← Table of contents
Petite légende dorée de la Haute-Bretagne

HAUTE-BRETAGNE (continued 3)

Reading edition

Les laveuses, sans pitié, repoussèrent la nacelle que la marée montante porta jusqu'au village de Redon, où d'autres laveuses plus humaines accueillirent le petit suppliant, qu'elles nourrirent, réchauffèrent et vêtirent. Saint Sauveur, touché des soins et des bontés des Redonnais, leur prédit que chaque jour leur village s'enrichirait, tandis que Rieux s'appauvrirait. «Vois, me disait ma mère, combien la noble seigneurie est déchue et combien le pauvre village a grandi et prospéré. Aussi les habitants de Redon, reconnaissants envers saint Sauveur, ont bâti une bien belle église, qu'ils lui ont dédiée».

(Cayot-Delandre, Le Morbihan, p. 276.)

Cette version, est, croyons-nous, la première en date qui ait été écrite. Cayot-Delandre la tenait d'un de ses amis dont il reproduit la lettre, où elle est, dit-il, rapportée avec toute la naïve simplicité qu'on mettait à la lui raconter dans ses premières années. Dans ce récit, qui se rattache à fondation de Saint-Sauveur de Redon, l'enfant est un saint, ou plutôt un des qualificatifs de Jésus-Christ, dont on a fait une entité. Dans la légende racontée sous une forme littéraire dans le Conteur breton, 2e année, p. 213, c'est Jésus-Christ lui-même, qui après avoir prédit l'appauvrissement de Rieux et la prospérité de Redon, disparaît.

Voici en résumé le récit de Fouquet: Légendes du Morbihan, p. 19-20.

Des lavandières de Rieux, qui était alors une grande ville, refusent tout secours à un enfant qui était dans une barque qui venait de s'échouer; la marée la reporte à Redon où des laveuses compatissantes le soignent. L'enfant grandit, c'est Jésus-Christ qui dit: «Rieux s'appauvrira tous les jours d'un sou, et chaque jour Redon s'enrichira d'un sou.»

D'après les Notes sur la châtellenie de la Touche en Frégéac, imprimées à Cherbourg en 1861, le bateau resta suspendu sous l'orgue de Saint Sauveur jusqu'à l'incendie de 1787.

On raconte encore une autre légende:

De Redon à son embouchure, la Vilaine se couvre à certains moments et surtout à la suite des tempêtes, d'un large ruban d'écume qui occupe tout le milieu de son lit et se dirige avec le flot vers l'amont de la rivière. Les habitants de Rieux voient ce phénomène avec une sorte de terreur, car ce ruban d'écume est, disent-ils, le chemin de saint Jacques. Ce grand saint remontait la Vilaine en marchant sur les eaux; il était fatigué et voulait s'arrêter à Rieux qui était une grande ville; mais cette ville était pleine de huguenots, et ces mécréants ne permirent point à saint Jacques de se reposer sur ce bord inhospitalier. Le saint, irrité, s'écria d'un ton prophétique: «Ô ville de Rieux! tu seras détruite!» et, continuant sa route, il alla fonder la ville de Redon.

Ce fut, ajoute-t-on, pour apaiser saint Jacques et détourner le mauvais présage qu'on lui éleva la petite chapelle qui porte son nom.

(Cayot-Delandre, l. c. p. 276).

LXI

Saint Guillaume et le Chemin-Chaussée

Guillaume Pinchon venait voir des parents qu'il avait dans les environs du Chemin-Chaussée. Il faisait chaud, et, se trouvant altéré, il entra dans un cabaret pour s'y rafraîchir, après quoi il donna sa bénédiction à l'hôte, et se disposa à sortir. «De l'argent, lui dit cet homme intraitable; je veux de l'argent.» Guillaume n'en ayant pas, on saisit son bréviaire.

Le saint continua sa route et alla coucher à l'Hôtellerie de l'Abraham, où l'on eut pour lui toutes sortes d'égard. On les poussa au point de lui remettre, avant son départ, le bréviaire qu'on avait été dégager et prendre au Chemin-Chaussée. Avant de sortir de l'Abraham, Guillaume proféra ces paroles, dont on y garde le souvenir:

«Quiconque habitera l'Abraham y vivra à l'aise, pourvu qu'il soit sobre et laborieux. Quant au Chemin-Chaussée, jamais il ne prendra d'accroissement, et a mesure qu'on y bâtira une maison, il en tombera une autre.» Cette prédiction, disent les habitants, s'est réalisée jusqu'à ce jour.

(Habasque, Notions historiques, t. II, p. 91).

Cette légende qui fut racontée à Habasque par les habitants du village, ne diffère pas beaucoup du récit d'Albert Le Grand:

Il fut surpris de la nuict à son retour de Pleurtuis, près d'un bourg nommé le Chemin-Chaussée, de sorte qu'il fut contraint d'y loger. Le lendemain il se leva de bon matin et se disposa de se remettre en chemin, remerciant son hoste et priant Dieu de le récompenser. Cet hoste envers qui telle monnoie n'avoit point de cours, se mit en colère, le chassa de sa maison avec injures et paroles outrageuses, et pour un pauvre escot retint son bréviaire. Le saint prelat, bien aise d'avoir receu cet affront, mais marri que son bréviaire lui avoit esté osté avant d'avoir dit son service, s'en alla en une noblesse voysine, nommée l'Hostellerie Abraham, où il fut reçu à bras ouverts par le seigneur de la maison et sa femme, lesquels ayant entendu ce qui estoit arrivé au Chemin-Chaussée, envoyent dégager son bréviaire... Le saint ayant dit la messe et disné, s'en retourna à Saint-Brieuc et pria Dieu qu'il comblast de biens et de benedictions ses bons hôtes et leur posterité, et l'on a remarqué que les possesseurs de cette terre ont eu abondance de biens... En punition de cette ingratitude et inhospitalité, Dieu a voulu punir non seulement cet hoste ingrat, mais encore tout le bourg du Chemin-Chaussée, voulant que la mémoire demeurast à la posterité, veu que depuis ce temps-là toutes les maisons de ce bourg n'ont peu estre conservées en leur entier et sont toujours ruineuses: on a beau les bastir tout à neuf et les réparer, quand on les refait d'un costé, elles tombent de l'autre...

Saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc, XIIIe siècle (29 juillet), est invoqué dans les calamités publiques. Il est le patron du diocèse de Saint-Brieuc, de Collinée, de Langolen.

Effigie tumulaire de saint Guillaume Pinchon, dans la chapelle Saint-Guillaume à Saint-Brieuc (d'après une gravure du Vieux Saint-Brieuc).

Effigie tumulaire de saint Guillaume Pinchon
Effigie tumulaire de saint Guillaume Pinchon

LXII

Les aboyeuses de Josselin

Un jour des lavandières étaient réunies à la source connue aujourd'hui sous le nom de Fontaine de la Vierge, pour y essanger une lessive et en sécher les pièces sur les buissons voisins, près desquels leurs chiens vigilants faisaient bonne garde, quand tout à coup une pauvre femme en haillons, maigre et souffreteuse, s'approcha d'elles la main tendue, sollicitant un faible secours, un petit morceau de pain. Mais les lavandières, loin de prendre en pitié sa misère, la traitèrent de voleuse, et poussèrent la brutalité jusqu'à lancer leurs chiens après elle. Alors, au lieu et place de la mendiante, se dresse, pleine d'une majesté céleste, la sainte Vierge, qui dit à ces méchantes femmes:

—Je vous ai suppliées et vous m'avez outragée; je vous ai tendu la main et vous avez excité vos chiens après moi; eh bien, soyez maudites, et que votre châtiment serve d'exemple et de leçon à tous les cœurs peureux qui méprisent et insultent les pauvres! toutes les fois que vous et ceux qui descendront de vous, seront sur mes terres, au jour qui m'est spécialement consacré, vous aboierez comme des chiens, et vous vous tordrez dans des convulsions!

