus de cent, Sans pensée lie. Je l'ay souffert main et soir, Loingtain de joyeulx confort; Mais nul bien n'en puis avoir, Dont mon cueur est presque mort. Au moins, je vous en prie, Que me laissiez seulement, Aucun peu d'alegement, Sans m'oster la vie Las! etc. Esperance d'avoir mieulx Dist qu'elle me veult aidier; Mais tousjours maugracieux Je trouve le faulx Dangier, Qui tant me guerrie. Si, vous requier humblement, Qu'en ce douloureux tourment Ne me laissiez mie, Las! Merencolie. CAROLE. Avancez vous, Esperance, Venez mon cueur conforter, Car il ne peut plus porter Sa tres greveuse penance. Pieca, Joyeuse pensée S'esbatoit avecques lui, Mais elle s'en est alée, Tant a pourchassié Ennuy. Se vous n'avez la puissance De tout son mal lui oster, Plaise vous à alegier Au moins un peu sa grevance. Avancez, etc. Vous lui avez fait promesse De le venir secourir, Et de lui tollir tristesse, Mais trop le faictes languir. Ayez de lui souvenance, Et le venez deslogier De la prison de Dangier, Où il meurt en desplaisance, Avancez, etc. CAROLE. M'avez vous point mis en oubly? Par Dieu, je double fort, oy, Ma seule maistresse et ma joye; Non pourtant, quelque part que soye, Je m'actens à vostre mercy. Espoir m'a dit que Leauté Vous fera souvenir de moy, Car vostre bonne voulenté Ne peult faillir, comme je croy. Quant est à moy, je vous supply, Pensez que l'amoureux party, Que j'ay prins, changier ne pourroye; Certes avant mourir vouldroye, Je vous prometz qu'il est ainsi. M'avez vous, etc. Amour a tort, ce m'est advis, Qu'il ne fait aux dames sentir Les maulx, où leurs servans sont mis, Pour les tres loyaument servir. Pour vous, ma Dame, je le dy, Car se vous saviez le soussy, Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye, Vous diriez bien que j'auroye, De droit, gaingné le don d'amy. M'avez vous, etc. RONDEL. Et ne cesserez vous jamais? Tousjours est à recommencer; C'est folie d'y plus penser, Ne s'en soussier desormais. Plus avant j'en diroye, mais Rien n'y vault flater, ne tanser. Et ne cesserez, etc. Tousjours, etc. Passez a plusieurs moys des Mays Qu'Amour vous vouldrent avanser; Mal les voulez recompenser, En servant de telz entremais. Et ne cesserez vous, etc. RONDEL. (Orleans à Nevers.) Pour paier vostre belle chiere, Laissez en gaige vostre cueur, Nous le garderons en doulceur Tant que vous retournez arriere. Contentez, car c'est la maniere, Vostre hostesse pour vostre honneur. Pour paier, etc. Laissez en, etc. Et se voiez nostre priere Estre trop plaine de rigueur, Changons de cueur, c'est le meilleur, De voulenté bonne et entiere. Pour paier, etc. RONDEL. (Responce de Nevers.) Mon tres bon hoste, et ma tres doulce hostesse, Tres humblement et plus vous remercie Des biens, honneurs, bonté et courtoisie, Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse. Aussi fais je de vostre grant largesse Et tres soingneuse et bonne compaignie. Mon tres bon hoste, etc. Tres humblement, etc. Mon povre cueur pour paiement vous laisse, Prenez en gré, et je vous supplie, Et oultre plus, tant que je puis vous prie, Que m'octroyez estre maistre et maistresse. Mon tres bon, etc. RONDEL. Qu'il ne le me font, Pour veoir que feroye, Et se je sauroye Leur donner le bont. Puisque telz ilz sont Affin qu'on les voye Qu'il ne, etc. Pour veoir, etc. Droit à droit respont, Paier les vouldroye De telle monnoye Qu'il desserviront. Qu'il ne, etc. RONDEL. (Orléans.) A ce jour de saint Valentin, Que chascun doit choisir son per, Amours, demourray je non per? Sans partir à vostre butin. A mon resveillier au matin, Je n'y ai cessé de penser, A ce jour, etc. Que chascun, etc. Mais Nonchaloir, mon medicin, M'est venu le pousse taster, Qui ma conseillié reposer, Et rendormir sur mon coussin. A ce jour, etc. RONDEL. J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Herault; Monter me fault en l'eschaffault, Pour jugier des amoureux tours. Quant je verray riens à rebours Dieu scet se je crieray bien hault. J'ay esté, etc. Mais, etc. Et s'amans vont faisant les lours, Tantost congnoistray leur deffault; Ja devant moy, clochier ne fault, D'amer scay par cueur le droit cours. J'ay esté, etc. RONDEL. (Secile.) Apres une seule exceptée, Je vous servirai ceste année, Ma doulce Valentine gente, Puisqu'Amours veult que m'y consente, Et que telle est ma destinée. De moy, pour autre habandonnée Ne serez; mais si fort amée Qu'en devrez bien estre contente. Apres une seule, etc. Je vous, etc. Or me soit par vous ordonnée, S'il vous plaist, à ceste journée, Vo voulenté doulce et plaisante; Car à la faire me presente Plus que pour Dame qui soit née. Apres une seule, etc. RONDEL. Je suis desja d'amour tanné, Ma tres doulce Valentinée, Car pour moi fustes trop tart née, Et moy pour vous fus trop tost né. Dieu lui pardoint qui estrené M'a de vous, pour toute l'année. Je suis desja, etc. Ma tres doulce, etc. Bien m'estoye suspeconné, Qu'auroye telle destinée, Ains que passast ceste journée, Combien qu'Amours l'eust ordonné. Je suis desja, etc. RONDEL. (Orléans.) Soubz parler couvert D'estrange devise, Monstrez qu'avez prise Douleur; il y pert. Du tout en desert, N'est pas vostre emprise. Soubz parler, etc. D'estrange, etc. Se Confort ouvert N'est à vostre guise, Tost, s'Amour s'avise, Sera recouvert. Soubz parler, etc. RONDEL. Laissez aler ces gorgias, Chascun yver, à la pippée; Vous verrez comme la gelée Reverdira leurs estomas. Dieu scet s'ilz auront froit aux bras. Par leur manche deschiquetée. Laissez aler, etc. Il portent petiz soulers gras, A une poulaine embourrée, Froidure fera son entrée, Par leurs talons nuz par en bas. Laisser aler, etc. RONDEL. Les en voulez vous garder Ces rivieres de courir, Et grues prendre et tenir, Quant hault les veez voler. A telles choses muser, Voit on folz souver servir. Les en voulez, etc. Ces rivieres, etc. Laissez le temps tel passer Que Fortune veult souffrir, Et les choses avenir Que l'en ne scet destourber. Les en voulez, etc. RONDEL. Veu que j'ay tant Amour servy, Ne suis je pas mal guerdonné, Du plaisir qu'il m'avoit donné, Sans cause m'a tost desservy. Mon cueur loyaument son serf vy, Mais à tort l'a abandonné. Veu que j'ay, etc. Ne suis, etc. Plus ne lui sera asservy; Pour Dieu, qu'il me soit pardonné, Je croy que suis à ce don né, D'avoir mal pour bien desservy. Veu que j'ay, etc. RONDEL. (Secile.) Pourtant se vous plaignez d'Amours, Il n'est pas temps de vous retraire, Car encore il vous pourra faire Tel bien, que perdrez vos dolours. Vous congnoissez assez ses tours, Je ne dy pas pour vous desplaire. Pourtant, etc. Il n'est, etc. Ayez fiance en lui tousjours, Et mectez paine de lui plaire; Combien que mieulx me vaulsit taire, Car vous pensez tout le rebours. Pourtant, etc. RONDEL. Se vous estiez comme moy, Las! vous vous devriez bien plaindre; Car de tous mes maulx le maindre Est plus grant que vostre ennoy. Bien vous pourrez, sur ma foy, D'Amours alors vous complaindre; Se vous estiez, etc. Las! vous, etc. Car si tres dolent me voy, Que plus la mort ne veuil craindre; Touteffoiz, il me faut faindre; Aussi feriez vous, se croy, Se vous estiez, etc. RONDEL. (Responce par Orléans.) Chascune vieille son dueil plaint; Vous cuidez que vostre mal passe Tout autre; mais ja ne parlasse Du mien, se n'y feusse contraint. Saichiez de voir qu'il n'est pas faint, Le tourment que mon cueur enlasse. Chascune vieille, etc. Vous cuidez, etc. Ma peine pers comme fait maint, Et contre Fortune je chasse; Desespoir de pis me menasse, Je sens où mon pourpoint m'estraint. Chascune vieille, etc. RONDEL. (Secile.) Bien deffendu, bien assailly, Chascun dit qu'il a grant dolours, Mais, au fort, je veuil croire Amours Par qui le debat est sailly; Affin que qui aura failly, N'aye jamais de lui secours. Bien deffendu, etc. Chascun dit, etc. Car se j'ay en riens deffailly De compter mon mal puis deux jours, Banny vueil estre de ses cours, Com un hom lasche et failly. Bien deffendu, etc. RONDEL. (Responce par Orléans.) Bien assailly, bien deffendu; Quant assez aurons debatu, Il faut assembler noz raisons, Et que les fons voler faisons Du debat nouvel advenu. Tres fort vous avez combatu, Et j'ay mon billart bien tenu; C'est beau debat que de deux bons. Bien assailly, etc. Quant assez, etc. Vray est qu'estes d'Amour feru, Et en ses fers estroit tenu; Mais moy non, ainsi l'entendons; Il a passé maintes saisons, Que me suis aux armes rendu. Bien assailly, etc. RONDEL. (Secile.) Si dolant je me trouve à part De laisser ce dont mon bien part; C'est celle en qui n'a que redire, Que ne fus oncques si plain d'ire, Ou jamais Dieu n'ait en moy part. Car, quant je pense en mon depart, Et qu'aler me fault autre part, Je ne scay plus que je dois dire. Si dolant, etc. De laisser, etc. Fortune, qui les lotz depart, M'a baillé ce dueil pour ma part, Qu'est pis qu'on ne seroit redire; Et si ne lui puis contredire, Dont a peu que mon cueur n'en part. Si dolant, etc. CHANCON. (Orléans.) Durant les treves d'Angleterre Qui ont esté faictes à Tours, Par bon conseil avec Amours, J'ay prins abstinence de guerre; S'autre que moy ne la desserre, Content suis que tiengne tousjours. Durant les, etc. Qui ont, etc. Il n'est pas bon de trop enquerre, Ne s'empechier es faiz des cours; S'on m'assault, pour avoir secours, Vers Nonchaloir iray grant erre. Durant les, etc. RONDEL. Vous vistes que je le veoye Ce que je ne vueil descouvrir, Et congnustes, à l'ueil ouvrir, Plus avant que je ne vouloye. L'ueil d'embusche saillit en voye, De soy retraire n'eut loisir. Vous vistes, etc. Ce que je ne, etc. Trop est saige qui ne foloye, Quant on est es mains de Plaisir, Qui lors vint vostre cueur saisir, Et fist comme pieca souloye. Vous vistes, etc. RONDEL. (Fredet.) Jusques Pasques soient passées, Donnez trieves à mes pensées, Je vous pri tant que je puis, Amours; Car c'est bien droit qu'à ces bons jours En paix de vous soient laissées. Assez voz gens les ont lassées, Et pour ceste foiz couroussées, Allez ailleurs faire vos tours. Jusques Pasques, etc. Donnez trieves, etc. Pour plus donc n'estre d'eulx pressees, Qui tant les ont fort menassées, Faictes les crier par voz cours, Et leur deffendez bien tousjours, Que par eulx ne soient cassées. Jusques Pasques, etc. RONDEL. (Responce par Orléans) Tant que Pasques soient passées, Sans resveiller le chat qui dort, Fredet, je suis de vostre accors, Que pensées soient cassées, Et en aumaires entassées, Fermans à clef tres bien et fort. Tant que Pasques, etc. Sans resveiller, etc. Quand aux miennes, ilz sont lassées, Mais de les garder, mon effort Feray, par l'avis de Confort, En fardeaulx d'espoir amassées. Tant que Pasques, etc. CHANCON. La veez vous là, la lyme sourde, Qui pense plus qu'elle ne dit, Souventeffoiz s'esbat et rit A planter une gente bourde; Contrefaisant la coquelourde, Soubz un malicieux abit. La veez vous, etc. Qui pense, etc. Quelle part que malice sourde, Tost congnoist s'il y a prouffit; Benoist en soit le saint Esprit, Qui de si finete me hourde. La veez vous me, etc. RONDEL. Beaulté, gardez vous de mes yeulx, Car ilz vous viennent assaillir; S'ilz vous povoient conquerir, Ilz ne demanderoyent mieulx. Vous estes seule soubz les cieulx Le tresor de parfait plaisir. Beaulté, etc. Car ilz vous, etc. Congneuz les ay jeunes et vieulx, Qu'il ne leur chauldroit de morir, Mais qu'eussent de vous leur desir, Je vous avise qu'ilz sont tieulx. Beaulté, etc. CHANCON. Helas! et qui ne l'aymeroit? De Bourbon le droit heritier, Qui a l'estomac de papier, Et aura la goute de droit; Se Lymosin ne lui aidoit, Il mourroit, tesmoing Villequier. Helas! et qui, etc. De Bourbon, etc. Jamais plus hault ne sailliroit, S'elle lui monstroit ung dangier; Et pour ce, Fayete et Gouffier, Aidiez chascun en vostre endroit. Helas! et qui, etc. RONDEL. Bien viengne doulx regart qui rit, Quelque bonne nouvelle porte, Dont Dangier fort se desconforte, Et de courroux en douleur frit. Ne peut chaloir de son despit, Ne de ceulx qui sont de sa sorte. Bien viengne, etc. Quelque, etc. Dangier dist: baille par escript, Et qu'il n'entre point en la porte; Mais Amour, comme la plus forte, Veult qu'il entre sans contredit. Bien viengne, etc. CHANCON. Dieu vous envoye pascience, Gentil conte Cleremondois, Vous congnoissez, à ceste foiz, Qu'est d'amoureuse penitence; Puisqu'estes hors de la presence, De celle que bien je congnois. Dieu vous, etc. Gentil conte, etc. Vouer vous povez aliance A la riche, comme je crois, Ne vous trouverez de ce mois, Las! trop estes loing d'alegance. Dieu vous, etc. RONDEL. En la promesse d'Esperance Où j'ay temps perdu et usé, J'ay souvent conseil reffusé, Qui me povoit donner plaisance. Las! ne suis le premier de France Qui sotement s'est abusé, En la promesse, etc. Où j'ay temps, etc. Et, de ma nysse gouvernance, Devant Raison j'ay accusé Mon cueur; mais il s'est excuse, Disant que deceu l'a Fiance En la promesse, etc. CHANCON. Sauves toutes bonnes raisons, Mieulx vault mentir, pour paix avoir, Qu'estre batu, pour dire voir; Pour ce, mon cueur, ainsi faisons. Riens ne perdons, se nous taisons, Et se jouons au plus savoir. Sauves toutes, etc. Mieulx vault, etc. Parler boute feu en maisons, Et destruit paix, ce riche avoir; On aprent à taire et à veoir, Selon les temps et les saisons. Sauves toutes, etc. RONDEL. Mon cueur, il me fault estre mestre A ma foiz, aussi bien que vous, N'en ayez ennuy, ou courroux; Certes il convient ainsi estre. Trop longuement m'avez fait pestre, Et toujours tenir au dessous. Mon cueur, etc. A ma foiz, etc. Allez à dextre, ou à senestre, Pris serez, sans estre rescous, Passer vous fault, mon amy doulx, Ou par là, ou par la fenestre. Mon cueur, etc. CHANCON. Il souffist bien que je le sache, Sans en enquerir plus avant; Car se tout aloye disant, On vous pourrait bien dire actache. Nul de la langue ne m'arrache Ce qu'en mon cueur je voys pensant. Il souffist, etc. Sans en, etc. Ainsi qu'en blanc pert noire tache, Vostre fait est si apparant, Que m'y trouve trop congnoissant; Qui est descouvert, mal se cache. Il souffist, etc. RONDEL. Mes yeulx trop sont bien reclamez, Quant ma Dame si les appelle, Leur monstrant sa grant beaulté belle, Ilz reviennent comme affamez; Maugré mesdisans peu amez, Et Dangier qui tient leur querelle. Mes yeulx, etc. Quant ma, etc. Estre devroient diffamez, S'ilz ne voloyent, de bonne elle, Vers les grans biens qui sont en elle; De ce ne seront ja blasmez. Mes yeulx, etc. CHANCON. Pense de toy Dorenavant, Du demourant Te chaille poy. Ce monde voy En empirant. Pense, etc. Dorenavant, etc. Regarde et oy, Va peu parlant; Dieu tout puissant Fera de soy. Pense, etc. RONDEL. Retraiez vous, regart mal avisé, Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye; Certes, Aguet par tous lieux vous convoye Priveement, en habit desguisé. De gens saichans en estes moins prisé, D'ainsi tousjours trocter parmy la voye. Retraiez vous, etc. Vous cuidez, etc. Dangier avez contre vous atisé, Quant sot maintien tellement vous forvoye; Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye, Il est ainsi que je l'ay devisé. Retraiez vous, etc. CHANCON. Ce n'est riens qui ne puist estre, On voit de plus grans merveilles, Que de baster aux corneilles Les mariz, et l'erbe pestre. Car de jouer tours de maistre, Femmes sont les nompareilles. Ce n'est riens, etc. On voit, etc. Tant aux huis, comme aux fenestres, En champs, jardins, ou en trailles, Par tout ont yeulx et oreilles, Soit à dextre, ou a senestre. Ce n'est riens, etc. RONDEL. Regart, vous prenez trop de paine, Tousjours courez et racourez, Il semble qu'aux barres jouez; Reprenez un peu vostre alaine. Cueurs qu'Amours tient en son demaine, Cuident qu'assaillir les voulez. Regart, vous, etc. Tousjours, etc. Amours, une fois la sepmaine C'est raison que vous reposez, Et affin que ne morfondez, Il faudra que l'en vous pourmaine. Regart, etc. CHANCON. Or est de dire, laissez m'en paix, Et tout plain, de rien ne m'est plus; Mes propos sont en ce conclus, Qu'ainsy demourray desormais. De s'entremectre de mes faiz, Je n'en requier nulles, ne nuls. Or est, etc. Et tout, etc. Fortune, par ses faulx atraiz, En pipant, a pris à la glus Mon cueur, et en soussy reclus Se tient, sans departir jamais. Or est, etc. CHANCON. Le voulez vous? Que vostre soye, Rendu m'octroye, Pris ou recous. Ung mot pour tous, Bas qu'on ne l'oye. Le voulez, etc. Que vostre, etc. Maugré jalons, Foy vous tendroye, Or sa, ma joye, Accordons nous. Le voulez, etc. CHANCON. C'est grant paine que de vivre en ce monde, Encores est ce plus paine de mourir; Si convient il, en vivant, mal souffrir, Et au derrain, de mort passer la bonde. S'aucunefois joye, ou plaisir abonde, On ne les peut longuement retenir. C'est grant, etc. Encores, etc. Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde, Se plus pense, quoyque voye à venir, Qu'a vivre bien, et bonne fin querir; Las! il n'est rien que soussy ne confonde. C'est grant, etc. RONDEL. Crevez moy les yeulx, Que ne voye goute, Car trop je redoubte, Beaulté en tous lieux; Ravir jusqu'aux cieulx Veult ma joye toute. Crevez moy, etc. Que ne, etc. D'elle me gard Dieux, Affin qu'en sa route Jamais ne me boute; N'est ce pour le mieulx? Crevez moi, etc. Quant je la regarde, Elle vient ferir Mon cueur, de la darde D'amoureux desir. CHANCON. En vivant en bonne esperance, Sans avoir desplaisance, ou dueil, Vous aurez brief, à votre vueil, Nouvelle plaine de plaisance. De guerre n'avons plus doubtance, Mais tousjours gracieulx acueil. En vivant, etc. Tous nouveaulx revendrons en France, Et quant me reverrez à l'ueil, Je suis tout autre que je sueil; Au moins j'en fais la contenance. En vivant, etc. RONDEL. Jeunes amoureux nouveaulx, En la nouvelle saison, Par les rues, sans raison, Chevauchent faisans les saulx; Et font saillir des carreaulx Le feu, comme de charbon. Jeunes, etc. En la, etc. Je ne scay se leurs travaulx Ilz employent bien, ou non; Mais piqués de l'esperon, Sont autant que leurs chevaulx. Jeunes, etc. CHANCON. (Orléans à Secile.) Vostre esclave et serf, où que soye, Qui trop ne vous puis mercier, Quant vous a pleu de m'envoyer Le don qu'ay receu à grant joye; Tel que dy, et plus, se povoye, Me trouverez à l'essayer. Vostre esclave, etc. Qui trop, etc. Paine mectray que brief vous voye, Et tost arez, sans delayer, Chose qui est sus le mestier, Qui vous plaira; plus n'en diroye. Vostre esclave, etc. RONDEL. Gardez le trait de la fenestre, Amans, qui par rues passez, Car plus tost en serez blessez, Que de trait d'arc, ou d'arbalestre. N'alez à dextre, ne à senestre Regardant, mais les yeulx bessez. Gardez, etc. Amans, etc. Se n'avez medicin bon maistre, Si tost que vous serez navrez, A Dieu soiez recommandez; Mort vous tiens, demandez le prestre. Gardez, etc. CHANCON. Tellement, quellement, Me faut le temps passer, Et soucy amasser Mainteffoiz, mallement, Quant ne puis nullement Ma fortune casser. Tellement, etc. Me faut, etc. G'iray tout bellement, Pour paour de me lasser, Et sans trop m'enlasser, Ou monde follement. Tellement, etc. RONDEL. En gibessant toute l'apres disnée Parmy les champs, pour me desanuyer, N'a pas longtemps que faisoye l'autrier Voler mon cueur apres mainte pensée; La quilote souvenance nommée, Sourdoit deduit, et savoit remerchier. En gibessant, etc. Parmy, etc. Gibessiere de passe temps ouvrée, Emplie toute d'assez plaisant gibier, Et puis je peu mon cueur, au derrenier, Sur ung faisant d'esperance celée. En gibessant, etc. CHANCON. A tout bon compte revenir Convendra, qui qu'en rie, ou pleure, Et ne scet on le jour, ne l'eure; Souvent en devroit souvenir. Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir, En brief temps, ou longue demeure, A tout bon, etc. Convendra, etc. Las! on ne pense qu'à suyr Le monde qui tousjours labeure; Et quant on cuide qu'il sequeure, Au plus grant besoing vient faillir, A tout bon, etc. RONDEL. Que faut il plus à ung cueur amoureux? Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse; Qu'avitailler tantost sa forteresse D'assez vivres de Bon espoir eureux, Cappitaine face Desir songneux, Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse. Que faut, etc. Quant, etc. Artillié soit d'Avis avantureux, Coulevrines et canons, à largesse, Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse, Es boulevers et lieux avantageux. Que faut il, etc. CHANCON. Vous estes paié pour ce jour, Puis qu'avez eu ung doulx regart; Devant ung ancien regnart, Tost est apparceu ung tel tour; Quant on a esté à sejour, Ce sont les gaiges de musart. Vous estes, etc. Puis qu'avez, etc. Il souffist pour vostre labour, Et s'apres on vous sert de lart, Prenez en gré, maistre coquart, Ce n'est qu'un restraintif d'amour. Vous estes, etc. RONDEL. Des maleureux porte le pris, Servant Dame loyalle et belle, Qui, pour mourir en la querelle, N'acheve ce qu'a entrepris; Diffamé de droit, et repris Par devant dame et damoiselle, Des maleureux, etc. Servant Dame, etc. Pourquoy est d'amer si espris Quant congnoist que son cueur chancelle? En soy donnant repreuve telle, Où a il ce mestier apris? Des maleureux, etc. CHANCON. Puisqu'estes en chaleur d'amours. Pour Dieu, laissez veoir vostre orine; On vous trouvera medicine Qui briefment vous fera secours. Trop tost, oultre le commun cours, Vous bat le cueur en la poictrine. Puisqu'estes, etc. Pour Dieu, etc. La fievre blanche ses sejours A fait, se voulez que termine, Et que plus ne vous soit voisine, Repousez vous pour aucuns jours. Puisqu'estes, etc. RONDEL. En amer n'a que martire, Nully ne le devroit dire Mieulx que moy; J'en sauroye, sur ma foy, De ma main ung livre escripre, Où amans pourroient lire, Des yeulx larmoyans, sans rire, Je m'en croy. En amer, etc. Nully, etc. Des maulx qu'on y peut eslire, Celluy qui est le mains pire, C'est anoy, Qui n'est jamais à part soy; Plus n'en dy, bien doit souffire. En amer, etc. CHANCON. Saint Valentin, quant vous venez En Karesme au commencement, Receu ne serez vrayement Ainsi que acoustumé avez. Soussy et penance amenez, Qui vous recevroit lyement? Saint Valentin, etc. En Karesme, etc. Une autreffoiz vous avancez Plus tost, et alors toute gent Vous recuilliront autrement; Et pers à choisir amenez. Saint Valentin, etc. RONDEL. Me fauldrez vous à mon besoing? Mon reconfort et ma fiance, M'avez vous mis en oubliance? Pourtant se de vous je suis loing, N'avez vous pitié de mon soing, Sans vous, savez que n'ay puissance. Me fauldrez vous, etc. Mon reconfort, etc. On feroit des larmes ung baing, Qu'ay pleurées de desplaisance, Et crie, par desesperance, Ferant ma poictrine du poing, Me fauldrez, etc. CHANCON. Saint Valentin dit: Veez me ca, Et apporte pers à choisir; Viengne qui y devra venir, C'est la coustume de pieca. Quant le jour des Cendres hola Respond, auquel doit on faillir? Saint Valentin, etc. Et apporte, etc. Au fort, au matin convendra En devocion se tenir, Et apres disner, à loisir, Choississe qui choisir vouldra. Saint Valentin, etc. RONDEL. Cueur endormy en pensée, En transes, moitié veillant, S'on lui va riens demandant, Il respont à la volée, Et parle de voix cassée, Sans propos ne tant, ne quant. Cueur endormy, En transes, etc. Tout met en galimafrée, Lombart, Anglois, Alemant, Francois, Picart et Normant, C'est une chose faée. Cueur, etc. CAROLE EN LATIN. Laudes Deo sint, atque gloria, Hoc tempore, pre cordis gaudio, Exultemus cum Dei Filio, Misso nobis a patris gracia. Tunc prophete vere predixerant Nasciturum de pura virgine, Ut salvaret hos qui perirant, Pro parentum dampnati crimine. Tunc natus est ex stirpe Regia, Flos ascendens de Jesse gremio; Illi honor et benedictio Qui nos replet tanta leticia. Laudes, etc. Sic induit se carne hominis, Ut per carnem, carnem redimeret, Sic amorem demonstrans servulis, Quos creavit ne ipsos perderet. O miranda Regis clemencia! Qui non parcens corpori proprio, Se obtulit diro supplicio, Nostra sanans cruore vicia. Laudes, etc. RONDEL. A trompeur, trompeur et demy; Tel qu'on seme convient cuillir; Se mestier voy partout courir, Chascun y joue, et moy aussi. Dy je bien de ce que je dy? De tel pain souppe fault servir. A trompeur, etc. Tel qu'on seme, etc. Et qui n'a pas langaige en lui, Pour parler selon son desir, Ung truchement lui fault querir Ainsi, ou par là, ou par cy. A trompeur, etc. RONDEL. Baillez lui la massue, A cellui qui cuide estre Plus subtil que son maistre, Et sans raison l'argue; Ou il sera beste mue, Quant on l'envoyera pestre. Baillez, etc. A cellui, etc. Quoy qu'il regibe, ou rue, Si sault par la fenestre, Comme s'il vint de nestre, Sera chose esperdue. Baillez, etc. RONDEL. Ubi supra, N'en parlons plus Des tours cornulz, Et cetera; Non est cura, De telz abus. Ubi, etc. N'en, etc. Mala jura Sont suspendus, Ou deffendus, Et reliqua. Ubi, etc. RONDEL. Il vit en bonne esperance, Puisqu'il est vestu de gris, Qu'il aura, à son advis, Encore sa desirance; Combien qu'il soit hors de France, Par deca le mont Senis, Il vit, etc. Puisqu'il, etc. Perdu a sa contenance, Et tous ses jeux et ses ris, Gaigner lui fault Paradis. Par force de paciance. Il vit, etc. RONDEL. Noti me tangere Faulte de serviteurs, Car bonté de seigneurs Ne les scet frangere. Il vous fault regere En craintes et rigueurs. Noli me, etc. Faulte de, etc. De hault erigere Trop tost en grans faveurs, Ce ne sont que foleurs Bien m'en puis plangere. Noli me, etc. RONDEL. (Orléans à Maistre Estienne le Gout.) Maistre Estienne le Gout nominatif, Nouvellement, par maniere optative, Si a voulu faire copulative; Mais failli a en son cas genitif. Il avait mis six ducatz en datif, Pour mieulx avoir s'amie vocative. Maistre, etc. Nouvellement, etc. Quant rencontré a un accusatif, Qui sa robbe lui a fait ablative; De fenestre assez superlative, A fait ung sault portant coups en passif. Maistre, etc. RONDEL. Responce de Maistre Estienne le Gout.) Monseigneur tres supellatif, Pour respondre au narratif De vostre briefve expositive; Elle fut premier vocative, Par le moyen du genitif. Les six ducatz sont nombratif, Mais quant au fait du possessif, La chose est ung peu neutrative. Monseigneur, etc. Pour respondre, etc. Et quant au dangier du passif, J'ay saufconduit prerogatif, Par quoy mectray paine soubtive D'accorder, sus la negative, L'adjectif et le substantif. Monseigneur, etc. RONDEL. Pres là, briquet aux pendantes oreilles, Tu sces que c'est de deduit de gibier, Au derrenier tu auras ton loyer, Et puis seras viande pour corneilles. Tu ne fais pas miracles, mais merveilles, Et as aide pour te bien enseigner. Pres là, briquet, etc. Tu sces, etc. A toute heure diligemment traveilles, Et en chasse vaulx autant qu'un limier, Tu amaines au tiltre de levrier Toutes bestes, et noires, et vermeilles. Près là briquet, etc. RONDEL. Or s'y joue qui vouldra; Qui me change, je le change; Nul ne le tiengne chose estrange, D'avoir selon qu'il fera; Quant par sa faulte fera, Gré ne dessert, ne louange. Or s'y joue, etc. Qui me, etc. Puisque advisé on l'en a. Et à raison ne se range, S'apres s'elle se revange, Le tort à qui demourra? Or s'y joue, etc. RONDEL. (Orléans à Alençon.) En la vigne jusqu'au peschier Estes bouté, mon filz tres chier, Dont, par ma foy, suis tres joyeulx, Quant de rimer vous voy songneux, Et vous en voulez empeschier? Soit au lever, ou au couchier, Ou quant vous devez chevauchier, Esbatez vous pour le mieulx. En la vigne, etc. Estes bouté, etc. Se Desplaisir vous vient serchier, Pour de lui tost vous despeschier, Sans estre merencolieux, Grant bien vous fera, se m'aid Dieux, Passez y temps sans plus preschier. En la vigne, etc. RONDEL. (Responce d'Alençon.) Le vigneron fut atrapé, Quant il fut trouvé en la vigne, Trop mieulx que poisson à la ligne, Ne que rat au lardon hapé; D'un trait d'ueil fut prins et frapé, Par celle qui pas ne forligne. Le vigneron, etc, Quant il fut, etc. A peine lui fut eschappé, Le povre compaignon qui pigne, Tres mal pigne des dents d'un pigne, Ainsi surprins et agrapé. Le vigneron, etc. RONDEL. Quant je fus prins ou pavillon De ma Dame tres gente et belle, Je me brulay à la chandelle, Ainsi que fait le papillon. Je rougiz comme vermeillon, Aussi flambant qu'une estincelle. Quand je fus, etc. De ma Dame, etc. Si j'eusse esté esmerillon, Ou que j'eusse eu aussi bonne elle, Je me feusse gardé de celle Qui me bailla de l'aguillon. Quant je fus, etc. CHANCON. Satis, satis, plus quam salis, N'en avez vous encore assez? Par Dieu, vous en serez lassez Des folies quas amatis. Cum sensibus ebetatis, Soctes gens vous les amassez. Satis, satis, etc. N'en avez, etc. Et pour ce, si me credatis, Oubliez tous les temps passez, Et voz meschans pensers cassez, Dolendo de perpetratis. Salis, satis, etc. CHANCON. Mon cueur plus ne volera, Il est enchaperonné, Nonchaloir l'a ordonné, Qui ja piaca le m'osta. Confort depuis ne lui a Cure, n'atirer donné. Mon cueur, etc Il est, etc. Se sa gorge gectera? Je ne scay, car gouverné Ne l'ay, mais abandonné; Soit com avenir pourra. Mon cueur, etc. CHANCON. Non temptabis, tien te coy, Regard plain d'atrayement, Vade retro tellement Que point n'aproches de moy. Probavi te, sur ma foy, Je crains ton assotement. Non, etc. Regard, etc. Ecce la raison pourquoy, Tu resveilles trop souvent Corda, bien congnois comment Presches l'amoureuse loy. Non temptabis, etc. CHANCON. Chascun dit qu'estes bonne et belle, Mais mon ueil jugier n'e saura, Car lignage m'avuglera, Qui maintendra vostre querelle; Quant on parle de damoiselle Qui à largesse de biens a. Chascun dit, etc. Mais mon, etc. A nostre assemblée nouvelle, Verray ce qu'il m'en semblera, Et, s'ainsi est, bien me plaira; Or prenons que vous soyez telle. Chascun dit, etc. CHANCON. Gardez vous de mergo Trompeur faulx et rusez, Qui les gens abusez Mainteffoiz a tergo. En tous lieux où pergo, Fort estes accusez. Gardez vous, etc. Trompeur, etc. Mercy dit: abstergo Les faultes dont usez, Mais que les refusez; Avisez vous ergo. Gardez vous, etc. RONDEL. Encore lui fait il grant bien De veoir celle qu'a tant amée, A celui qui cueur et pensée Avoit en elle, comme tien. Combien qu'il n'y aye plus rien, Et qu'autre la lui ait ostée. Encore lui, etc. De veoir, etc. En regardant son doulx maintien, Et son fait qui moult lui agrée, S'il la peut tenir embrassée, Il pense que une foiz fut sien Encore lui, etc. CHANCON. Quant n'ont assez fait dodo, Ces petitz enfanchonnés, Ilz portent soubz leurs bonnés Visaiges pleins de bobo. C'est pitié s'ilz font jojo Trop matin, les doulcinés. Quant n'ont, etc. Ces petitz, etc. Mieux amassent à gogo Gesir sur molz coissinés, Car ilz sont tant poupinés, Helas! che, guoguo, guoguo. Quant n'ont, etc. RONDEL. Avugle et assourdy, De tous poins en nonchaloir, Je ne puis ouir, ne veoir Chose dont soye esjouy. Se desplaisant, ou marry, Tout m'est ung, pour dire veoir. Avugle, etc. De tous, etc. Es escolles fu nourry D'amours, pensant mieux valoir; Quant plus y cuiday savoir, Plus m'y trouvay rassoty. Avugle, etc. RONDEL. Procul a nobis Soient ces trompeurs, Dantur aux flateurs Verba pro verbis, Sicut pax vobis, Et tendent ailleurs. Procul, etc. Soient ces, etc. Non semel sicul bis, Et des foiz plusieurs, Sont loups ravisseurs Soubz peaulx de brebiz. Procul, etc. RONDEL. J'estraine de bien loing m'amie, De cueur, de corps et quanque j'ay, En bon an lui souhaideray Joye, santé et bonne vie. Mais que ne m'estraine d'oublie, Ne plus ne moins que la feray. J'estraine, etc. De cueur, etc. Mon cueur de chapel de soussie, Ce jour de l'an, estreneray; Et à elle presenteray Des fleurs de ne m'oubliez mie. J'estraine, etc. RONDEL. Faulcette confite En plaisant parler, Laissez la aler, Car je la despite. Ce n'est que redite De tant l'esprouver. Faulcette, etc. En plaisant, etc. Et quant on s'acquicte Plus de l'amender, Pis la voy ouvrer, C'est chose maudicte. Faulcette, etc. RONDEL. Parlant ouvertement Des faiz du Dieu d'amours, N'a il d'estranges tours En son commandement? Ouil, certainement, Qui dira le rebours? Parlant, etc. Des faiz, etc. S'on faisoit loyaument Enqueste par les cours, On orroit tous les jours Qu'on s'en plaint grandement. Parlant, etc. RONDEL. Il fauldroit faire l'arquemie, Qui vouldroit forgier faulceté Tant qu'elle devint loyaulté, Quant en malice est endurcie. C'est rompre sa teste en folie, Et temps perdre en oysiveté. Il fauldroit, etc. Qui vouldroit, etc. Plus avant qu'on y estudie, Et moins y congnoist on seurté, Car de faire de mal, bonté, L'un à l'autre trop contrarie. Il fauldroit, etc. RONDEL. Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; Pour ce, parler de beaulté n'oseroye, Pour le present, comme j'ay fait jadiz. Par cueur retiens ce que j'en ay apris, Car plus ne scay lire ou livre de joye, Tant sont, etc. En nonchaloir, etc. Chascun diroit qu'entre les rassotiz, Comme aveugle des couleurs jugeroye, Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye! Plaisans regars n'ont plus en moy logis. Tant sont, etc. RONDEL. En changeant mes appetiz, Je suis tout saoul de blanc pain, Et de menger meurs de fain D'un fres et nouveau pain bis. A mon gré, ce pain faitis, C'est ung morceau souverain. En changeant, etc. Je suis tout, etc. S'il en fust à mon devis, Plus tost anuyt que demain J'en eusse mon vouloir plain, Car grant desir m'en est pris. En changeant, etc. RONDEL. (Maistre Jehan Caillau) Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; Pour ce, parler de beaulté n'oseroye Pour le present, comme j'ay fait jadiz; Joye et soulaz ne sont plus mes amis, Chose ne voy de quoy je me resjoye, Tant sont, etc. En nonchaloir, etc. Je suis mouillé, et retrait, et remis, Morne et pensif, trop plus que ne souloye, J'y voy trouble, car es yeulx ay la taye, Et n'y congnois le blanc d'avec le bis, Tant sont, etc. RONDEL. (Fredet.) Pour mectre à fin la grant doleur Que par trop amer je reçoy, Secourez moy; Las! ou autrement, sur ma foy, Mes jours n'auront pas grant longueur. Car si tres tourmenté je suis, De tant d'ennuys Qui sans cesser me courent seure, Que je n'ays bons jours, bonnes nuys; Et si ne puis Trouver, fors vous, qui me sequeure. Aidez à vostre serviteur, Qui est mieulx pris que par le doy, Ou mort me voy, Se ne montrez brief, savez quoy? Que vous ayez mon fait à cueur. Pour mectre, etc. RONDEL. Helas! me tuerez vous? Pour Dieu retraiez cest ueil Qui d'un amoureux acueil M'occit, se ne suis rescous. Je tiens vostre cueur si doulx, Que me rens tout à son vueil. Helas! etc. Pour Dieu, etc. De quoy vous peut mon courrous Valoir? ne servir mon dueil? Quant humblement, sans orgueil, Je requier mercy à tous. Helas, etc. RONDEL. (Responce d'Orleans à Fredet.) Pour mectre à fin vostre doleur, Où pour le present je vous voy, Descouvrez moy Tout vostre fait, car, sur ma foy, Je vous secourray de bon cueur; Plus avant offrir ne vous puis, Fors que je suis Prest de vous aider à toute heure, A vous bouter hors des ennuys Que, jours et nuys, Dictes qu'avec vous font demeure. Quant vous tenez mon serviteur, Et vostre doleur apparcoy, Montrer au doy On me devroit, se tenir quoy Vouloye, comme faint seigneur. Pour mectre, etc. RONDEL. Ung cueur, ung vueil, une plaisance, Ung desir, ung consentement, Ung reconfort, ung pensement, Fermez en loyalle fiance, Dieu que bonne en est l'accointance! Tenir la doit on chierement. Ung cueur, etc. Ung desir, etc. Contre Dangier et sa puissance. Qui les het trop mortelement, Gardons les bien et saigement; N'est ce toute nostre chevance? Ung cueur, etc. RONDEL. Pour ce que plaisance est morte, Ce May suis vestu de noir, C'est grant pitié de veoir Mon cueur, qui s'en desconforte. Je m'abille de la sorte Que doy, pour faire devoir. Pour ce que, etc. Ce May, etc. Le temps ces nouvelles porte, Qui ne veult deduit avoir, Mais par force de plouvoir, Fait des champs clorre la porte. Pour ce que, etc. RONDEL. Cueur, à qui prendrez vous conseil? A nul ne povez descouvrir Le tres angoisseux desplaisir Qui vous tient en paine et traveil. Je tiens qu'il n'a soubz le souleil, De vous plus parfait vray martire. Cueur, a qui, etc. A nul, etc. Au moins faictes vostre apareil De bien vous faire ensevellir, Ce n'est que mort d'ainsi languir, En tel martire nompareil. Cueur, à qui, etc. RONDEL. A Dieu! qu'il m'anuye, Helas! qu'est ce cy? Demourray ainsi En merencolie? Qui que chante, ou rie, J'ay tousjours soussy. A Dieu, etc. Helas! qu'est ce, etc. Penser me guerrie, Et fortune aussi, Tellement, et si Fort que hé ma vie. A Dieu, etc. RONDEL. Dedens mon livre de pensée, J'ay trouvé escripvant mon cueur, La vraye histoire de doleur, De lermes toute enluminée; En deffassent la tres amée Ymage de plaisant doulceur. Dedens mon, etc. J'ay trouvé, etc. Helas! où l'a mon cueur trouvée? Les grosses goutes de sueur Lui saillent, de peine et labeur Qu'il y prent, et nuit, et journée. Dedens, etc. RONDEL. Ci pris, ci mis, Trop fort me lie Merencolie, De pis en pis, Quant me tient pris En sa baillie. Ci pris, etc. Trop fort, etc. Se hors soussis Je ne m'alie A chiere lie, Vivant languis. Ci pris, etc. RONDEL. En regardant ces belles fleurs Que le temps nouveau d'amours prie, Chascune d'elle s'ajolie, Et farde de plaisans couleurs; Tant embasmées sont de odeurs Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie. En regardant, etc. Que le temps, etc. Les oyseaulx deviennent danseurs Dessus mainte branche fleurie, Et font joyeuse chanterie, De contres, des chans et teneurs. En regardant, etc. RONDEL. Et de cela, quoy? Se soussy m'assault, A mon cueur n'en chault, N'aussi peu à moy; Comme j'appercoy, Courroux riens n'y vault. Et de cela, etc. Se soussy, etc. Par luy je reçoy Souvent froit et chault, Puisqu'estre ainsi fault, Remede n'y voy. Et de cela, etc. RONDEL. Oncques feu ne fut sans fumée, Ne doloreux cueurs sans pensée, Ne reconfort sans esperance, Ne joyeulx regart sans plaisance, Ne beau soleil qu'apres nuée. J'ay tost ma sentence donnée, De plus sachant soit amendée, J'en dy selon ma congnoissance. Oncques feu, etc. Ne doloreux, etc. Esbatement n'est sans risée, Souspir sans chose regretée, Souhait sans ardant desirance, Doubte sans muer contenance, C'est chose de vray esprouvée. Oncques feu, etc. RONDEL. Et de cela, quoy? En ce temps nouveau, Soit ou laid, ou beau, Il m'en chault bien poy; Je demourray quoy En ma vieille peau. Et de cela, etc. Plusieurs, comme voy, Ont des pois au veau; Je mectray mon seau Qu'ainsi je le croy. Et de cela, etc. RONDEL. Chantez ce que vous pensez, Monstrant joyeuse maniere. Ne la vendez pas si chiere, Trop en vis la despensez. Or sus, tost vous avancez, Laissez coustume estrangiere. Chantez ce que, etc. Monstrant, etc. Tous noz menuz pourpensez Descouvrons, à lye chiere, L'un à l'autre, sans priere; J'acheveray, commencez. Chantez, etc. RONDEL. Le trouveray je jamais? Ung loyal cueur joint au mien, A qui je soye tout sien, Sans departir desormais. D'en deviser par souhais, Souvent m'y esbas, et bien. Le trouveray, etc. Ung loyal, etc. Autant vault se je m'en tais, Car certainement je tien Qu'il ne s'en fera ja rien; En toute chose a ung mais. Le trouveray, etc. RONDEL. Gens qui cuident estre si saiges Qu'ilz pensent plusieurs abestir, Si bien ne se sauront couvrir Qu'on n'aperçoive leurs couraiges; Payer leur fauldra les usaiges De leurs becz jaunes, sans faillir. Gens qui, etc. Qu'ilz pensent, etc. On scet par anciens ouvraiges, Dequel mestier scevent servir; Melusine n'en peut mentir, Elle les cognoist aux visaiges. Gens qui, etc. RONDEL. Il me pleust bien, Se tour il a, Quan me monstra Que estoit tout mien; Par son maintien Tost me gaigna. Il me, etc. Se tour, etc. Sans dire rien, Mon cueur pensa, Et ordonna, Qu'il seroit sien. Il me, etc. RONDEL. Quant j'ay ouy le tabourin Sonner, pour s'en aler au May, En mon lit fait n'en ay effray, Ne levé mon chief du coissin; En disant: il est trop matin, Ung peu je me rendormiray. Quant j'ay, etc. Sonner, pour, etc. Jeunes gens partent leur butin, De nonchaloir m'accointeray, A lui je m'abutineray, Trouvé l'ay plus prouchain voisin. Quant j'ay, etc. RONDEL. En mon cueur cheoit, Et là devinoye, Comme je pensoye, Qu'ainsi m'avendroit. Fol tant qu'il reçoit, Ne croit rien qu'il voye. En mon, etc. Et là, etc. Sotye seroit, Se plus y musoye; Ma teste romperoye, Soit ou tort, ou droit. En mon, etc. RONDEL. Le premier jour du mois de May, De tanne et de vert perdu, Las! j'ay trouvé mon cueur vestu, Dieu scet en quel piteux array! Tantost demandé je lui ay, Dont estoit cest habit venu? Le premier, etc. De tanne, etc. Il m'a respondu, bien le scay, Mais par ma foy ne sera cogneu; Desplaisance m'en a pourveu, Sa livrée je porteray. Le premier, etc. RONDEL. Le monde est ennuyé de moy, Et moy pareillement de lui; Je ne congnois rien aujourdui Dont il me chaille que bien poy. Dont quanque devant mes yeulx voy, Puis nommer anuy sur anuy. Le monde, etc. Et moy, etc. Chierement se vent bonne foy, A bon marché n'en a nulluy; Et pour ce, se je suis cellui Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy. Le monde, etc. RONDEL. De riens ne sert à cueur en desplaisance, Chanter, dancer, n'aucun esbatement, Il lui souffit de povoir seulement Tousjours penser en sa male meschance; Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance, Et desir n'est à son commandement. De riens ne sert, etc. Chanter, dancer, etc. S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance; S'il peut, à part se met le plus souvent. Afin qu'à nul ne tiengne parlement; Pour le guerir ja mire ne s'avance. De riens ne sert, etc. RONDEL. Vous y fiez vous? En mondain espoir, S'il scet decevoir, Demander à tous. Son actrait est doulx, Pour gens mieulx avoir. Vous y, etc. En mondain, etc. De joye, ou courroux, Soing, ou nonchaloir, Veult, à son vouloir, Tenir les deux boux. Vous y, etc. RONDEL. Fiez vous y, A qui? En quoy? Comme je voy, Riens n'est sans sy; Ce monde cy A sy Pou foy. Fiez, etc. A, etc. Plus je n'en dy, N'escry, Pourquoy? Chascun j'en croy; S'il est ainsy, Fiez, etc. RONDEL. Vengence de mes yeulx Puisse mon cueur avoir, Ilz lui font recevoir Trop de maulx en mains lieux. Amours, le Roy des Dieux, Faictes vostre devoir. Vengence, etc, Puisse mon, etc. Se jamais plus sont tieulx, Encontre mon vouloir, Sur eulx, et main, et soir, Crieray jusques aux cieulx. Vengence, etc. RONDEL. De legier pleure à qui la lippe pent; Ne demandez jamais comment lui va, Laissez l'en paix, il se confortera, Ou en son fait mectra appoinctement. A son umbre se combactra souvent, Et puis son frein rungier lui convendra. De legier, etc. Ne demandez, etc. S'en parle à lui, il en est mal content; Cheminée, au derrain trouvera, Par où passer sa fumée pourra; Ainsi avient le plus communement. De legier, etc. RONDEL. Espoir ne me fist oncques bien, Souvent me ment pour me complaire, Et assez promet sans riens faire, Dont à lui peu tenu me tien; En ses ditz ne me fie en rien, Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire. Espoir ne, etc. Souvent me, etc. Quant reconfort requerir lui vien, Et cuide qu'il le doye faire, Tousjours me respont au contraire, Et me hare reffus son chien. Espoir ne, etc. RONDEL. Dont viens tu maintenant, souspir, Aportes tu nulles nouvelles? Dieu doint qu'ilz puissent estre telles Que voulentiers les doye ouir. S'ilz viennent de devers Desir, Ilz ne sont que bonnes et belles. Dont viens, etc. Aportes tu, etc. Mais s'ilz sourdent de Desplaisir, J'ayme mieulx que tu les me celes, Assez et trop j'en ay de telles; Ne dy riens que pour m'esjouir. Dont viens, etc. RONDEL. C'est par vous seulement, Fiance, Qu'ainsi je me trouve deceu; Car, se par avant l'eusse sceu, Bien y eusse mis pourveance. Au fort, quant je suis en la dance, Puisqu'il est trait, il sera beu. C'est par vous, etc. Qu'ainsi je, etc. Je doy bien hair l'acointance Du premier jour que vous ay veu, Car prins m'avez au despourveu; Nul n'est trahy qu'en esperance. C'est par, etc. RONDEL. Ou pis, ou mieulx, Mon cueur aura, Plus ne sera En soussy tieulx; Par Dieu, des cieulx Chemin prendra. Ou pis, etc. Mon cueur, etc. En aucuns lieux, Fortune, or ca, On vous verra Plus cler aux yeulx. Ou pis, etc. RONDEL. Par vous, regart, sergent d'amours, Sont arrestés les povres cueurs, Souvent en plaisirs et doulceurs, Et mainteffoiz tout au rebours; Devant les amoureuses cours, Les officiers et gouverneurs. Par vous, etc. Sont arrestés, etc. Et adjournez à trop briefz jours, Pour leur porter plus de rigueurs, Comme subgiez et serviteurs, Endurent mains estranges tours. Par vous, etc. RONDEL. S'en mes mains une foiz vous tiens, Pas ne m'eschapperez, Plaisance, Ja Fortune n'aura puissance Que n'aye ma part de voz biens; En despit de Dueil et des siens, Qui me tourmentent de penance. S'en mes, etc. Pas ne, etc. Doy je tousjours, sans avoir riens, Languir en ma dure grevance? Nennil, promis m'a Esperance Que serez de tous poins des miens. S'en mes, etc. RONDEL. Payés selon vostre deserte Puissiez vous estre! faulx trompeurs, Au derrenier des cabuseurs Sera la malice deserte. D'entre deux meures, une verte Vous fault servir, pour voz labeurs. Payés selon, etc. Puissiez vous, etc. Vostre besongne est trop ouverte, Ce n'est pas jeu d'entrejecteurs; Aux esches s'estes bons joueurs, Gardez l'eschec à descouverte. Payés selon, etc. RONDEL. Plus penser que dire, Me convient souvent, Sans