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Peines, tortures et supplices

TROISIÈME PARTIE LES TORTURES

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Il n'est aucun supplice rêvé par l'imagination qui n'ait été appliqué par les tyrans ou les inquisiteurs; aucune partie du corps qui n'ait été soumise aux souffrances les plus odieuses.

Les tortures avaient pour but soit de punir les prétendus coupables, soit de leur arracher des aveux: et nous avons un grand nombre d'exemples de cas dans lesquels les misérables qu'on soumettait à la torture avouaient des crimes imaginaires pour échapper à leurs bourreaux ou obtenir une mort plus prompte. Voyez à ce sujet le volume de la Bibliothèque des curiosités, traitant de la folie et des prétendus sorciers et démonomaniaques.

Passons rapidement en revue les diverses parties du corps, et constatons que la fantaisie des bourreaux et des tortionnaires n'a négligé aucune invention.

I. LES CHEVEUX.

On épilait le patient, on lui arrachait par petites touffes les cheveux, la barbe, les moustaches et les poils des autres parties du corps. Cette torture était intolérable et rappelait le supplice du feu.

Les sauvages scalpent leurs prisonniers; c'est-à-dire qu'avec un couteau bien effilé, ils leur font rapidement une incision tout autour du crâne, puis, tirant violemment la chevelure, arrachent toute la peau de la tête.

II. LES YEUX.

Cette partie du corps considérée comme la plus sensible avait naturellement attiré l'attention des bourreaux.

Seleucus Nicanor, roi de Syrie, avait fait une loi qui ordonnait qu'on crevât les yeux aux hommes adultères.

On crevait les yeux soit avec une pointe de fer à froid, soit avec un instrument rougi au feu.

L'arrachement se faisait au moyen de tenailles d'une forme particulière; et le plus souvent on remplissait l'orifice béant soit avec du plomb fondu, soit avec du poivre ou autre piment brûlant.

L'aveuglement se faisait au moyen d'un bassin ardent que l'on appliquait sur les yeux.

On a encore imaginé ceci: on coupait les paupières du patient, de façon à ce que l'orbite de l'œil ne se pût couvrir en aucune façon, et on l'étendait sur le dos au grand soleil. L'aveuglement se produisait après des tortures affreuses.

III. LES PIEDS ET LES MAINS.

En Chine, la torture s'exerce aux pieds et aux mains.

On se sert pour les pieds d'un instrument qui consiste en trois pièces de bois croisées, dont celle du milieu est fixe et les deux autres mobiles; on met les pieds du patient dans cette machine, et on les y serre avec tant de violence, que la cheville du pied en est aplatie. Quand on donne la question aux mains, on emploie de petits morceaux de bois qu'on place entre les doigts de l'accusé, puis on lie étroitement avec des cordes, et cette gêne cruelle est prolongée arbitrairement, suivant la gravité des cas ou la résistance du patient.

Une peine très-usitée était celle-ci:

Le patient, agenouillé, étendait sa main à plat sur un billot haut d'un pied environ, et d'un coup de hachette ou de couperet, le bourreau lui faisait sauter la main.

Le moignon était aussitôt renfermé dans un sac plein de son et fortement lié, pour arrêter l'hémorrhagie.

Sous l'empire du code 1810, cette mutilation se faisait à l'aide d'un couperet, sur l'échafaud même où était dressée la guillotine.

IV. LES BRODEQUINS.

Les brodequins consistaient en une sorte de boîte ou de bas de parchemin que l'on mouillait et que l'on appliquait ainsi à la jambe du patient; ensuite, on approchait cette jambe du feu qui, occasionnant un violent rétrécissement au parchemin, serrait la jambe et causait une douleur insupportable.