À ces mots la Vierge disparut, et, depuis lors, quand les descendants de ces lavandières, ignorants de leur origine, viennent assister le lundi de la Pentecôte aux offices et à la procession de Notre-Dame du Roncier, ils sont, aux abords de l'église, saisis d'affreuses convulsions, jettent des cris inarticulés et des aboiements qui ne cessent que lorsque, portés de force au tronc de Notre-Dame, ils ont touché de leurs lèvres écumantes les saintes reliques exposées à la vénération des fidèles.

(Fouquet, Légendes du Morbihan, p. 58).

C. Jeannel a publié à Rennes, en 1855, un petit livre sur les Aboyeuses de Josselin, où il dit avoir vu lui-même des aboyeuses amenées de force à l'autel, et il décrit les scènes qui s'ensuivent. Il déclare croire à la bonne foi des malades.

LXIII

Les petites vengeances de monsieur saint Yves

En la paroisse de Guémené-Penfaö, sur le bord de l'ancien grand chemin, qui conduit de ce bourg à Masserac, existe encore une vieille chapelle dédiée au bienheureux saint Yves, en grande vénération dans le pays. Saint Yves est un puissant protecteur et, se souvenant sans doute de son ancien métier d'avocat, il plaide volontiers en Paradis la cause de tous ceux qui l'invoquent avec piété et confiance; mais, aussi digne que compatissant, il tient par contre à ce qu'on ne lui manque pas de respect. Telle est du moins l'opinion qu'ont de lui les habitants de Guémené-Penfaö, qui racontent à ce propos plusieurs légendes.

Il ne fait pas bon se moquer des saints. Il y a jà nombre d'années, un homme du village de Pussac, situé, comme chacun sait, tout proche de la chapelle Saint-Yves, et que ses nombreux tours avaient fait surnommer le grand farçou (le grand farceur) déblatérait sans cesse contre le saint patron de la frairie, au grand scandale de ses voisins, et ne manquait pas de dire souvent entre autres museries (plaisanteries) aux gens dévotieux que, si saint Yves avait besoin qu'on veille si souvent à sa chapelle pour l'amuser, il trouverait bien lui, quelque jour, un bon moyen de le distraire. Mais notre homme était un fanfaron et son essai ne lui réussit guère. À quelque temps de là, en effet, ayant pris un jeune geai en revenant un soir de la foire de Fougeray, il n'eut rien de plus pressé, passant devant la chapelle, que d'y jeter, malgré ses cris, le malheureux oiseau en criant bien fort: «Tiens, saint Yves, toi qui n'as rien à faire, amuse te (toi) donc o (avec) cela!» Mais à peine le grand farçou avait-il prononcé son blasphème, que ses jambes refusèrent de le mener plus loin et que, saisi d'une fièvre ardente, il dut se faire porter chez lui par ses compagnons de route. Il ne fut guéri qu'en promettant réparation à saint Yves, et lorsqu'il lui porta en pèlerinage un oiseau de cire, qu'on vit encore longtemps depuis dans sa chapelle.

Au village de la Landezais, tout proche la chapelle de monsieur saint Yves, était une jeune chambrière (servante), la plus accorte (dégourdie) de tous les environs. Raffolant de la toilette et ne songeant qu'à paraître la plus belle aux assemblées d'alentour, sa maîtresse lui avait souvent dit qu'elle vendrait son âme pour un bout de ruban. À coup sûr, elle ne pensait point dire si vrai, car cela arriva comme elle l'avait prédit. Un soir de filerie (assemblée des gens d'un village réunis pour filer le lin à la veillée d'hiver), un de ses prétendus lui ayant demandé si elle était peureuse, elle ne craignit pas de dire qu'assurément elle n'avait peur de rien et que si on voulait lui donner une davantière (un tablier) de soie pour la prochaine assemblée, elle promettait d'aller dès le soir, au coup de minuit, chercher toute seule, la statue de saint Yves dans sa chapelle, distante d'un kilomètre environ, pour la rapporter au village de la Landezais. Plusieurs jeunes gens tinrent la gageure et lui promirent la davantière demandée, si elle voulait exécuter sa promesse. Hélas! mal en prit à notre chambrière; elle partit au coup de minuit, comme elle s'y était engagée, mais elle ne revint pas; le diable l'avait emportée et son bourgeois (son maître), la cherchant le lendemain, ne trouva dans le chemin de la chapelle que sa chevelure pendue à un arbre et la statue du saint qu'elle avait volée, entre ses deux sabots.

(Comte Régis de l'Estourbeillon, Revue des Traditions populaires, t. IV, p. 340).

LXIV

Pourquoi les couturiers sont généralement boiteux

Saint-Yves Réduction d'une image populaire, gravée par Pixanet, de Rennes, (Collection Paul Sébillot)]

image pas disponible
image pas disponible

Un jour que monsieur saint Yves revenait de Paris en Basse-Bretagne, il se perdit sur le tard (le soir) dans les grandes landes de Montnoël entre Guémené et Masserac. Le saint était fort ennuyé, car les chemins étaient mauvais et sa monture avait perdu un fer. Mais ayant entendu chanter, il reprit bon espoir et aperçut bientôt un tailleur de la Cavelais qui revenait de sa journée. Notre saint l'aborda aussitôt et le pria de le remettre dans son chemin en lui indiquant le bourg le plus voisin, pour qu'il puisse faire referrer sa bête. Mais au lieu d'obliger saint Yves, notre tailleur qui n'avait guère de religion, se mit à le railler et lui dit que «puisque les moines allaient deschaux, sa bête pouvait bien faire de même, car il était juste que le valet manquât de souliers du moment que le maître n'en portait point.» Mais saint Yves trouva la plaisanterie mauvaise, et voulant punir aussitôt ce gouailleur, il lui déclara qu'à l'avenir, lui et tous ses confrères qui n'auraient pas plus de religion que lui, auraient comme son cheval une jambe défectueuse. Et voilà pourquoi la plupart des tailleurs sont boiteux aujourd'hui.

(Comte Régis de l'Estourbeillon, Revue des Traditions populaires, t. IV, p. 350).

Saint Yves, prêtre official de Tréguier, XIIe siècle, fêté le 19 mai, est le patron des gens de justice, de la ville et du diocèse de Tréguier, du Huelgoat, de la Motte, de la Poterie, de Louannec, du Minihy-Tréguier, de Plougonver, de Ploumiliau, de Plouray, de la Roche-Maurice, de Trédrez, etc. Il a de nombreuses chapelles, surtout en pays bretonnant; dans le pays gallo, il en a à Quintin, à Caro, à Saint-Helen, etc. et il y est l'objet d'un culte assez répandu, surtout dans la partie centrale des Côtes-du-Nord.

LXV

Pourquoi les gars de Saint-Servant n'ont plus de fesses

C'est à une punition céleste que les gars de Saint-Servant dans le canton de Josselin, doivent d'être privés de leurs sietons, racontent ceux de Campénéac et des paroisses voisines. Quand saint Gobrien, qui a sa chapelle dans la paroisse de Saint-Servant, quitta Vannes pour venir évangéliser le pays, les gens de Saint-Servant le virent arriver d'un mauvais œil, comme cela a lieu souvent pour tout hors venu qui se mêle de déranger les vieilles habitudes de chacun. Mais ce fut le comble, lorsque le saint manifesta son intention de bâtir une chapelle (qui lui fut consacrée depuis), dans l'un des plus frais vallons de la paroisse. Statue de saint Gobrien à l'intérieur de la chapelle à Saint-Servan: elle forme le couronnement d'un contrefort. Aussitôt, chacun de crier et répéter partout qu'en construisant un nouvel édifice, le pieux évêque voulait réduire à rien leur ancien bourg, dont les habitants, ne voyant plus venir la même quantité de monde à l'office de leur église, seraient bientôt réduits à la mendicité. Ils résolurent donc de s'en venger, et un jour que le saint évêque était occupé à charroyer de la pierre pour la construction de sa chapelle, ils profitèrent de ce que, accablé par la chaleur du jour, il avait mis quelques instants ses bœufs à se reposer à l'ombre et s'était endormi à côté d'eux, pour lui jouer un mauvais tour. S'approchant en sourdine des pauvres animaux, avec leurs faulx à la main, ils tranchèrent d'un seul coup les fesses des bœufs de saint Gobrien. Mais le saint fut réveillé aussitôt par les mugissements de son attelage, et, indigné de la méchanceté d'un peuple auquel il ne voulait que du bien, il montra aux coupables l'iniquité de leur action et leur prédit que la Providence à sa prière priverait à l'avenir tous les descendants des paroissiens de Saint-Servant de la partie du corps qu'ils avaient voulu retrancher à ses bœufs. Saint Gobrien remit alors en place le fessier à ses animaux, mais depuis ce temps, tous les Servantais durent se passer du leur.

image: Statue de saint Gobrien
image: Statue de saint Gobrien

(Raconté en février 1894 par un paysan de Campénéac, et recueilli par le marquis Régis de l'Estourbeillon, «Revue des Traditions populaires», t. IX, p, 401).

