Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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Eugène avait traversé Dresde peu de jours auparavant, mais n'avait fait qu'y paraître et y plaire: il avait reçu ordre de rejoindre ses troupes au plus vite. Jérôme n'avait pas eu permission de quitter son quartier général. Pour Murat, la prohibition avait été plus nette encore et plus sensible. Bien que le roi de Naples, arrivant d'Italie, semblât naturellement appelé à passer par la Saxe pour se rendre en Pologne, l'Empereur lui avait imposé un itinéraire dont le tracé aboutissait directement à Dantzick et s'éloignait de la capitale saxonne. À l'entendre, s'il avait agi de la sorte, c'était par égard pour son beau-père: l'empereur d'Autriche regrettait toujours ses possessions d'Italie: la vue d'un prince établi en ce pays par nos armes pourrait affliger ses yeux: pourquoi lui gâter la joie qu'il éprouverait à revoir sa fille? Dans la réalité, le motif de l'exclusion était tout autre, et Napoléon ne se privait pas de l'indiquer à ses familiers, lorsqu'il voulait être franc. Tel qu'il connaissait Murat, il jugeait dangereux pour ce roi de promotion récente tout contact avec des souverains d'ancienne souche et particulièrement avec la maison d'Autriche: «Sa tête va tourner, disait-il, si l'empereur François lui adresse quelques paroles aimables 506.» Ravi de ces avances, flatté dans sa vanité de se voir recherché par le descendant de quarante-deux empereurs, Murat se laisserait aller sans doute, avec l'intempérance habituelle de sa langue, à des confidences compromettantes, à des propos qui l'engageraient: ainsi se créerait entre l'Autriche, aspirant au fond à rentrer en Italie, et Murat, aspirant à s'y faire une position indépendante, une intelligence suspecte, que Napoléon tenait essentiellement à empêcher. Se défiant à l'égal des souverains qu'il avait placés sur le trône et de ceux qu'il y avait laissés, il n'admettait pas que trop d'intimité s'établît entre les uns et les autres.