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Napoléon et Alexandre Ier (3/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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Que de prises offre encore cette monarchie! À Vienne, ce n'est pas une volonté unique et raisonnée qui régit l'État: c'est une oligarchie d'influences diverses, de passions et de préjugés, qui fait mouvoir et tiraille en tous sens cette pesante machine. L'Empereur est faible, timide, borné, livré aux subalternes, adonné aux minuties; quand ses ministres s'efforcent tant bien que mal de réparer l'édifice branlant de la monarchie, de réformer l'administration et d'assurer le crédit public, il s'amuse à des puérilités ou s'imagine restaurer les finances en rognant sur ses dépenses d'intérieur et en économisant sur sa cave 15. En politique, il a peu d'idées, mais des regrets, des souvenirs, des rancunes; malgré la déférence craintive qu'il témoigne au mari de sa fille, il «n'a perdu de vue ni les Pays-Bas, ni le Milanais, ni l'empire d'Allemagne, ni le titre fastueux d'empereur romain 16». La crue incessante de la puissance française l'épouvante, et il répète ce mot qui est sur toutes les lèvres: «Où est-ce que cela finira 17?» L'Impératrice, Marie-Louise-Béatrice d'Este, vit dans la société des personnes «les plus exaspérées contre la France 18». Continuellement souffrante, elle s'agite néanmoins, intrigue, tracasse, comme si la surexcitation de ses nerfs et son mal même lui faisaient un besoin du mouvement sans trêve, et on la voit, de sa main preste et maigre, tisser infatigablement contre Napoléon la coalition des femmes. A la cour, dans les administrations, dans le public, l'accès de ferveur napoléonienne qu'avait suscité le mariage avec Marie-Louise est tombé, les espérances qu'avait fait naître cet événement ne s'étant pas réalisées. On s'attendait à des avantages solides, à des restitutions de provinces, on n'a obtenu que des égards, mêlés d'impérieuses exigences, et le désappointement qui s'en est suivi a produit une réaction. L'armée à peu près reconstituée sent renaître ses haines: un indestructible espoir de revanche la ressaisit. Dans la dernière guerre, elle a été moins battue qu'à l'ordinaire; cela suffit pour lui faire croire qu'elle a été presque victorieuse; à entendre certains officiers, «l'archiduc Charles a manqué d'établir son quartier général à Saint-Cloud, d'ajouter à la monarchie la Lombardie, l'Alsace et la Lorraine 19». Aux yeux des soldats, le Français redevient l'adversaire désigné, celui sur lequel on voudrait essayer sa force et frapper: quand les officiers leur demandent: «Voulez-vous faire la guerre contre les Russes?--Non, répondent-ils.--Contre les Prussiens?--Non.--Contre les Anglais?--Non.--Contre les Français?--Oh! très volontiers 20.»

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