Fouquet, Légendes du Morbihan, p. 67-68, raconte que saint Gobrien, chassé de Vannes, alla dans un pays écarté, mais que personne ne voulut l'aider à construire son ermitage; il fabriqua une charrue, à laquelle il attela un bœuf; mais un jour que le saint était en prière, les paysans enlevèrent un morceau de chair à la cuisse du bœuf. Le saint demanda vengeance, et les habitants de ce lieu, eurent, comme le bœuf, une plaie au même endroit et, si l'on en croit la légende, leurs descendants ont un côté moins formé que l'autre.

Cayot-Delandre dit que dans une petite chapelle, au village de Saint-Gobrien se trouve le tombeau du saint; une ancienne fresque peinte sur le mur et maladroitement retouchée et rajeunie représente un chariot rempli de malades auxquels le saint donne sa bénédiction. Ces malades seraient les Vannetais qui, après avoir chassé leur pasteur, furent accablés de maux et vinrent lui demander pardon et guérison.

Saint Gobrien, évêque de Vannes, VIIe siècle, que le calendrier breton place le 3, 11 ou 16 novembre est le patron de Morieux et de Rohan; il a des chapelles à Camors, Mordelles, Saint-Servant, etc.

LXVI

La malédiction de saint Guyomard

Lorsque les gens de Sérent voulurent choisir saint Guyomard pour leur patron, il n'obtint pas, tant s'en faut, l'unanimité des suffrages, et les habitants du village de Botqueret entre autres s'opposèrent énergiquement au choix qu'on en voulait faire et dirent de lui pis que pendre. Aussi, après son élection, le saint se vengea en lançant sur eux cette malédiction:

Tant que Botqueret sera Borgne ou boiteux y aura.

(Fouquet, Légendes du Morbihan, p. 50.)

Saint-Guyomard est le nom d'une paroisse du Morbihan, formée d'une trêve de Sérent.

LXVII

Saint Quay et les femmes curieuses

Saint Quai avait été faire son tour du monde du côté de Jérusalem, si bien qu'en passant, au retour, du côté de Lanvollon, il avait des ampoules tout plein ses pauvres pieds; le temps était chaud en diable, et quand le voyageur, qui était né natif de Plouba, arriva en vue de la mer, il avait une soif, une soif à vider un puits, s'il y en avait eu un par là.

Un peu plus loin, sur la côte, saint Quay aperçut un village et mit le cap dessus. Il y avait là sur le placis, huit ou dix femmes en train de baliverner, et le bonhomme leur demanda à boire. Faut vous dire que le vieux pèlerin avait une barbe rousse de trois pieds de long, et une figure jaune et maigre à faire peur; pas bonne mine du tout. En sus, vu le jeûne et les ampoules, il donnait de la bande comme un particulier qu'aurait pris plus d'un quart de vin à la cambuse.

—Et que tu vas filer, vieux gabelou! lui dit une commère qui tenait un balai vert à la main.

—Oh! que j'ai soif! dit saint Quay.

—Tiens, voilà la mer, dit une autre, tu peux aller boire à ton aise....

Alors le bonhomme se mit à genoux; il enfonça son petit doigt, comme un fiferlin, dans le milieu d'une roche; et aussitôt voilà qu'une belle source se mit à couler, et saint Quay de boire, de boire à sa soif, et puis les femmes de regarder la chose avec un tremblement de stupéfaction, que cela leur parut louche en diable, si bien se qu'elles mirent à crier toutes à la fois:

—C'est un sorcier, c'est un sorcier! à l'eau, le renégat!

—Oui, à l'eau, le Bédouin! mais faut le fouetter avant, et de la bonne façon.

Là-dessus, elles jetèrent le grappin sur le pauvre bonhomme échoué sur le sable comme un cancre, et, ma foi, elles le mirent sans dessus dessous et te lui flanquèrent une ration de filin, ou plutôt de genêt vert, que cela devait lui cuire après, naturellement parlant...

Quand les commères furent lassées de jouer du balai et de rire, voyant que le pauvre fatigué pouvait à peine virer sur sa quille, deux ou trois effrontées s'en allèrent prendre une vieille maie à pâte, on y plaça le bonhomme, et toutes les femmes se mirent à la manœuvre pour lancer à la mer ce navire d'un genre nouveau.

La falaise était très haute à cet endroit; n'importe, la maie et son matelot tombèrent d'aplomb sur la mer.

—Que le diable te conduise! dit une méchante harpie, en se penchant sur la falaise, pour voir si l'embarcation n'allait pas sombrer, et toutes les autres, tendant aussi le cou à gauche, se mirent à regarder.

Mais le petit canot filait tranquillement, avec bonne brise, et vent arrière, tandis que les commères regardaient toujours, le cou tendu comme une chaîne de cabestan.

À la fin pourtant, deux ou trois se retournèrent, éclatèrent de rire en considérant les autres.

—Voyez donc, voyez donc, mes amies, comme leur cou est devenu long!

—Oh! voyez donc, voyez donc, ripostaient celles-ci, en riant à se tordre, comme leur tête est de travers: elles ont attrapé le torticolis, pour sûr.

Naturellement tout ce branle-bas de combat avait attiré toutes les commères du pays. Les curieuses tendaient un cou demesuré pour voir, et aussitôt tous les cous des bonnes femmes s'allongeaient, s'allongeaient et restaient virés à gauche...

Depuis cette fameuse aventure les femmes du pays ont conservé le cou long et de travers. Si vous ne voulez pas le croire, allez-y voir. Et l'on dit en outre, que le genêt ne pousse plus dans la contrée, sans doute parce qu'il fut employé, contre le pauvre saint Quay, au mauvais usage que vous savez.

(Du Laurens de la Barre, Nouveaux Fantômes bretons, p. 37-46).

À partir de cet endroit, un conte de bord se greffe sur la légende: une chaloupe noire accoste le petit canot où est saint Quay, et un grand matelot, qui n'était autre que le diable, le prend avec une fourche et le hisse à bord; il lui propose un pacte, saint Quay refuse de le signer, se met en oraison et la pluie tombe; saint Quay la recueille dans son chapeau à trois cornes, la bénit et en asperge le diable et la chaloupe qui disparaît: saint Quay reste seul dans son petit risque-tout, et vient tranquillement aborder à la côte.

Bien que Du Laurens de la Barre eût l'habitude de prendre du grandes libertés à l'égard des récits populaires, j'ai donné place à celui-ci, parce qu'il réunit des éléments que l'on retrouve dans la tradition. Voici une autre légende que rapporte B. Jollivet, Les Côtes-du-Nord, t. I, p. 107.

La grève des Fontaines en Saint-Quay tire son nom de plusieurs sources d'eau douce qui jaillissent de la falaise. C'est là, d'après la légende, que débarqua saint Quay. Les habitants l'accueillirent très mal et voulurent le chasser à coups de genêt: aussi depuis cette époque, cette plante a cessé de croître dans la commune.

