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Napoléon et Alexandre Ier (3/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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En décembre 1810, Bernadotte avait donné trois fois sa parole d'honneur de ne jamais se déclarer contre la Russie, et la haine qu'il portait à Napoléon semblait le garant de sa sincérité Mais Bernadotte n'était pas maître absolu en Suède et n'avait pas réussi du premier coup à s'emparer de l'État. En cet hiver de 1811, on le voyait plus occupé à se faire une popularité facile qu'à établir son influence dans les conseils de la couronne. Il avait appelé à lui sa femme, son fils, montrait aux Suédois toutes leurs espérances réunies, dans un touchant tableau de famille: chaque jour, c'étaient des politesses reçues et rendues, des fêtes, des réunions où Bernadotte accueillait complaisamment les hommages et ne s'effrayait pas des adulations un peu fortes, se contentant de prendre un air modeste quand on faisait figurer Austerlitz, dans une série d'inscriptions flatteuses, sur la liste des batailles qu'il avait gagnées 8. Il se montrait beaucoup en public, passait les troupes en revue et visitait les provinces, voyageait et paradait, plaisant aux foules par sa tournure de bel homme et son exubérante cordialité. Le malheur était que cette prodigalité de soi-même nuisait à son prestige auprès des classes élevées et le détournait d'occupations plus sérieuses. Il parlait intarissablement, agissait peu: dans son cabinet ouvert à tout venant, il écoutait chacun et ne décourageait personne: «Ses journées sont des audiences sans fin, dans lesquelles il parcourt un cercle de phrases qui s'adaptent à tout, aux plans de guerre, de finance, d'administration, de police, qu'on vient lui offrir et dont il s'entretient avec un abandon et une bonté véritablement inépuisables 9.» Il n'est pas jusqu'aux formes de son affabilité qui ne choquent les Suédois de haut rang, habitués à trouver chez leurs princes plus de dignité et de réserve: «Par exemple, il a le tic de prendre et de secouer fortement la main de quiconque a l'honneur de l'approcher 10.» Quand on lui soumet quelques observations au sujet de ces familiarités déplacées, il répond que la nature l'a fait irrémédiablement aimable, expansif, accueillant; que c'est en lui propension héréditaire et trait de famille: «Je tiens cela de ma mère 11», dit-il. Ses amis lui voudraient une bienveillance moins universelle et moins banale, plus de correction dans la tenue, plus d'application aux affaires, surtout plus de fermeté et de décision. On se répète qu'il n'a pas su profiter de l'enthousiasme soulevé par sa venue pour imposer partout le respect et l'obéissance, qu'il a manqué l'occasion de donner un chef à la Suède et de ressusciter l'autorité.

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