Il y avait aussi une autre sorte de torture: Les brodequins consistaient alors en quatre fortes planches liées avec des cordes tout autour. Les jambes étaient emboîtées entre ces quatre planches et on les serrait; puis, on passait des coins entre les deux côtés des planches qui séparaient les deux jambes. Les coins les écartaient et rejetaient l'effort sur les os des jambes qui se luxaient, se tordaient ou se brisaient. La question ordinaire était de quatre coins, la question extraordinaire de huit.

V. LA CANGUE.

Supplice usité en Chine. La cangue est une table pesante dans laquelle il y a trois trous, l'un pour passer la tête et les deux autres pour recevoir les mains. Le coupable est quelquefois condamné à la porter pendant plusieurs mois, quelquefois même pendant plusieurs années.

VI. LE CARCAN.

Le condamné est mené à pied, les deux mains liées et attachées derrière la charrette de l'exécuteur des hautes-œuvres, jusqu'à un poteau planté sur la place publique; à ce poteau est attachée une chaîne au bout de laquelle pend un collier de fer de trois doigts de largeur, ayant une charnière pour l'ouvrir. On fait entrer le cou du patient dans ce collier qu'ensuite on ferme avec un cadenas. Il reste dans cet état, aux termes de son arrêt, plus ou moins d'heures.

Le carcan de Perse diffère de celui que nous venons de décrire: il est long d'environ trois pieds et composé de trois pièces de bois, dont l'une est plus courte que les autres, ce qui forme un triangle allongé. Celui qui le porte a le cou pris vers le sommet du triangle, tandis que sa main est attachée à l'extrémité. Il peut aller et venir dans cet état, mais il doit avoir toujours un garde avec lui.

VII. LE POTEAU À PERPÉTUITÉ.

L'empereur d'Allemagne, Joseph II, sous le prétexte d'abolir la peine de mort, imagina d'attacher le condamné à un poteau pour toute sa vie, sans qu'il pût ni remuer ni se coucher. On lui apportait sa nourriture, du pain, de l'eau et quelquefois de la soupe.

VIII. QUESTIONS PAR L'EAU.

Lorsque l'accusé avait entendu la lecture de sa sentence, on le faisait asseoir sur une espèce de tabouret de pierre, on lui attachait les poignets à deux anneaux de fer distants l'un de l'autre derrière son dos, puis les deux pieds à deux autres anneaux qui tenaient à un autre mur devant lui, on tendait toutes les cordes avec force, et lorsque le corps du criminel commençait à ne se plus pouvoir étendre, on lui passait un tréteau sous les reins, ensuite on tendait encore les cordes. Le questionnaire tenait d'une main une corne de bœuf creuse, de l'autre il versait de l'eau dans la corne, et en faisait avaler au criminel quatre pintes pour la question ordinaire, huit pintes pour la question extraordinaire. Un chirurgien faisait suspendre la question, suivant qu'il sentait faiblir le pouls du patient.

Voici une infâme complication inventée par l'inquisition d'Espagne. Après avoir lié le patient de cette façon, que la tête fût plus basse que le pieds, les bourreaux introduisent au fond de la gorge de la victime un linge fin mouillé, dont une partie lui couvre les narines; on lui verse ensuite de l'eau dans la bouche et le nez, et on laisse filtrer avec tant de lenteur qu'il faut plus d'une heure pour qu'un litre soit avalé. Aussi le patient ne trouve aucun intervalle pour respirer; à chaque instant, il fait un effort pour attraper un peu d'air, les linges mouillés s'y opposent.

Ne pas oublier que pendant ce temps on broie ou tenaille les bras et les jambes.

Voici la description authentique d'un des nombreuses tortures subies par une des victimes de l'inquisition:

On commença par le dépouiller nu; on le fit mettre à genoux tandis que ses bras étaient tenus en l'air; on lui ouvrit la bouche avec des outils de fer, et on lui fit avaler de l'eau jusqu'à ce qu'elle découlât de sa bouche; alors on lui passa une corde au cou, et on le fit rouler sept fois la longueur de la chambre, ce qui faillit l'étrangler. On lui attacha ensuite une corde mince autour des deux gros doigts des pieds; on le suspendit la tête en bas, puis on coupa la corde qu'il avait passée autour du cou. Il fut laissé dans cet état jusqu'à ce qu'il eût dégorgé toute l'eau qu'il avait bue: puis on le laissa retomber à terre, où il demeura longtemps comme mort. Ce fut alors que, par un bonheur imprévu, il fut délivré de prison et revint dans son pays.

IX. LA BASTONNADE.

En Chine, lorsque le mandarin tient son audience, il est assis gravement devant une table, sur laquelle est un étui rempli de petits bâtons longs d'un demi-pied et larges de deux doigts. Plusieurs huissiers armés de bâtons ou pant sées l'environnent. Au signe qu'il donne en tirant et jetant ces bâtons, on saisit le coupable, on l'étend ventre contre terre, on lui abaisse le haut de chausse jusqu'aux talons; et autant de petits bâtons le mandarin tire son étui et jette par terre, autant d'huissiers qui se succèdent, et appliquent chacun cinq coups sur les reins du patient.

Si le nombre des coups ne passe pas vingt, ils sont regardés comme une correction paternelle qui n'imprime aucune tache. L'Empereur, lui-même, l'a fait quelquefois subir aux personnes d'un rang distingué, et ne les voit pas moins après cette humiliation.

X. LES ÉTRIVIÈRES À LONDRES.

L'International, dans sa chronique de Londres, donnait récemment d'épouvantables détails sur le supplice des étrivières.

Quatre garotteurs furent fouettés dans la cour de la prison: Jones et Cole, condamnés à recevoir chacun dix-huit coups de lanière, et Malloy et Williams à vingt-deux coups.

Lorsque le bourreau commença sa besogne, le gouverneur de New-Bailey, un chirurgien et deux magistrats assistaient à la séance, pour constater que les coups étaient bien solidement appliqués, et probablement aussi pour tuer un peu le temps.

Les garotteurs ont leur amour-propre; ils ont juré de ne pas pousser un seul cri durant le supplice. Mais, hélas! au sixième coup, lorsque la peau se déchire comme du papier humide, les hurlements ne tardent pas à se faire entendre; à chaque nouveau coup, les douleurs atroces arrachent des cris déchirants, les garotteurs deviennent à peu près fous; leurs yeux étincellent, l'écume sort de leur bouche... c'est hideux!

Au dernier coup de lanières, les malheureux ne sentent rien ou presque rien; ils sont presque toujours évanouis.

Quant au gouverneur, au chirurgien et aux deux magistrats, ils demeurent aussi impassibles que le bourreau. Ils sont déjà blasés; ils ont déjà tant vu de bastonnades! Ça n'a pas l'attrait de la nouveauté.

Jones, qui a reçu dix-huit coups, n'a pas fait entendre une seule plainte; son visage seulement faisait d'horribles convulsions, mais il serrait les lèvres afin de n'émettre aucun son.

—Voilà le coquin, a dit le chirurgien, voilà le coquin le plus endurci que j'aie jamais vu.

William est venu le dernier. Les hurlements de ses camarades l'avaient tellement terrifié, que ses jambes se dérobaient sous lui; il était aussi pâle qu'un cadavre; ses yeux lui sortaient de la tête. Au premier coup de lanière, il a poussé un cri.

—J'étouffe! s'est-il écrié; je me meurs.

Il avait, en effet, au cœur des palpitations si vives qu'un second coup de lanière l'aurait infailliblement tué.

—Ce sera pour demain, a dit le docteur, renvoyez cet homme en prison.

Le gouverneur est allé visiter les garotteurs dans leurs cellules, il en est ressorti en disant:

—Ce petit exercice leur a fait beaucoup de bien!

XI. LE KNOUT.

Le knout est un fouet fait avec un morceau de cuir fort épais, qui a deux ou trois pieds de longueur, et taillé de façon qu'il est carré et que ses côtés sont tranchants; il est attaché à un manche de bois, long de deux pieds, par le moyen d'une espèce d'anneau qui le fait jouer comme un fléau. Les bourreaux appliquent les coups sur le dos avec tant d'adresse, qu'il n'y en a pas deux qui tombent sur le même endroit; ils sont placés les uns à côté des autres, de manière qu'il est facile de les distinguer, car chaque coup emporte la peau.

XII. LA BOULINE.

Ce châtiment est infligé aux malfaiteurs sur les vaisseaux de l'État. L'équipage est rangé en deux haies de l'avant à l'arrière du navire; chaque homme a une garcette à la main; le coupable a les mains liées et la tête couverte d'une manne ou panier pour garantir sa figure, avec un caleçon pour tout vêtement; il suit une corde et passe deux ou trois fois entre ces deux haies d'hommes qui donnent chacun un coup chaque fois qu'il passe. Quelquefois, pour que le coupable reçoive bien tous les coups qui lui sont destinés, on met en avant de lui un soldat de marine qui marche au pas en lui tenant le bout de sa baïonnette sur la poitrine pour l'empêcher d'avancer trop vite.

XIII. L'ESTRAPADE.

On lie les mains de l'accusé derrière le dos; on lui attache des poids énormes aux pieds, après quoi on l'élève à l'aide d'une poulie à laquelle on fait toucher sa tête; on le tient suspendu quelque temps de cette manière afin de distendre tous ses membres et ses jointures. Alors on le laisse retomber tout d'un coup, de manière cependant que ses poids ne touchent point la terre, et que, par cette secousse subite, ses bras et ses jambes se trouvent disloqués. On recommence plusieurs fois cette opération pendant laquelle on frappe les condamnés de coups de fouet.

XIV. LA VEGLIA.

À Rome, métropole des inquisiteurs, on raffinait sur les tortures. On faisait chauffer une chambre par des brasiers ardents; on rasait le patient et on ne lui laissait aucun poil sur le corps. Au milieu de la chambre, s'élevait un poteau qui se terminait en une pointe de l'épaisseur du pouce à peu près. On plaçait le patient sur ce poteau et, au moyen de cordes, on le maintenait dans la position nécessaire pour que le poids du corps portât sur l'anus; et on approchait les brasiers ardents.

Comme idée digne des inquisiteurs, nous remarquerons qu'ils avaient imaginé de placer au-dessus du misérable une glace qui lui montrait son état et le lui rendait plus atroce encore.

—L'assassinat, chez les Hurons, est puni d'une étrange manière. Ils étendent le corps mort sur des perches au haut de la cabane, et le meurtrier est placé pendant plusieurs jours, immédiatement au-dessous, pour recevoir ce qui découle du cadavre, non-seulement sur soi, mais encore sur ses aliments, à moins que, par faveur spéciale, il n'obtienne des parents que ses vivres en soient garantis.

—En Corée, un homme libre, surpris avec une femme mariée, est exposé nu dans tous les carrefours, le visage barbouillé de chaux, chaque oreille percée d'une flèche et une sonnette sur le dos.

XV. SUPPLICE DU CAVEAU.

Autrefois, en Suède, on attachait les bras du patient derrière le dos, puis on le faisait descendre dans un caveau souterrain pratiqué sur une rivière et qui n'en était séparé que par une grille de fer. L'eau coulait sous cette grille: le misérable, les jambes et les pieds nus, était obligé de marcher sur la grille jusqu'à ce qu'il eût avoué son crime. Ce supplice était très-douloureux; une lassitude extrême s'emparait d'abord du malheureux; ce malaise général lui arrachait des cris et des aveux souvent inexacts.

—Nous pourrions rendre cette énumération plus longue, mais, comme presque toutes les tortures entraînaient la mort, le lecteur pourra satisfaire sa curiosité en étudiant la quatrième partie de notre travail, traitant des supplices suivis de mort.

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