Un homme d'armes étant venu le sommer de la part du seigneur de la Ville-Mario, de s'éloigner, le saint répondit qu'il était prêt à obéir, à la condition qu'on lui rendît son bâton qu'il avait planté dans la falaise, à l'endroit d'où jaillit la première source. Mais le bâton, quelque effort qu'on fit, ne put être arraché. Saint Quay demeura donc et ses compagnons se répandirent aussitôt dans la contrée pour y prêcher la foi.

Le Dr Paul Aubry me communique la note suivante qui se rattache à l'un des traits rapportés par Du Laurens.

Saint Quay était sur une des plages de la commune qui porte aujourd'hui son nom. Là il se trouvait en butte aux avanies des infidèles. Un groupe de femmes prenait grand plaisir à suivre les péripéties de ce drame, qui se passait tout à fait au pied de la falaise. Pour le voir, quoique sur le bord du précipice, elles étaient encore obligées d'allonger le cou. Ce que voyant saint Quay, qui, en cela tout au moins, semble n'avoir pas été d'une grande charité chrétienne, leur dit: «En punition de ce que vous faites aujourd'hui, votre cou restera toujours allongé, il en sera de même de vos filles.»

La Vie des saints de Bretagne ne contient aucun de ces deux épisodes; elle fait saint Ké débarquer sur la côte du Léon, et elle ne mentionne aucunement le séjour du saint aux environs de Saint-Brieuc.

Saint Ké ou Quay, évêque et confesseur, (7, alias 5 novembre), Ve siècle, est invoqué pour les bestiaux. Il est le patron primitif de Languenan, le patron de Plouguerneau, Saint-Ouen, Cleden, Perros et Saint-Quay-Portrieux. Il a de nombreuses chapelles.

LXVIII

Saint Melaine

On raconte à Avessac que saint Melaine aimait dès sa jeunesse à se rendre à l'école à Rennes, au grand désespoir de sa mère qui eût de beaucoup préféré en faire un laboureur qu'un grand savant. Souvent elle lui faisait des reproches de son peu d'attrait pour les travaux des champs et de sa négligence pour la culture de leur petit domaine. Or, un jour que notre saint avait encore quitté ses bestiaux pour aller à l'école à Rennes, malgré les défenses de sa mère, et la grande distance qui séparait cette ville de sa petite chaumière de Brain, il entendit tout à coup, au milieu de la classe, sa mère qui l'appelait: Melaine! Melaine! Il en prévint aussitôt son maître qui d'abord le prit pour fou et ne voulut pas le croire, disant qu'à une pareille distance il était impossible qu'il entendit la voix de ses parents. Mais le saint insista, et ayant fait mettre au professeur sa main droite dans la sienne, son pied gauche sur le sien, celui-ci entendit aussi la voix, et, convaincu alors de la vérité, laissa à l'enfant toute liberté de s'en aller.

Melaine, à son retour, trouva sa mère fort en colère, et celle-ci, non contente de l'injurier durement, sortit pour ramasser des genêts et en fouetta longtemps notre saint.

À partir de ce jour, saint Melaine quitta son pays, et sur sa demande, par la permission de Dieu, il n'y eut plus de genêts dans la paroisse. Ainsi prit naissance le dicton encore en vogue dans la contrée:

D'empeï que sa mère le reprint, Genêt en Brain, Melaine à Brain, Jamais ne vint.

Il existe encore dans la commune d'Avessac une famille dont presque tous les membres ont sept et huit doigts à chaque main. La tradition locale prétend que cette difformité héréditaire n'est qu'une punition infligée par le ciel sur la demande de saint Melaine, un jour que celui avait vu la queue de son cheval arrachée par une personne de cette famille.

(Comte Régis de l'Estourbeillon, Légendes du pays d'Avessac, p. 21).

Cette légende a été rapportée par Guillotin de Corson, Récits historiques, p. 19, sous une forme plus succinte et moins populaire; mais lui aussi l'a recueillie oralement.

Ces épisodes de la vie de saint Melaine sont les seuls que la tradition populaire semble avoir retenus; il est probable qu'elle ne connaît plus celui qui a inspiré l'image que nous reproduisons d'après l'Histoire de Bretagne, de M. A. de la Borderie, qui le rapporte ainsi, t. I, p. 532.

Saint Melaine mourut vers l'an 530 dans sa retraite chérie de Plaz (ou Placet), village en la paroisse de Brain près Redon, où il allait se reposer avec bonheur, des fatigues de son épiscopat. Le bruit de sa mort promptement répandu attira à Plaz les évêques des diocèses voisins, liés d'affection avec lui, Albinus d'Angers (saint Aubin), Lauto de Coutances (saint Lô), Victurius du Mans et une foule de prêtres, entre autres Marcus, disciple cher à saint Melaine.

«Après la veillée funèbre solennellement célébrée à Plaz par les évêques et le clergé, on déposa le lendemain matin le corps du pieux pontife dans une grande barque, où entrèrent les trois évêques et le prêtre Marcus. D'autres barques suivaient, chargées de peuple, chargées de prêtres, chargées des moines de Plaz chantant des psaumes et des litanies. Tout ce funèbre cortège remonta la Vilaine jusqu'à Rennes et vint prendre terre au sud de l'agglomération qui formait alors cette ville, vers le point aujourd'hui occupé par l'escalier du Cartage ou le bas de la rue de Rohan.

Saint Melaine et les prisonniers dessin de Busnel.

image:Saint Melaine et les prisonniers
image:Saint Melaine et les prisonniers

«Là était la muraille de l'enceinte gallo-romaine, avec sa base et ses neufs cordons de briques qui avaient valu à Rennes le nom de Ville Rouge. Là, contre cette muraille se dressait une tour; dans cette tour douze voleurs attendant la mort se lamentaient.—Au bruit des chants et de la procession funèbre, informés que cette pompe solennelle se déploie autour du corps du bon évêque Melanius, ces malheureux lui adressent une ardente prière, sollicitant de sa miséricorde—en ce jour où il triomphait au ciel—leur délivrance. Tout à coup, un bruit sourd et fort comme un coup de tonnerre se fait entendre, le mur de la tour se frange du haut en bas, par cette brèche les voleurs sautent vivement, et ils vont grossir le cortège funèbre de leur libérateur.»

Saint Melaine, évêque de Rennes, VIe siècle (6 novembre), invoqué dans les calamités publiques, est le patron du diocèse de Rennes et des paroisses d'Andouillé, Brain, Châtillon-sur-Seiche, Cintré, Cornillé, Domalain, Lieuron, Moëlan, Moigné, Montoir, Morlaix, Mouazé, Pacé, Rieux, Saint-Melaine, Broons, Sion, Thorigné, Les Touches. On prononce à Rennes, saint M'laine et parfois saint Blaine.

En Basse-Bretagne, il a une chapelle à Plélauf, où quelques-uns prétendent qu'il est né. Saint Melaine avait d'autres chapelles: deux à Carentoir, et une à Maroué, où existait un prieuré.

Dans la commune de Pléchâtel on découvre sur les bords d'un ruisseau les ruines de la chapelle de saint Melaine, curieuse par sa fontaine qui coule dans la muraille du chevet, au-dessous même de l'ancien autel. Les paysans de la contrée vont en pèlerinage à saint Melaine pour avoir de la pluie. Ils y portent comme offrande des pieds de cochon, et l'un des pèlerins asperge, avec l'eau de la fontaine, un morceau de bois, dernier débris du saint, en disant:

Saint Melaine, mon bon saint Melaine, Arrose-nous comme je t'arrose.

(Ad. Orain, Curiosités, etc. de l'Ille-et-Vilaine, 1885, p. 5).

LXIX

Saint Marcoul

La tradition carentorienne qui s'est conservée jusqu'à nous affirme que saint Marcoul vint un jour frapper à la porte du château de la Ballue, situé sur la voie Ahès, pour demander à y loger pendant la nuit. Le seigneur de la Ballue ne voulut pas le recevoir, non plus que les nombreux habitants du village.

Alors le saint se retira, après avoir prédit aux villageois que la Ballue perdrait de son importance, et que son château s'engloutirait, ce qui est arrivé, au dire des habitants actuels de la Ballue.