monstrer comment, N'a quoy, mon cueur tire; Faignant de soubzrire, Quant suis tres dolent. Plus penser, etc. Me convient, etc. En toussant, souspire Pour secretement Musser mon tourment, C'est privé martire. Plus penser, etc. RONDEL. Mort de moy! vous y jouez vous Avec Dame Merencolie? Mon cueur, vous faictes grant folye, C'est la nourrisse de courroux. Ung baston qui point à deux boutz, Porte, dont elle s'escremye. Mort de moy, etc. Avec Dame, etc. Je tiens saiges toutes et tous, Qui eslongnent sa compaignie; Saint Jehan, je ne m'y mectray mie, Que je m'y boutasse à quans coups. Mort de moy, etc. RONDEL. Je ne suis pas de ses gens là, A qui Fortune plaist et rit, De reconfort trop m'escondit, Veu que tant de mal donné m'a. S'on demande comment me va? Il est ainsi comme j'ay dit. Je ne suis, etc. A qui, etc. Quant je dy que bon temps vendra, Mon cueur me respont par despit: Voire, s'Espoir ne vous mentit, Plusieurs decoit et decevra. Je ne suis, etc. RONDEL. Allez, allez, vieille nourrice De courroux et de malle vie Rassotée Merencolie, Vous n'avez que dueil et malice; Desormaiz plus n'aurez office Avec mon cueur, je vous regnye. Allez, allez, etc. De courroux, etc. Pour vous n'y a point lieu propice, Confort l'a prins, n'en doubtez mie, Fuyez hors de la compaignie; D'Espoir fais nouvel edifice. Allez, allez, etc. RONDEL. Remede comment Pourray je querir? Du mal qu'à souffrir J'ay trop longuement. Qu'en dit loyaument Conseil? sans mentir. Remede, etc. Pourray je, etc. Pour abregement, Guerir, ou mourir; Plus ne puis fournir, Se sens ne m'aprent. Remede, etc. RONDEL. Vous ne tenez compte de moy, Beau Sire, mais qui estes vous? Voulez vous estre seul sur tous, Et qu'on vous laisse tenir quoy? Merencolie suiz, et doy En tous faiz, tenir l'un des bouts. Vous ne tenez, etc. Beau Sire, etc. Se je vous pinsse par le doy, Ne me chault de vostre courroux; On verra se serez rescous Des mains, par qui, et pourquoy? Vous ne tenez, etc. RONDEL. Quant je voy ce que ne vueil mie. Et n'ay ce dont suis desirant, Pensant ce qui m'est desplaisant, Est ce merveille s'il m'anuye? Nennil, force est que me soussie De mon cueur qui est languissant. Quant je voy, etc. Et n'ay, etc. En douleur et merencolie Suis, nuit et jour, estudiant; Lors je me boute trop avant En une haulte theologie. Quant je voy, etc. RONDEL. Ainsi que chassoye aux sangliers, Mon cueur chassoit apres Dangiers En la forest de ma pensée, Dont rencontra grant assemblée Trespassans par divers sentiers; Deux ou trois saillirent premiers, Comme fors, orgueilleux et fiers; N'estoit ce pas chose esfroyée? Ainsi que, etc. Mon cueur, etc. En la forest, etc. Lors mon cueur lascha sus levriers, Lesquels sont nommés Desiriers; Puis Esperance l'asseurée, L'espieu ou poing, sainte l'espée, Vint pour combatre voulentiers. Ainsi que, etc. RONDEL. Sot euil, reporteur de nouvelles, Où vas tu? et ne sces pourquoy, Ne sans prandre congié de moy En la compaignie des belles, Tu es trop tost accointé d'elles; Il te vaulsist mieulx tenir quoy. Sot euil, etc. Où vas tu, etc. Se ne changes manieres telles, Par raison, ainsi que je doy, Chastier te vueil, sur ma foy; Contre toy j'ay assez querelles. Sot euil, etc. RONDEL. Mort de moy! vous y jouez vous? En quoy? es faiz de tromperie; Ce n'est que coustume jolie Dont ung peu ont toutes et tous; Renverser s'en dessuz dessoubz, Est ce bien fait? je vous en prie. Mort de moy, etc. En quoy, etc. Laissez moy taster vostre pouls, Vous tient point celle maladie? Parlez bas, qu'on ne l'oye mie, Il semble que criez aux loups. Mort de moy, etc. RONDEL. Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir? M'apporte il point quelque bonne nouvelle? Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle Ce que lui vueil de mon fait enquerir. Suis je jugié de vivre, ou de mourir? Soustendra ja Loyaulté ma querelle? Est ce vers moy, etc. M'apporte il, etc. Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir S'auray confort de ma paine cruelle, Pire ne peut estre se non mortelle, Dictes se riens y a pour m'esjouir? Est ce vers moy, etc. RONDEL. M'apellez vous cela jeu? D'estre tousjours en ennuy; Certes, je ne voy nulluy Qui n'en ait plus trop que peu. Nul ne desnoue ce neu, S'il n'a de Fortune apuy. M'apellez, etc. D'estre, etc. On s'art qui est pres du feu; Et pour ce, je suis cellui Qui à mon povoir le sui, Quant je n'y congnois mon preu. M'apellez vous, etc. RONDEL. Alons nous esbatre, Mon cueur, vous et moy, Laissons, à part soy, Soussy se combatre; Tousjours veult desbatre, Et jamais n'est quoy. Alons nous, etc. Mon cueur, etc. On vous devroit batre, Et monstrer au doy, Se, dessoubz sa loy, Vous laissez abatre. Allons nous, etc. RONDEL. Aussi bien laides que belles Contrefont les dangereuses, Et souvent les precieuses, Ilz ont les manieres telles; Pareillement les pucelles Deviennent tantost honteuses Aussi bien, etc. Contrefont, etc. Les vieilles font les nouvelles, En parolles gracieuses Et accointances joyeuses, C'est la condicion d'elles. Aussi bien, etc. RONDEL. Je vous arreste, de main mise, Mes yeulx, emprisonnés serez, Plus mon cueur ne gouvernerez, Desormais je vous en avise; Trop avez fait à vostre guise, Par ma foy, plus ne le ferez. Je vous arreste, etc. Mes yeulx, etc. On peut bien pour vous corner prise, Prins estes, point n'eschapperez; Nul remede n'y trouverez, Rien n'y vault apel, ne franchise. Je vous arreste, etc. RONDEL. Qui a toutes ses hontes beues, Il ne lui chault que l'en lui die, Il laisse passer mocquerie Devant ses yeulx, comme les nues. S'on le hue parmy les rues, La teste hoche à chiere lie. Qui a toutes, etc. Il ne lui, etc. Truffes sont vers lui bien venues, Quant gens rient, il faut qu'il rie; Rougir on ne le feroit mie, Contenances n'a point perdues. Qui a toutes, etc. RONDEL. En mes pais, quant me trouve à repos, Je m'esbays, et n'y scay contenance, Car j'ay apris travail des mon enfance, Dont fortune m'a bien chargié le dos. Que voulez que vous die? à briefz mos, Ainsi m'est il, ce vient d'acoustumarice. En mes pais, etc. Je m'esbays, etc. Tout à part moy, en mon penser m'enclos, Et fais chasteaulx en Espaigne et en France; Oultre les monts, forge mainte ordonnance, Chascun jour, j'ay plus de mille propos. En mes pais, etc. RONDEL. Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui menguent poisson, Vous qui jeusnez par grant devocion, Ce vendredi ne povez faire mieulx. Se vous voulez de Deesses, ou Dieux, Avoir confort, ou consolacion, Repaissez vous, etc. Avec dames, etc. Lire vous voy faiz merencolieux De Troilus, plains de compassion; D'Amour martir fut en sa nascion, Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx. Repaissez vous, etc. RONDEL. Alez vous en, alez, alez, Soussy, Soing et Merencolie, Me cuidez vous toute ma vie Gouverner, comme fait avez? Je vous promet que non ferez, Raison aura sur vous maistrie. Alez vous en, etc, Soussy, Soing, etc. Se jamais plus vous retournez Avecques vostre compaignie, Je pri à Dieu qu'il vous maudie, Et ce par qui vous revendrez. Alez vous en, etc. RONDEL. Hau guecte mon ueil, et puis quoi? Voyez vous riens? ouil, assez; Qu'est ce cela que vous savez? Cler, le vous puis monstrer au doy. Regardez plus avant un poy, Vos regars ne soient lassez. Hau guecte, etc. Voyez vous, etc. Acquicté me suis, comme doy, Il a ja plusieurs ans passez, Sans avoir mes gaiges cassez, Bien avez servi, sur ma foy. Hau guecte, etc. RONDEL. Se vous voulez que tout vostre deviengne, En me monstrant quelque joyeux semblant, Dictes ce mot: Je vous tiens mon servant, Servez si bien que contente m'en tiengne. Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne, Tres loyaument, desoresenavant. Se vous voulez, etc. En me monstrant, etc. Sans que mercy, ne grace me soustiengne, S'en loyaulté je faulx, ne tant ne quant, Punissez moy tout à vostre talant; Et se bien sers, pour Dieu, vous en souviengne. Se vous voulez, etc. RONDEL. Que nous en faisons De telles manieres, Et doulces, et fieres, Selon les saisons; En champs, ou maisons, Par bois et rivieres, Que nous, etc. De telles, etc. Ung temps nous taisons, Tenans assez chieres, Nos joyeuses chieres, Puis nous rapaisons. Que nous, etc. RONDEL. A l'autre huis, Souvent m'envoye Esperance, Et me tanse, Quant en tristesse je suis. Jours et nuys, Cellui demande alegance. A l'autre, etc. Souvent, etc. Oncques puis Que failli ma desirance, De plaisance Mon cueur et moy, sommes vuys. A l'autre, etc. RONDEL. Vendez autre part vostre dueil, Quant est à moy, je n'en ay cure; A grant marché, oultre mesure, J'en ay assez contre mon vueil. Ja n'entrera dedans le sueil De mon Penser, je vous le jure. Vendez, etc. Quant est, etc. Desconforté, la lerme à l'ueil, Ailleurs quiere son avanture, Plus ne vous mene vie dure, Puisque mal vous fait son accueil. Vendez, etc. RONDEL. Comme j'oy que chascun devise; On n'est pas tousjours à sa guise, Beau chanter si ennuye bien, Jeu qui trop dure, ne vault rien; Tant va le pot à l'eaue qui brise. Il convient que trop parler nuyse, Se dit on, et trop grater cuise; Riens ne demeure en ung maintien. Comme j'oy, etc. On n'est pas, etc. Beau chanter, etc. Apres chault temps, vient vent de bise, Apres hucques, robbes de frise, Le monde de passé revien, A son vouloir joue du sien, Tant entre gens laiz que d'Eglise. Comme j'oy, etc. RONDEL. Clermondois. Qui veult achater de mon dueil? D'en avoir trop, las! je me vante, Car ma povre vie dolante N'en peut plus, non fait pas mon vueil. Partout où je voys, mon recueil Est si piteux, et mon actente. Qui veult, etc. D'en avoir, etc. Que j'aye ung petit bon accueil Au commancement de ma vante, Et puis apres, se jamais hante. Amours, qu'on me creve cest ueil. Qui veult, etc. RONDEL. Ad ce premier jour de l'année, De cueur, de corps et quanque j'ay, Priveement estreneray; Ce qui me gist en ma pensée, C'est chose que tondray cellée, Et que point ne descouvreray. Ad ce premier, etc. De cueur, etc. Avant que soit toute passée L'année, je l'aproucheray, Et puis à loisir conteray L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée. Ad ce premier, etc. RONDEL DOUBLE. Que voulez vous que plus vous die? Jeunes assotez amoureux, Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx Qui ont eu vostre maladie; Prenez exemple, je vous prie, A moy qui m'en complains et deulx. Que voulez, etc. Et pour ce, de vostre partie, Se voulez croire mes conseulx, D'abregier, conseillier vous veulx, Voz faiz, en sens, ou en folie. Que voulez vous, etc. Plusieurs y trouvent chiere lye Mainteffoiz, et plaisans acueulx. Que voulez vous, etc. Mais au derrain, Merencolie De ses huis fait passer les seulx, En deuil et soussy, Dieu scet quieulx; Lors ne chault de mort, ou de vie. Que voulez vous, etc. RONDEL. Mais que vostre cueur soit mien, Ne doit le mien estre vostre? Ouil, certes, plus que sien. Que vous en semble? dy je bien? Vray comme la Patenostre. Mais que vostre, etc. Content et joyeulx m'en tien, Foy que doy saint Pol l'Apostre, Je ne désire autre rien. Mais que vostre, etc. RONDEL. A ce jour de saint Valentin, Que prendray je? per, ou non per; D'Amours ne quiers riens demander, Pieca, j'eus ma part du butin; Veu que plus resveille matin Ne vueil avoir, mais reposer. A ce jour, etc. Que prendray, etc. Jeunes gens voisent au hutin Leurs sens, ou folie esprouver; Vieux suis pour à l'escolle aller, J'entens assez bien mon latin. A ce jour, etc. RONDEL. Pour Dieu! boutons la hors, Ceste Merencolie, Qui si fort nous guerrie, Et fait tant de grans tors. Monstrons nous les plus fors, Mon cueur, je vous en prie. Pour Dieu, etc. Ceste, etc Trop lui avons amors D'estre en sa compaignie, Ne nous amuserons mie A croire ses rappors. Pour Dieu, etc. RONDEL. Contre le trait de faulceté, Convient harnois de bonne espreuve, Artillerie forgé neufve, Chascun jour, en soutiveté. A! Jhesus, benedicite, Nul n'est qui seulement se trouve Contre le, etc. Convient, etc. Au derrain fera Loyaulté, Faulceté de son penser, veufve; Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve, Monstrant sa puissance et bonté. Contre le, etc. RONDEL. Acquictez vostre conscience, Et gardez aussi vostre honneur, Ne laissez mourir en douleur Ce qui avoir vostre aide pense; Puisque avez le povoir en ce De l'aider, par grace et doulceur. Acquictez vostre, etc. Et gardez, etc. On criera sur vous vengence, Se souffrez murdrir en rigueur, Ainsi à tort, ung povre cueur; Assez a porté pascience. Acquictez vostre, etc. RONDEL. On ne peut servir en deux lieux, Choisir convient ou ca, ou là; Au festu tire qui pourra, Pour prendre le pis, ou le mieulx. Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx, Parle qui parler en vouldra. On ne peut, etc. Choisir, etc. Les faiz de ce monde sont tieulx: Qui bien fera, bien trouvera; Chascun son paiement aura, Tesmoing les Deesses et Dieux. On ne peut, etc. RONDEL. Le truchement de ma pensée, Qui est venu devers mon cueur, De par Reconfort, son seigneur, Lui a une lectre apportée; Puis a sa creance contée, En langaige plein de doulceur. Le truchement, etc. Qui est venu, etc. Response ne lui est donnée, Pour le present, c'est le meilleur; Il aura, par conseil greigneur, Son ambaxade despeschée. Le truchement, etc. RONDEL. Quant tu es courcé d'autres choses, Cueur, mieulx te vault en paix laisser, Car s'on te vient araisonner, Tost y trouves d'estranges gloses. De ton desplaisir monstrer n'oses A aucun, pour te conforter. Quant tu es, etc. Cueur, mieulx, etc. De tes levres les portes closes, Penses de saigement garder; Que dehors n'eschappe parler Qui descouvre le pot aux roses. Quant tu es, etc. RONDEL. Le truchement de ma pensée, Qui parle maint divers langaige, M'a rapporté chose sauvaige Que je n'ay point acoustumée. En francoys la m'a translatée, Comme tres souffisant et saige. Le truchement, etc. Qui parle, etc. Quant mon cueur l'a bien escoutée, Il lui a dit: Vous faictes raige, Oncques mais n'ouy tel messaige, Venez vous d'estrange contrée? Le truchement, etc. RONDEL. J'ayme qui m'ayme, autrement non; Et non pourtant je ne hay rien, Mais vouldroye que tout feust bien, A l'ordonnance de raison. Je parle trop, las! se faiz mon; Au fort, en ce propos me tien. J'aime qui, etc. Et non pourtant, etc. De pensées son chapperon A brodé le povre cueur mien, Tout droit de devers lui je vien, Et m'a baillé ceste chancon. J'aime, etc. RONDEL. Comme le subgiet de Fortune, Que j'ay esté en ma jeunesse, Encores le suis en vieillesse; Vers moy la trouve tousjour une. Je suis ung de ceulx, soubz la lune, Qu'elle plus à son vouloir dresse. Comme le, etc. Que j'ay, etc. Ce ne m'est que chose commune, Obeir fault à ma maistresse; Sans machier, soit joye ou tristesse, Avaler me fault ceste prune. Comme le, etc. RONDEL. Ce qui m'entre par une oreille, Par l'autre sault comme est venu, Quant d'y penser n'y suis tenu, Ainsi Raison le me conseille. Se j'oy dire, vecy merveille, L'ung est long, l'autre court vestu. Ce qui m'entre, etc. Par l'autre, etc. Mais paine pert, et se traveille, Qui devant moy trayne ung festu; Comme ung chat, suis vieil et chenu, Legierement pas ne m'esveille. Ce qui m'entre, etc. RONDEL. (Le conte de Clermont.) Le truchement de ma pensée, Qui de longtemps est commencée, Va devers vous, pour exposer Ce que de bouche proposer N'oze, craignant d'estre tancée. Combien que chose n'a pensée, Dont deust estre desavancée, Comme au long vous pourra gloser. Le truchement, etc. Qui de long, etc. Va devers, etc. Si soit par vous recompensée, Et selon son cas avancée, Pour mieulx se povoir disposer; Car plus ne pourra reposer, Jusques sa joye ait prononcée. Le truchement, etc. RONDEL. Quelque chose derriere, Convient tousjours garder, On ne peut pas monstrer Sa voulenté entiere. Quant on est en frontiere De dangereux parler, Quelque chose, etc. Convient, etc. Se pensée legiere Veult motz trop despenser, Raison doit espargnier. Comme la tresoriere, Quelque chose, etc. RONDEL. (Le conte de Clermont.) De bien ou mal, le bien faire l'emporte, N'est il pas vray? ainsi que dit chascun; Helas, ouy, car je n'en voy pas ung Qui à la fin d'un jeu ne se deporte. Je vous diray, quant la personne est morte, Et a bien fait, il n'a esté commun. De bien ou mal, etc. N'est il pas vray, etc. Faisons le donc, nous trouverons la porte De Paradis, où il n'entre nes ung, Que peu ne soit, s'il n'est trop importun De prier Dieu, et à vous m'en rapporte. De bien ou mal, etc. RONDEL. Que cuidez vous qu'on verra, Avant que passe l'année? Mainte chose demenée Estrangement, ca et là. Veu que des cy, et des ja, Court merveilleuse brouée. Que cuidez vous, etc. Avant que, etc. Viengne que advenir pourra? Chascun a sa destinée, Soit que desplaise, ou agrée; Quant nouveau monde vendra, Que cuidez vous, etc. RONDEL. (Orléans.) Quant oyez prescher le regnart, Pensez de voz oyes garder, Sans à son parler regarder, Car souvent scet servir de l'art; Contrefaisant le papelart, Qui scet ses parolles farder. Quant oyez, etc. Pensez de voz, etc. Les faiz de Dieu je mets à part, Ne je ne les vueil retarder, Ne contre le monde darder, Chascun garde son estandart. Quant oyez, etc. RONDEL. pour Estampes. Je suis mieulx pris que par le doy, Et fort enserré d'un anneau; S'a fait ung visaige si beau, Qui m'a tout conquesté à soy. Je rougis, et bien l'apercoy, Ainsi qu'un amoureux nouveau. Je suis, etc. Et fort, etc. Et d'amourectes, par ma foy, J'ay assemblé ung grant fardeau, Qu'ay mussées soubz mon chapeau; Pour Dieu! ne vous mocquez de moy. Je suis, etc RONDEL. (Maistre Jehan Caillau.) Las! le faut il? est ce ton vueil? Fortune, dont me plains et dueil, Que tout mon temps en doleur passe, Souffre que j'aye quelque espasse De repos, entre tant de dueil. N'auray je de toy autre accueil? Fors desdaing, reprouche et orgueil, Veux tu qu'en ce point je trespasse? Las! le fault, etc. Fortune, etc. Que tout, etc. Je ris de bouche, et pleure d'ueil, Et fais, et dy ce que ne vueil; Ainsi ma vie se compasse, Maleureuse, chetive et lasse, En paine et maulx dont trop recueil. Las! le fault, etc. RONDEL. Marche nul autrement Avecques vous, beaulté, Se de vous Loyaulté N'a le gouvernement. Puisque mes jours despens A vous vouloir amer, Et apres m'en repens, Qui en doist on blasmer? Riens, fors vous seulement, A qui tiens feaulté, Quant monstrez cruaulté, Veu qu'Amour le deffent. Marché nul, etc. RONDEL. (Orléans.) Las! le faut il? est ce ton vueil? Fortune, qu'aye douleur mainte, Del'ueil me soubzris, mais c'est fainte, Et soubz decepte, doulx accueil. Ay je tort? quant recoy tel dueil, S'ainsi je dy en ma complainte: Las! le fault, etc. Fortune, etc. Tue moy, puis en mon sercueil Me boute, c'est chose contrainte; Lors n'y aura Dieu, saint, ne sainte, Qui n'appercoive ton orgueil. Las! le fault, etc. RONDEL. As tu ce jour ma mort jurée? Soussy, je te pry, tien te quoy, Car à tort ma douleur, par toy, Est trop souvent renouvellée; A belle enseigne desployée, Me court sus, et ne scay pourquoy? As tu ce jour, etc. Soussy, etc. La guerre sera tost finée, Se tu veulx, de toy et de moy, Car je me rens, or me recoy; Hola! paix, puisqu'elle est criée. As tu ce jour, etc. RONDEL. Ne fais je bien ma besoingne? Quant mon fait cuide avancer, Je suis à recommancer, Et ne scay comment m'esloingne. Fortune tousjours me groingne, Et ne fait riens que tanser. Ne fais je, etc. Quant mon, etc. Certes tant je la ressoingne, Car mon temps fait despenser Trop, en ennuyeux penser, Dont en roingeant mon frain, froingne. Ne fais je bien, etc. RONDEL. Quant commenceray à voler, Et sur elles me sentiray, En si grant aise je seray Que j'ay double de m'essorer. Beau crier aura le levrier, Chemin de plaisant vent tendray. Quant je, etc. Et sur elles, etc. La mue m'a fallu garder Par longtemps, plus ne le feray, Puisque doulx temps et cler verray; On le me devra pardonner. Quant je, etc. RONDEL. Je ne hanis pour autre avoine, Que de m'en retourner à Blois; Trouvé me suis pour une fois Assez longuement en Touraine. J'ay galé, à largesse plaine, Mes grans poissons, et vins des Grois. Je ne, etc. Que de, etc. A la court plus ne prendray paine, Pour generaux et millenois, Confesser à present m'en vois, Contre la peneuse sepmaine. Je ne, etc. RONDEL. Je congnois assez telz desbas Que l'ueil et le cueur ont entre eulx; L'un dit: Nous serons amoureux, L'autre dit: Je ne le vueil pas. Raison s'en rit, disant tout bas: Escoutez moy ces maleureux. Je congnois, etc. Que l'ueil, etc. Lors m'en vois plustost que le pas, Et les tanse si bien tous deux, Que je les laisse tres honteux; Mainteffoiz ainsi me combas. Je congnois, etc. RONDEL. Que pense je? dictes le moy, Adevinez, je vous en prie, Autrement ne le saurez mie; Il y a bien raison pourquoy. A parler à la bonne foy, Je vous en fais juge et partie. Que pense, etc. Adevinez, etc. Vous ne saurez, comme je croy, Car heure ne suis, ne demye, Qu'en diverse merencolie; Devisez, je me tairay, quoy? Que pense, etc. RONDEL. Cueur, que fais tu? revenge toy De Soussy et Merencolie; C'est deshonneur et villenie, De laschement se tenir coy. Je tarderay, quant est à moy, Voulentiers; or ne te fains mie. Cueur, etc. De Soussy, etc. N'espergne riens, scez tu pourquoy? Pour ce, qu'abrégeras ta vie, Se les tiens en ta compaignie; Desconfiz les, et prens leur foy. Cueur, etc. RONDEL. Plaindre ne s'en doit loyal cueur, S'Amours a servy longuement, Recevant des biens largement, Et pareillement de douleur. N'est ce raison que le Seigneur Ait tout à son commandement? Plaindre, etc. S'Amours, etc. Ne plus a desservi Doulceur Que ne trouve à son jugement, En gré prengne pour payement Moins de proufit et plus de honneur. Plaindre, etc. RONDEL. Par les portes des yeulx et des oreilles, Que chascun doit bien saigement garder, Plaisir mondain va et vient, sans cesser, Et raporte de diverses merveilles. Pour ce, mon cueur, s'a raison te conseilles. Ne le laisses point devers toy entrer. Par les portes, etc. Que chascun, etc. A celle fin que par lui ne t'esveilles, Veu qu'il te fault desormais reposer, Dy lui: Va t'en, sans jamais retourner, Ne revien plus, car en vain te traveilles. Par les portes, etc. RONDEL. En faictes vous doubte? Point ne le devez, Veu que vous savez Ma pensée toute; Quant mon cueur s'y boute, Et vostre l'avez. En faictes, etc. Point ne, etc. Dangier nous escoute, Sus, tost achevez, Ma foy recevez, Ja ne sera route. En faictes, etc. RONDEL. A qui les vent on? Ces gueines dorées, Sont ilz achectées De nouvel, ou non? Par prest, ou par don? En fait on livrées? A qui les, etc. Ces gueines, etc. Alant au pardon, Je les ay trouvées; De telles denrées, C'est petit guerdon. A