Note 27 — STAZZONA DE LA VALLÉE DE CAURIA.
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Puisque j’ai parlé de vengeance, je demanderai la permission d’entrer dans quelques explications sur ce point, car ce sentiment, encore si vif chez les Corses aujourd’hui, n’est point chez les Galls de nos jours un trait de caractère, et l’on peut dire que leur excessive mobilité leur fait oublier facilement les injures. Mais doit-on appeler la vengeance une passion? N’est-elle pas plutôt un des effets de la vanité. La vengeance corse n’est, à proprement parler, qu’une forme ancienne et sauvage du duel, que je crois parfaitement national et enraciné chez nous. En Corse, le riche n’est point séparé du pauvre par une haute barrière comme en France. Nulle part, peut-être, on ne rencontrera moins de préjugés aristocratiques, et nulle part les différentes classes de la société ne se trouvent en relation plus fréquente et je dirai plus intime. Les riches, étant tous propriétaires, vivent sur leurs terres, au milieu de leurs fermiers et de leurs bergers, qu’ils traitent avec beaucoup plus de politesse qu’on ne le fait en France. Souvent on voit le maître assis à table avec ses ouvriers qui l’appellent par son nom de baptême et se considèrent comme membres de la famille. Cet amour de l’égalité, qui, pour le dire en passant, n’est pas un des traits les moins prononcés du caractère français, produit ce résultat, que riche et pauvre ont les mêmes idées, parce qu’ils les échangent sans cesse. Sur le continent, les gens aisés des villes se battent, mais s’ils vivaient avec le peuple, le peuple se battrait aussi. Deux de nos paysans s’injurient et ne se battent pas; soldats l’un et l’autre ils iront sur le terrain pour une insulte légère, parce qu’ils vivent alors dans une société où le point d’honneur existe. J’ajouterai que la vengeance fut autrefois une nécessité en Corse, sous l’abominable gouvernement de Gènes, où le pauvre ne pouvait obtenir justice des torts qu’on lui faisait. Aujourd’hui même, un procès précède presque toujours l’assassinat. La vengeance s’est perpétuée dans l’île, mais comme une habitude, un préjugé que partagent les étrangers établis à demeure sur le territoire corse, car j’ai vu cette année un cas notable de vengeance parmi les Grecs de Cargèse qui s’étaient fait longtemps remarquer par la douceur de leurs mœurs. Je le répète, l’usage, le préjugé atroce, qui porte un homme à s’embusquer avec un fusil pour tuer son ennemi à coup sûr, est une forme du duel, comme l’épée et le pistolet, et quelque détestable que soit ce préjugé il ne faut pas le juger par ses effets, surtout lorsqu’il s’agit d’en faire le trait caractéristique d’un peuple: il faut plutôt remonter à sa cause, et examiner si elle n’est pas un des vices de notre nature. On doit regretter que nos formes humaines du duel n’aient pas été introduites en Corse. La bravoure et la vanité des insulaires les auraient fait, sans doute, promptement adopter, et, suivant toute apparence, elles auraient eu pour résultat de rendre les querelles infiniment moins sanglantes. (Voir, dans l’ouvrage de M. Robiquet, l’anecdote d’un duel défendu par l’autorité, d’où résultèrent quatre assassinats, page 437.)