De là, l'apôtre s'achemina vers un lieu où se trouvait une petite maison habitée par un pauvre couvreur. Il frappa à la porte et demanda l'hospitalité pour la nuit. Elle lui fut gracieusement offerte.

Dès le lendemain, il se mit à prêcher l'évangile à son hôte et le convertit sans peine; il en fut de même des habitants des villages voisins.

Quand le saint missionnaire revenait de ses courses apostoliques, il avait coutume, dit-on, de se reposer sur une grosse pierre placée à l'endroit où nous voyons aujourd'hui la croix de saint Marcoul, à l'entrée du bourg.

Avant de quitter ces braves gens qui l'avaient si bien reçu, Marcoul les remercia et dit à son hôte que la bénédiction de Dieu serait sur lui et sur sa maison, et que celle-ci deviendrait le centre d'un grand village, qui s'appellerait le village du Couvreur. La prédiction du saint ne tarda pas à se réaliser: en quelques années la maison du couvreur devint le village, puis le bourg de Kerentouer.

(Abbé le Claire, L'ancienne paroisse de Carentoir, 1895, p. 19-20).

À Carentoir le pré de Saint-Marcoul est près du village de la Touche Marcadé; la croix et la fontaine de saint Marcoul se trouvaient à une petite distance de l'ancienne église. Il avait une statue, faite en 1771, qui en remplaçait une plus vieille.

Saint Marcoulff, abbé de Nanteuil (VIe siècle), est le patron de Carentoir; sa fête anciennement célébrée le 7 juillet l'est actuellement le 1er mai. Pour honorer leur patron, les chapelles tréviales avaient coutume d'offrir à l'église une certaine quantité de grain, avec lequel on faisait les tourteaux de saint Marcoul, qui étaient vendus à la porte de la chapelle.

LXX

Saint Suliac et les ânes

Saint Suliac avait établi un monastère, au lieu qui porte maintenant son nom; il y avait planté des vignes et semé du blé. La Rance n'était alors qu'un faible ruisseau, qu'on traversait sur deux mâchoires d'ânes, et en face de Garot se voyait la métairie de Rigourden, dont les ânes vinrent un jour brouter l'enclos des moines; ceux-ci au bout de quelque temps s'en aperçurent et les chassèrent.

L'abbé alla reprocher au fermier sa négligence; mais celui-ci ne les garda pas mieux, et un matin l'abbé les trouva broutant sa vigne, et les frappa de sa crosse en les maudissant.

Le propriétaire alla à la recherche de ses ânes, qu'il trouva immobiles, près de l'enclos des moines, la tête retournée sur le dos; saint Suliac les délivra de cette position incommode, et les ânes s'en allèrent, mais ils firent un tel bruit que le saint pour ne plus en être incommodé, élargit la Rance et lui donna la largeur qu'elle a aujourd'hui.

On voyait naguère dans les caves du presbytère un tableau sculpté en relief, fort vieux d'après la grossièreté du travail, et représentant les ânes, la tête retournée sur le dos.

La tradition populaire ajoutait qu'une ligne tracée à l'entour du jardin et quatre petites houssines plantées aux quatre angles avaient suffi pour rendre immobiles, comme devant un mur de clôture, le ânes de Rigourden.

(Mme de Cerny, Saint-Suliac et ses Traditions (abrégé), p. 13).

Dans la Vie des saints de Bretagne, éd. Kerdanet, la légende de saint Suliac est assez développée. Ce n'est qu'à partir du § 8 que l'on trouve des ressemblances entre elle et la légende ci-dessus:

«Ayant labouré une pièce de terre, il y sema du bled, lequel crust fort beau; mais le bestail qui d'ordinaire, passoit ès prochains marets se jeta une nuit dans ce champ qui n'estoit pas fermé et en gasta une partie; le matin on vint en avertir saint Suliac; il se mit en prière, et puis prit son baston, dont il traça une ligne à l'entour du champ, et aux quatre coins d'iceluy planta quatre petites houssines pour toute haye et fossé.... la nuit suivante, les mesmes animaux, sortant des marets et pasturages se voulurent jetter sur ledit champ; mais si tost qu'ils toucherent cette ligne que le saint avoit tracée, ils devinrent tous immobiles, sans se mouvoir ni se remuer non plus que s'ils eussent esté de marbre ou de bronze; le saint abbé s'en alla devers le champ, donna sa bénediction à ces animaux, et leur deffendit désormais de venir ravager son blé: ce qu'ils observerent invariablement et se retirerent dans les marets.»

Dans la vie de saint Samson, des pourceaux ayant été paître malgré la défense dans les prairies appartenant aux religieux, sont changés en boucs hideux.

(Albert le Grand, § 21).

Saint Suliac (1er octobre), abbé, VIe siècle, est le patron de la paroisse de ce nom dans l'Ille-et-Vilaine, de Sizun, de Tressigneaux; il a une chapelle à Plomodiern. Dans l'église de Saint-Suliac il est, dit-on, enterré au bas de l'épître: au-dessus est un autel où sont exposés dans des reliquaires les ossements du saint; on y fait des neuvaines pour les fièvres. Il préserve aussi les animaux des épizooties, et est invoqué pour la guérison des plaies.

Une pierre d'autel d'une chapelle qui, d'après la tradition avait été bâtie par saint Suliac lui-même, a été plusieurs fois vendue et déplacée, et est toujours revenue à la place que le saint lui avait assignée; aujourd'hui qu'elle a disparu sans qu'on sache où elle est, le peuple assure que le patron l'a cachée et qu'on ne la retrouvera que lorsqu'une église sera réédifiée là où elle était jadis. (Mme De Cerny, l. c. p. 6, 11).

LXXI

La submersion d'Herbauge

Quand Herbauge la grande ville Sur les eaux reparaîtra, Nantes, Nantes la vieille sibylle De ses bords disparaîtra.

Autrefois il y avait a Grandlieu une ville qu'on appelait Herbauge, et qui se trouvait à la place où sont les eaux. Les gens de là étaient riches, riches, mais très mauvais; ils menaient une vie de païens et adoraient une espèce de diable tout d'or.

Voilà que saint Martin voulut les sauver; il vint dans la ville et ne trouva personne pour le loger, excepté Romain et sa femme. Il prêchait tous les jours, mais il avait beau dire et beau faire, ils continuaient tous à croire à la bête d'or.

Un soir que tout le monde était en fête, qu'on dansait et chantait dans les rues, voilà que le saint fut averti que le bon Dieu était lassé de tous ces païens et que, puisqu'ils ne voulaient pas se convertir, il allait les faire périr en noyant toute la ville. Bien vite saint Martin courut avertir Romain et sa femme, et leur dit qu'il avait permission de les emmener, mais à la condition qu'ils ne se retourneraient pas et qu'ils n'emporteraient que de quoi manger.

La femme de Romain venait justement de faire cuire une fournée; elle mit trois tourteaux sur sa tête, et avec son homme, elle suivit le saint. Il faisait tout noir, noir comme terre, et ils ne voyaient pas à un pas devant eux. Voilà qu'ils entendent un grand bruit, comme si toute la terre était en eau bouillante. La femme eut peur, elle se retourna, et tout aussitôt elle fut changée en pierre avec ses tourteaux. Romain ne l'entendant plus marcher, se retourna de même, et fut aussi lui changé en pierre. On les voit encore dans une prée au bord de l'eau à Saint Martin. Tous les ans, la veille de Noël, ceux qui pêchent en barque entendent les cloches sonner sous l'eau.

(Conté par Nannon La Racine, à la Haye Fouassière et recueilli par M. Pitre de l'Isle du Dreneuc).

À six cents mètres de Saint-Martin, on voit deux pierres. D'après la tradition locale, lors de la submersion d'Herbauge, une femme pétrissait son pain; elle se sauva en emportant dans une grêle ses «tourons», qui sont auprès de la grosse pierre et sont de moyenne dimension. Une autre pierre dans la même prée est le fils de la bonne femme, nommé Pierrot, qu'elle avait prié Dieu de lui laisser emmener; mais s'étant détournée, elle fut changée en pierre ainsi que le pauvre Pierrot.

