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Napoléon et Alexandre Ier (3/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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Caulaincourt se laissait prendre à la musique de cette voix qui savait moduler sur le même air des variations infinies. Il ajoutait foi aux paroles que lui prodiguait cette bouche dont le sourire avait une grâce ineffable, et il ne s'apercevait pas que le haut du visage démentait involontairement l'expression des lèvres: que les yeux ne souriaient jamais, ces yeux d'un bleu terne et voilé: que le regard immobile, presque effrayant par sa fixité, ne se posait jamais sur l'interlocuteur et semblait s'absorber dans la contemplation d'un mystérieux fantôme 72. Ainsi, avec je ne sais quoi de douloureux et d'inquiet, Alexandre se livrait à l'obsession du grand projet qu'avaient mis en lui des terreurs et des ressentiments trop justifiés, de ce projet qui répondait à ses profondes méfiances et aussi à quelques-uns des instincts les plus généreux de sa nature, qui conciliait ses ambitions avec sa magnanimité, et c'était au moment où il s'en occupait le plus qu'il se proclamait pur de toute arrière-pensée. Sa politique, disait-il, était au grand jour; nul plus que lui n'avait l'horreur des chemins détournés, des sentiers tortueux: «Je ne cache rien, général, et je n'ai rien à cacher 73», répétait-il à satiété; mais cette insistance même eût dû avertir l'ambassadeur et le tenir sur ses gardes: il est bon de se méfier de qui vante à tout propos sa droiture et sa franchise.

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