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Napoléon et Alexandre Ier (3/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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Cependant, sous cette magnifique ordonnance, un sourd et profond malaise se découvre. D'abord, la France souffre matériellement: les impôts sont lourds, s'aggravent d'année en année, s'attaquant à toutes les formes de la richesse et surtout de la consommation: le plus dur de tous, l'impôt du sang, épuise les générations et en tarit la sève. Le commerce se meurt: l'industrie, qui s'est crue maîtresse du marché européen par la suppression de la concurrence anglaise, a pris quelque temps un fiévreux essor; puis l'excès de la production et une folie de spéculations hasardeuses ont amené une crise. Aujourd'hui, à Paris et dans les principales villes, les faillites se succèdent, les maisons les plus solides manquent tour à tour: c'est l'effondrement du marché et la panique des capitaux 34. Les manufactures, les grands établissements métallurgiques ferment leurs ateliers: l'industrie lyonnaise est dans la désolation; à Avignon, à Rive-de-Gier, on craint des troubles; à Nîmes, les rapports de police signalent trente mille ouvriers sans travail 35; il y en aura tout à l'heure vingt mille au faubourg Saint-Antoine. A côté de la détresse matérielle, c'est la gêne et la compression morales: toute spontanéité de pensée et d'expression interdite, un silence étouffant, une nation entière qui parle bas, par crainte d'une police ombrageuse, tracassière, tombant dans l'ineptie par excès de méfiance et faux zèle. C'est sur ce fond de mécontentements et d'angoisses que s'élève l'édifice éblouissant de l'administration et de la cour: le monde officiel et militaire, animé, brillant, gorgé d'or qu'il dépense à pleines mains, dans une fièvre de jouir: le luxe et les embellissements de la capitale, les grands corps de l'État se superposant dans une gradation imposante, les deux noblesses, l'ancienne et la nouvelle, groupées autour du trône: enfin, dominant tous ces sommets, l'Empereur dans son Paris, moins accessible que par le passé, s'entourant d'hommes d'ancien régime, aimant à avoir des courtisans de naissance pour le servir et l'encenser, s'immobilisant parfois dans une attitude hiératique, s'isolant matériellement de son peuple de même que sa pensée s'isole dans le désert de ses conceptions surhumaines. Sa sévérité croissante, son despotisme inquiet, son front orageux indisposent et éloignent: le temps est proche où un agent russe écrira: «Tout le monde le redoute: personne ne l'aime 36.»

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