(Bizeul, De Rezay et du pays de Rais, p. 50).

Dans la Vie des saints de Bretagne, saint Martin va pour détourner de leur mauvaise vie les habitants d'Herbauge; mais il les prêche en vain, et ne trouve bon accueil que chez une bonne femme et son mari. Dieu lui ayant révélé qu'il allait punir cette ville impie, il leur commande de sortir de la ville avec lui, et de se garder bien de regarder derrière soi. «Ils n'estoient guerre loin que sainct Martin s'estant mis en oraison, il se fit un effroyable tremblement de terre, laquelle s'ouvrant, engloutit cette ville, avec ses tours, murs, chasteaux, faux-bourgs et autres appartenances qui en moins d'une heure fondirent en abyme, et en leur lieu se fit un grand lac qui s'appelle à présent le lac de Grandlieu. L'hostesse de saint Martin, oyant la fracas et le tintamarre que causoient la cheute des édifices, les cris et lamentations de ceux qui perissoient, se détourna pour regarder ce que c'estoit, sans se soucier de la deffense du saint; mais elle en fut punie sur-le-champ, ayant été convertie en une statue de pierre. (Ed. Kerdanet, p. 647).

Saint Martin de Vertou, abbé, VIe siècle (27 octobre), est le patron du Bignon, de Gorges, de Lavau, de Mouzillon, du Pertre, de Pont-Saint-Martin, de Vertou.

LXXII

Le voleur puni

À la chapelle de Notre-Dame de Bon Encontre, près Rohan, une fenêtre est murée; voici ce que racontent à ce sujet les habitants du pays.

Une nuit, certain voleur s'imaginant trouver des richesses dans la chapelle, résolut de s'y introduire; mais il avait compté sans la patronne du lieu. Lorsqu'il eut brisé le vitrail d'une des fenêtres, il fut bien surpris, une fois monté sur la muraille, de ne pouvoir plus bouger; en vain essayait-il de descendre d'un côté ou d'un autre, impossible de remuer. Le malheureux n'a jamais pu descendre depuis lors, et vous le voyez pétrifié et blotti dans la maçonnerie qui remplace la verrière défoncée par lui; il est à genoux et semble demander grâce.

Telle est la légende; voici la réalité: au XVIIIe siècle, on démolit un oratoire où se trouvait le tombeau d'un chevalier surmonté d'une statue tumulaire. La mode était alors de boucher les fenêtres avec du moellon, pour éviter l'entretien des vitraux; on employa ce pauvre chevalier à fermer en partie l'une des baies, et voilà, comme quoi il figure aujourd'hui dans la muraille qui remplit la fenêtre. Intérieurement un badigeon recouvre cette profanation; mais du dehors on distingue si bien dans la maçonnerie le personnage agenouillé, que le peuple a inventé le récit qui précède.

(Guillotin de Corson, Journal de Rennes, 13 décembre 80).

LXXIII

Saint Eustache

Il y avait une fois un monsieur qui était grand chasseur, et il n'était pas chrétien. Il s'appelait Eustache. Un jour il fut à la chasse, et, ayant vu un cerf, il essaya de le tuer. Mais il ne put y réussir, et le cerf s'approcha et lui dit:

—Je suis ton Dieu, je ne te crains pas; je viens te prévenir que si tu veux être heureux, il faut te faire baptiser, toi, ta femme et tes deux enfants, sinon tu n'auras que du malheur en cette vie et dans l'autre. Si tu veux te faire baptiser, tu seras privé de tous les biens de ce monde, tu perdras ta femme et tes deux fils; mais un jour vous serez réunis tous les quatre, et heureux à jamais.

Le chasseur raconta à sa femme ce qui lui était arrivé, et elle consentit à recevoir le baptême, ainsi que ses enfants.

Peu après, ils devinrent pauvres comme les mendiants des chemins, et ils résolurent de quitter le pays. Comme ils étaient sur le point de s'embarquer, et qu'ils n'avaient pas de quoi payer le passage, le capitaine dit au mari:

—Si tu veux laisser ta femme, je te donnerai le passage à toi et à tes deux fils.

Comme Eustache savait qu'il était destiné à perdre sa femme, il la laissa au capitaine et s'embarqua avec ses deux fils. Ils abordèrent en pays étranger, et se trouvèrent au milieu d'une petite forêt, où ils s'endormirent tous les trois. À son réveil, le chasseur ne retrouva plus ses deux fils; il en fut bien chagrin. Mais comme il n'avait pas de quoi manger, il demanda de l'ouvrage dans une ferme, où on l'employa aux besognes les plus grossières.

Il survint une grande guerre, et Eustache, ayant été reconnu pour un guerrier de mérite, devint capitaine; ses fils étaient soldats dans son armée.

Un jour qu'ils se promenaient dans la campagne, ils rencontrèrent leur mère qui ne les reconnut pas; ils lui demandèrent qui elle était. Elle leur dit son nom, et leur raconta comment elle avait perdu son mari et ses petits garçons, puis, qu'ayant été retenue à bord d'un navire, le capitaine, qui avait voulu lui faire violence, avait été tué d'un coup de tonnerre. «Maintenant, dit-elle, je cherche mon mari et mes petits enfants, car je crois qu'ils ne sont pas morts».

—C'est nous qui sommes vos enfants, lui dirent les deux soldats. Nous avons perdu notre père lorsque nous étions endormis dans un petit bois, après avoir traversé la mer. Quelqu'un nous avait enlevés sans nous réveiller.

La mère était si contente qu'elle alla se jeter aux pieds du capitaine, pour lui demander de laisser ses fils aller avec elle.

—Relevez-vous, dit-il, et contez-moi votre histoire.

Quand elle lui eut dit ses aventures, il reconnut que c'était sa femme, et il l'embrassa en lui disant:

—Je suis Eustache, ton mari.

Plus tard, on sut qu'ils étaient chrétiens: les païens les jetèrent tous les quatre dans une fournaise ardente, et ils moururent au milieu du feu, en chantant des cantiques.

(Recueilli en 1882, aux environs de Dinan, par Mlle Elodie Bernard).

Cette légende reproduit en, les abrégeant beaucoup et en y ajoutant quelques traits, les principaux épisodes de la vie de saint Eustache telle qu'elle est racontée dans la Légende Dorée (cf. Jacques de Voragine, t. I, p. 335, éd. Brunet). Si je lui ai donné place parmi les Légendes dorées de la Haute-Bretagne, c'est parce que à Saint-Cast, pays assez voisin de Dinan, on la raconte à peu près de cette façon et que l'on montre sur la grève de La Mare, l'endroit où le saint débarqua avec ses enfants. Il me semble probable que cette légende vient du livre cité plus haut, qui a été si populaire au moyen âge.

Les habitants de Teillay et des environs ont, dit M. Guillotin de Corson, Récits historiques, p. 56, une grande dévotion pour ce bienheureux, car suivant un dicton populaire:

Saint Eustache De tous maux détache.

Il a une chapelle au milieu des ruines de l'ancien château du Teillay; sur son rustique autel, on voit le saint en habit de chasse; à ses pieds se trouve son chien fidèle, devant lui se montre le cerf mystérieux présentant la croix au-dessus de sa tête. À saint Etienne en Coglès a lieu un pèlerinage à la chapelle de saint Eustache, près de laquelle est un beau rocher à bassin; il est surtout fréquenté par les femmes qui désirent avoir des enfants, et a lieu le vendredi saint. Il y a un autre pèlerinage à Ercé en La Mée près d'une chapelle de Saint-Eustache.

LXXIV

Saint Georges

On raconte a Châtillon-en-Vendelais, que, il y a bien longtemps, un pieux laboureur voulant débarrasser les pierres, dites la Roche-Aride, des sorciers et des sorcières qui les hantaient s'était mis en prières sous un hêtre, au lieu appelé depuis Saint-Georges, et là suppliait ce grand et valeureux saint de venir avec son armée purger le pays des malins esprits qui le désolaient.

