Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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Puis, les souffrances matérielles des Varsoviens offrent matière à exploiter. Ce peuple exubérant et vantard, qui se campe en crâne attitude et le poing sur la hanche, est au fond malheureux et dénué entre tous. Le luxe des états-majors, les uniformes chamarrés qu'ils arborent, ne sont que de brillants oripeaux dorant la misère. À Varsovie, tout est sacrifié à l'armée et surtout à l'aspect extérieur de l'armée, à ses embellissements, à la passion du panache; dans le duché, deux régiments de hussards coûtent autant à équiper et à entretenir que quatre ailleurs 4. L'armée dévore l'État, et l'État, déplorablement administré, ne réussit qu'imparfaitement à faire vivre les troupes; le payement de la solde est en retard de sept mois. Autre cause de pénurie: le duché, exclusivement continental, resserré entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, manque des débouchés maritimes dont jouissait l'ancienne Pologne. Les nobles, possesseurs du sol, ne peuvent plus exporter par Riga ou par Odessa les fruits de leurs terres, vendre leurs céréales et faire en grand le commerce des blés. La source de leurs revenus s'est tarie; ces seigneurs «marchands de grains 5» s'endettent, et l'usure les dévore, au sein d'improductives richesses. Partout, la détresse est extrême, la disette de numéraire effrayante 6. Si les Varsoviens supportent ces maux, c'est qu'ils y voient un état essentiellement transitoire, un acheminement à des jours meilleurs, où la Pologne respirera plus librement dans ses frontières élargies. Sans argent et presque sans pain, ils vivent littéralement d'espérances: malgré le stoïcisme qu'ils affectent, ils trouvent ce régime dur, se plaignent parfois que Napoléon tarde à exaucer leurs voeux et les fasse cruellement attendre, et l'empereur Alexandre se dit que cette nation impulsive et de premier mouvement ne résistera pas à ses avances lorsqu'il présentera aux Polonais leur idéal tout réalisé, en même temps qu'il leur promettra plus de bien-être sous un régime définitif. Si leur défection s'opère, tout devient relativement facile. La ligne de la Vistule est immédiatement atteinte, occupée, franchie, et les Russes, laissant Dantzick à leur droite, pénètrent en Allemagne sans avoir rencontré un ennemi ni fait usage de leurs armes.