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Napoléon et Alexandre Ier (3/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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A la Prusse, il ne demandait que l'immobilité. La Prusse était sur le chemin entre la France et la Russie: si elle s'agitait et armait, on pourrait croire à Pétersbourg qu'elle se levait à notre instigation et que Napoléon voulait s'en faire une avant-garde; il importait donc qu'elle s'effaçât de la scène le plus longtemps possible et se fît oublier. Mais les convenances de notre politique cadraient mal avec les angoisses de la Prusse. La cour de Potsdam, avertie par les appels d'Alexandre que la rupture entre les deux empereurs approchait et mieux instruite à cet égard que Napoléon lui-même, vivait dans l'épouvante: elle craignait de devenir la première victime de la guerre, quelque parti qu'elle prît, et de périr broyée dans le choc qui se préparait. Pour défendre sa misérable existence, elle armait frauduleusement et en cachette, rappelait en partie les réserves. Au service de qui emploierait-elle ces forces? Irait-elle où l'appelaient ses voeux et ses haines? S'élancerait-elle vers la Russie? Au contraire, cédant à d'inéluctables nécessités, se laisserait-elle dériver vers la France? C'était ce qu'elle ignorait elle-même. Le chancelier Hardenberg passait par des alternatives diverses: négociant simultanément avec Napoléon et Alexandre, il était tour à tour sincère et faux dans ses protestations à l'un et à l'autre; il trompait toujours quelqu'un, mais ce n'était pas la même puissance; il y avait des évolutions dans sa duplicité 104. En tout cas, il jugeait indispensable de renouveler fréquemment à Paris d'humbles demandes d'alliance, des offres de concours, pour mériter l'indulgence de l'Empereur et l'amener à fermer les yeux sur des armements illicites. Mais l'Empereur dédaignait encore de prêter l'oreille aux sollicitations de la Prusse; d'autre part, dès qu'il remarquait chez elle quelque mouvement suspect, quelque levée excédant le chiffre réglementaire, il la rabrouait durement et, d'un ton courroucé, lui enjoignait de rentrer dans l'ordre, se bornant à lui faire entrevoir, pour prix de sa sagesse, la perspective d'un accord futur et éventuel.

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