LES REMUEURS.
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(La scène se passe dans une auberge.)
Quel est donc ce fracas, qui, dès l'aube naissante, Fait retentir ici ma cloison frémissante? Pourquoi cette poussière et ces ais ébranlés? D'où partent ces clameurs et ces coups redoublés? Un créancier, suivi de la noire cohorte, Peut-être du voisin assiége-t-il la porte: Le rat de cave actif, son registre à la main, Soupçonnant dans ces lieux un trafic illicite, Peut-être exerce-t-il sa fâcheuse visite; Ou peut-être céans le gendarme inhumain Arrache-t-il des bras de sa tremblante mère Un conscrit malheureux, soutien de son vieux père. Le bruit redouble. Allons, secouons ces pavots Qui viennent, malgré moi, refermer ma paupière, Et sachons quels lutins ont troublé mon repos. À l'instant, d'un bras ferme, empoignant la sonnette, J'appelle à mon chevet la servante Jeannette. «Quel est donc, s'il vous plaît, cet infernal fracas? D'où partent tous ces coups frappés à tour de bras? Et pourquoi, si matin, un pareil tintamarre? —Monsieur, dans la maison on a les remueurs.» (Elle dit et s'en va.....) Les remueurs, grands dieux! quel est ce nom bizarre Hélas! serait-ce point quelque troupe barbare, D'avides maltôtiers, de cruels exacteurs, De recors, de sergents... ou de voleurs peut-être! Allons, habillons-nous: près d'eux il faut paraître, Et calmer, s'il se peut, leurs bruyantes fureurs. Les remueurs! Ce nom, dans mon âme frappée, Je l'avoue, excitait les plus vives frayeurs. Enfin, à tout hasard, muni de mon épée, Je me rends au salon. Glaces, écrans, flambeaux, Fauteuils et canapés, commodes et bureaux, Tout était culbuté. Bon Dieu! dis-je en moi-même, Ce n'était point en vain que, dans ma crainte extrême, Un noir pressentiment venait me tourmenter: La maison est pillée, il n'en faut pas douter. Puis, passant du salon à la pièce voisine, Par le bruit attiré, j'arrive à la cuisine..... Qui vient s'offrir alors à mes yeux ébahis? Le croirez-vous, Messieurs?... la dame du logis, La piquante Fanny, ma jeune et vive hôtesse. Une coiffe de nuit couvre sa blonde tresse, Sa robe est retroussée, et, sous un court jupon, D'un mollet arrondi brille le fin coton. Du plus vif incarnat sa joue est allumée. Dans sa gauche elle tient, elle agite un torchon; Et d'un balai poudreux, dont sa droite est armée, Semblable à cet acier qui commande une armée, Elle ordonne, elle suit les vastes mouvements Qui font gémir ces murs jusqu'en leurs fondements. «Allons, dit-elle à l'un, d'une voix animée, Ébaragnez ici, jetez là du raisson, Avec cette pannosse essuyez ce pochon; Prenez ce pot de greube et trempez-y ces pattes; Ôtez sur ce tablât ces petoles de rates.» À l'autre: «Eh bien, voyons, sans tant patenocher, Rangez-moi ce péclet que je vois brelancher. Reclouez ce liteau qui va tout de bisingue; Ébriquez ce toupin, sa manille est en bringue. Et vous, Jeannette, allons, pour vous émoustiller, Là-haut, sur ce placard montez vous aguiller, Et d'un coup d'époussoir ôtez ces rauferies. Près de ce benaîton que vois-je bambiller? C'est un guindre entouré d'un tas de truieries. Vite redescendez. Avantez ce coissin; Cette căsse est gâtée, il faut chez le magnin La porter ce tantôt..... Ah! le vilain négoce! Tout devrait être fait depuis que je bregausse: Mais avec ces patets j'en ai jusqu'à demain.» Puis, comme j'approchais, ma pétulante hôtesse: «Ah! Monsieur, pardonnez, si, dès le grand matin, Dans cet appartement tout est mis en cupesse, Tout est écalabré, mais j'ai les remueurs.» À ce mot, la gaîté fait place à mes frayeurs, Et contant à Fanny ma risible épouvante, Je dérobe un baiser sur sa bouche avenante, Et je cours tout joyeux, rengaînant mon fer nu, Achever à loisir mon somme interrompu. Gaudy.