Saint Georges, à la fin se laissa toucher et vint à la tête d'une légion de cavaliers, livrer un assaut aux suppôts du diable, qui furent battus et mis en déroute.

La mêlée avait été si longue, et si rude, que les chevaux de la légion de saint Georges tarirent, tellement ils étaient altérés, une source qui coulait au pied de la Roche-Aride.

Puis saint Georges et ses glorieux compagnons, avant de retourner au Paradis, vinrent se reposer à l'ombre du hêtre sous lequel priait le laboureur.

Ce serait en mémoire du passage du saint guerrier et pour le remercier de sa puissante intervention, qu'une chapelle aurait été érigée et placée sous son vocable dans l'emplacement même du hêtre.

(Bézier, Supplément à l'Inventaire, p. 49).

Châtillon-en-Vendelais a en effet saint Georges pour patron, et son église lui est dédiée; au XIe siècle il y avait un prieuré, sous le vocable de saint Georges, qui relevait de l'abbaye de Saint-Florent.

LXXV

La Vierge sauve Lamballe

Le souterrain qui part de dessous l'église Notre-Dame, à Lamballe, va jusqu'à la mer; il a été creusé par les Anglais, qui voulaient s'emparer de la ville. Les habitants furent avertis du danger par un des saints de l'église; son doigt, qui était primitivement élevé, se baissa un peu tous les jours; on finit par le remarquer, et, ayant creusé dans la direction que montrait le saint, on trouva le souterrain.

Les Anglais furent surpris, et l'on en tua tant, qu'il y avait, dans la rue Bario, un moulant de sang assez fort pour faire tourner la roue d'un moulin. Pour atteindre ceux qui étaient restés dans le fond du souterrain, on attacha des faux à deux bœufs, dans l'oreille desquels on mit de l'argent-vif (du mercure), et on les lâcha dans le souterrain, où ils mirent en pièces ce qui restait des Anglais.

C'est depuis cette défaite que les Anglais appellent Lamballe: «le traître Lamballe».

(Recueilli à Saint-Gien en 1880).

Il circule une autre version de cette prétendue défaite des Anglais; M. Cauret l'a recueillie, et l'a reproduite à la suite de la précédente dans les Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, 1887.

Au-dessus de la porte d'entrée de Notre-Dame, côté ouest, à l'intérieur, le visiteur aperçoit une statue en bois, haute de deux mètres, dont la pose ne laisse pas de surprendre en pareil lieu.

La tête est légèrement renversée en arrière et nue; le bras droit est levé au-dessus de la tête; la main, un peu tendue, supporte un emblème indéchiffrable, mais pouvait aussi bien, dans le principe, agiter les grelots d'une Folie que jeter le bonnet phrygien d'une Raison par dessus les moulins; le pied cambré, le bras gauche arrondi et un peu éloigné du corps ont l'air d'esquisser une figure de carmagnole.

Les vieux conteurs vous chuchotent à l'oreille que c'est une statue de la Liberté ou de la Raison, qui fut substituée a celle de la Vierge miraculeuse, pendant la grande Révolution[9]. Leurs pères ont parfaitement connu la vieille demoiselle qui servit de modèle au sculpteur, quand elle était jeune. En les poussant un peu, ils vous disent même son nom.

Toujours est-il que cette statue est restée au-dessus du maître-autel jusqu'à ces dernières années: quand on a refait les boiseries du chœur, on a remis la statue miraculeuse à sa place et on a reporté la grande aussi près que possible de la porte, sans oser la mettre dehors.

Quand on en fit la Foi, à la Restauration, on lui appuya le bras gauche sur une croix qu'elle paraît tenir malgré elle, et on substituait l'emblème qu'elle devait avoir dans la main droite celui qu'elle porte aujourd'hui.

Si l'on en croit la légende, cette statue serait le saint dont le bras s'abaissa pour indiquer le souterrain.

Les Anglais avaient pénétré dans la place et se préparaient au pillage, après avoir mis une bonne garde à l'entrée du souterrain. Ils descendaient en ville par la grande rue Notre-Dame, en rangs plus serrés que la foule qui suit le Saint-Sacrement à la Fête-Dieu. Dans leur précipitation, ils oublièrent deux énormes coulevrines chargées à mitraille, chacune contenant plus de quatre barriques de projectiles, et qu'ils avaient braquées sur la ville pour effrayer les habitants.

Une pauvre veuve, femme du peuple, priait toute seule à Notre-Dame, avec son petit enfant, quand elle vit cette grande statue lever son bras droit et tenir dans sa main une torche allumée.

Saisie de frayeur, elle sort en toute hâte, aperçoit la mèche qui fume auprès des coulevrines restées sans gardiens et la rue pleine d'assiégeants se ruant au pillage. Le geste de la statue, mais c'est l'ordre de mettre le feu, ce qu'elle s'empresse de faire. On entendit alors une détonation épouvantable et tous les Anglais furent massacrés, un peu par la mitraille et beaucoup par une puissance surnaturelle qui profita du nuage de fumée produite pour tuer le reste.

Le geste si bizarre de la main gauche aurait indiqué le souterrain aux défenseurs de la place, avant l'entrée des Anglais.

LXXVI

La Vierge de la Grand'Porte à St-Malo et la Vierge de Rennes

Un brick de Saint-Malo qui faisait voile vers les Indes aperçut un jour un objet volumineux qui flottait sur l'eau. Une chaloupe fut le chercher; c'était une caisse cerclée de fer dans laquelle se trouvait une statue de la Vierge, et l'équipage fut bien étonné de voir qu'une telle masse avait pu flotter sur l'eau. Le capitaine fit disposer une place convenable dans l'entrepont pour y placer la statue, faisant le vœu de l'offrir à la ville de Saint-Malo, aussitôt après son retour. Il voulut alors continuer sa route, mais il eut à subir une telle série d'ouragans extraordinaires, qu'il finit par comprendre que la Madone de pierre ne voulait pas aller aux Indes et avait hâte de se trouver à Saint-Malo. Aussitôt le beau brick vira de bord, bout pour bout, et grand vent arrière, fila vers le Clos-Poulet où il arrive après une très rapide traversée.

La Vierge fut portée triomphalement dans le chœur de la cathédrale où elle resta exposée plusieurs mois à la dévotion des fidèles. Ensuite, elle fut placée au-dessus de la Grand'Porte, à la place où elle est encore aujourd'hui.

(E. Herpin, La côte d'Emeraude, p. 1).

On attribua à cette statue plusieurs miracles: c'est elle qui arrêta jadis l'incendie qui menaçait de détruire Saint-Malo, et une pieuse croyance raconte que jamais une calamité publique ne frappera la ville tant qu'une bougie brillera aux pieds de Notre-Dame de la Grand'Porte.

M. Harvut me communique la légende qui suit:

En 1693 et 1695 les Anglais bombardèrent la ville de Saint-Malo, mais sans résultat appréciable; dans ce même temps, on s'aperçut un jour que la Vierge de la Grand'Porte avait étendu le bras droit, et semblait, du doigt, indiquer un point de la place qui s'étend devant sa niche. Comme on craignait toujours les embûches des ennemis de la France, on fit des recherches sur le point qu'indiquait la Vierge, et on découvrit à une certaine profondeur un dépôt de matières inflammables et explosibles, munies d'une mèche se profilant au dehors, et destinées évidemment à faire sauter le quartier. Aussitôt cette découverte faite, la Vierge reprit sa position habituelle.

Dans son livre sur les rues de Saint-Malo, M. Harvut donne quelques détails sur cette statue:

Au-dessus de la porte, du côté intérieur des fortifications, existe une niche dans laquelle le Père Vincent Huby, jésuite, fit placer solennellement, en 1663, à la suite de l'incendie de 1661, une statue de la Vierge de grandeur plus que naturelle, pour mettre la ville sous l'invocation de Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Lorsque la statue de Notre-Dame-des-Miracles fut solennellement remise en son premier et ancien autel, le P. Georges Fautrel écrivit la relation de cette cérémonie, que M. de Kerdanet a réimprimée dans son édition de la Vie des saints de Bretagne.

