Note (retour) — ALEXANDRE Ier
Reading edition
Ainsi tenue en respect, la Russie n'osera vraisemblablement démasquer ses projets et jeter bas un simulacre d'alliance. L'empereur Alexandre va se troubler, hésiter, équivoquer; il ouvrira des négociations: Napoléon en fera autant de son côté: «Il est probable, écrit-il à Davout, que nous nous expliquerons et que nous gagnerons du temps de part et d'autre 95.» Pendant ce temps, à l'abri de nos troupes d'Allemagne déployées en rideau protecteur, nos forces de seconde et de troisième ligne se formeront; derrière les quatre-vingt mille hommes de Davout, l'Empereur en réunira quatre fois autant; sur le Rhin, en Hollande, dans la France du Nord, à Mayence, à Wesel, à Utrecht, à Boulogne, derrière les Alpes, dans la haute Italie, des camps s'établiront, d'énormes réceptacles d'hommes et de munitions, dont le contenu se répandra peu à peu sur l'Allemagne. Ces masses rejoindront en temps voulu l'armée de Davout, se grouperont derrière elle et à ses côtés, referont la Grande Armée sur des proportions formidablement accrues, se prépareront elles-mêmes à attaquer, et la position de défense prise dans le nord de l'Allemagne se transformera en base d'offensive. En même temps, non content de lever tous ses vassaux, Allemands du Nord et du Sud, Suisses, Italiens, Illyriens, Espagnols, Portugais, l'Empereur s'adressera aux États qui conservent une indépendance nominale, Prusse, Autriche, Turquie et Suède. Tandis qu'Alexandre se flatte d'immobiliser deux de ces puissances et de s'attacher les autres, Napoléon se croit sûr de les enrégimenter toutes quatre. Ainsi, au commencement de 1812, en admettant que ses négociations avec Alexandre n'aient point abouti et qu'il n'ait pas obtenu de la Russie des garanties expresses de fidélité, il se trouvera disposer contre elle de toute l'ancienne Europe, mais de l'Europe mise sur pied d'avance et militairement organisée, disciplinée, embrigadée, mobilisée, concentrée, formée en une seule et immense colonne d'assaut.