qui les, etc. RONDEL. En faictes vous doubte? Que vostre ne soye, Se Dieu me doint joye Au cueur, si suis toute. Rien ne m'en deboute, Pour chose que j'oye. En faictes, etc. Que vostre, etc. Dangier et sa route S'en voisent leur voye, Sans que plus les voye, Tousjours il m'escoute. En faictes, etc. RONDEL. A qui vendez vous voz coquilles? Entre vous, amans pelerins, Vous cuidez bien, par voz engins, A tous pertuis trouver chevilles. Sont ce coups d'esteufs, ou de billes, Que ferez tesmoing voz voisins. A qui vendez, etc. Entre vous, etc. On congnoist tous voz tours d'estrilles, Et bien clerement voz latins; Troctez, reprenez voz patins, Et troussez voz sacs et voz quilles. A qui vendez, etc. RONDEL. Avez vous dit, laissez me dire, Amans qui devisez d'amours, Sainte Marie! que de jours J'ay despenduz en martire! Vous mocquez vous? je vous voy rire, Cuidez vous qu'il soit le rebours? Avez vous, etc. Amans, etc. Parler n'en puis que ne souspire, Raconter vous y scay cent tours Qu'on y a, sans joyeulx secours, S'au vray m'en voulez ouir lire. Avez vous dit, etc. RONDEL. Envoyez nous ung doulx regart Qui nous conduie jusqu'à Blois, Nous le vous rendrons quelque fois, Quoy que l'atente nous soit tart; Puisqu'en emportez l'estandart De la doulceur, que bien congnois. Envoyez nous, etc. Qui nous, etc. Et pry Dieu que toutes vous gart, Et vous doint bons jours, ans et mois, A voz desirs, vouloirs et chois, Acquictez vous de vostre part. Envoyez nous, etc. RONDEL. (Nevers.) En la forest de longue actente, Mainte personne bien joyeuse S'est trouvée moult doloreuse, Triste, marrie et bien dolente. D'y estre, nul ne s'en talente, La demeure est trop ennuyeuse. En la forest, etc. Mainte, etc. Chascun qui pourra, s'en abscente, Car l'entrée en est perilleuse, Et l'issue fort dangereuse; Pas de cent, ung ne se contente, En la forest, etc. RONDEL. Pour ce qu'on jouxte à la quintaine A Orleans, je tire à Blois; Je me sens foulé du harnois, Et veulx reprendre mon alaine; Raisonnable cause m'y maine, Excusé soye ceste foiz. Pour ce, etc. A Orleans, etc. Je vous promet que c'est grant paine, De tant faire baille lui bois; Eslongner quelque part du mois, Vault mieulx, pour avoir teste saine. Pour ce, etc. RONDEL. (Orléans.) En la forest de longue actente, Par vent de Fortune dolente. Tant y voy abatu de bois, Que, sur ma foy, je n'y congnois A present, ne voye, ne sente. Pieca, y pris joyeuse rente, Jeunesse la payoit contente, Or n'y ay qui vaille une nois. En la forest, etc, Par vent, etc. Tant y voy, etc. Vieillesse dit, qui me tourmente, Pour toy n'y a pesson, ne vente, Comme tu as eu autreffoiz; Passez sont tes jours, ans et mois, Souffize toy, et te contente. En la forest, etc. RONDEL. Des arrérages de Plaisance, Dont trop endebté m'est Espoir, Se quelque part j'en peusse avoir, Du surplus donnasse quictance; Mais au pois et à la balance, N'en puis que bien peu recevoir. Des arrerages, etc. Dont trop, etc. Usure, ou perte de chevance, Mectroye tout à nonchaloir, Se je savoye, à mon vouloir, Recouvrer prestement finance. Des arrerages, etc. RONDEL. (Madame d'Orléans.) En la forest de longue actente, Entrée suis en une sente, Dont oster je ne puis mon cueur, Pourquoy je viz en grant langueur Par Fortune qui me tourmente. Souvent Espoir chascun contente, Excepté moy, povre dolente, Qui, nuyt et jour, suis en doleur. En la forest, etc. Entrée, etc. Dont oster, etc. Ay je donc tort, se me garmente Plus que nulle qui soit vivente? Par Dieu, nennil, veu mon maleur; Car, ainsy m'aist mon Créateur, Qu'il n'est paine que je ne sente, En la forest, etc. RONDEL. Rescouez ces deux povres yeulx Qui tant ont nagé en Plaisance, Qu'ilz se nayent sans recouvrance; Je les tiens mors, ou presque tieulx. Videz les tost, se vous aist Dieux, En la sentine d'Alegeance. Rescouez, etc. Qui tant, etc. Courez y tous, jeunes et vieulx, Et à cros de bonne Esperance, De les tirer hors, qu'on s'avance, Chascun y face qui, mieulx, mieulx. Rescouez, etc. RONDEL. (Fredet.) En la forest de longue actente, Des brigans de Soussi bien trente, Helas! ont pris mon povre cueur; Et Dieu scet se c'est grant orreur De veoir comment on le tourmente. Priant vostre aide, lamente Pour ce que chascun d'eulx se vente Qu'ilz le merront à leur Seigneur. En la forest, etc. Des brigans, etc. Helas! ont, etc. Et pour ce, à vous il s'en garmente, Car il voit bien qu'ilz ont entente De lui faire tant rigueur, Qu'il ne sera mal, ne doleur, Se n'y pourvoyez, qu'il ne sente. En la forest, etc. RONDEL. A recommencer de plus belle, J'en voy ja les adjournemens. Que font, vers vieulx et jeunes gens, Amours et la saison nouvelle. Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle, Sont tous aprestés sur les rens. A recommencer, etc. J'en voy ja, etc. Comme toute la chose est telle, Je congnois telz esbatemens Assez, de pieca m'y entens, Ce n'est que ancienne querelle. A recommencer, etc. RONDEL. (Orléans.) En la forest de longue actente, Forvoyé de joyeuse sente, Par la guide dure rigueur, A esté robbé vostre cueur, Comme j'entens, dont se lamente. Par Dieu! j'en congnois plus de trente Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente, Est vestu de vostre couleur. En la forest, etc. Forvoyé, etc. Et en briefz motz, sans que vous mente, Soiez seur que je me contente, Pour allegier vostre douleur, De traictier avec le Seigneur, Qui les brigans soustient et hente. En la forest, etc. RONDEL. Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye, En ce que souhaidier vouldroye, Et à mon penser; reconfort, Comme voulentiers prisse accort A soussy qui tant me guerroye. Mais remede n'y trouveroye, Et qui pis est, je n'oseroye Descouvrir les maulx qu'ay à tort. Ainsi doint, etc. En ce que, etc. Quant je lui dy: Dieu te convoye, Laisse m'en paix, va t'en ta voye, Par ton enchantement et sort; Gueres mieulx ne vault vif que mort, Je languis quelque part que soye. Ainsi doint, etc. RONDEL. Se vous voulez m'amour avoir, A tousjours, mais sans departir, Pensez de faire mon plaisir, Et jamais ne me decevoir; Bientost sauray apparcevoir, Au par aler, vostre desir. Se vous voulez, etc. A tousjours, etc. Assez biens povez recevoir, S'en vous ne tient, sans y faillir, Vous estes pres d'y avenir, Faisant vers moy leal devoir. Se vous voulez, etc. RONDEL. Maudit soit mon cueur, se j'en mens, Quant à mon lesir estre puis, Et avecques pensée suis, En mes maulx prens alegemens; Car soussis plains d'encombremens, Boutons hors, et lui fermons l'uis. Maudit soit, etc. Quant à mon, etc. Assez y trouve esbatement. Lors lui dy: Ma maistresse, et puis Serons nous ainsi jours et nuis, G'y donne mes consentemens. Maudit soit, etc. RONDEL. (Fredet.) J'actens l'aumosne de doulceur, Par l'aumosnier de doulx regart; Espoir m'a promis de sa part, Qu'il me fera toute faveur; En esperant que ma langueur Cessera, qui tant mon cueur art. J'actens, etc. Car, etc. Car, comme leal serviteur, J'ay servy tousjours main et tart; Pensant qu'Amours aura regart Quelquefoiz, à ma grant douleur. J'actens, etc. RONDEL. En la querelle de Plaisance, J'ay veu le rencontre des yeulx Qui estoient, ainsi m'aid Dieux, Tous prestz de combatre à oultrance, Rangez par si belle ordonnance, Qu'on ne sauroit deviser mieulx. En la querelle, etc. S'Amours n'y mectent pourveance, De pieca je les congnois tieulx, Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx, Mourront tous, par leur grant vaillance. En la querelle, etc. RONDEL. Par l'aumosnier, plaisant regart, Donnez l'aumosne de doulceur, A ce povre malade cueur, Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart. Nuit et jour, sans cesser, il art; Secourez le, pour vostre honneur. Par l'aumosnier, etc. S'il vous plaisoit, de vostre part, Prier Amours qu'en sa langueur, Pourvoyent à vostre faveur, Aidié sera plus tost que tart. Par l'aumosnier, etc. RONDEL. De la maladie des yeulx, Feruz de pouldre de plaisir, Par le vent d'Amoureux desir, Est fort à guerir, se maid Dieux. Toutes gens, et jeunes, et vieulx, S'en scevent bien à quoy tenir. De la maladie, etc. Feruz de, etc Je n'y congnois remedes tieulx, Que hors de presse soy tenir, Et la compaignie fuir; Qui plus en saura, die mieulx. De la maladie, etc. RONDEL. Ce n'est que chose acoustumée, Quant Soussy voy vers moy venir, Se tost ne lui venoye ouvrir, Il romproit l'uis de ma Pensée; Lors fait d'escremie levée, Et puis vient mon cueur assaillir. Ce n'est, etc. Quant, etc. Adonc prent d'Espoir son espée Mon cueur, pour des coups soy couvrir, Et se deffendre et garentir; Ainsi je passe la journée. Ce n'est, etc. RONDEL. Par m'ame, s'il en fust en moy, Soussy, Dieu scet que je feroye, Moy et tous, de toy vengeroye; Il y a bien raison pourquoy. Riens ne dy qu'ainsi que je doy, Et telle est la voulenté moye. Par m'ame, etc. Soussy, etc. Ung chascun se complaint de toy, Pour ce, voulentiers fin prendroye Avec toy, se je povoye; Je n'y vois qu'à la bonne foy. Par m'ame, etc. RONDEL. Chascun devise à son propos, Quant à moi, je suis loing du mien, Mais mon cueur en espoir je tien, Qu'il aura une foiz repos; Souvent dit, me tournant le dos, Je doubte que n'en sera rien. Chascun, etc. Quant, etc. Tenez l'uis de Pensée clos, Faictes ainsi pour vostre bien, Soussy vous vouldroit avoir sien, Ne croyez, n'escoutez ses mos. Chascun, etc. RONDEL. Mon cueur se plaint qu'il n'est payé De ses despens, pour son traveil Qu'il a porté, si nompareil, Qu'oncques tel ne fut essayé. Son payement est delayé Trop longtemps, sur ce, quel conseil? Mon cueur, etc. De ses, etc. Puisqu'il n'est de gaiges rayé, Mais prest en loyal appareil, Autant que nul soubz le souleil, Se mieulx ne peut, soit deffrayé. Mon cueur, etc. RONDEL. Ennemy, je te conjure, Regart qui aux gens cours sus, Vieillars aux mentons chanus Dont suis, n'avons de toy cure. Jeune, navré de blesseure Fu par toy, ny reviens plus. Ennemy, etc. Regart, etc. Va querir ton avanture Sus amans nouveaulx venus; Nous vieulx, avons obtenus Saufconduitz, de par Nature. Ennemy, etc. RONDEL. Ou Loyaulté me payera Des services qu'ay faiz sans faindre, Ou j'auray cause de me plaindre; Qui mon guerdon delayera? Bon droit pour moy tant criera, Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre. Ou Loyaulté, etc. Des services, etc. Quand Fortune s'effrayera. Dieu a povoir de la reffraindre, Et Raison, qui ne doit riens craindre, De moy aider s'essayera. Ou Loyaulté, etc. RONDEL. Des amoureux de l'observance, Dont j'ay esté ou temps passé, A present m'en treuve lassé Du tout, sinon de souvenance. Ou je prens d'en parler plaisance, Quoy que suis de l'ordre cassé. Des amoureux, etc. Dont j'ay esté, etc. Souvent y ay porté penance, Et si pou de biens amassé, Que, quant je seray trespassé, A mes hoirs lairray pou chevance. Des amoureux, etc. RONDEL. Mon cueur, n'entreprens trop de choses, Tu peulz penser ce que tu veulz, Et faire selon que tu peuz, Et dire ainsi comme tu oses. Qui vouldroit sur ce trouver gloses? Je men rapporteray à eulx. Mon cueur, etc. Tu peulz, etc. Se ces raisons garder proposes, Tu feras bien, par mes conseulz, Laisse les embesoignez seulz, Il est temps que tu te reposes. Mon cueur, etc. RONDEL. Ostez vous de devant moy, Beaulté, par vostre serment, Car trop me temptez souvent; Tort avez, tenez vous quoy. Toutes les foiz que vous voy, Je suis je ne scay comment. Ostez vous, etc. Beaulté, etc. Tant de plaisir j'appercoy En vous, à mon jugement, Qu'ilz troublent mon pensement, Vous me grevez, sur ma foy. Ostez vous, etc. RONDEL. Comment ce peut il faire ainsi, En une seule creature, Que tant ait des biens de nature, Dont chascun en est esbahy. Oncques tel chief d'euvre ne vy Mieulx accomply, oultre mesure. Comment, etc. En une, etc. Mes yeulx cuiday qu'eussent manty, Quant apporterent sa figure Devers mon cueur, en pourtraiture; Mais vray fut, et plus que ne dy. Comment, etc. RONDEL. Plaisant regard, mussez vous, Ne vous monstrez plus en place, Mon cueur craint vostre menace, Dont mainteffoiz l'ay rescous; Vostre actrait soubtil et doulx Blesse sans qu'on lui mefface. Plaisant, etc. Ne vous, etc. Se dictes: Je fais à tous Ainsi, car je m'y solace; A tort, sauve vostre grace, Ne devez donner courrous. Plaisant, etc. RONDEL. Ne m'en racontez plus, mes yeulx, De beaulté que vous prisez tant, Car plus voys ou monde vivant, Et moins me plaist, ainsi m'aist Dieux. Trouver je ne me scay en lieux Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant. Ne m'en, etc. De beaulté, etc. Qu'est ce cy? deviens je des vieulx? Ouy certes, dorenavant, J'ay fait mon Karesme prenant, Et jeusne de tous plaisirs tieulx. Ne m'en, etc. RONDEL. Je ne vous voy pas à demy, Tant ay mis en vous ma plaisance, Tousjours m'estes en souvenance, Puis le temps que premier vous vy. Assez ne puis estre esbahy Dont vient si ardent desirance. Je ne vous, etc. Tant ay, etc. Fin de compte, puisqu'est ainsi, Fermons nos cueurs en aliance; Quant plus ay de vous acointance, Plus suis ne scay comment ravy. Je ne vous, etc. RONDEL. Si hardiz, mes yeulx, De riens regarder, Qui me puist grever, Qu'en valez vous mieulx? Estroit, se m'aist Dieux, Vous pense garder. Si hardiz, etc. De riens, etc. Vous devenez vieulx, Et tousjours troter Voulez, sans cesser, Ne soyez plus tieulx, Si hardiz, etc. RONDEL. Mon cueur, pour vous en garder, De mes yeux qui tant vous temptent, Afin que devers vous n'entrent, Faictes les portes fermer. S'ilz vous viennent raporter Nouvelles, pensez qu'ilz mentent. Mon cueur, etc. De mes, etc. Mensonges scevent conter, Et trop de plaisir se ventent, Folz sont qui en eulx s'atendent, Ne les vueillez escouter. Mon cueur, etc. RONDEL. N'est ce pas grant trahison De mes yeulx en qui me fye, Qui me conseillent folie Maintes foys, contre raison. Que male part y ait on D'eulx, et de leur tromperie. N'est ce pas, etc. De mes yeulx, etc. Mieulx me fust, en ma maison Estre seul à chiere lye, Qu'avoir telle compaignie Qui me bat de mon baston. N'est ce pas, etc. RONDEL. Rendez compte, Vieillesse, Du temps mal despendu Et sotement perdu, Es mains Dame Jeunesse. Trop vous court sus Foiblesse, Qu'est Povoir devenu? Rendez compte, etc. Mon bras en l'arc se blesse, Quant je l'ay estendu, Parquoy j'ay entendu Qu'il convient que jeu cesse. Rendez compte, etc. Tout vous est en destresse, Desormais chier vendu. Rendez compte, etc. Des tresors de liesse Vous sera peu rendu, Riens qui vaille ung festu; N'avez plus que sagesse. Rendez compte, etc. RONDEL. (Le Seigneur de Torsy.) Mais que mon mal si ne m'empire, Je suis en bon point, Dieu mercy, Ne n'ay ne douleur, ne soucy De chose que on me puisse dire. Plus ne me plains, plus ne souspire, Je mengue, et dors bien aussi. Mais que mon, etc. Je suis en bon, etc. Pleurer souloye en lieu de rire, En requerant grace et mercy; Maintenant ne fais plus ainsi, Car je ne crains point l'escondire. Mais que, etc. RONDEL. (Le conte de Clermont.) J'amasse ung tresor de regrez Que ma tant amée m'envoye, Mais jusqu'à ce que je la voye, Ne partiront de mes segrez. La cause pourquoy? je la celle, Ses griefz maulx qui me font mourir, C'est pour garder l'onneur de celle Qui ne me daigne secourir. Plus l'eslongne, plus d'elle est pres Mon cueur, dont mon povre oeil lermoye; Il n'est point doleur que la moye, Car quant j'ay assez plaint, apres J'amasse, etc. RONDEL. (Responce d'Orléans.) C'est une dangereuse espergne D'amasser tresor de regrez, Qui de son cueur les tient trop pres, Il convient que mal lui en preigne; Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne, Non pas assez nuysans, mais tres. C'est une, etc. D'amasser, etc. Se je mens, que l'en m'en repreigne, Soient essayez, puis apres On saura leurs tourmens segres; Qui ne m'en croira, si l'apreigne. C'est une, etc. RONDEL. à Fredet. Le fer est chault, il le fault batre, Vostre fait que savez, va bien; Tout le saurez, sans celer rien, Se venez vers moy vous esbatre. Il a convenu fort combatre, Mais, s'il vous plaist, parfait le tien. Le fer est chault, etc. Vostre fait, etc. Convoitise vouloit rabatre Escharsement, et trop du sien; Mais ung peu j'ay aidié du mien, Qui l'a fait cesser de debatre. Le fer est chault, etc. RONDEL. (Fredet.) Je regrecte mes dolans jours, Comme celluy la qui tousjours Ne fait que desirer sa mort; Car plus avant vois, et plus fort Acroissent mes dures dolours. Quant on me fait d'estranges tours, Que, mille foiz le jour, en plours, Me fault dire par desconfort: Je regrecte, etc. En vous seul est tout mon recours, Faictes donc, plustost que le cours, Cesser le mal que souffre à tort, Ou autrement je me voy mort, Et tout pour bien servir Amours. Je regrecte, etc. RONDEL. (Responce au dit Fredet.) Se regrectez vos dolans jours, Et je regrecte mon argent Que j'ay delivré franchement, Cuidant de vous donner secours. Se ne sont pas les premiers tours Dont Convoitise sert souvent. Se regrectez, etc. Et je regrecte, etc. Mais se vous n'avez voz amours, Puisque Convoitise vous ment, Le mien recouvreray briefment, Ou mectray le fait en droit cours. Se regrectez, etc. RONDEL. à Daniel. Vous dictes que j'en ayme deux, Mais vous parlez contre raison, Je n'ayme fors ung chapperon, Et ung couvrechief, plus n'en veulx; C'est assez pour ung amoureux; Mal me louez, ce faictes mon. Vous dictes, etc. Mais vous, etc. Certes je ne suis pas de ceulx Qui partout veulent à foison Eulx fournir, en toute saison; N'en parlez plus, j'en suis honteux. Vous dictes, etc. RONDEL. (Olivier de la Marche) Pour amours des dames de France, Je suis entré en l'observance Du tres renommé saint Francois, Pour cuidier trouver une fois La doulce voye d'alegance. Saint suis de corde de souffrance, Soubz haire d'aigre desirance, Plus qu'en mon Dieu ne me congnois. Pour amours, etc. Je suis entré, etc. Soubrement vis de ma plaisance, Et june ce que desir pense, Mandiant par tout où je vois, Je veille à conter, par mes dois, Les maulx que m'a fait Esperance. Pour amours, etc. RONDEL. (Vaillant.) Des amoureux de l'observance, Je suis le plus subgiet de France, Car je sers d'estre mandien, Et cherche le cotidien; Mais nul en mon sac rien ne lance. Aux freres l'aumosne, pour Dieu, Tousjours vois criant d'uys en huis, Las! Charité ne trouve en lieu, Ne Pitié ne scet qui je suis, Retourner m'en fault sans pitance; Desir le proveheur me tance, Puis le beau pere gardien, Pis suis que Boesme, n'Yndien; L'ordre vueil laisser sans doubtance. Des amoureux, etc. RONDEL. (George.) Les serviteurs submis à l'observance, Quoyque souvent, il leur tourne à grevance, De non avoir leur plaisir à toute heure; Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure, A telz servans ne fist onc decevance; Mains il convient par contrainte eslevance, Qu'onneur, fortune, ou amour les avance En quelque endroit, et au besoing seceure. Les serviteurs, etc. Quoyque, etc. De non, etc. Ce long souffrir en penible estrivance N'aist aux souffrans, haulte et riche chevance, Finablement, qui les paye et honneure; Apres l'aigret, trouve on la doulce meure Qui radoulcist en leur propre savance. Les serviteurs, etc. RONDEL. (Vaillant.) Quant à moy, je crains le filé Que d'autres ne craignent mye, C'est d'avoir Dame sans amye, Qui est un cas mal compilé. Le fait d'amour est avilé, Car Pitié y est endormie. Quant à moy, etc. Que d'autres, etc. Puis voy, par maint bec affilé Faire plus fort que l'arquemie, Dont, sur mon ame, je fremie Et de paour d'estre aux piez pilé. Quant, etc. RONDEL. Celle que je ne scay nommer Com à mon gré desireroye, Ce jour de l'an, de biens et joye Paise à Dieu de vous estrener. S'amie vous vueil appeller, Trop simple nom vous bailleroye. Celle que, etc. Com à mon, etc. De ma Dame, nom vous donner, Orguilleuse je vous feroye, Maistresse point ne vous vouldroye; Comment donc doy je à vous parler? De celle, etc. RONDEL. A ce jour de saint Valentin, Que l'en prent per par destinée, J'ay choisy, qui tres mal m'agrée, Pluye, vent et mauvais chemin. Il n'est de l'amoureux butin, Nouvelle, ne chancon chantée. A ce jour, etc. Que l'en, etc. Sourges me donne ce tatin, Et à plusieurs de ma livrée; Mieulx vauldroit en chambre natée Dormir, sans lever sy matin, A ce jour, etc. RONDEL. (Bouciquault.) Assez ne m'en peuz merveiller Qu'aucuns amoureux ont creance D'estre de ceulx de l'observance, Mais plus n'y veulent travailler. Je dy que leur vaulsist trop mieulx Plus large reigle avoir choisie; Par servir jeunes, et puis vieulx, Laisser tout, c'est ypocrisie. Autre nom leur convient bailler, C'est apostat, qui pour doubtance D'avoir un peu de penitance, Ont voulu Loyaulté soiller. Assez m'en, etc. RONDEL. (Orléans.) Ce n'est pas par ypocrisie, Ne je ne suis point apostat Pourtant, se change mon estat Es derreniers jours de ma vie. J'ay gardé, ou temps de jeunesse, L'observance des amoureux, Or m'en a bouté hors Vieillesse, Et mis en l'ordre douloreux Des chartreux de Merencolie, Solitaire, sans nul esbat; A briefz motz, mon fait va de plat, Et pour ce, ne m'en blasmez mye. Ce n'est pas, etc. RONDEL. (Bouciquault.) Monstrer on doit qu'il en desplaise Du meffait, à qui n'a povoir De servir; car si cru pour voir, En parler, il semble qu'il plaise; Qui ne peut pour le moins se taise, Et face en dueil larmes pleuvoir. Monstrer on doit, etc. Du meffait, etc. Mais dire qu'on n'a temps, ne aise, Pour aage, d'y faire devoir, Chascun scet bien apparcevoir Que pou courcé, tost se rappaise. Monstrer on doit, etc. RONDEL. (Orléans.) A quiconques plaise, ou desplaise, Quant Vieillesse vient les gens prendre, Il convient à elle se rendre Et endurer tout son malaise. Nul ne peut faire son devoir De garder d'Amours l'observance, Quant, avecques son bon vouloir, Il a povreté de puissance. Plus n'en dy, mieulx vault que me taise, Car j'en ay à vendre et revendre; Ung chascun doit son fait entendre; Qui ne peut, ne peut, si s'appaise. A quiconques, etc. RONDEL. (Fredet.) Le truchement de ma pensée, Ceste saint Valentin passée, J'ay envoyé devers Amours, Pour lui compter les grans dolours Que seuffre, pour ma tant amée; Requerant ma peine alegée, Autrement ma vie est finée, Comme scet bien, il a mains jours. Le truchement, etc. Et quant sa raison eut contée, Lui dist: Ta requeste m'agrée, Car trop leal l'ay veu tousjours; Lors fut commandé mon secours, Et le m'apporta la journée, Le truchement etc. RONDEL. (Simonnet Caillau.) Pour bref telz maulx d'amours guerir, Esgrun de Dueil te fault fuyr, Les poix au veau te sont contraires, Quant les fleurs de plaisans viaires Sont dedans mises au boillir. L'oubliete te peut servir, Et l'herbe de Nonsouvenir, A faire bons electuaires. Pour bref, etc. Du triacle de Repentir, Pour tes accez faire faillir, Prendras sur les appoticaires; Avecques siropz necessaires, Faiz en succres de Deppartir. Pour bref, etc. RONDEL. (Orléans.) Les malades cueurs amoureux Qui ont perdu leurs apetiz, Et leurs estomacs refroidiz Par soussiz et maulx douloureux, Diete gardent sobrement, Sans faire exces de trop douloir; Chaulx electuaires souvent Usent de Conforté vouloir, Succres de Penser savoureux, Pour renforser leurs esperiz; Ainsi pevent estre gueriz, Et hors de danger langoureux. Les malades, etc. RONDEL. (Jehan Monseigneur de Lorraine.) Pour brief du mal d'amer guerir, Esloingner l'air de Souvenir Convient, sans grant merencolie; Apres tout mes, mengier l'oublie Pres du couchier, pour mieulx dormir. De Nonchaloir, pour adoulcir La medicine de Desir, Prendre fault la plus grant partie. Pour brief, etc. Esloingner, etc. Puis ung beau regime, à l'issir De vostre acces, pourrez choisir, D'une Leaulté m'y partie, Affin que ne rencheez mye, Faictes reffuz d'amour bannir. Pour brief, etc. RONDEL. Pour tous voz maulx d'amours guerir, Prenez la fleur de Souvenir Avec le just d'une ancollie, Et n'obliez pas la soussie, Et meslez tout en Desplaisir. L'erbe de loing de son Desir, Poire d'Angoisse pour refreschir, Vous envoye Dieu, de vostre amye. Pour tous, etc. Pouldre de Plains pour adoulcir, Feille d'aultre que vous choisir, Et racine de Jalousie, Et de tretout la plus partie Mectes au cueur, avant dormir. Pour tous, etc. RONDEL. Puisque tu t'en vas, Penser, en message, Se tu fais que sage, Ne t'esgare pas. Au mieulx que pourras, Pren le seur passage. Puisque, etc. Penser, etc. Tout beau, pas à pas, Reffrain ton courage, Qu'en si long voyage Ne deviengnes las. Puisque, etc. RONDEL. L'ueil et le cueur soient mis en tutelle, Si tost qu'ilz sont rassotez en amours, Combien qu'il a plusieurs qui font les lours, Et ont trouvé contenance nouvelle; Pour mieulx embler priveement Plaisance, Mommerie sans parler de la bouche, En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance, Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche, Faignent souvent l'amoureuse querelle; Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours, Vestu m'y suis à droit et à rebours; Je jangle trop, au fort, je me rappelle. L'ueil et le cueur, etc. RONDEL. (Jehan Monseigneur de Lorraine.) Pour eschever plus grant dangier, Certes, mon cueur, il est mestier, Puisque nous alons veoir la belle, Que tenez mon ueil en tutelle, Qui ne vous donne à besongner; Commandez lui bien, sans prier, Qu'il ne croie riens de legier, Dont il vous rapporte nouvelle. Pour eschever, etc. Et s'il ne s'y veult obligier, Mectez Raison pour espier A part sa couverte cautelle; Car c'est cellui seul qui se mesle De tieulx defaultes corrigier. Pour eschever, etc. RONDEL. Chose qui plaist est à demy vendue, Quelque cherté qui coure par pais; Jamais ne sont bons marchands esbahis, Tousjours gaignent à l'allée, ou venue. Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur, Voyent Plaisir à bon marchié en vente, Qui les tendroit d'achater leur bon eur? Et deussent ilz engaiger biens et rente, Et à rachat toute leur revenue, De lascheté seroient bien trays, Et devroient d'Amours estre hays; Marchandise doit estre maintenue. Chose qui plaist, etc. RONDEL. Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chierement, Qui du marchié le denier a Dieu prent, Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue. D'en debatre n'est que paine perdue, Prenez ore, qu'apres on s'en repent. Chose qui, etc. A bon compte, etc. S'aucun aussi monstre sa retenue, Et au bureau va faire le serement, Les officiers n'y font empeschement, Mais demandent tantost la bienvenue. Chose qui, etc. RONDEL. (Jehan Monseigneur de Lorraine.) L'abit le moine ne fait pas, Pourtant se je me veis de dueil, J'ay la lerme assez loing de l'ueil, Passant mes ennuiz au gros sas; Je fains d'assembler à grans tas Douleurs à part, mais quant je vueil. L'abit le, etc. Pourtant, etc. Conclusion, vecy mon cas: De nulle rien je ne me dueil, En gré prens d'Amours le recueil, Soit beau, ou lait; puis je diz bas: L'abit le, etc. RONDEL. (Orléans.) L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage, Et plaisant maintient de visage Ne monstre pas toujours le cas. Alez tout soubrement le pas, N'est que contrefaire le sage. L'abit le, etc. L'ouvrier, etc. Soubtil sens couchié par compas, Enveloppé en beau langage, Musse le vouloir du courage; Cuider decoit en mains estas. L'abit le, etc. RONDEL. (Jehan Monseigneur de Lorraine.) De fol juge, briefve sentence; Certes bon cueur ne peut mentir, Et si ne scet du sac yssir Que ce qui est d'acoustumence. Là où Raison pert pascience, On voit bien souvent avenir, De fol juge, etc. Certes bon, etc. Envie, atout sa double lance, Blesse en mains lieux sans cop ferir, Dont il se convient repentir Aucuneffoiz, qui bien y pense. De fol juge, etc. RONDEL. (Orléans.) De fol juge, briefve sentence; On n'y sauroit remedier, Quant l'advocat oultrecuidier, Sans raison, mainteffois sentence; Apres s'en repent et s'en tence, C'est tart, et ne se peut vuidier. De fol juge, etc. On n'y, etc. Fleurs portent odeur, et sentence Et savoir vient d'estudier; Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer, J'en dy ce que mon cueur sent en ce. De fol juge, etc. RONDEL. (Madame d'Orleans.) L'abit le moine ne fait pas, Car quelque chiere que je face, Mon mal seul tous les autres pace, De ceulx qui tant plaignent leur cas. Souvent, en dansant fais mains pas Que mon cueur pres en dueil trespace. L'abit le, etc. Las! mes yeulx gectent sans compas Des lermes tant parmy ma face, Dont plusieurs foiz je change place, Alant à part pour crier las! L'abit le, etc. RONDEL. (Guiot Pot.) L'abit le moine ne fait pas, Car tel n'est pas vestu de noir, Qui a cause de se douloir; Par Dieu, qui congnoistroit son cas? S'on lui fait changer ses esbas Contre raison et son vouloir. L'abit le, etc. Quant Fortune charge le bas Au compaignon, s'il a povoir, Et s'il joue ung tour de savoir, Disant que de souffrir est las. L'abit le, etc. RONDEL. (Messire Philippe Pot.) En la forest de longue actente Où mainte personne est dolente, Espoir me promist de donner, Se bien vouloye cheminer, Ce qui tous amoureux contente. J'ay tout mis, cueur, corps et entente, A traverser chemin et sente, Pour cuider ce grant bien trouver. En la forest, etc. Où mainte, etc. Espoir me, etc. Mais d'une chose je me vente, Que j'ay eu tous les jours de rente, Pour ma queste parachever, Paine et ennuy, sans conquester Riens, si non dueil qui me tourmente. En la forest, etc. RONDEL. (Anthoine de Lussay.) En la forest de longue actente Où les contentés, Dieu contente, Je vous asseure, sur ma foy, Que je n'y ay eu, tant soit poy, Joye, ne bien dont je me sente. Pensez se ma vie est dolente, Veu, qu'ainsi soit, je me garmente, Et que nul bien n'y a pour moy En la forest, etc. Où les contentés, etc. Ou fort, d'une chose me vente, Se je ne faulx en mon entente, Ou se la mort brief ne recoy, Que je y auray, savez vous quoy? Aucun plaisir qui vauldra rente. En la forest, etc. RONDEL. (Guiot Pot.) En la forest de longue actente, Ja pieca, fus en une sente, Là où j'ay esgaré mon cueur, Mais y souffrit tant de douleurs Que tousjours convient que s'en sente Depuis, tousjours tant fort lamente, Par Fortune qui le tourmente, Qu'il fault qu'il vive en grant langueur. En la forest de, etc. Ja pieca, etc. Mais, s'il eschappe, bien se vente Qu'il gardera qu'on ne le tente Par beau parler, ne par rigueur; Car chascun se doit tenir seur Que l'on fault bien à son entente, En la forest, etc. RONDEL. (Gilles.) En la forest de longue actente, Mon povre cueur tant se garmente D'en saillir par aucune voye, Qu'il ne lui semble pas qu'il voye Jamais la fin de son entente; Deconfort le tient en sa tente, Qui par telle facon le tente, Que j'ay paour qu'il ne le forvoye. En la forest, etc. Mon povre, etc. Espoir en riens ne le contente, Comme il souloit, pourquoy dolente Sera ma vie, où que je soye; Et si auray, en lieu de joye, Dueil et soussy tousjours de rente. En la forest, etc. RONDEL. (Orléans.) Crié soit à la clochete, Par les rues, sus et jus, Fredet, on ne le voit plus; Est il mis en oubliete? Jadis il tenoit bien conte De visiter ses amis, Est il roy, ou duc, ou conte? Quant en oubly les a mis. Banny à son de trompete, Comme marié confus, Entre chartreux, ou reclus, A il point fait sa retrete? Crié soit, etc. RONDEL. (Fredet.) Se veoir ne vous voys plus, Helas! ce fait mariage, Qui me fait avoir courage D'estre desormais reclus; Puisque si fort m'a confus, Ne le tenez à oultrage. Se veoir, etc. Helas! etc. Mais non pourtant, je conclus Que ce n'est pas fait que sage, Car j'en puis, à brief langage, Pour le moins perdre le plus. Se veoir, etc. RONDEL. (Orléans.) En l'ordre de mariage, A il desduit, ou courrous? Comment vous gouvernez vous? Y devient on fol, ou sage? Soit aux vieulx, ou jeunes d'age, Rapporter m'en vueil à tous. En l'ordre, etc. A il desduit, etc. Le premier an, c'est la rage, Tant y fait plaisant et douls; Apres deux foiz toussir, j'ay la tous, Cesser me fait de langage. En l'ordre, etc. RONDEL. (Jacques bastart de la Tremoille.) En la forest de longue actente J'ay couru l'année presente, Tant que la saison a duré, Mais j'ay esté plus maleuré Que homme qui vive, je m'en vente. La haye fut garnie de tente, Et fis ma queste belle et gente, Suivant les chiens, je m'esgaré En la forest, etc. J'ay couru, etc. Je cours, je corne, je tourmente En traversant, sans trouver sente, Me trouvay tres fort enserré, Tout seul presque desesperé, Cuiday mourir des fois soixante. En la forest, etc. RONDEL. (Le Cadet Dalebret.) Dedans l'abisme de douleur, Où tant a d'amere saveur, Aussi d'angoisseuse destresse, Se trouve tourmenté, sans cesse, Pour vous amer, mon povre cueur. Ma Dame, par vostre doulceur, Secourez ce bon serviteur, A qui l'on fait tant de rudesse. Dedans, etc. Où tant, etc. Las! ostez de lui tout maleur, Ou autrement il se tient seur De jamais n'avoir que tristesse; Dont fauldra que sa vie cesse Piteusement, en grant langueur. Dedans, etc. RONDEL. (Orleans.) Dedans l'abisme de douleur, Sont tourmentées povres ames Des amans; et, par Dieu, mes Dames, Vous leur portez trop de rigueur. Ostez les de ceste langueur, Où ilz sont en maulx et diffames. Dedans, etc. Sont, etc. Se n'y monstrez vostre doulceur, Vous en pourrez recevoir blasmes; Tost orra prieres de fames, Dangier, des dyables le greigneur. Dedans, etc. RONDEL. (Gilles des Ourmes.) Dedans l'abisme de douleur Sont tourmentés par grand foleur Maints cueurs, par faulte de secours, Qui n'ont à personne recours, Qu'à Pitié qui detient le leur. Car, quant ilz ont servy, on leur Taille la broche sans couleur; Lors ilz s'en vont languir le cours Dedans, etc. Sont, etc. Par Dieu! c'est faulte de valeur A ceulx qui le font par chaleur, Et de fait, les tiennent si cours, Qu'il leur fault user tout le cours De leur vie, en paine et maleur. Dedans, etc. RONDEL. (Philippe de Boulainvilliers.) Tirez vous là, regart trop convoiteux, Renom avez d'estre de nul piteux, Vostre semblant demonstre, pour tout voir, Qu'estes venu pour mon cueur décevoir; Dont me desplaist, j'en suis tres tout honteux. Pour me tromper, faictes le marmiteux, II ne fault point clocher devant boiteux; Allez, allez, je ne vous vueil plus voir. Tirez vous là, etc. Renom avez, etc. Point ne vous fault faire le despiteux, Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux De quelque mal, plus que de bien avoir; Je vous congnois sans plus rien en savoir, Où que soyez, vous estes rioteux. Tirez vous là, etc. RONDEL. (Clermont.) Rendre vous fault de toutes choses conte, Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur? N'en mentons point, est il plus serviteur Vostre tenu? dont je tien si grant conte. A celle fin que l'en ne me mesconte, Je vous diray, mais par mon créateur, Rendre vous, etc. Qu'avez, etc. Entendez vous ce que je vous raconte, Dictes moy vray, hay avant rigueur Sera elle en vous? lui donrez vous faveur? Fy, fy, nennil, car ce vous serait honte. Rendre vous, etc. RONDEL. (Orléans.) Que je vous ayme maintenant! Quant je congnois vostre maniere Venant de voulenté legiere, Enveloppée en faulx semblant. Je ne m'y fie tant, ne quant, Veu qu'en estes bien coustumiere. Que je vous, etc. Quant je, etc. N'en peut chaloir, tirez avant, Parfaictes comme mesnagiere, De haulte lisse bonne ouvriere; Plus vous voy, plus vous prise tant. Que je vous, etc. RONDEL. (Orléans.) Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx, Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles, Quelles sont ilz? amoureuses et belles, Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux; D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux, Et qui a il? bon marchié de querelles. Cueur, etc. Qu'apportez, etc. C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx, Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles, Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles, Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx. Cueur, etc. RONDEL. (Orléans.) SOUSSY. Soussy, beau Sire, je vous prie, LE CUEUR. De quoy? que me demandez vous? SOUSSY. Ostez moy d'anuy et courous, LE CUEUR. Où vous estes? non feray mie. SOUSSY. Tenir je vous vueil compaignie, LE CUEUR. Las! non faictes, soyez moy douls. Soussy, etc. De quoy, etc. SOUSSY. Parlez en à Merencolie, LE CUEUR. Conseil premier entre vous. SOUSSY. Espoir y pourroit plus que nous, LE CUEUR. Faictes donc qu'il y remédie. Soussy, etc. RONDEL. (Orléans.) Quant Leaulté et Amour sont ensemble, Et on les scet à deu entretenir. En temps et lieu, et pour lui retenir, Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble. J'en congnois deux qui portent grant atour, Où contre droit en emportent le bruit; Helas! voire, et ne font pas sejour, Car traison en leurs cueurs tousjours bruit. Garder se fault que nul ne les ressemble, Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir; Pour ce, conclus, pour au point revenir, Que jamais mal entre amoureux n'assemble Quant, etc. RONDEL. (Orléans.) Plus tost accointé que congneu, Plus tost esprouvé que nourry, Plus tost plaisant que bien choisy, Est souvent en grace receu. Mains tost que riche, despourveu Se trouve garny de soussy. Plus tost, etc. Plus tost, etc. Assez tost meschant est recreu, Assez tost entreprent hardy, Assez tost senti qui s'ardy, Tout ce mal est de chascun sceu. Plus tost, etc. RONDEL. (Le Cadet.) Tu vas trop avant, retray toy, Mon cueur, ou tu te feras prendre, Pas n'est bon de tant entreprendre; Arreste et te tiens tout coy. Le feras tu? or le dy coy, Affin qu'on ne te puist reprendre Tu vas, etc. Mon cueur, etc. Siet toy quelque part en requoy, Pour mieulx te garder de surprendre; Et de là tu pourras comprendre Ton fait bien au long, or m'en croy. Tu vas, etc. RONDEL. (Orléans.) A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va; Je ne scay qui ce jeu trouva, Penser m'y a pris au matin; Et puis pour jouer à tintin Avecques moy tost se leva. A ce jour, etc. Bien et beau, etc. Soussy m'a cuidé ung tatin Donner, mais pas ne l'acheva, Bien garday que ne me greva; Maledicatur en latin. A ce jour, etc. RONDEL. (Orléans) A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs, Faictes de plaisirs, ou douleurs, Rimes en francoys, ou latin; Ne dormez pas trop au matin, Pensez à garder voz honneurs. A ce jour, etc. Venez, etc. Heur et maleur sont en hutin, Pour donner pers, cy et ailleurs, Autant aux moindres, qu'aux greigneurs, Veulent departir leur butin. A ce jour, etc. RONDEL. (Orléans) A ce jour de saint Valentin, Qu'il me convient choisir ung per, Et que je n'y puis eschapper, Pensée prens pour mon butin. Elle m'a resveillé matin, En venant à mon huis frapper. A ce jour, etc. Ensemble nous arons hutin, S'elle veult trop mon cueur happer; Mais, s'Espoir je peusse atrapper, Je parlasse d'autre latin. A ce jour, etc. RONDEL. (Benoist d'Amien.) Au plus fort de ma maladie, M'a abandonné Esperance, Laquelle sans point decevance, Me devoit tenir compaignie. Helas! ce n'est pas mocquerie, D'avoir perdu telle alliance. Au plus fort, etc. Car certes qui que chante, ou rie, J'ay à toute heure desplaisance Plus que nes ung qui soit en France, Par quoy je ne scay que je die. Au plus fort, etc. RONDEL. (Orléans.) Au plus fort de ma maladie Des fievres de merencolie, Quant d'anuy j'ay frissonné fort, J'entre en chaleur de desconfort Qui me met tout en resverie; Lors je jangle mainte folie, Et meurs de soif de chiere lie, De mourir seroye d'accort. Au plus fort, etc. Adoncques me tient compaignie Espoir, dont je le remercie, Qui de me guérir se fait fort; Disant que n'ay garde de mort, Et qu'en riens je ne m'en soussie. Au plus fort, etc. RONDEL. (Benoist d'Amien.) Pour les maux dont je suis si plains, Fortune, ay je tort? se me plains De ta grant fierté et rudesse Qui, nuyt et jour, sans point de cesse, Me tient en douleur et en plains. Las! pense qu'ilz ne sont pas fains, Mais avant tres plus grans que mains, Veu que suis en telle foiblesse. Pour les, etc. Or te requier, à jointes mains, Que tu vueilles, à tout le moins. Me tollir le mal qui me blesse; Car je suis en telle destresse, Que languir me fault, soirs et mains. Pour les, etc. RONDEL. (Benoist d'Amien.) Pour parvenir à vostre grace, Esperant que mon dueil efface, Vous vueil servir jusqu'à la mort; De ce, vous povez tenir fort, Que nul autre bien ne pourchace. Par quelque semblant que je face, Ne quelque chemin que je trace, N'est que pour arriver au port. Pour parvenir, etc. Quant des yeulx ne vous voy en place, Plus rien qui soit ne me soulace, Dont soussy me tient si tres fort; Non pourtant, mon seul reconfort, Ne me chault quoy qu'on me mefface, Pour parvenir, etc. RONDEL. de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme. A ce jour de saint Valentin, Puisqu'estes mon per ceste année, De bien eureuse destinée Puissions nous partir le butin. Menez à beau frere hutin Tant qu'ayez la pense levée. A ce jour, etc. Je dors tousjours sur mon coissin, Et ne fois chose qui agrée Gueres à ma mal assenée, Dont me fait les groings au matin. A ce jour, etc. RONDEL. (Tignonville.) Pour la coustume maintenir, Ceste saint Valentin nouvelle, Mon cueur a choisy Damoiselle, Moyennant l'amoureux desir. Par ung regart fait à loisir, Se voult logier es mains de celle. Pour la, etc. Ceste saint, etc. S'on lui fait trop de mal souffrir, Je m'accorde qu'il se rappelle, Et puis se tiengne à la plus belle Que ses yeulx lui pourront choisir. Pour, etc. RONDEL. (Orléans.) Contre fenoches et nox buze, Peut servir ung tantost de France, Daly parolles de plaisance, Au plus sapere l'en cabuze, Ja cossy maintes foiz s'abuze, Grandissime fault pourveance. Contre fenoches, etc. Sta fermo, toutes choses uze, Aspecte ung poco par savance, La Rasonne fa l'ordonnance De quella medicine on uze, Contre fenoches, etc. RONDEL. (Orléans.) Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée, Dedens mon jardin de pensée, Avecques mon cueur, seul entray. Dieu scet s'entrepris fu d'esmay, Car en pleurant tout regarday Destruit d'ennuyeuse gelée. Ce premier, etc. Quant, etc. En gast, fleurs et arbres trouvay; Lors au jardinier demanday Se Desplaisance maleurée, Par tempeste, vent, ou nuée, Avoit fait tel piteux array. Ce premier, etc. RONDEL. (Orléans.) Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors merencolie, Quant toute chose reverdie, Par les champs, devant ses yeulx, voit. Ung malade s'en gueriroit, Et ung mort revendroit en vie. Qui est cellui, etc. De bouter, etc. En tous lieux on le nommeroit Meschant endormy en follie, Chasser de bonne compaignie, Par raison, chascun le devroit. Qui est cellui, etc. RONDEL. (Orléans) Allez vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolie, Regardez la saison jolie, Qui partout vous va reboutant; Elle se rit en vous mocquant, De tous bons lieux estes bannye. Allez vous, etc. Ennuyeuse, etc. Jusques vers Karesme prenant Que jeusne les gens amaigrie, Et la saison est admortie, Ne vous monstrez ne tant, ne quant. Allez vous, etc. RONDEL. (Orléans.) Qui est cellui qui d'amer se tendroit, Quant beaulté fait de morisque l'entrée, De plaisance si richement parée, Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit. Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit, Disant: C'est cy raige desesperée. Qui est cellui, etc. Quant, etc. Lors quant Raison enseigner le vendroit, Il lui diroit: A! vieille rassotée, Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée, Pour riens, en ce nully ne vous croiroit. Qui est cellui, etc. RONDEL. (Orléans.) Bon fait avoir cueur à commandement, Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre, Sans trop vouloir sotement entreprendre Chose où ne gist gueres d'amendement. Quel besoing est, quand on est à son aise, De se bouter en soussy et meschief; Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise, De travailler sans riens mener à chief; C'est par espoir, ou par son mandement, Qui tel mestier leur conseille d'aprendre, Il fait pechié, on l'en devroit reprendre, J'en parle au vray, à mon entendement. Bon fait avoir, etc. RONDEL. (Orléans.) Je vous entens à regarder, Et part de voz penser congnois, Essayé vous ay trop de fois, De moy ne vous povez garder. Cuidez vous, par voz motz farder. Mener les gens de deux en trois. Je vous, etc. Et part, etc. Vous savez tirer et tarder, Raige faictes, et feu Gregois; Bien gangnez voz gaiges par mois, Parachevez sans retarder. Je vous. etc. RONDEL. (Orléans.) Plus de desplaisir que de joye, Assez d'ennuy, souvent à tort, Beaucoup de soussy sans confort, Oultraige de peine, où que soye; Trop de douleur à grant montjoye, Foison de tres piteux rapport. Plus de desplaisir, etc. Assez d'ennuy, etc. Tant de grief que je ne diroye, Mains amant ma vie, que mort, Pis que mourir, n'est ce pas fort? Telz beaulx dons fortune m'envoye. Plus de desplaisir, etc. RONDEL. (Orléans) Pour mon cueur qui est en prison, Mes yeulx vont l'aumosne quérir; Gueres n'y pevent acquérir, Tant petitement les prise on. Reconfort qui est l'aumosnier, Et Espoir, sont allez dehors; On ne donna point l'aumosne hier, Refus estoit portier alors. Pour mon, etc. Il est si plain de mesprison, De rien ne le faut requerir, N'essayer de le conquerir, Tousjours tient sa vieille aprison. Pour mon, etc. RONDEL. (Orléans) Fortune! sont ce de voz dons? Engoisses que vous aportez, A présent vous en deportez, Ce sont trop doloreux guerdons; D'entrer ceans vous deffendons, Dures nouvelles rapportez. Fortune, etc. Engoisses, etc. Et oultre plus, vous commandons Que les cueurs ung peu supportez Jouer vous, et vous depportez Autre part, baillant telz pardons. Fortune, etc. RONDEL. (Orléans.) Et comment l'entendez vous? Ennuy et Merencolie, Voulez vous toute ma vie. Me tourmenter en courrous? Le plus maleureux de tous Doy je estre? je le vous nye. Et comment, etc, Ennuy, etc. De tous poins accordons nous, Ou, par la vierge Marie, Se Raison n'y remédie, Tout va sen dessus dessous. Et comment, etc. RONDEL. (Orléans.) Voire, dea! je vous ameray, Ennuyeuse Merencolie, Et servant de plaisance lie, Par vous plus ne me nommeray; Foy que doy à Dieu, si seray Tout sien, soit ou sens, ou folie. Voire, dea, etc. Ennuyeuse, etc. Jamais ne m'y rebouteray, En voz lactz, se je m'en deslie, Et se Bon eur à moy s'alie, Je fait à vous, mais non feray. Voire, dea, etc. RONDEL. (Orléans.) Fortune, passez ma requeste, Quant assez m'aurez tort porté, Ung peu je soye déporté, Que Desespoir ne me conqueste; Veu que je me suis, en la queste D'Amours, loyaument deporté. Fortune, passez, etc. Quant, etc. Mon droit, sans que plus y acqueste. Aux jeunes gens j'ay transporté; Se riens est de moy rapporté, Je vous prie qu'on en face enqueste. Fortune, etc. RONDEL. (Orleans.) De quoy vous sert cela? Fortune, Voz propos sont, puis longs, puis cours, Une foiz estes en decours, L'autre plaine comme la lune; On ne vous trouve jamais une, Nouvelletez sont en voz cours. De quoy, etc. Voz propos, etc. S'est vostre maniere commune; Car, quant je vous requiers secours, Vous fuyez, apres vous je cours, Et pitié n'a en vous aucune. De quoy, etc. RONDEL. (Orléans) Serviteur plus de vous, Merencolie, Je ne seray, car trop fort y traveille; Raison le veult, et ainsi me conseille Que le face, pour l'aise de ma vie. A Nonchaloir vueil tenir compaignie, Par qui j'auray repos sans que m'esveille. Serviteur, etc. Je ne seray, etc. Se de vous puis faire la departie, Et il seurvient quelque estrange merveille, Legierement passera par l'oreille; Au contraire jamais nul ne me die. Serviteur, etc RONDEL. (Orléans.) Pourquoy moy, plus que les autres ne font, Doy je porter de Fortune l'effort? Par tout je vois criant: Confort, Confort, C'est pour neant, jamais ne me respont. Me convient il tousjours ou plus parfont De dueil nager, sans venir à bon port. Pourquoy moy, etc. Doy je, etc. J'appelle aussi, et en bas et amont, Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort, Ou je cuide qu'il contrefait le mort: Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont. Pourquoy, etc. RONDEL. (Orléans.) Pourquoy moy, mains que nulluy Que je congnoisse aujourduy, Auray je part en liesse, Veu qu'ay despendu jeunesse Longuement, en grant ennuy. Doy je donc estre cellui Qui ne trouvera en lui Bon eur, qu'à peu de largesse. Pourquoy moy, etc. J'ay loyal désir suy, A mon povoir, et fuy, Tout ce qui à tort le blesse; Désormais, en ma vieillesse, Demourray je sans apuy? Pourquoy moy, etc. RONDEL. (Orléans.) C'est pour rompre sa teste De fortune tanser, Qui à riens ne s'arreste, Trop seroit fait en beste. C'est pour, etc. Quant elle tient sa feste, Les aucuns fait danser, Et les autres tempeste. C'est pour, etc. RONDEL. Du tout retrait en hermitage De Nonchaloir, laissant folie. Desormais veult user sa vie, Mon cueur, que j'ay veu trop volage. Et savez vous qui son courage A changié? s'a fait maladie. Du tout, etc. De Nonchaloir, etc. Fera il que fol, ou que sage? Qu'en dictes vous? je vous en prie, Il fera bien, quoy que nul dye, Moult y trouvera d'avantage. Du tout, etc. RONDEL. Sans faire mise, ne recepte Du monde, dont compte ne tien, Mon cueur, en propos je maintien; Que mal et bien en gré accepte. Se fortune est mauvaise, ou bonne, A chascun la fault endurer; Quant raison y mectra la bonne, Elle ne pourra plus durer; Rien n'y vault engin, ne decepte, Au derrain on congnoistra bien, Qui fera le mal, ou le bien, Grans, ne petiz, je n'en excepte. Sans faire, etc. RONDEL. Est ce tout ce que m'apportez A vostre jour? Saint Valentin, N'auray je que d'Espoir butin, L'actente des desconfortez. Petitement vous m'enhortez D'estre joyeulx à ce matin. Est ce tout, etc. A vostre jour, etc. Nulle rien ne me rapportez, Fors bona dies en latin, Vieille relique en viel satin; De telz presens vous deportez. Est ce tout, etc. RONDEL. (Simonnet Caillau.) Ou millieu d'espoir et de doubte, Helas! je pense jours et nuys; Mais, par Dieu! bien bref, se je puis, J'auray pis, ou mieulx, quoy qu'il couste. Mes yeulx ouvers, je n'y vois goute, Si non que maintenant j'en suis. Ou millieu, etc. Helas! je pense. J'ay tant fait le guet et l'escoute, A la fenestre et à l'uis, Et n'ay pas ce que g'y poursuis, Aincois m'est force que j'escoute. Ou millieu, etc. RONDEL. (Orléans.) Quant pleur ne pleut, souspir ne vante, Et que cessée est la tourmente De dueil, par le doulx temps d'espoir, La nef de desireulx vouloir A port eureux fait sa descente; Sa marchandise met en vente, Et à bon marché la presente A ceulx qui ont fait leur devoir. Quant pleur, etc. Et que cessée, etc. Lors les marchans de longue actente, Pour gaigner, et corps, et rente, En ont ce qu'en pevent avoir; D'en acheter font leur povoir; Tant que chascun cueur s'en contente. Quant pleur, etc. RONDEL. (Faret.) Ou millieu d'espoir et de doubte, Une foiz mal, autre foiz bien, Je m'y trouve; mais je voy bien Que c'est fortune qui m'y boute; Et pour vous dire, somme toute, C'est une chose où n'entens rien. Ou millieu, etc. Une foiz, etc. Mais quelque chose qui me coute, Si est ce bien le vouloir mien De m'ouster hors de ce lien Aucuneffoiz, tant me reboute, Ou millieu, etc. RONDEL. (Benoist d'Amien.) En la grant mer de desplaisance, Sans avoir espoir d'alegance De trouver port, fors de douleur, Nage tousjours mon povre cueur, En bateau banny d'esperance; Voille n'a que de decevance, Ne soutte que de pascience, Jamais n'y vente que maleur. En la grant, etc. Sans avoir, etc. Dueil, Soussy ont la gouvernance; Qui ne lui donnent, pour pitance Que bescuit durcy de langueur, Avecques eaue de rigueur; Ainsi languist, faisant penance. En la grant, etc. RONDEL. (Orléans.) Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Le bruit sourt de jeux et risée, Et Joye vient appareillée De recevoir d'Espoir sa rente Assignée sur longue actente. Mais apres loyaument paiée. Quant, etc. Le bruit, etc. Ja Reconfort est mis en vente, Et Plaisance fait sa livrée De biens si richement ouvrée, Que deuil fuyt, et s'en mal contente. Quant pleur, etc. RONDEL. (Jehan Monseigneur de Lorraine.) Chose qui plaist est à demy vendue, En quelconque marchandie que ce soit. Mais l'ueil prise tel chose qui decoit, Le plus souvent, quant elle est bien congnue; Car, quant Amour se vendoit à Priere, Peu de marchans y conquestoit proufit; Desir survient qui met la fole enchiere, A qui marchié de raison ne suffit. Adonc vela qui apovrist, et tue Le maleureux que chascun monstre au doit, Disant: C'est cil qui plus fait qu'il ne doit, Dont s'ordre n'est à son droit maintenue. Chose qui plaist, etc. RONDEL. (Orleans.) Quant je congnois que vous estes tant mien, Et que m'aymez de cueur, si loyaument, Je feroye vers vous trop faulcement Se, sans faindre, ne vous amoye bien; Essayez moy se vous fauldray en rien, Gardant tousjours mon honneur seulement. Quant, etc. Et que, etc. Se me dictes: Las! je ne scay combien Vostre vouloir durera longuement; Je vous respons, sans aucun changement, Qu'en ce propos me tendray, et me tien. Quant, etc. RONDEL. pour Monseigneur de Beaujeu. Puisqu'estes de la contrarie D'Amours, comme monstrent voz yeulx, Vous y trouvez vous pis, ou mieulx? Qu'en dictes vous de telle vie? Souffler vous y fault l'alquemie, Ainsy que font jeunes et vieulx. Puisqu'estes, etc. D'Amours, etc. Ne cuidez par nygromancye Estre invisible; se m'aist Dieux, On congnoistra, en temps et lieux, Comment jourez de l'escremye. Puisqu'estes, etc. RONDEL. (Orléans.) Dedans l'amoureuse cuisine, Où sont les bons, frians morceaux, Avaler les convient tous chaulx, Pour reconforter la poictrine. Saulce ne faut, ne cameline, Pour jeunes appetiz nouveaulx. Dedans, etc. Où sont, etc. Il souffist de tendre geline Qui soit sans os, ne vieilles peaulx, Mainssée de plaisans cousteaux, C'est au cueur vraye medicine. Dedans, etc. RONDEL. (Orléans.) Où le trouvez vous en escript? Se dient à mon cueur mes yeulx, Que nous ne soyons vers vous tieulx Que devons, de jour et de nuyt. Se ne vous conseillon prouffit, Nous en croirez vous? nennil, Dieux. Où le trouvez, etc. Quant rapportons quelque deduit Que nous avons veu en mains lieux, Prenez en ce qui vous plaist mieulx, L'autre lessez, est ce mau dit? Où le trouvez, etc. RONDEL. (Orléans.) L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur, Qui fait mouldre le molin de Pensée, Dessus lequel la rente est ordonnée, Qui doit fournir la despense du cueur. Despartir fait farine de doulceur, D'avecques son de dure destinée. L'eaue, etc. Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur, En prent prouffit, ainsi que lui agrée; Mais Fortune souvent desmesurée Lui destourbe mainteffois, par rigueur. L'eaue, etc. RONDEL. (Orléans.) En verray je jamais la fin De voz euvres? Merencolie, Quant au soir de vous me deslie. Vous me ratachez au matin; J'amasse mieulx autre voisin Que vous, qui si fort me guerrie. En verrai je, etc. De voz euvres, etc. Vers moy venez en larrecin, Et me robez plaisance lie; Suis je destiné, en ma vie, D'estre tousjours en tel hutin. En verray je, etc. RONDEL. (Orléans.) Soupper ou baing, et disner ou bateau, En ce monde n'a telle compaignie, L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie, Les autres font balades, ou rondeau. Et y boit on du viel et du nouveau, On l'appelle le desduit de la pie. Soupper ou baing, etc. En ce monde, etc. Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau; Quant tout est fait, il fault passer sa vie Le plus aise qu'on peut, à chiere lie; A mon advis, c'est mestier bon et beau. Soupper ou baing, etc. RONDEL. (Orléans.) Qu'est cela? c'est Merencolie. Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce Que vostre compaignie acourse Mes jours, dont je foys grant folie. Se me chassez par chiere lie, Brief revendray de plaine course. Qu'est cela, etc. Vous, etc. Il fault que raison amolie Vostre cueur, et plus ne se cource, Ainsi pourrez auroir ressource, Mais que vostre mal sens deslie. Qu'est cela, etc. RONDEL. (Orleans.) En yver, du feu, du feu, Et en esté, boire, boire, C'est de quoy on fait memoire, Quant on vient en aucun lieu. Ce n'est ne bourde, ne jeu, Qui mon conseil vouldra croire? En yver, etc. Et en esté, etc. Chaulx morceaux faiz de bon queu, Fault en froit temps, voire, voire, En chault, froide pomme, ou poire; C'est l'ordonnance de Dieu. En yver, etc. RONDEL. (Orléans.) Ne cessez de tanser, mon cueur, Et fort combatre ces faulx yeulx Que nous trouvons, vous et moy, tieulx Qu'ilz nous font trop souffrir douleur. Estroictement commandez leur Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx. Ne cessez, etc. Et fort, etc. Et leur monstrez telle rigueur, Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx; Qu'ilz obeissent, se m'aist Dieux, A vous, vous monstrant leur Seigneur. Ne cessez, etc. RONDEL. (Orléans.) Je ne voy rien qui ne m'annuye, Et ne scay chose qui me plaise; Au fort, de mon mal me rapaise, Quant nul n'a sur mon fait envye. D'en tant parler, ce m'est follie, Il vault trop mieulx que je me taise. Je ne voy, etc. Et ne scay, etc. Vouldroit aucun changer sa vie A moy? pour essayer mon aise; Je croy que non, car plus mauvaise Ne trouveroit, je l'en deffie. Je ne voy, etc. RONDEL. (Orléans.) Ne bien, ne mal, mais entre deulx J'ay trouvé aujourduy mon cueur Qui parmi Confort et Douleur, Se seiéoit ou meilleu d'entr'eulx. Il me dit: Qu'est ce que tu veulx? Peu, respondy pour le meilleur. Ne bien, ne mal, etc. J'ay trouvé, etc. Aux dames et aux paons fais veulx, Se fortune me tient rigueur, De sa foy requerray bon eur, Qu'il s'aquicte quant je me deulx. Ne bien, ne mal, etc. RONDEL. (Orléans.) Fermez lui l'uis au visaige, Mon cueur, à Merencolie, Gardez qu'elle n'entre mye, Pour gaster nostre mesnaige; Comme le chien plain de raige, Chassez la, je vous en prye. Fermez lui l'uis, etc. Mon cueur, etc. C'est trop plus nostre avantaige D'estre sans sa compaignie, Car tousjours nous tanse, et crye, Et nous porte grand dommaige. Fermez lui l'uis, etc. RONDEL. (Orléans) Ou millieu d'Espoir et de Doubte, Les cueurs se mussent plusieurs jours, Pour regarder les divers tours Dont Dangier souvent les deboute. L'oreille je tens, et escoute Savoir que, sur ce, dit Secours. Ou millieu, etc. Les cueurs, etc. Eslongné de mondaine route Me tiens, comme né en decours, Entre les aveugles et sours, Dieu y voye, je n'y voy goute. Ou millieu, etc. RONDEL. (Orleans.) Devenons saiges desormais, Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx, Noz oreilles, aussi noz yeulx, Ne croyons de legier jamais. Passer fault nostre temps en paix, Veu que sommes du renc des vieulx. Devenons, etc. Mon cueur, etc. Se nous povoions par souhaiz Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux, Feu Grejoys ferions en mains lieux; Mais les plus grans coups en sont faiz, Devenons, etc. RONDEL. (Orléans.) Qui le vous a commandé? Soussy, de me mener guerre; Avant qu'on vous aille querre, Venez sans estre mandé. M'ordonnez vous almandé, Quant Mort de son dart m'enferre. Qui le vous, etc. Soussy, etc. Pour Dieu, tost soit amendé Le mal qui tant fort me serre, Apres que seray en terre, Vous en sera demandé. Qui le vous, etc. RONDEL. (Orléans.) Ces beaulx mignons à vendre et à revendre, Regardez les, sont ilz pas à louer? Au service sont tous pres d'eulx louer Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre. Bon escolle sauront bientost aprendre, Bons escolliers, je les vueil advouer. Ces beaulx, etc. Regardez, etc. Et s'ilz faillent, il les pourra reprendre, Quant ilz vouldront trop nycement jouer, Et sus leurs braz la chemise nouer, Tant qu'au batre ne se puissent deffendre. Ces beaulx, etc. RONDEL. (Maistre Jehan Caillau.) Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Si fait, dea! des foiz plus de trente, Maint se tourmente, Souffrant le revers de son vueil, Et touteffoiz lerme de l'ueil Neist hors du sueil, Pour payer du courroux la rente; Du dolent, ou de la dolente, Qui seuffre doleur non pas lente, Sans nulle actente D'assouagement de leur dueil. Quant pleur, etc. Tant y en a en ceste sente, Souffrans de corps, de cueur, d'entente, Loing de la tente Où sont Plaisance et Doulx acueil; Quant à moy, des maulx que recueil, Dont tant me dueil, Seulet, à part moy, me guermente. Quant pleur, etc. RONDEL. (Orléans) D'Espoir, il n'en est nouvelles, Qui le dit? Merencolie, Elle ment, je le vous nye; A! a! vous tenez ses querelles. Non faiz, mais parolles telles Courent, je vous certiffie. D'Espoir, etc. Qui le dit, etc. Parlons doncques d'autres, quelles? De celles dont je me rie, Peu j'en scay, or je vous prie Que m'en contez des plus belles. D'Espoir, etc. RONDEL. (Orléans.) Une povre ame tourmentée Ou Purgatoire de Soussy, Est en mon corps, qu'il soit ainsi; Il y pert, et nuyt, et journée, Piteusement est detirée, Sans point cesser, puis là, puis cy. Une povre, etc. Ou, etc. Mon cueur en a peine portée, Tant qu'il en est presque transy; Mais esperance j'ay aussi, Qu'au derrenier, sera sauvée. Une povre, etc. RONDEL. (Maistre Jehan Caillau.) Espoir où est? en chambre close, Et là que fait? il se repose, Sera il empiece esveillé? Il dit que il a trop veillé, Et que dormir veult une pose. Que pour quelque pris je compose A vous, et l'esveiller je n'ose, Car il est las, et traveillé. Espoir, etc. Par Dieu, ainsi que je suppose, Il fait quelque roman, ou glose; Moy mesmes suis esmerveillé De le veoir si ensommeillé, Ne m'en direz vous autre chose? Espoir, etc. RONDEL. (Orléans.) Pour empescher le chemin, Il ne fault q'un amoureux Qui, en penser desireux, Va songant soir et matin; Donnez lui ung bon tatin, Il s'endort le maleureux. Pour, etc. Il ne, etc. D'eaue tout plain ung bassin Eust il dessus ses cheveulx, D'un coup d'esperon, ou deux, Ne veult chasser son roussin. Pour, etc. RONDEL. (Orléans.) Qu'esse la? qui vient si matin? Se suis je, vous, saint Valentin, Qui vous amaine maintenant, Ce jour de Karesme prenant, Venez vous departir butin? A present nulluy ne demande, Fors bon vin et bonne viande, Banquetz, et faire bonne chiere; Car Karesme vient et commande A charnaige, tant qu'on le mande, Que pour ung temps se tire arriere. Ce nous est ung mauvais tatin, Je n'y entens nul bon latin, Il nous fauldra dorenavant Confesser, penance faisant, Fermons lui l'uys à tel hutin. Qu'esse la, etc. RONDEL. Commandez qu'elle s'en voise, Mon cueur, à Merencolie, Hors de vostre compaignie, Vous laissent en paix sans noise; Trop a esté, dont me poise, Avecques vous, c'est folie. Commandez, etc. Mon cueur, etc. Oncques ne vous fut courtoise, Mais les jours de vostre vie A traictez en tirannie; Sang de moy, quelle bourgoise! Commandez, etc. RONDEL. (Bourbon jadiz Clermont.) Je gis au lit d'amertume et doleur, Livré à mort, par faulte de secours, Et si ne scay quant finera le cours De mon aspre et immortel malheur. Priez pour moy, car je m'en vois mourir, Mes bon amis, aiez en souvenance; On ne me veult au besoing secourir, Requerez en, apres mes jours, vengance. Si vous m'amez, car c'est pour la valleur D'une sans per, qu'ainsi m'est au decours Ma povre vie, sans repit, ne recours, Pour estre tant son loyal serviteur, Je gis au lit, etc. RONDEL. (Response d'Orleans à Bourbon.) Comme parent et alyé Du duc Bourbonnois à present, Par ung rondeau nouvellement Me tiens pour requis et payé; Par une, gist malade, mis Ou lit d'amertume et grevance, Requerant tous ses bons amis, S'il meurt, qu'on demande vengance. Quant à moy, j'ay ja deffie Celle qui le tient en tourment, Et apres son trespassement, Par moy sera bien hault crié. Comme parent, etc. RONDEL. (Orléans.) Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx, Criant mercy piteusement, S'ilz le chastient rudement, Et il meurt, qu'en valent ilz mieulx? Batu de verges de Beaulté, De lui font sang par tout courir, Mais qu'il n'ait fait desleauté, Pitié le devroit secourir; S'il n'a point hanté entre tieulx Qui ne s'acquictent loyaument; Doit estre tel pugnissement, A mon advis, en autres lieux. Quant, etc. RONDEL. (Le Seneschal.) Ma fille de confession, Vueillez avoir compassion De cellui qui sert loyaument, Et qui est vostre entierement, Sans point faire de fiction. Selon raison et conscience, Tort lui tendrez, c'est ma creance, S'il n'a bien brief ce que tant vault. Je vous charge par penitence, Q'ayez en lui toute fiance, Sans plus respondre: Ne m'en chault. Cellui qui souffrist passion, Vous doint bonne contriction; Au chois de mon entendement, Plus eureux soubz le firmament N'auroit, dont il soit mencion. Ma fille, etc. RONDEL. (Response d'Orleans au Seneschal.) Beau Pere! benedicite, Je vous requier confession, Et, en humble contriction, Mon pechié sera recité. En moy n'a eu mercy, ne grace, Prenant de ma beaulté orgueil, Amours me pardoint, ainsi face, Desormais repentir m'en vueil; Reffus à mon cueur delité, J'en feray satisfacion, Donnez m'en absolucion Et penance, par charité. Beau Pere, etc. RONDEL. (Blosseville.) Ma tres belle, plaisante seur, Confiteor du bon cueur Dictes, par grant devocion, Sans plus avoir intencion De maintenir vostre folleur. Car tost apres, de ma puissance Vous absouldray, en esperance Que doulce serez envers tous. Et vous enjoings, par penitance, De donner demain allegance A cellui qui se meurt par vous; Lequel, par vostre grant rigueur, Seuffre, comme j'entens, doleur, Et sans cause pugnicion; Dont ja n'aurez remission, Tant qu'il en soit hors, j'en suis seur. Ma très belle, etc. RONDEL. (Bourbon.) Je sens le mal qu'il me convient porter Non advenu, mais je crains qu'il aviengne, Et qu'en la fin maleureux je deviengne, Sans m'asservir ailleurs, ne transporter; S'ainsi advient qu'à tort on m'abandonne, Que Dieu ne vueille, que feray je sans per? Las! je ne scay, si ce mal on me donne. Des malheureux je seray le non per. Pour le meilleur, il me fault deporter Jusques à tant que ce malheur me viengne; Mais à ma Dame hardiement en souviengne; Car pour tousjours sa rigueur supporter, Je sens le mal, etc. RONDEL. (Response d'Orléans à Bourbon.) A voz amours hardiement en souviengne, Duc de Bourbon, se mourez par rigueur, Jamais n'auront ung si bon serviteur, Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne. Dieu ne vueille que tel meschief adviengne, Ilz perdroient leur renom de doulceur. A voz amours, etc. Duc de, etc. S'il est jangleur qui soctement maintiengne Que Bourbonnois ont souvent legier cueur, Je ne respons, fors que pour vostre honneur, Esperance convient que vous soustiengne. A voz amours, etc. RONDEL. (Orléans) Descouvreur d'embusche, sot ueil, Pourquoy as tu passé le sueil De ton logis, sans mandement? Et par oultrageux hardement, As entrepris contre mon vueil. Demourer en repos je vueil, Et en paix faire mon recueil. Sans guerre avoir aucunement. Descouvreur, etc. Pourquoy, etc. En aguet se tient Bel acueil, Et se par puissance, ou orgueil, Une fois en ses mains te prent, Tu fineras piteusement Tes jours, en la prison de dueil. Descouvreur, etc. RONDEL. (Maistre Berthault de Villebresme.) Puisque Atropos a ravy Dyopée, Contre humain cours prinse et anticipée, Cupido! plus je ne vous serviray; Car tel douleur que pour vous servir ay, Pour Demophon n'eut Phillis Rodopée. Plaisance s'est de moy émancipée, Dueil m'est acquis, ma joie est dicipée; En Boreas, Zephirus s'est viray. Puisque, etc. Contre, etc. Adieu vous dy, toute nymphe actrapée Aux laqs, Venus com oyseau a pipée, Plus avecques vous je ne me deduiray, Mais à gémir du tout me reduiray, Ou m'occiray, com Piramus, d'espée. Puisque, etc. RONDEL. (Orléans.) Amours, à vous ne chault de moy, N'à moy de vous, c'est quiete et quiete, Ung vieillart jamais ne prouffite Avecques vous, comme je croy; Puisque suis absolz de ma foy, Et jeunesse m'est interdicte. Amours, etc. N'à moy, etc. Jeune, sceu vostre vieille loy, Vieil, la nouvelle je despite, Ne je ne crains la mort subite De regart; qu'en dictes vous? quoy? Amours, etc. RONDEL. (Orléans.) J'ay pris le logis de bonne heure D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy, Affin que les fourriers d'Annuy Ne le preignent pour sa demeure; Veu que, nuyt et jour, il labeure De me gaster; et je le fuy. J'ay pris, etc. D'Espoir, etc. Bon