On y trouve ce passage, où il rapproche le miracle de Saint-Malo, d'un prodige plus ancien arrivé dans une autre ville de Bretagne: «Il n'est presque personne à Rennes qui ne sçache que depuis plus de trois cents ans, la ville doit sa délivrance à la sainte image de Notre-Dame des Miracles. On ne peut entrer dans Saint-Sauveur, qu'au centre et au cœur de cette église, il ne s'y remarque aussitôt une pierre assez visible qui s'élève un peu de terre et semble fermer un puits: qui ne sait ce qu'elle fait là, ne se peut empêcher d'en demander la raison. Mais la tradition apprend à tous ceux qui s'en informent que cette pierre est là pour boucher l'ouverture d'une mine que firent autrefois les Anglais ayant dessein sur la ville, dans le désespoir où ils étoient de l'emporter autrement que par surprise. De plus elle nous dit que Rennes en fut miraculeusement délivrée par la faveur de la sainte Vierge, dont l'image qui est encore la même et sur le même autel qu'elle étoit alors, par un sensible mouvement de main, montra distinctement le lieu de la mine et l'endroit par où l'ennemi prétendoit faire irruption. Et ce qui lui en ôta le moyen ce fut que la propre nuit qu'il avoit arrêtée pour l'exécution de son dessein, le peuple appelé en l'église de Saint-Sauveur, au bruit extraordinaire des cloches qui sonnèrent d'elles-mêmes à plusieurs reprises, au grand étonnement de tout le monde, deux cierges ayant apparu sur l'autel où cette sainte image est honorée, on s'aperçut aussitôt du danger où l'on étoit, et il ne fut pas difficile aux braves qui défendoient la ville de repousser ces aventuriers, qui, pour s'être engagés en cette occasion, furent ensevelis en la propre fosse qu'ils avaient faite».

LXXVII

La Vierge du Temple et les Anglais

En 1758, au moment du débarquement des Anglais en Bretagne, la statue de la Vierge du Temple suait tellement que deux hommes étaient constamment occupés à l'essuyer. On dut à son intercession de voir les Anglais rétrograder. Jamais en effet, à ce que les paysans racontèrent à Habasque vers 1832, ils ne purent dépasser le Temple, bien qu'on ne leur opposât pas de troupes. Suivant une autre légende que j'ai recueillie, la Vierge pour arrêter l'ennemi, fit grossir de telle sorte le ruisseau qui passe à cet endroit, que les Anglais ne purent le franchir.

(Paul Sébillot, Traditions de la Haute-Bretagne, t. I, p. 369).

La chapelle du Temple, qui est fort ancienne, est située au village de ce nom, en la paroisse de Pléboulle.

PERSONNAGES SACRÉS

QUI FIGURENT DANS LA PETITE LÉGENDE DORÉE

Aaron, 162.

Abraham, 93, 151.

Amateur, 79.

André, 74.

Anne (sainte), 83.

Antoine, 75, 77, 90.

Arbrissel, 88.

Benoît de Macerac, 109.

Blanche (sainte), 1, 5.

Briac, 29.

Brigitte (sainte), 115.

Cado, 32.

Carapibo, 133.

Cast, 29, 31.

Chasné (sainte de), 135.

Cieux, 28.

Clément, 14, 16, 21.

Congard, 148.

Convoyon, 62, 154.

Corentin, 144.

Couturier, 132.

Dolay, 148.

Enogat, 29.

Eustache, 211.

Eutrope, 79.

Fiacre, 62, 65, 70.

Froumi, 8.

Gendrot, 138.

Georges, 214.

Germain, 10, 97, 151.

Gobrien, 185.

Gorgon, 148.

Goustan, 38.

Gravé, 148.

Guénolé, 13, 69.

Guillaume, 52.

Guillaume Pinchon, 157, 161, 174.

Guingalois, 67.

Guyomard, 188.

Hubert, 58.

Jacques, 11, 173.

Jacut, 24, 148.

Jean, 77.

Jésus, 172.

Job, 93.

Jugon, 164.

Lambert, 156.

Léger, 49.

Lénard, 141.

Lin, 113.

Lunaire, 29, 33, 34.

Lyphard, 60.

Malo, 29.

Marcoul, 200.

Martin, 48.

Martin de Vertou, 48, 204.

Mathurin, 79.

Maudez, 70, 72, 148.

Maurise, 157.

Mauron, 152.

Méen, 55.

Melaine, 195.

Méloir, 144.

Michel, 45.

Mirli, 98.

Morin (Pierre), 54, 106.

Notre-Dame, 95, 100, 103, 106, 114, 127, 129, 208, 216, 220, 224.

Pabu, 85.

Pataude (sainte), 134.

Patrice, 49.

Perreux, 148.

Pitié (sainte), 83.

Pontin, 8.

Quay, 189.

Riowen, 12.

Roch, 64.

Rou, 135.

Sainte aux pochons, 136.

Samson, 107, 204.

Sauveur, 171.

Servan, 29.

Suliac, 202.

Syphorien, 41.

Tudual, 85.

Valay, 43.

Viau, 50.

Victor de Campbon, 63.

Vierge (la sainte), 9, 40, 49, 95, 177, 216, 220, 224.

Volvire (Mlle de), 133.

Vran, 151.

Yves, 179, 182.

Croix de la partie française du Morbihan, d'après Rosenzweig, Les Croix de pierre du Morbihan.

image: Croix de la partie française du Morbihan
image: Croix de la partie française du Morbihan

Achevé d'imprimer le dix-sept avril mil huit cent quatre-vingt-dix-sept par H. DALOUX 14 bis—RUE LOFFICIAL—14. bis BAUGÉ (Maine-et-Loire)

NOTES:

PRINCIPAUX OUVRAGES

DU MÊME AUTEUR

Contes populaires de la Haute-Bretagne, 1re série. Paris, Bibliothèque Charpentier, 1880, in-18. ... ... 3 fr. 50

Contes des paysans et des pêcheurs, 2e série des contes populaires de la Haute-Bretagne. Paris, Bibliothèque Charpentier, 1881, in-18. ... ... 3 fr. 50

Contes des marins, 3e série des contes populaires de la Haute-Bretagne. Paris, Bibliothèque Charpentier, 1882, in-18. ... ... 3 fr. 50

Littérature orale de la Haute-Bretagne. Paris, Maisonneuve, 1881, pet. in-12 elzévir. ... ... 5 fr.

Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne. Paris, Maisonneuve, 1882, 2 vol. petit in-12 elzévir. ... ... 10 fr.

Contes de terre et de mer, légendes de la Haute-Bretagne, illustrations de G. Bellenger, Léonce Petit et Sahib. Paris, Charpentier, 1883, in-8 (épuisé).

Le Blason populaire de la France (en collaboration avec H. Guidoz). Paris, L. Cerf, 1884, in-18. ... ... 3 fr. 50

Contes des provinces de France. Paris, L. Cerf, 1884, in-18. ... ... 3 fr. 50

Gargantua dans les traditions populaires. Paris, Maisonneuve, 1883, p. in-12 elzévir. ... ... 5 fr.

Légendes croyances et superstitions de la mer. Paris, Bibliothèque Charpentier, 1886-1887, 2 in-18. ... ... 7 fr.

Coutumes populaires de la Haute-Bretagne. Paris, Maisonneuve, 1886, pet. in-12 elzévir. ... ... 5 fr.

Les travaux publics et les mines dans les légendes et les superstitions de tous les pays. Paris, Rothschild, 1894, in-8 illustré. ... ... 40 fr.

Légendes et curiosités des métiers. Paris, E. Flammarion, 1895, gr. in-8 illustré. ... ... 12 fr.

Annuaire de Bretagne pour 1897 (en collaboration avec René Kerviler). Rennes, Plihon et Hervé, 1897, in-8 illustré. ... ... 4 fr.

Contes Espagnols. Paris, Charavay, Mantoux et Martin, 1897, in-8 illustré. ... ... 1 fr. 50

Notes in this chapter

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings