Note (retour) — DES SAUVAGES
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Le 11e jour de juin, je fus à quelques douze ou quinze lieues dans le Saguenay, qui est une belle riviere, & a une profondeur incroyable: car je croy, selon que j'ay entendu deviser d'où elle procède, que c'est d'un lieu fort hault, d'où il descend un torrent d'eau 26 d'une grande impetuosité; mais l'eau qui en procède n'est point capable de faire un tel fleuve comme celuy-là, qui néantmoins ne tient que depuis cedict torrent d'eau, où est le premier fault, jusques au port de Tadousac, qui est l'entrée de la ditte riviere du Saguenay, où il y a quelques quarante-cinq ou cinquante lieues, & une bonne lieue & demye de large au plus, & un quart au plus estroict; qui faict qu'il y a grand courant d'eau. Toute la terre que j'ay veu, ce ne sont que montaignes de rochers la pluspart couvertes de bois de sapins, cyprez & boulle, terre fort malplaisante, où je n'ay point trouvé une lieue de terre plaine tant d'un costé que d'autre. Il y a quelques montagnes de sable & isles en laditte riviere, qui 21/85sont haultes eslevées. Enfin ce sont de vrais deserts inhabitables d'animaux & d'oiseaux; car je vous asseure qu'allant chasser par les lieux qui me sembloient les plus plaisans, je ne trouvay rien qui soit sinon de petits oiseaux, qui sont comme rossignols & airondelles, lesquelles viennent en esté, car autrement je croy qu'il n'y en a point, à cause de l'excessif froid qu'il y faict, ceste riviere venant de devers le Norouest.