eur, avant que mon cueur meure, L'aidera, il se fye en luy; Autre part ne quiers mon apuy, En actendant qu'il me sequeure, J'ay pris, etc. RONDEL. (Fraigne.) Mon oeil m'a dit qu'il me deffie A tousjours, sans repentir. Se je ne lui fais ce plaisir D'amer une qu'il a choisie; Se c'estoit pour sauver sa vie, Plus ne m'en pourroit requérir. Mon oeil, etc. A tousjours, etc. Je lui ay dit: Tu fais folie, Je te prie, laisse moy dormir, Je n'ay pas à présent loisir De penser à ta reverie. Mon oeil, etc. RONDEL. (Orléans.) Escoutez et laissez dire, Et en voz mains point n'empire Le mal, retournez le en bien; Tout yra, n'en doublez rien, Si bien qu'il devra suffire. Dieu, comme souverain mire, Fera mieulx qu'on ne désire, Et pourverra; tout est sien. Escoutez, etc. Et en voz, etc, Chascun à son propos tire, Mais on ne peut pas eslire, Je l'ay trouvé, ou fait mien; Au fort, content je m'en tien, Car apres pleurer, vient rire. Escoutez, etc. RONDEL. (Benoist d'Amien.) Contre fenouches et nox buze, Convient l'un faire, l'aultro dire, Pleurer d'un ueil, de l'aultro rire, Questo modo les gens abuze. Or da poy que lo mondo en uze, Non est dy besoingno dormire. Contre, etc. Convient, etc. Tanto principo comme duze, Veulent le lour fato conduire, Et li soy servitor instruire A sapere jouar la ruze. Contre, etc. RONDEL. (Maistre Berthault de Villebresme.) Puisque chascun sert de fenouches, Et de mentir, neiz que de mouches. Aucun aujourduy ne tient conte, Mais à chascun d'avoir son compte Souffist, soit honneur, ou reprouches. Retraire je me vueil es touches Des bois, ainsi que les farouches, Car d'estre au monde j'ay grant honte. Puisque, etc. Et de mentir, etc. Je y congnois tant de males bouches, De clers voyans faisant les louches. De bons et simples que l'on donte; Veu donc que mal bien y surmonte. Plus me plaist vivre entre les souches. Puisque, etc. RONDEL. (Le Duc de Bourbon.) Prenez l'ommaige de mon cueur, En recevant sa feaulté, Et il gardera loyaulté, Comme doit leal serviteur. S'il se forfait en vous servant, Et qu'il soit clerement cogneu, Ne le tenez plus pour servant, Banny soit comme descongneu. Mais ce pendant, toute doulceur Lui soit faicte, sans cruaulté, Actendant que vostre beaulté Ait pouveu à sa grant douleur. Prenez, etc. RONDEL. (Orléans.) En arrierefief soubz mes yeulx, Amours, qui vous ont fait hommaige. Je tiens de mon cueur l'eritaige, A vous sommes et serons tieulx, Voz vraiz subgietz, voire des vieulx. Soit nostre prouffit, ou dommaige. En arrierefief, etc. Amours, etc. J'appelle Déesse et Dieux Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige, Se voulez, j'en tendray ostaige; Vous puis je dire, ou faire mieulx? En arrierefief, etc. RONDEL. (Orléans.) J'en baille le denombrement Que je tiens soubz vous loyaument. Loyal desir et bon vouloir; Mais j'ay trop engagé povoir, Se je n'en ay relèvement. Je vous ay servi longuement, En y despendant largement Des biens que j'ay peu recevoir. J'en baille, etc. Que je tiens, etc. Vieillesse m'assault tellement, Et me veult à destruisement Mener, mais, veu qu'ay fait devoir Que m'aiderez, j'ay ferme espoir A mes drois, voyez les comment. J'en baille, etc. RONDEL. (Orléans). Je suis à cela Que Merencolie Me gouvernera. Qui m'en gardera? Je suis, etc. Puisqu'ainsi me va, Je croy qu'à ma vie Autre ne sera. Je suis, etc. RONDEL. (Orleans.) On ne peult chastier les yeulx, N'en chevir, quoy que l'en leur dye, Dont le cueur se complaint et crye, Quant s'esgarent en trop de lieux. Seront ilz tousjours ainsi? Dieux! Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie, On ne peut, etc. N'en chevir, etc. Quant aux miens, ilz sont desja vieulx, Et assez lassez de follie; Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye Comme enragiez, n'est ce le mieulx? On ne peut, etc. RONDEL. (Orléans.) Sont les oreilles estouppées? Rapportent ilz au cueur plus rien? Ouyl, plustost le mal que bien, Quant on ne les tient gouvernées. Se leurs portes ne sont fermées, Tout y court de va et de vien. Sont les oreilles, etc. Rapportent, etc. Les miennes seront bien gardées De Nonchaloir, que portier tien; Dont se plaint et dit le cueur mien, On ne me sert plus de pensées. Sont les oreilles, etc. RONDEL. (Orléans.) Tel est le partement des yeulx, Quant congié prennent doulcement, D'eulx retraire piteusement, En regretz privez pour le mieulx. Lors divers se dient adieux, Esperans revenir briefment. Tel est le, etc. Quant, etc. Et si laissent, en plusieurs lieux, Des larmes par engagement Pour paier leur deffrayement, En gectant souspirs, Dieu scet quieulx. Tel est le, etc. RONDEL. (Orléans.) Pour monstrer que j'en ay esté, Des amoureux aucuneffoiz, Ce May, le plus plaisant des mois, Vueil servir ce present esté. Quoy que Soucy m'ait arresté, Sans son congié, je m'y envoiz. Pour monstrer, etc. Des amoureux, etc. Pour ce, je me tiens apresté A deduiz, en champs et en bois, S'Amours y prent nulz de ses droitz, Quelque bien m'y sera presté. Pour monstrer, etc. RONDEL. (Orléans.) Tant ay largement despendu Des biens d'amoureuse richesse, Ou temps passé de ma jeunesse, Que trop chier m'a esté rendu; Car lors à rien je n'ay tendu, Qu'à conquester foison lyesse. Tant ay, etc. Des biens, etc. Commandé m'est, et deffendu Desormais par Dame Vieillesse, Qu'aux jeunes gens laisse prouesse, Tout leur ay remis et vendu Tant ay, etc. RONDEL. (Orléans.) Fyez vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien; Mais souventeffoiz n'en fait rien, Dont mains cueurs se sentent foulez. Quant Desir les a affolez, Au grant besoing leur fault du sien. Fyez vous y, etc. En Espoir, etc. Lors sont de destresse affolez; J'aymeroye, pour le cueur mien, Mieulx que deux tu l'aras, ung tien; Quant les oyseaux s'en sont vollez. Fyez vous, etc. RONDEL. (Orléans.) Jaulier des prisons de Pensée, Soussy, laissez mon cueur yssir, Pasmé l'ay veu esvanouir En la fosse desconfortée; Mais que seurté vous soit donnée De tenir foy et revenir. Jaulier, etc. Soussy, etc. S'il mouroit en prison fermée, Honneur n'y povez acquerir; Vueilliez au moins tant l'eslargir Qu'ait sa finance pourchassée. Jaulier, etc. RONDEL. (Simonnet Caillau.) Jaulier des prisons de Pensée, Mon povre cueur aux fers tenez, Et dit on que vous lui donnez, Chascun jour, une bastonnée. Est ce par sentence ordonnée, Qu'en ce point le me gouvernez? Jaulier, etc. Mon povre, etc. Se sa cause estoit bien menée, On jugeroit que mesprenez, Et qu'à grant tort le retenez, Sans plainte de personne née. Jaulier, etc. RONDEL. (Tignonville.) Jaulier des prisons de Pensée, Avez vous le commandement De traicter ainsi rudement Les povres cueurs, en ceste année; Vous est la puissance donnée De par Soussy, ou autrement. Jaulier, etc. Avez vous, etc. Dedens la chartre adoulée, Tenir les deussiez doulcement, Batre ne devez nullement Prisonniers en fosse fermée. Jaulier, etc. RONDEL. (Gilles des Ourmes.) Jaulier des prisons de Pensée, Qui tenez tant de gens de bien, Ouvrez leur, ilz paieront bien Le droit de l'yssue, et l'entrée. Ilz m'ont commission baillée D'appointer, dictes moi combien? Jaulier, etc. Qui tenez, etc. Car j'ay cy finance apportée Assez, que du leur, que du mien; Tant qu'on ne vous en devra rien, Jusqu'à la derreniere journée. Jaulier, etc. RONDEL. (Orleans.) Donnez l'aumosne aux prisonniers, Reconfort, et espoir aussi, Tant feray au jaulier Soussy, Qu'il leur portera voulentiers. Ilz n'ont ne vivres, ne deniers, Crians de fain; il est ainsi. Donnez, etc. Reconfort, etc. Meschans ont esté mesnagiers, Tenuz pour debte jusques cy, Faictes les euvres de mercy, Comme vous estes coustumiers. Donnez, etc. RONDEL. (Benoist d'Amien.) N'oubliez pas les prisonniers, Bonnes gens, aiez en mercy; Ilz sont en la tour de Soussy, Et n'ont ne mailles, ne deniers, Larrons ne sont point, ne murtriers, Par envie on les tient ainsi. N'oubliez pas, etc. Bonnes gens, etc. Faictes comme bons aumosniers, Pour la grant pitié que veez cy, Et pour vous prieront Dieu aussi De tres bon cueur, et voulentiers. N'oubliez pas, etc. RONDEL. (Hugues le Voys.) Jaulier des prisons de Pensée, Ouvrez à Reconfort la porte, Car à mon cueur l'aumosne porte, Que mes yeulx lui ont pourchassée; Tenu l'avez, mainte journée, Ou cep d'anuy, et prison forte. Jaulier, etc. Ouvrez, etc. Tant à faim et soif endurée, Qu'il a perdu couleur et sorte, Helas! pour Dieu, qu'on le supporte, Autrement sa vie est finée. Jaulier, etc. RONDEL. (Orléans.) Banissons Soussy, ce ribault Batu de verges par la ville, C'est ung crocheteur trop habille Pour embler joye qui tant vault; Copper une oreille lui fault, Il est fort larron entre mille. Banissons, etc. Batu de, etc. Se plus ne revient, ne m'en chault, Laissez le aller sans croix, ne pille, Le Deable l'ait ou trou Sebille; Point n'en saille pour froit, ne chault. Banissons, etc. RONDEL. (Orléans.) Des vieilles defferres d'Amours, Je suis à present, Dieu mercy; Vieillesse me gouverne ainsi, Qui m'a condempné en ses cours. Je m'esbahis quant à rebours Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy? Des vieilles, etc. Je suis, etc. Mon vieil temps convient qu'ait son cours, Qui en tutelle me tient sy, Du jaulier appellé Soussy, Que rendu me tiens pour tousjours. Des vieilles, etc. RONDEL. (Orleans.) Comme monnoye descriée, Amours ne tient compte de moy; Jeunesse m'a laissé, pourquoy? Je ne suis plus de sa livrée. Puisque telle est ma destinée, Desormais me fault tenir coy. Comme, etc. Amours, etc. Plus ne prens plaisir, qu'en pensée Du temps passé; car, sur ma foy, Ne me chault du present que voy, Car Vieillesse m'est delivrée. Comme, etc. RONDEL. (Orleans.) Laissez Baude buissonner, Le vieil Briquet se repose, Desormais travailler n'ose, Abayer, ne mot sonner. On lui doit bien pardonner, Ung vieillart peut pou de chose. Laissez, etc. Le vieil, etc. Et Vieillesse emprisonner L'a voulu, en chambre close; Par quoy j'entens que propose Plus peine ne lui donner. Laissez, etc. RONDEL. (Hugues le Voys.) Comme monnoye descriée, Loyaulté je voy abriée Dessoubz le pavillon de Honte, Par Faulceté qui la surmonte, Et l'a d'oultrance deffiée. De Bonnefoy s'est alyée, Et de son aide l'a priée, Mais on n'en tient que peu de conte. Comme, etc. Loyaulté, etc. Du tout la tiens pour ravallée, Par montaigne et par vallée, Est notoire ce que raconte; En maison de Duc, ne de Conte, Ne se treuve qu'à l'eschappée. Comme, etc. RONDEL. (Orléans.) Quant me treuve seul, à part moy, Et n'ay gueres de compaignie, Ne demandez pas s'il m'ennuye, Car ainsi est il, sur ma foy. En riens plaisance n'apercoy, Fors comme une chose endormye. Quant me, etc. Et n'ay, etc. Mais s'entour moy plusieurs je voy, Et qu'on rie, parle, chante, ou crye, Je chasse hors merencolie Que tant hair et craindre doy. Quant, etc. RONDEL. (Orléans.) Trop ennuyez la compaignie, Douloureuse Merencolie, Et troublez la feste de Joye; Foy que doy à Dieu, je vouldroye Que feussiez du pays bannie. Vous venez sans que l'on vous prie, Bon gré, maugré, à l'estourdie, Alez, que plus on ne vous voye. Trop ennuyez, etc. Douloureuse, etc. Soussy avecques vous s'alye, Si lui dy je que c'est folie, Quel mesnaige! Dieu vous convoye Si loing, tant que vous revoye Querir, quant? jamais en ma vie. Trop ennuyez, etc. RONDEL. (Orléans.) Escollier de Merencolie, Des verges de Soussy batu, Je suis à l'estude tenu, Es derreniers jours de ma vie; Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye, Quant me sens vieillart devenu. Escollier, etc. Des verges, etc. Pitié convient que pour moy prie, Qui me treuve tout esperdu, Mon temps je pers, et ay perdu, Comme rassoté en folie. Escollier, etc. RONDEL. (Hugues le Voys.) Escollier de Merencolie, Par Soussy qui est le recteur, A l'estude est tenu mon cueur; Et Dieu scet comme on le chastie. De s'y mectre fist grant folie, Car on le tient à la rigueur. Escollier, etc. Par Soussy, etc. Bon temps n'aura jour de sa vie. Puisqu'il y est, de son maleur, Dedens le livre de douleur, Lui est force qu'il estudie. Escollier, etc. RONDEL. (Orléans.) Et fust ce ma mort, ou ma vie, Je ne puis de mon cueur chevir, Qu'il ne veuille conseil tenir Souvent, avec Merencolie. Si lui dy je que c'est folie, Mais comme sourt ne veult oir Et fust ce, etc. Je ne puis, etc. A Grace, pour ce, je supplie Qu'il lui plaise me secourir, Au par aller ne puis fournir, Se ne m'aide par courtoisie. Et fust ce, etc. RONDEL. (Orléans.) Allez vous en dont vous venez, Ennuyeuse Merencolie, Certes on ne vous mande mye. Trop privée vous devenez. Soussy avecques vous menez, Mon huis ne vous ouvreray mye. Allez vous en, etc. Ennuyeuse, etc. Car mon cueur en tourment tenez, Quant estes en sa compaignie; Prenez congié, je vous en prie, Et jamais plus ne retournez, Allez vous en, etc. RONDEL. (Orléans.) A qui en donne l'en le tort? Puisque le cueur en est d'accort, Se les yeulx vont hors en voyage, Et rapportent aucun message De beaulté plaine de confort. Ilz crient: Resveille qui dort, Lors le cueur ne dort pas si fort, Qui ne dye: J'oy compter rage. A qui en, etc. Puisque le, etc. Adoncques Desir picque et mort, Savez comment? jusqu'à la mort; Mais le cueur, s'il est bon et sage, Remede y treuve et avantage, Bien, ou mal en vient oultre bort. A qui en, etc. RONDEL. (Orléans.) Doivent ilz estre prisonniers, Les yeulx, quant ilz vont assaillir L'embusche de plaisant desir, Comme hardiz avanturiers; Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers, Et leurs gaiges fault desservir. Doivent ilz, etc. Les yeulx, etc. Ilz se tiennent siens si entiers, Qu'au besoing ne pevent faillir, Jusques à vivre, ou à mourir. Ilz le font bien, et voulentiers. Doivent ilz, etc. RONDEL. (Orléans.) N'oubliez pas vostre maniere, Non ferez vous, je m'en fais fort, Ennuy armé de desconfort, Qui tousjours me tenez frontiere, Venez combatre à la barriere, Et faictes à coup vostre effort. N'oubliez pas, etc. Non ferez, etc. Quant mectez sus vostre banniere, Cueurs loyaux guerriez si fort, Que les faictes retraire ou fort De Douleurs, à piteuse chiere. N'oubliez pas, etc. RONDEL. (Orleans) Chiere contrefaicte de cueur. De vert perdu et tanne painte, Musique notée par fainte, Avecques faulx bourdon de maleur. Qui est il ce nouveau chanteur? Qui si mal vient à son actainte. Chiere, etc. De vert, etc. Je ne tiens contre, ne teneur Enroué, faisant faulte mainte, Et mal entonné par contrainte, C'est la chapelle de douleur. Chiere, etc. RONDEL. (Le grant Seneschal.) Qui trop embrasse, peu estraint; Je le dy pour maintes et maint Qui scevent servir de telz tours, Mectans loyaulté en decours, Dont leur bon los peut estre estaint. Qui a choisy et pris party, Puisque son cueur y a party, Est ce bien fait de le laisser? Pose qu'on feust trop mieulx party, Si seroit ce mal depparty, Et son honneur trop fort blesser. Qui varie, sans bien remaint; Par fermeté souvent on vaint, Les bons trouvent tousjours secours, Ceulx qui changent, l'ont à rebours; Il est pieca escript et paint. Qui trop, etc. RONDEL. (Orléans.) Il n'est nul si beau passe temps Que de jouer à sa pensée, Mais qu'elle soit bien despensée Par raison, ainsi je l'entens. Elle a fait milz despens contens, Par espoir soit recompensée. Il n'est, etc. Elle dit: A ce je m'actens, Veu qu'ay loyaulté pourpensée, Que de mes soussiz dispensée Seray, malgré les malcontens. Il n'est, etc. RONDEL. (Fraigne.) Le cueur, dont vous avez la foy, Se recommande à vous, ma Dame, Vous faisant savoir qu'il vous ame, Mais pensez que ce n'est pas poy. Il parle nuyt et jour à moy, En vous louant, belle, plus que ame. Le cueur, etc. Se recommande, etc. Il m'a juré, et je le croy, Qu'à son vivant n'ayma tant femme, Et Dieu scet comment il me blasme Que plus souvent je ne vous voy. Le cueur, etc. RONDEL. Prophetizant de vostre advenement, Voyant venir voz haulx biens clerement, Acompaignez de vostre grant beaulté, A vous amer si fort me suis bouté, Qu'au monde n'ay nul autre pensement. Tres que mon oueil vous vit premierement, Il ordonna mon cueur entierement Pour vous servir en toute feaulté. Prophetizant, etc. Lors je jugay, à mon entendement, Que quelquefoiz j'auroye advencement. Vous remonstrant ma tres grant loyaulté, Et que de biens j'auroye à grant planté, Cela je creu des le commencement. Prophetizant, etc. RONDEL. (Fraigne.) Mon oueil, je te pry et requier Que tu n'ayes plus en pensée D'aler veoir ma tant desirée. Ou tu me metz en grant dangier: Et si te dy, pour abregier, Que c'est ma mort toute jurée. Mon oueil, etc. Que tu n'ayes, etc. Quant tu la verra au moustier, Ou quelque part à la passée, Ne te metz pas en sa visée, Car perilleux est tel archier. Mon oueil, etc. RONDEL. (Orléans.) Pour Dieu, faictes moy quelque bien, Veu que m'a desrobé Vieillesse, Plaisance; car, en ma jeunesse, Savez que vous amoye bien; Pour vous n'ay espargné du mien, Or suis povre, plain de foiblesse. Pour Dieu, etc. Veu que, etc. Devoir ferez, comme je tien. Car j'ay despendu à largesse, Pieca, mon tresor de liesse, Et maintenant je n'ay plus rien. Pour Dieu, etc. RONDEL. (Orléans.) C'est la prison Dedalus, Que de ma merencolie, Quant je la cuide faillie, J'y rentre de plus en plus. Aucunes foiz je conclus D'y bouter Plaisance lie. C'est la prison, etc. Que de ma, etc. Oncques ne fut Tantalus En si tres peneuse vie, Ne, quelque chose qu'on die, Chartreux, hermite, ou reclus. C'est la prison, etc. RONDEL. (Anthoine de Cuise.) Ha! mort, helas! Veu que je suis de vivre las, Que ne tens tu vers moy tes las, Pour abregier mon infortune, Aussi pour monstrer à Fortune Qui me fortune, La puissance que sur elle as. Fay ton effort, et si t'avance, Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce Que je m'occye de mes mains; Monstre ton povoir et savance, Puisque je vueil faire l'avance, Car certes tu ne peutz à mains. Pren tes esbas A faire cesser noz debas, Aussi bien sont ce tes cabas Que de tousjours trouver rancune; Tu es seule, celle et chascune: Sans autre aucune, Par qui tout cesse hault et bas. Ha! mort, helas! RONDEL. (Anthoine de Cuise.) Par bien celer mains tours divers, Monstrant de son vueil le revers, Soubz ung peu de maniere fainte. Avec abstinence contrainte, Sont les secrez d'Amours ouvers. Refus les deffent à travers, Et ne sont à nulz descouvers, Que ce ne soit en tres grant crainte. Par bien celer, etc. Honte, les tient clos et couvers, Pour les faulx Dangiers et pervers. Dont elle a eu repcouche mainte; Mais pour venir à nostre actainte, Loyaulté nous baille ces vers. Par bien celer, etc. RONDEL. (Anthoine de Cuise.) Ou val obscur, avantureux, Où les loyaulx cueurs doloreux Des amoureux Sont condempnez d'user leurs jours, En piteux plains et grans clamours, Me tient Amours, Comme le chief des langoureux. Et faut qu'avec les maleureux, Par son faux refus rigoureux, Plus que poureux, J'actende la mort à secours. Ou val obscur, etc. C'est le hault guerdon dangereux, Ordonné pour moy et pour eulx, Peu savoureux, Sans autre part avoir recours; Et la voyant nostre decours. De criz et plours, Faisons ung tresor plaintureux. Ou val obscur, etc. RONDEL. (Orléans.) A! que vous m'anuyez, Vieillesse! Que me grevez plus que oncques mes, Me voulez vous à tousjours mes Tenir en courroux et rudesse; Je vous fais loyalle promesse Que ne vous aymeray james. A! que vous, etc. Que me, etc. Vous m'avez banny de jeunesse, Rendre me convient desormais, Et faictes vous bien? Nennil, mais, De tous maulx on vous tient maistresse. A! que vous, etc. RONDEL. Les biens de vous, honneur et pris, M'ont tant espris De vous amer, ma gente Dame, Qu'il n'est pas en puissance d'ame De tourner ailleurs mes espris. C'est à moy trop hault entrepris, Com mal apris, Mais blasmez en, s'il y a blasme, Les biens, etc. Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris En son pourpris, Et que tant loyaument vous ame, Amez moy, je prens sus mon ame Que jamais n'en serons repris. Les biens, etc RONDEL. M'amerez vous bien? Dictes par vostre ame, Mais que je vous ame Plus que nulle rien; Le vostre me tien, Sans faire autre Dame. M'amerez, etc. Dictes par, etc. Dieu mist tant de bien En vous, que c'est basme; Pour ce, je me clame Vostre, mais combien. M'amerez, etc. RONDEL. C'est par vous que tant fort souspire, Tousjours m'empire; A vostre advis, faictes vous bien? Que tant plus je vous vieulx de bien, Et, sus ma foy, vous m'estes pire. Ha! ma Dame, si grief martire, Ame ne tire Que moy, dont ne puis mais en rien. C'est par vous, etc. Vostre beaulté vint, de grant tire, A mon oueil dire Que feist mon cueur devenir sien; Il le voulut, s'il meurt? et bien, Je ne lui puis aider, ou nuyre. C'est par vous, etc. RONDEL. Pour mectre fin à mes douloureux plains, Et aux ennuys dont je me sens si plains, Fort me complains A toute heure, mais remede n'y treuve, Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve, Ou dame neuve, Car la mienne se rit, tant plus me plains; Souvent m'a veu pleurant par brais et plains, A triste cueur, de dueil paliz et tains, Mais pensez vous que de riens et se meuve? Pour mectre fin, etc. Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains, Et qu'en ay mains Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve, Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve, Son cas le preuve; Ne suis je pas doncques en bonnes mains? Pour mectre, etc. RONDEL. (Orléans.) Temps et temps m'ont emblé jeunesse, Et laissé es mains de Vieillesse, Où vois mon povre pain querant; Aage ne me veult, tant ne quant, Donner l'aumosne de liesse. Puisqu'elle se tient ma maistresse, Demander ne lui puis promesse, Pour ce, n'enquerons plus avant. Temps, etc. Je n'ay repast que de foiblesse, Couchant sur paille de destresse, Suis je bien payé maintenant De mes jeunes jours cy devant? Nennil, nul n'est qui le redresse. Temps, etc. RONDEL. (Orléans.) Asourdy de Nonchaloir, Aveuglé de Desplaisance, Pris de goute de Grevance, Ne scay à quoy puis valoir. Voulez vous mon fait savoir? Je suis presque mis en trance. Asourdy, etc. Aveuglé, etc. Se le Medicin Espoir, Qui est le meilleur de France, N'y met briefment pourveance, Vieillesse estaint mon povoir. Asourdy, etc. RONDEL. (Orléans.) Dedens la maison de douleur, Où estoit tres piteuse dance, Soussy, Vieillesse et Desplaisance Je vy dancer comme par cueur. Le tabourin nommé Maleur Ne jouoit point par ordonnance. Dedens la, etc. Où estoit, etc. Puis chantoient chancons de pleur, Sans musicque, ne accordance; D'ennuy, comme ravy en trance, M'endormy lors, pour le meilleur. Dedens la, etc. RONDEL. (Simonnet Caillau.) Dedens la maison de douleur, Où n'a leesse, ne musique, Mon las cueur gist merencolique, Malade ou piteux lit de pleur. Dieu! n'est ce pas grant maleur? Il est pis que paralitique. Dedens la, etc. Où n'a, etc. Par racine, feuille, ne fleur, Ne par medicine auctentique, Remedier n'y scet phisique; Confesse soy, c'est le meilleur, Dedens la, etc. RONDEL. (Orléans.) Je vous sans, et congnois venir, Ennuyeuse Merencolie, Mainteffoiz, quant je ne vueil mye, L'uys de mon cueur vous fault ouvrir; Point ne vous envoye querir, Assez hay vostre compaignie. Je vous sans, etc. Ennuyeuse, etc. Jeunes pevent paine souffrir, Plus que vieillars; pour ce, vous prie Que n'ayez plus sur nous envie, Ne nous vuelliez plus assaillir. Je vous sans, etc. RONDEL. (Orléans.) Mentez, menteurs à quarterons, Certes point ne vous redoubtons, Ne vous, ne vostre baverye, Loyaulté dit, de sens garnie. Fy de vous et de voz raisons; On ne vous prise deux boutons, Et pour ce, nous vous deboutons. Esloignant nostre compaignie. Mentez, etc. Voz parlez, pires que poisons. Boutent par tout feu en maisons; Que voulez vous que l'en vous die? Dieu tout puissant si vous mauldie, Vous donnant de maulx jours foisons. Mentez, etc. RONDEL. (Gilles des Ourmes.) Pour bien mentir souvent et plaisamment, Mais qu'il ne tourne à aucun prejudice, Il m'est advis que ce n'est point de vice, Mais est vertu et bon entendement: On en voit maint eslevé haultement, Bien recueilly et requis en service, Pour bien, etc. Mais qu'il, etc. Mais controuveurs qui mentent faulcement, Pour diffamer quelcun par leur malice, Soient pugniz par droit, selon justice; Pour ce, chascun s'avise saigement. Pour bien mentir, etc. RONDEL. Des soucies de la court, J'ay acheté aujourdui, De deulx bien garny j'en suy, Quoique mon argent soit court. A les avoir chascun y court, Mais quant à moy, je m'enfuy. Des soucies, etc. J'ay acheté, etc. Je deviens vieil, sourt et lourt, Et quant me treuve en ennuy, Nonchaloir est mon apuy, Qui mainteffoiz me secourt. Des soucies, etc. RONDEL. (Jehan Monseigneur de Lorraine.) Je voy mal faire et mal parler, Je voy meschefz renouveller, Je voy loyaulté du tout morte, Je voy trahison aspre et forte, Je voy partout tout mal aler. Je voy hayneurs entre acoler, Verité voy dissimuler, Grans et petiz sont d'une sorte. Je voy mal, etc. Je voy vertuz aux piez fouler. Je voy amictié desseler, Raison voy musser à la porte, Par mehain voy justice morte, Quant honneur veult voile caller. Je voy mal, etc. RONDEL. (Jehan Monseigneur de Lorraine.) Je prens le temps ainsi qu'il peut venir, Je metz courroux hors de mon souvenir, Je suis content de tout ce que j'oy dire, Je n'ay soucy qui me garde de rire, Je suis d'amours bien aise à tenir. Dorenavant plus ne vueil vivre en dueil, Dorenavant consentir plus ne vueil Qu'ame, fors moy, ait de mon cueur la garde. C'est folie d'asubgetir son vueil, C'est simplesse que pour ung regart d'ueil, Sans coup ferir, te blesser par mesgarde. N'ay je pas droit de joyeulx devenir? N'ay je cause de mon ennuy bannir? N'ai je raison de rigueur desconfire? Ne doy je pas paix et repos eslire? Je dye oy, et pour ce maintenir, Je prens le temps, etc. RONDEL. Je n'ay deffaulte que de veue, Et ne congnois riens qu'à demy, En nonchaloir j'ay tant dormy Qu'ay mainte chose descongneue. Vieillesse tient mon cueur en mue, Accompaignée de soucy. Je n'ay, etc. Et ne, etc. Plus ne suis de la retenue De jeunesse qui m'a banny; Mais, au fort, puisqu'il est ainsi, Souffrir fault fortune advenue. Je n'ay, etc. RONDEL. Tais toy, cueur, pourquoy parles tu? C'est folie de trop parler De ce que ne puis amender, Ton jangler ne vault ung festu; Tu pers temps, d'espoir devestu. Pense de toy reconforter. Tais toy, etc. C'est folie, etc. J'ay desja plusieurs ans vescu, Et tant congnois qu'au par aler Il faut bien, ou mal endurer, Riens ne gaigner d'estre testu. Tais toy, etc. RONDEL. Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, A faire chancon, ou balade? Dieu mercy, il n'est plus malade, Tant a par eaue travaillé; D'Orleans s'est appareillé Aler à Blois mangier salade. Qu'a mon, etc. A faire, etc. Son harnois fourbira rouillé, Quelque foiz aussi sa salade; Mais qu'il ait joyeuse ambaxade, Tout se trouvera retaillé. Qu'a mon, etc. RONDEL. (Orléans.) Tout plain ung sac de joyeuse promesse, Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie, Qui me poursuit, certes c'est grant folie, Tant qu'on en ayt par raison, à largesse; Craindre ne fault Fortune la diverse, Qui Passe temps avecques elle alie. Tout plain, etc. Soubz clef, etc. Conseil requier à gens plains de sagesse, Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die; Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie, A droit vendra et trouvera richesse. Tout plain, etc. RONDEL. (Benoist d'Amien.) Nagent en angoisse parfonde, Où joye, ne plaisir n'abite, Mon dolent cueur en nef mauldite, D'Ercules a passé la bonde; D'y avoir bien nul ne s'y fonde, La voye si est interdite. Nagent, etc. Où joye, etc. L'aider, nul ne peut en ce monde, Fors Thetis qui Deesse est dicte De la mer, car, sans contredite, En elle tout povoir habonde. Nagent, etc. RONDEL. (Benoist d'Amien.) Tant plus regarde, moins y voy; Et plus y voy, moins y congnois; Le monde va de deux en trois, Sans savoir comment, ne pourquoy. Faulceté regne, et tient sa loy En trestous les lieux où je vois. Tant plus, etc. Et plus, etc. Loyaulté si est en recoy, Deboutée on l'a tant de foiz, Que passez sont mains jours et mois, Qu'on ne la vit, comme je croy. Tant plus, etc. RONDEL. Dieu les en puisse guerdonner, Tous ceulx qui ainsi tormenter Font, de vent, de neige et de pluye, Et nous et nostre compaignie; Dont peu nous en devons louer. Mais il fauldra qu'au par aller, Comment qu'il en doye tarder, Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie. Dieu les, etc. Or ca, il fault parachever. Et puisqu'il est trait, avaler; On congnoistra qu'est de clergie, D'Orleans trait de Lombardie, Tous bien faiz convendra trouver. Dieu les, etc. RONDEL. Prenons congié du plaisir de noz yeulx, Puisqu'à present ne povons mieulx avoir. De revenir faisons nostre devoir, Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx. Il faut changier aucunefoiz les lieux, Et essayer, pour plus, ou moins savoir. Prenons congié, etc. Puisqu'à, etc. Ainsi parlent les jeunes et les vieulx; Pour ce, chascun en face son povoir, Nul ne mecte sa seurté en espoir, Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx. Prenons, etc. RONDEL. M'appelez vous cela jeu? En froit d'aler par pays; Or pleust à Dieu qu'à Paris Nous feussions empres le feu. Nostre prouffit veulent peu, Qui en ce point nous ont mis. M'appelez, etc. En froit, etc. Deslyer nous faut ce neu, Et desployer faiz et dis. Tant qu'aviengne mieulx, ou pis. Passer convient par ce treu. M'appelez, etc. RONDEL. De Vieillesse porte livrée Qu'elle m'a puis ung temps donnée, Quoy que soit contre mon desir, Mais maugré myen le fault souffrir, Quant par Nature est ordonnée. Elle est d'ennuy si fort bordée, Dieu scet que l'ay chiere achaptée, Sans gueres d'argent de plaisir. De Vieillesse, etc. Par moy puist estre bien usée, En eur et bonne destinée, Et à mon souhait parvenir, Tant que vivre puisse et mourir Selon l'escript de ma pensée. De Vieillesse, etc. RONDEL. (Orléans.) Saluez moy toute la compaignie Où à present estes à chiere lie, Et leur dictes que voulentiers seroye Avecques eulx, mais estre n'y porroye, Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie. Au temps passé, Jeunesse si jolie Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye, Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye. Saluez moy, etc. Amoureux fus, or ne le suis je mye, Et en Paris menoye bonne vie; Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye, Bien sanglé fus d'une estroite courroye, Que, par aige, convient que la deslie. Saluez moy, etc. CHANCON. Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx Assis, et derriere, et devant, Ja n'yrez si pres regardant, Que vostre propos en soit mieulx; Estre ne povez en tous lieux, Vous prenez peine pour neant. Et eussiez, etc. Assis, etc. Les faiz des amoureux sont tieux, Tousjours vont en assoubtivant, Jamais ne saurez faire tant Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux. Et eussiez, etc. CHANCON. Patron vous fais de ma galée Toute chargée de pensée, Confort, en qui j'ay ma fiance, Droit ou pais de Desirance, Briefment puissiez faire arrivée; Affin que, par vous, soit gardée De la tempeste fortunée Qui vient du vent de Desplaisance. Patron, etc. Au port de Bonne destinée Deschargez tost, sans demourée, La marchandise d'Esperance; Et m'aportez quelque finance, Pour paier ma joye empruntée. Patron, etc. RONDEL. Apres l'escarde route, Mectons à saquement Annuyeulx pensement, Et sa brigade toute; Il crye: Volte route, Ralions nostre gent. Apres, etc. Mectons, etc. Se Loyaulté s'y boute, Par advis saigement Dye gaillardement: Daly brusque sans doubte. Apres, etc. RONDEL. Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareillier son logis, Et ont fait tendre ses tappis, De fleurs et verdure tissus: En estendant tappis velus De vert herbe par le pais. Les fourriers, etc. Pour, etc. Cueurs d'ennuy pieca morfondus, Dieu mercy, sont sains et jolis; Alez vous en, prenez pais, Yver, vous ne demourerez plus. Les fourriers, etc. RONDEL. Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis; au fort, vaille que vaille, C'est le meilleur que de riens ne me chaille, Soit bien ou mal, tenir m'en fault content: Je laisse tout courir à val le vent, Sans regarder lequel bout devant aille. Ce mois, etc. Estre ne, etc. Qui Soussy suit, au derrain s'en repent; C'est ung mestier qui ne vault une maille, Avantureux comme le jeu de faille, Que vous semble de mon gouvernerment? Ce mois, etc. RONDEL. Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye, Et s'est vestu de brouderie De souleil luisant, cler et beau. Il n'y a beste, ne oyseau, Qu'en son jargon ne chante, ou crie: Le temps, etc. De vent, etc. Riviere, fontaine et ruisseau, Portent, en livrée jolie, Goutes d'argent d'orfaverie, Chascun s'abille de nouveau. Le temps, etc. RONDEL. (Orléans.) Mais que mon propos ne m'empire, Il ne me chault des faiz d'Amours, Voisent à droit, ou à rebours, Certes je ne m'en fais que rire. En ne peut de riens m'escondire, Aide ne requiers, ne secours. Mais que, etc. Il ne me, etc. Quant j'oy ung amant qui souspire, A, ha! dis je, vela des tours Dont usay en mes jeunes jours. Plus n'en vueil, bien me doit souffire. Mais que, etc. RONDEL. (Robertet.) Ung droit Cesar en liberalité, Ung grant Chaton en pure integrité, Ung Fabius en foy non defaillable, Vous tient chascun vray, constant et estable, Duc D'ORLIENS, prince tres redoubté. En si hault sang, parfonde humilité, Clemence grant et magnanimité, Cela avez; mais vous passez, sans fable, Ung droit Cesar, etc. En vostre bouche tousjours a verité, En cueur, amour et ardent charité, En loyaulté non jamais variable; Qu'affiert il plus à Prince si notable? Puisqu'on vous tient, parlant en equité, Ung droit Cesar, etc. Ung robertet indigne à porter plume, Pour atouchier apres voz haulx escriptz, Ces petiz vers icy vous a escriptz, De rude mains, plus pezant qu'un enclume. RONDEL. (Cadier.) Vous l'ung des plus nobles du monde, Prince, tres redoubté Seigneur, A Blois m'avez acreu d'onneur, Dont joye en moy trop surhabonde. Par vostre humilité parfonde, Dieu vous en soit retributeur. Vous l'ung, etc. Prince, etc. J'ay peu science, moins faconde, Et encore prudence mineur, Et vous me clamez serviteur Digne pour estre en table ronde. Vous l'ung, etc. Cadier, qui endormy estoit, Avez tout esveillé en joye, Il prie Dieu qu'il vous octroie Autant de bien qu'il vous vouldroit. RONDEL. (Bourbon.) Gardez vous bien du cayement, Ung chascun tendez y l'oreille, Pour vous decevoir tousjours veille, Escoutez s'il dit vray, ou mant. Il vous trompera meschamment, Pour ce que sans cesser traveille. Gardez, etc. Ung chascun, etc. Dieu met en mal an le flament, Vous direz qu'il dort et sommeille Quant il va; mais il se reveille En temps et lieu, incessamment Gardez vous bien, etc. RONDEL. Des droiz de la porte Baudet, Pour toute recompense et paine, Tout au beau long de la sepmaine, Suis servy comme ung grant cadet; Si doulx ne sont que muscadet, Rien n'en vault le fruit, ne la graine. Des droiz, etc. Pour toute, etc. C'est bien joué du soubz coudet, Puisqu'il le fault, ribon ribayne, Endurer, comme à la quintayne, On en deust servir Mistodet. Des droiz, etc RONDEL. Gardez vous bien de ce fauveau, C'est une dangereuse beste, Arsoir, me donna par la teste, Tant qu'il me rompit le cerveau. Il est ferré tout de nouveau, Et rue comme la tempeste. Gardez vous bien, etc. C'est une, etc. Et combien qu'il soit bon et beau, Doulx au brider, et faisant feste A ung chascun, vous amonneste Que vous ne le peignez sans eau. Gardez vous bien, etc. BALADE. En ceste nouvelle saison Qui remplist jeunes cueurs de joye, Et qu'Amours sault de sa maison Pour conquester aucune proye; Nulle riens n'ay qui me guerroye, Se non Jeunesse qui me prie D'estre amoureux plus conques mais, Mais ainsi ne feray je mye, Il me vault mieulx tenir en paix. Je ne congnois point d'achoison Pourquoy son conseil croire doye, En elle n'a riens de raison; Pour trop fol doncques me tendroye, S'apres elle me gouvernoye; Quel besoing est que je me lie? Quant je suis franc en tous mes fais; Pardieu, ce seroit grant folie. Il me vault mieulx tenir en paix. Je suis de ceste entencion, Et seray quelque part que soye; Mais Pieu me gart de la prison Qu'Amours souventeffoyz m'envoye, Par mes yeulx qui trop vont en voye, Combien que souvent je leur die Qu'ilz font mal, dont je leur desplais; Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie, Il me vault mieulx tenir en paix. L'ENVOY. J'ay essayé toute ma vie Qu'est de porter amoureux faiz, Pourquoy congnois, sans moquerie, Il me vault mieulx tenir en paix. RONDEAU. J'ay tant en moy de desplaisir, Puisqu'il me convient departir, Helas! de vous, et loing aller: Et si ne puis à vous parler, Dont j'auray maint mal à souffrir; N'est riens qui puist esjoir, Si n'est le tres doulx souvenir Que j'ay par vous bien fort amer. J'ay tant, etc. Adieu ma joye, mon plaisir, Adieu mon loyal souvenir, Adieu belle Dame sans per; Adieu dire m'est coup mortel, Car je m'en vois sans vous veoir. J'ay tant, etc. RESPONCE. Mon amy, Dieu te convoye, Et brief te remaint à joye, A ton honneur et plaisir, Tout ainsi que je desire, Mieulx que dire ne sauroye. Si par souhait je povoye, Plus souvent te reverroye Mais, car ne te puis veoir. Mon amy, etc. Ceste chancon je t'envoye, De m'amour par grant montjoye, Si t'en vueilles esjoir; Car te jure, sans mentir, Que t'ayme loing que je soye. Mon amy, etc. CHANCON. Faire ne puis joyeulx semblant, Reconfort n'ay, qui soit plaisant A moy qui suis sans mon amy; Il a long temps que ne vous vy, Ne le verray, je ne scay quant? Faire ne puis, etc. Guerir ne puis du mal qu'ay tant, Helas! emy! jusques à tant Retournera celluy pourquoy. Faire ne puis, etc. Mon cueur si est si desplaisant, Aussi bien doit estre dolent, Il m'ayme tant! si foys je lui; Ne le mectray point en oubli, Et l'ameray en l'actendant. Faire ne puis, etc. CHANCON. Faictes pour moy com j'ay pour vous, Retenez moy, par dessus tous, Amy tout seul, tres belle Dame, Je vous jure sur Dieu, sur m'ame, Ne vueil servir autre que vous. Faictes pour moy, etc. Guerrissez moy du mal d'Amours, Et me donnez du bien de vous; Reconfort tel plus ne m'en chaille, Mon bien, m'amour, mon fin cueur doulx, A vous me rens, à vous suis tous. Faictes pour moy, etc. Je vous ayme plus que autre femme, N'autre que vous n'aura la garde, Helas! de moy qui suy à vous. Faictes pour moy, etc. LE LAY PITEUX. Bonne saison, bon temps avoye, Helas! amy, quant vous veoye, Reconfort bon en vous prenoye; Tant de plaisir et d'autre bien Rejoissoit ma seule joye, A vo vouloir me soubzmectoye, Nul autre bien ne demandoye, Dessoubz les cieulx pour estre mien, Que vostre amour qui tant amoye, En vous servant me delictoye, Et pourquoy moult seur estoye Que vous m'amiez tres loyaument; Et quant jadiz vous requeroye Que vo servant estre vouloye, Mon seul vouloir vous appelloye, Et mon vaillant entierement. Vous me dictes si doulcement, En moy baisant et accollant, Amy, amons nous chierement, Baille ton cueur, et prens le mien; Et je changay joyeusement, Et vous aussi si liement, Et feismes loyal serment Qu'avons tenu, je le scay bien. Et est vray qu'oncques crestien En amours n'eust autant de bien, Gardant vostre honneur et le mien, Que j'ay eu, et sans avoir blasme, Vo doulx acueil, vo doulx maintien. Vostre plaisir, que fust le mien, Car sans cellui, ne m'estoit rien, Je le jure sur Dieu, sur m'ame. Si vous baillay le mien en garde, Belle Dame, Prenant charge De vous loyaument servir, Sans reprouche, ne diffame, Sur mon arme, Sans jamais de vous partir. Helas! quant d'elle partoye, Je pensoye Quant pourroye Bientost vers elle venir, Nuit et jour je la sonjoye, La veoye parler, aler et venir; Tant espris d'elle estoye, Qu'en veillant je l'appelloye, Puis que bien loing en estoye, A soy cuidoye parler; Mais puis bien apres veoye Que resvoye, Me prenoye à plourer. Cest dueil m'estoit à porter, Et bien aise endurer, Car bientost, du retourner Me prenoit tres grant talent; En elle si fort penser, Ma joye renouveller Me faisoit incontinent. Et quant venir n'y povoye, Entre deux lui rescripvoye, Son nom et le mien mectoye Escript bien estrangement; Et puis quant je la veoye, Dieu scet quel chiere j'avoye Recueilly joyeusement. Puis nous faillu esloingner L'un de l'autre, guermenter, Car dangier, Plusieurs autres mesdisans Nous firent tant endurer, Et plourer, Tourmenter, Oncques puis n'eusmes bon temps Et puis entre autre gent Failloit, en nous esloingnant, A plusieurs autres parler, Avoir autre pensement, Muer la couleur souvent, Sans l'un l'autre regarder. Helas! elle s'esbatoit, Et bonne chiere faisoit A tous autres, fors qu'à moy, Dont mon cueur fort souspiroit, Quant elle me regardoit, Je vous jure par ma foy. Dont sourdit grant jalousie, Car elle ne creoit mye Que n'eusse fait autre amye; Ainsi me sembloit il d'elle, Que s'amour me fust faillie, Departie, Et guerpie, M'eust laissié la bonne belle. Dont ensiues grant querelle; Moy et elle, Advint qu'en une chappelle Nous nous trouvasmes tous deux, Et je lui dis: Bonne et belle, Ne me soiez si cruelle, Puisque nous sommes tous seulz. Dictes moy vostre vouloir, Ne me vueillez decevoir, Ne mectre à nonchaloir; Car, vers vous, n'ay rien forfait. Mon amy, vueillez savoir, Vous me feistes trop douloir, Ne savez vous comment il m'est? Vous m'avez abandonnée Et laissiée, Desolée, Esloingnée; A qui oseray je dire Ma tres dolente pensée Qui grevée M'a, et trestant mal menée Que je vis en grant martire. N'est riens qui me puist souffire, Tant ay d'ire; Quant les autres vous voy rire, Et grant joye demener, Je ne vueil avoir nul mire Qui me mire, J'ayme mieux mes jours finer. Et lors nous nous advisames, Et l'un l'autre pardonnasmes, Car pour obvier mains blasmes, Il nous faillut eslongner; Noz amours renouvellasmes, Et de nouvel, nous jurasmes De nous loyaument amer. Cecy nous dura long temps, On dit qu'au bout de sept ans, Revient voulentiers mal ans Ainsi m'est il advenu, Dont je vis piteusement, En tourment, Las! je suis pis que perdu. Helas! tres cruelle mort, Tu me fais crier à tort A la mort, Que ma mort Bonnement ne l'ose dire Mon confort, Ma joye et mon deport. Or me fault passer du port Du royaulme en l'empire De tout plaisir, en tristesse, Mectre mon cueur en destresse Qui me blesse, Et ne cesse De destruire ma jeunesse, Puis que m'as mort ma maistresse. Dont liesse Si me blesse, Helas! qu'esse Qui me presse De dire las! que feray? Que diray? où iray? Si mourray, Ou si de dueil creveray, Car je n'ay que esmay Helas! et où me mectray Jusques mes jours fineray! En lieu ne reposeray Jusque là où la verray. Car pour ce que tant l'aymay, Tous les jours souhaiteray La mort qui desja m'aprouche, Entre deux je ne vouldroye Estre en lieu où eust joye, Com souloye, Car ma douleur doubleroit. Veoir ce qu'avoir souloye, Helas! car mieulx ameroye M'enfouir où que que soit, Disant adieu tres douloureux, Adieu, adieu tous amoureux, Adieu le plaisir de mes yeulx, Adieu, sans plus estre joyeulx. Adieu le bien de tous les lieux, Adieu le mien dessoubz les cieux, Adieu regard tres gracieux, J'en preing congié de cueur piteux; Si fineray ma complainte, Ma joye sera actainte, Et de douleur auray mainte. Grant actainte Dont il me convient languir, Et sevir, Car j'ay aymé, et sans fainte, Celle qu'avoye tant crainte, Que pour elle vueil mourir. Sa tres bonne renommée, Sa grace de tous louée, Et de beauté aournée, Tant amée et prisée, Desirée De tres toute autre gent, La fait estre regrectée, Dont ay la mort demandée, Toute joye oubliée, A Dieu son ame command. Et saichiez certainemment Trestous li leal amant, J'en dis tant, Sans nulle dame blasmer, Que c'estoit la plus plaisant Des belles, et avenant, Com peut des yeulz regarder. C'est le reconfortement Que j'ay en mes jours finant, En priant humblement A Dieu, tres devotement, Qu'en son Paradis briefment Son ame puisse trouver. Sans vous veoir, Pres du manoir, Amy de vous, Fine mes jours Cest derrain soir, Veuillez savoir Qu'à nonchaloir Mis par vous tous. Sans vous, etc. Mourant espoir Ferez devoir, Souviengne vous Que laissay tous, Par vous vouloir. Sans vous, etc Faulce mort, A grant tort, M'as grevée, Et ostée Mon deport; Mon cueur mort, Car trop fort L'as serré. Faulce, etc. Pres du bort Du mal port M'as laissiée Desolée, Sans confort. Faulce, etc. BALADE. Bien puis dire souvent: helas! Comment m'est il mesavenu! La mort que moqué ne m'a pas, La belle bonne m'a tollu, Et m'a laissié despourveu De tous les biens qu'avoir souloye, Tout plain d'ennuy, sans point de joye, Sy pry à Dieu qu'en son manoir, L'ame de soy tout droyt envoye, Où la puisse briefment veoir. Helas! amy, d'un de ses dars Soudainement Mort m'as feru; De mon meschief, je n'ose pas Faire semblant, qu'ay receu. Or, ay je bien trestout perdu, Car seulement quant je pensoye De la veoir, m'esjoissoye, Ou pres, ou loing, et main, et soir; Or à présent, estre vouldroye Où la puisse briefment veoir. He! Dieu d'amour trop pugny m'as, Sans toy me faire deceu, Quant me souvient qu'entre ses bras Amy tout seul m'ot retenu, Mon cueur et moy si bien pourveu; Estre tout sien lui promectoye Tres loyaument, et lui disoye: Vueillez vostre amy recevoir; Or à present, estre vouldroye Où la puisse briefment veoir. EXPLICIT LE LAY PITEUX.